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AN I MPSR 2 : un an après que retenir de la diplomatie de Ibrahim Traoré?

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Il y a un an, le 30 septembre 2022, que le capitaine Ibrahim Traoré s’est emparé du pouvoir d’État au Burkina. Depuis lors, sur le plan de la diplomatie, il affirme la souveraineté de son pays. Mais que peut-on en retenir concrètement?

Par Nicolas Bazié

Le 30 septembre 2022, le chef d’artillerie (RA) du 2e régiment de commandement d’appui et de soutien (10e RCAS) basé à Kaya dans le Centre Nord du Burkina Faso s’est emparé du pouvoir en renversant celui-là même (le lieutenant-colonel Paul Henri Damiba, ndlr) qui l’a nommé 7 mois plus tôt, en mars 2022.

Il s’agit du capitaine Ibrahim Traoré. Très vite, le plus jeune président au monde (34 ans) reçoit le soutien populaire. Il prête serment le 21 octobre 2022. Le 30 septembre 2023 marque l’An 1 de sa gestion du pouvoir.

Sur le plan de la diplomatie, tout bouge. Le 23 décembre 2022, la coordonnatrice du Système des Nations unies, Barbara Manzi est déclarée «persona non grata» et expulsée du territoire burkinabè le même jour.

La ministre des Affaires étrangères du Burkina, Olivia Rouamba a tenté d’expliquer les raisons qui ont justifié l’expulsion de la fonctionnaire des Nations Unies.

« Elle nous fait l’approche pour déplorer le contexte sécuritaire préoccupant au niveau du Burkina Faso. Elle a mis le focus sur Ouagadougou où elle réside et où la plupart des agences sont résidentes » affirme la ministre qui poursuit : « Il y a de cela deux semaines, je lui ai posé la question de savoir quels étaent les indicateurs qu’elle avait par devers elle et qu’en la matière l’approche serait qu’elle nous transmette un écrit officiel du système de nations unies avec un justificatif que nous allons juger valable ou pas ».

La cheffe de la diplomatie burkinabè poursuit : « A l’occasion, non seulement elle a marqué un refus de nous transmettre un écrit, et au-delà, elle a décidé unilatéralement de prendre une décision ».

Olivia Rouamba ajoute : « Lors des échanges, elle n’a pas manqué de relever le fait qu’elle ait des informations de sources sûres sans vouloir décliner ses sources. Jusqu’à l’heure actuelle, nous n’avons aucun indicateur qui prouve que Ouagadougou est invivable d’autant plus qu’elle-même elle y vit ».

La ministre Oliva va plus loin : « A notre grande surprise aujourd’hui, nous recevons une note de Barbara qui fait cas de l’évacuation des familles des diplomates du système de nations unies de Ouagadougou pour raison sécuritaire. A notre niveau, nous trouvons que c’est vraiment inconcevable parce que la décision a été unilatéralement prise ».

Une semaine après, soit le 2 janvier 2023, une brouille diplomatique éclate entre Paris et Ouagadougou.

Les nouvelles autorités de la Transition demandent le remplacement de l’Ambassadeur de France en poste au Burkina Faso depuis 2019, Luc Hallade. Ouagadougou a jugé qu’il n’est plus un interlocuteur « fiable».

Le 26 janvier, il est rappelé par son pays. Mais, depuis le départ de Luc Hallade, la France n’a toujours pas d’ambassadeur au Burkina.

Pourtant, le président français, Emmanuel Macron, a validé en fin mars 2023, en conseil des ministres, une série de nominations d’ambassadeurs sur le continent africain. Parmi les pays concernés, figure le Burkina.

C’est ainsi que Mohamed Bouabdallah (45 ans) est annoncé à Ouagadougou comme nouvel Ambassadeur de France.

Cependant, jusqu’à présent, l’Etat burkinabè ne l’a pas encore accrédité,
Paris a même revu son choix en proposant un autre. Mais en vain. Le Burkina Faso ne dispose pas non plus d’ambassadeur à Paris, depuis le rappel de ce dernier par Paul Henri Damiba en 2022.

Et, ce n’est pas tout. Deux citoyens français interpellés pour activités d’espionnage ont été expulsés du territoire burkinabè, dans la nuit du 17 au 18 décembre 2022.

