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3e édition de la semaine de l’Afrique à Bruxelles: le président Kaboré a prononcé un discours sur les questions de migration

En effet, le président du Faso Roch Kaboré est arrivé cet après midi du 7 novembre à Bruxelles ou il doit prendre part à plusieurs rencontres. Il devrait s’entretenir également avec de hautes personnalités.
Le président du Faso a pris la parole ce soir au siège du Parlement européen, à l’occasion de la 3e édition de la Semaine de l’Afrique, organisée par le Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (S&D).
Le thème portait sur : « Partenariat Afrique-Europe : au-delà des migrations»
Roch Marc Christian Kaboré a donné la vision du Burkina Faso sur les questions de migration, une des grandes préoccupations de l’heure de la communauté internationale.
Voici son discours.

“Monsieur le Président
Honorables Députés du Groupe de l’Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates
Chers Invités
Mesdames et Messieurs

Avant tout propos, permettez-moi de vous transmettre les salutations du peuple burkinabè que j’ai l’insigne honneur de représenter à cette tribune. Je voudrais également témoigner ma reconnaissance à Monsieur Udo BULLMANN qui a bien voulu m’inviter à prendre part à cette troisième édition de la Semaine Africaine organisée sous l’égide du Parlement Européen.

C’est l’occasion pour moi de saluer la vitalité du Groupe de l’Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates et de vous remercier pour votre engagement à nos côtés depuis 2015, notamment au cours de la transition politique de notre pays et de l’organisation des élections présidentielle et législative à l’issue desquelles nous avons obtenu la confiance de notre peuple.
Vous sachant très attachés aux valeurs légendaires d’amitié et de solidarité qui lient l’Afrique et l’Europe, je ne doute pas un seul instant de votre engagement à continuer à explorer les meilleurs voies et moyens pour contribuer au plein épanouissement des peuples africains et européens. L’organisation de cette troisième édition de la Semaine Africaine est la preuve de cette volonté de poursuivre les échanges en vue d’orienter le partenariat Afrique/Europe dans le sens qui garantisse la préservation des intérêts bien compris de nos populations respectives.
A cet effet, le phénomène de migrations dont les effets et les conséquences affectent profondément nos communautés de part et d’autre constitue une préoccupation suffisamment brûlante qui mérite que nous marquions une halte pour partager nos préoccupations, nos interrogations et bien sûr nos propositions de solution.

Monsieur le Président
Honorables Députés
Mesdames et Messieurs

Je note que, malgré de vigoureuses mesures restrictives prises ces dernières années par les Etats européens pour décourager les migrants clandestins, ceux-ci se retrouvent néanmoins à leurs portes. Le drame de cette migration, c’est qu’elle défie non seulement les lois de nos pays, mais également le respect du droit à la vie des candidats.
Au risque de leurs vies, ces migrants deviennent des proies faciles aux marchands d’illusions et aux trafiquants qui les jettent dans des situations de détresse, de fragilité et d’exploitation.
Nos Etats ne peuvent pas continuer à rester indifférents à la tragédie de l’immigration clandestine. Notre conscience est interpellée pour y trouver des solutions viables et durables. Nous nous devons de mutualiser nos réflexions et nos actions. Mais avant, il nous faut comprendre les causes profondes du phénomène afin de pouvoir éradiquer le mal à sa racine. Car ces mouvements internationaux de populations influencent, dans un sens ou dans un autre, le développement économique et social voire la stabilité politique des pays de départ, de transit et d’accueil. Mieux, les effets des migrations sont incontestables sur le présent et l’avenir du partenariat entre l’Afrique et l’Europe.

Monsieur le Président
Honorables Députés
Mesdames et Messieurs

Pour ce qui concerne le Burkina Faso, j’estime que les causes des migrations sont multiples et variées. Elles sont d’ordre politique, économique, social que culturel. En la matière, notre pays connaît une longue tradition de migrations d’abord en tant que point de départ vers des pays voisins que sont le Ghana et la Côte d’Ivoire, de transit vers des destinations plus éloignées, notamment vers l’Europe en passant par le Maghreb, mais aussi de pays d’accueil. De la gestion que nous avons pu faire du phénomène, il ressort clairement que ce sont des centaines de milliers de personnes qui s’y livrent régulièrement. Ceux qui quittent leurs pays, leurs familles, leurs proches et leurs cultures, ne le font pas de gaîté de cœur. C’est parfois au bout de longues souffrances cumulées, qu’ils décident de tout abandonner à la recherche d’un mieux-être ailleurs.
Dressant l’état des causes profondes de ces migrations qui tournent régulièrement au drame, on ne peut pas passer sous silence les difficultés économiques que connaissent nos pays et qui les empêchent de générer une croissance à même de satisfaire les besoins fondamentaux de l’ensemble des populations. A cela se conjugue une croissance démographique en cruel déphasage avec la croissance économique. Ce qui entraîne un taux élevé de chômage. Il faut ajouter à tout cela également la dégradation de l’environnement en général, les changements climatiques qui ne permettent pas aux populations qui tirent majoritairement leurs revenus de l’agriculture d’avoir des moyens de subsistance conséquents et durables dans leurs terroirs.

