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Actionnariat populaire : L’UEMOA demande l’arrêt du projet Sofato selon son coordonnateur Arba Abdoulaye

Le 11 avril 2019, le Crowdfunding ou encore l’actionnariat populaire voyait le jour au Burkina Faso à travers le lancement du projet Société Faso Tomate (sofato) qui envisage de mettre en place une unité de transformation de la tomate à Yako au nord du Burkina.Le Crowdfunding ou financement participatif est un nouveau système de financement des projets qui réunit des investisseurs via une plateforme en ligne.Cette initiative qui compte financer le projet sofato ne semble pas être du goût de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA).L’institution reproche aux initiateurs de ce projet de faire un placement d’épargne avec des promesses de rendements élevés allant parfois de 100% à 500% de la mise initiale. Pour elle, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une campagne frauduleuse de collecte de fonds publics en violation de la législation en vigueur. Ce qui amène l’UEMOA à travers son organe, le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF) à enjoindre aux porteurs du projet Sofato de surseoir à leur projet. Dans un entretien accordé à www.libreinfo.net, le coordonnateur du projet sofato Abdoulaye Arba dit ne rien comprendre

Libreinfo.net (LI): Comment se porte le projet d’actionnariat populaire Sofato que vous avez lancé le 11 avril 2019?

Abdoulaye Arba (AA): L’actionnariat populaire fait son petit bonhomme de chemin au Burkina Faso. Le projet sofato est une initiative lancée par des jeunes entrepreneurs burkinabè pour mettre en place une unité de transformation de la tomate au Burkina Faso par l’actionnariat populaire. Ce projet compte créer 500 emplois directs et 15 000 emplois indirects. Son coût total est de 1 milliard 700 millions de Fcfa.

LI: Vous avez lancé le projet sofato le 11 avril dernier et dans la même semaine, soit le 17 avril 2019, le gouvernement burkinabè affichait sa volonté de construire une unité de transformation de la tomate à Ouahigouya. Une forme de concurrence s’était alors installée depuis entre vos différentes parties. Avez-vous eu des consultations avec le ministère du commerce avant le lancement de votre projet?

AA: Nous avons déposé des lettres d’invitations à la présidence du Faso, au ministère du commerce, à la chambre de commerce et d’industrie ainsi que dans d’autres institutions dans le cadre du lancement du projet sofato. Nous n’avons pas consulté directement le gouvernement sur notre projet. D’ailleurs, le gouvernement à un projet similaire qui traîne depuis des années. C’est pourquoi, nous les jeunes entrepreneurs, nous avons pris l’initiative de doter notre pays d’une unité de transformation de la tomate qui aura une capacité de production de 80 tonnes par jour. Nous ne voulons pas faire la concurrence au gouvernement, au contraire, nous voulons l’aider à résorber le marché de la tomate dont le Burkina en est un grand producteur dans la sous-région.

“Le gouvernement a le monopole de toutes les actions de la nation… s’il n’a pas les capacités de réaliser certains projets, qu’il laisse …les autres s’essayer, Arba Abdoulaye, coordonnateur de SOFATO

LI: En tant qu’entrepreneur, pensez-vous que si le gouvernement et les investisseurs locaux ne se consultent pas sur les projets de développement, est-ce qu’il peut y avoir un climat propice pour les affaires?

AA: Le gouvernement a le monopole de toutes les actions de la nation. Maintenant, s’il n’a pas les capacités de réaliser certains projets, qu’il laisse également les autres s’essayer. La complicité et la collaboration avec les investisseurs locaux doit venir du gouvernement. Pour réaliser un tel projet, nous avons lancé l’initiative d’aller vers le gouvernement en tant que collaborateur. Maintenant, c’est à lui d’accepter cette collaboration.

LI: Quelles sont les difficultés essentielles que vous avez rencontré dans le cadre du lancement de ce projet?

AA: Depuis le lancement du projet, nous sommes aux 2/5e du capitale recherché. Des entrepreneurs ont versé des sommes importantes. Seulement, une institution sous régionale et pas des moindre, l’UEMOA à travers son organe le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF) basé à Abidjan en Côte d’Ivoire nous donne des injonctions de surseoir au projet Sofato. L’actionnariat populaire est détesté et combattu par le système traditionnel de financement des projets tel que les bailleurs, les banques…le CREPMF a qualifié notre action de placement d’épargne. Nous avons répondu par des communiqués officiels que nous faisons de l’actionnariat populaire et non un placement d’épargne. Un système de financement connu un peu partout dans le monde et beaucoup pratiqué dans certains pays de la sous-région comme le Sénégal, le Niger et en Côte d’Ivoire.Nous ne comprenons pas pourquoi l’UEMOA à travers son organe nous demande d’arrêter le projet sofato alors qu’il n’y a aucune législation qui régit l’actionnariat populaire dans son espace.

LI: Avez-vous engagé une procédure en justice contre l’injonction de l’UEMOA vue que vous affirmez qu’il n’existe aucune législation dans la sous-région qui régisse l’actionnariat populaire ?

AA: Nous n’avons pas saisie la justice pour le moment mais, ça ne saurait tarder si le CREPMF s’obstine à combattre le projet sofato. Ça sera un combat de David contre Goliath. Nous avons un projet de construction d’une unité de transformation de la tomate au Burkina Faso et nous n’allons pas nous laisser piétiner facilement. Qu’on me dise c’est quel texte dans le monde entier qui dit que ce n’est pas légal de chercher un financement pour financer son projet. Qu’on me dise!

LI : Comment voyez-vous l’avenir de l’actionnariat populaire et par ricochet, l’avenir de l’entrepreneuriat des jeunes au Burkina Faso et en Afrique ?

AA: L’avenir est rose, cela d’autant plus que les jeunes porteurs de projets que nous sommes sont déterminés à aller au bout de nos rêves. Il est vrai qu’il existe des textes qui ne sont plus adaptés au contexte africain. Des textes de 1950 et de 1960 qui ne permettent pas aux jeunes porteurs de projets d’évoluer facilement. Cependant, nous sommes déterminés et nous y arriverons.
Je voudrais rappeler que nos pays ne peuvent pas évoluer sans industries, sans création d’entreprises surtout si les jeunes porteurs de projets ne sont pas accompagnés et encouragés. Il n’y a pas de banque au Burkina Faso qui finance un projet en création. Je ne comprends pas pourquoi l’UEMOA veut nous empêcher de mettre en place un projet qui va créer 500 emplois directs et 15 000 emplois indirects dans un pays ou le manque d’emplois et le chômage des jeunes est aussi élevé comme au Burkina Faso.

Propos recueillis par

Nourdine Conseibo

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