Réciprocité oblige, la France décide de suspendre, en août 2023, la délivrance de son visa au Burkina Faso jusqu’à nouvel ordre, «en raison des circonstances et des tensions régionales actuelles.»

La tension est montée d’un cran entre Paris et Ouagadougou, où le nouveau pouvoir entend affirmer avec détermination sa souveraineté.

Avec la CEDEAO, également, les relations ne sont plus au beau fixe. Le Burkina est exclu des instances de l’organisation car ayant été «un mauvais élève».

Le 10 février 2023, la cheffe de la diplomatie burkinabè Olivia Rouamba accompagnée de ses homologues guinéen et malien a demandé la levée des sanctions de l’espace communautaire lors du sommet de l’union africaine à Addis Abeba, en Ethiopie.

Le Burkina tisse de nouvelles relations
Pendant ce temps, le Burkina Faso réchauffe ses relations diplomatiques avec la Russie.

Le Premier ministre Apollinaire Kyelem effectue un voyage en toute discrétion à Moscou via Bamako le 7 décembre 2022.

Parallèlement, le Burkina Faso se rapproche de certains anciens amis comme le Venezuela, le Nicaragua. Sans pour autant s’éloigner de la Russie dont le drapeau flotte dans les rues de plusieurs villes du Burkina.

L’axe Ouagadougou-Moscou se renforce. En juillet 2023, la Russie annonce son intention de rouvrir son ambassade au Burkina Faso, 31 ans après sa fermeture en 1992.

Le nouvel ambassadeur, Alexeï Saltykov, multiplie les va et vient entre Abidjan où il réside et Ouagadougou.

Après le voyage en toute discrétion du premier ministre burkinabè Apollinaire Kyélem en Russie, c’est le chef de l’Etat, le capitaine Ibrahim Traoré lui-même qui, après avoir reçu une invitation du président russe Vladimir Poutine, se rend à Saint Pétersbourg, pour prendre part au sommet Russie-Afrique qui a réuni une quarantaine de chefs d’Etat africains, les 27 et 28 juillet 2023.

Les pays comme la Corée du Nord, l’Iran, la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite ont tous réaffirmé leur soutien au Burkina Faso, à travers un renforcement des relations bilatérales.

Le 9 février 2023, une rencontre tripartite des ministres des affaires étrangères du Burkina Faso, de la Guinée et du Mali s’est tenue à Ouagadougou.

Il a été question pour ces trois pays en Transition de renforcer «les liens historiques d’amitié, de fraternité, de solidarité et de coopération».

Les différentes délégations ont eu des séances de travail au cours desquelles elles ont passé en revue des sujets d’importance majeure et d’intérêt commun, notamment la mutualisation des moyens pour relever les défis sécuritaire, économique et humanitaire, le renforcement de leur relation tripartite par la dynamisation de l’axe Bamako – Conakry – Ouagadougou, ainsi que la concertation sur les questions sous régionales, régionales et internationales.

Le Burkina Faso s’approche plus de certains pays voisins comme le Niger et le Mali. Ils signent le 18 septembre 2023, la Charte du Liptako-Gourma instituant l’Alliance de Etats du Sahel (AES).

Une coopération militaire avec des partenaires non-occidentaux

Dès le début, sa position était claire : la diversification des partenaires est un impératif pour un pays comme le Burkina Faso qui vit une situation sécuritaire délétère.

Pour cela, le capitaine Ibrahima Traoré n’a pas hésité à prendre ses distances vis-à-vis ne des partenaires traditionnels comme la France et/ou les Etats-Unis pour la prise de ses décisions.

À la tribune des Nations unies, le 24 septembre 2023, à l’occasion de la 78e session ordinaire, Bassolma Bazié, ministre d’État, ministre de la Fonction publique, a été, on ne peut plus clair, sur la position du Burkina Faso.

Il déclare ce qui suit : «le Burkina Faso liera de façon souveraine ses partenariats avec qui il veut et achètera ses moyens de défense avec qui il veut ! Qu’un pays s’appelle Russie, Iran, Turquie, Azerbaïdjan, Cuba, Nicaragua, Corée du Nord, le Burkina Faso y achètera et y vendra librement ses produits sans intermédiaire encore moins une autorisation de qui que ce soit ; et cela, advienne que pourra !».