Le problème fondamental que pose le phénomène des migrations est incontestablement celui de notre capacité à assurer à tout être humain la possibilité de vivre dignement dans son propre pays ou dans un autre pays où il décide de s’établir en toute légalité.
Partout où les gens ne se sentent pas en sécurité et en sûreté physique, économique et politique, ce sont les germes de migrations qui sont semés à profusion.
Pour nous donner des chances d’enrayer le phénomène, il faut donc mutualiser nos efforts en faveur de l’élimination de la pauvreté, de la justice sociale, de la paix, de la protection des droits humains, de la démocratie et de la bonne gouvernance. Telles sont les options que le Burkina Faso a faite à la faveur de l’insurrection populaire qui a ouvert une nouvelle ère de reconquête des libertés fondamentales.

Monsieur le Président
Honorables Députés
Mesdames et Messieurs

Le Plan National de Développement Economique et Social (PNDES) du Burkina Faso, notre référentiel, a pour ambition d’assurer un mieux-être des Burkinabè à l’horizon 2020, grâce à une mobilisation significative des ressources internes, et au soutien de nos partenaires.
Il s’agit de transformer structurellement l’économie pour apporter des solutions durables aux problèmes d’éducation, de santé, de production agricole, de nutrition, de création d’emplois et d’opportunités économiques pour les Jeunes et pour les Femmes, tant en milieu rural qu’en milieu urbain, mais aussi d’améliorer la gouvernance.

Nous sommes convaincus qu’aussi longtemps qu’il y aura de très grandes différences de croissance économique entre nos pays et ceux d’Europe, il nous sera difficile de combattre efficacement le phénomène des migrations. Les causes sont certes diverses, allant de la croissance démographique, la pauvreté, le terrorisme, la gouvernance politique aux conflits et guerres de toutes natures mais elles restent essentiellement économiques, il nous faut donc renforcer le partenariat dans le sens d’une réduction considérable des écarts. C’est à mon avis, la meilleure manière d’agir sur les causes des migrations en créant les conditions du maintien des populations dans leurs terroirs. Plus les fruits de la croissance seront partagés, plus nous aurons la chance de freiner le phénomène. Plus nos populations pourront bénéficier des conditions nécessaires et suffisantes pour produire, exporter et vivre de leur travail, se soigner, éduquer et assurer une vie digne et un avenir à leurs enfants, moins elles seront tentées par les aventures dramatiques des migrations clandestines.
Nous ne devons pas perdre de vue la nécessité de garantir la participation de nos populations dans la gestion des affaires publiques. Car, plus elles seront consultées sur les décisions qui les concernent, qui impactent sur leurs vies, plus elles pourront adhérer aux différents projets et programmes que nous mettons en œuvre en vue de leur mieux-être.
Monsieur le Président
Honorables Députés
Mesdames et Messieurs

Au regard des conséquences multiples et multiformes du phénomène des migrations sur la stabilité de nos pays, mais aussi et surtout sur le partenariat entre l’Afrique et l’Europe, il me paraît judicieux d’en bien comprendre les causes afin de mieux agir sur les effets. La longue expérience de coopération entre nos deux continents nous renseigne suffisamment sur nos faiblesses, mais aussi sur nos forces.
Pour ma part, je m’engage et j’engage mon pays, le Burkina Faso, à poursuivre la réflexion sur la question des migrations afin d’apporter nos meilleures contributions à une gestion du phénomène au nom de la solidarité entre les peuples et en faveur du respect de la dignité humaine. C’est pourquoi nous seront présents à la conférence internationale de haut niveau chargée d’adopter le pacte mondial pour les migrations sûres, ordonnées et régulières qu’organisent les Nations Unies en décembre prochain.
L’avenir du partenariat entre l’Afrique et l’Europe se trouve dans la capacité des acteurs des deux continents à créer, de part et d’autre, les conditions de productions et d’échanges qui concourent à la sécurité, à la libre circulation légale et légitime des personnes et de leurs biens, à la solidarité et à l’amitié entre les peuples.
Vive le Partenariat dynamique, fructueux et gagnant-gagnant entre l’Afrique et l’Europe pour que vive un avenir radieux et prospère pour nos peuples.
Je vous remercie pour votre aimable attention !

Présidence du Faso