Dans la coopération avec les autres États du monde, «IB» comme l’appellent certains veut des relations solides basées sur la confiance et le respect mutuel. Tout partenaire qui a une vision contraire est immédiatement interpellé.

Il commence, en février 2023, par dénoncer la coopération militaire avec la France, tout en demandant le départ de ses forces spéciales stationnées au Burkina depuis une décennie.

L’État burkinabè a aussi donné 14 jours à l’Attaché de Défense près l’Ambassade de France au Burkina Faso, Emmanuel Pasquier et le personnel militaire pour quitter le territoire.

Dans la foulée, les autorités ont annoncé la fermeture de la mission militaire burkinabé à Paris, à compter du 14 septembre 2023.

Coopération avec d’autres pays..

De la Turquie à la Corée du Nord en passant par la Russie ou l’Iran, le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré se tourne vers de nouveaux alliés, Ouagadougou a nettement pris ses distances vis-à-vis de la France.

Parlant de la Russie, il faut noter que les relations avec cette puissance militaire se consolident. Après le premier ministre, Apollinaire Kyélem, qui s’y est rendu en décembre 2022, c’est le chef de l’État lui-même qui y est allé, pour assister au sommet Russie-Afrique tenu en juillet 2023.

Quelques mois après, le capitaine Traoré et une délégation russe échangent au palais de Koulouba à Ouagadougou, sur une éventuelle coopération militaire, impliquant « la formation des élèves officiers et des officiers burkinabè à tous les niveaux, y compris les pilotes en Russie ».

De plus, les relations entre le Burkina et la Turquie vont bon train dans le cadre de la lutte contre le terrorisme à travers des drones de fabrication turques qui survolent l’espace aérien burkinabè.

Le 25 avril 2023, sur instruction du chef de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré, le PDG du constructeur turc de drones Baykar, Haluk Bayraktar est fait officier de l’ordre de l’Étalon.

Une reconnaissance « pour ses contributions exceptionnelles aux activités de maintien de la paix, de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme» au Burkina Faso.

La société de Haluk Bayraktar aurait livré des vecteurs aériens sans pilote (drones, UAV) Bayraktar TB2 à l’armée burkinabè pour mieux lutter contre le terrorisme.

Après la cession des actifs miniers pour l’exploitation industrielle du manganèse de Tambao et de la grande mine d’or d’Inata à Afro Turk, en mars 2023, la société a promis de construire deux bases militaires.

En effet, la société minière a décidé de construire une base militaire à Tambao et à Inata dans la région du Sahel, pour permettre à l’Etat, d’acquérir des moyens stratégiques de surveillance et de combat contre le terrorisme.

Depuis quelques mois, du matériel militaire composé d’armes de guerre, d’avions de combat, de drones, de véhicules de type militaire est réceptionné par les autorités militaires burkinabè. Ce qui laisse entrevoir une coopération qui porte déjà ses fruits.

La direction centrale du génie militaire burkinabè dispose désormais d’un Centre national de déminage et d’autres infrastructures pour la formation et les analyses des chiens de déminage grâce à la République fédérale d’Allemagne.

De plus, l’Allemagne a octroyé des moyens roulants et des équipements de déminage d’explosifs au Burkina pour lutter efficacement contre le terrorisme.

Le Burkina Faso est déterminé et engagé dans le combat contre les groupes terroristes avec le soutien des pays voisins comme le Mali et le Niger.

Pour mieux mutualiser leurs efforts dans ce sens, ils créent le 16 septembre 2023 «l’Alliance des États du Sahel».

En se rendant au Mali le 2 novembre 2022, pour son tout premier voyage officiel, le capitaine Ibrahim Traoré a voulu, justement, «intensifier» avec son homologue malien, le colonel Assimi Goïta, «la lutte contre les groupes armés terroristes qui endeuillent les deux nations.»

Convaincu qu’aucun pays ne peut vaincre seul les groupes armés qui sont extrêmement mobiles, le Chef de l’État burkinabè a voulu insister sur le renforcement de la coopération bilatérale et la mutualisation des moyens de combat, indiquait une note de la présidence du Faso.

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