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Burkina- 8 mars 2020: “Si le travail commence au milieu des hommes,j’oublie souvent que je suis femme”(Bibata Compaoré )

Elle est une source d’inspiration pour la jeunesse féminine de la région du plateau centrale. Elle concilie depuis des années, vie associative et professionnelle,et elle ne faillit nulle part,tant elle se déploie. A l’occasion de la célébration de la journée internationale de la femme, la rédaction de Libreinfo.net a fait un zoom sur elle.Mme COMPAORE Bibata dit TIKIMTO, une dame au parcours singulier,directrice d’une école. Nous l’avons rencontrée de au siège du ReZAS (Réseau ZOODO Action Solidarité) à Ziniaré.

Par Alassane OUEDRAOGO, Collaborateur,Plateau central

Du haut de ses 45 ans, Mme TIKIMTO est une femme qui inspire. Très connue dans la ville de Ziniaré, son fief, Mme Compaoré/Ouédraogo Bibata de son vrai nom, est enseignante de profession. Intégrée dans la fonction publique dans les années 2004, elle va vite gravir les échelons et s’affirmer comme une valeur sûre de l’Education nationale.

Pédagogue hors pair, elle sera mainte fois félicitée pour ses résultats probants. À titre illustratif, elle a réalisé un taux de succès de 96% aux examens du CEP à trois reprises. Toutes ces performances conjuguées à son sens élevé des relations humaines lui ont valu la confiance de ses supérieurs hiérarchiques qui lui confient les commandes d’une école.

Dame Compaoré est directrice de l’école primaire publique de Nab-bingma dans la commune de Zitenga, ce depuis 2010.

Derrière ce visage toujours souriant et embellissant se cache un chef de service attentionnée et à la conscience professionnelle inimitable. En témoigne cette anecdote qu’elle nous souffle, « Mon supérieur nouvellement affecté s’était dit que je me donnais plus aux activités associatives au détriment des activités scolaires, ce qui m’a valu un contrôle.

Mais au bout du compte, ce contrôle pour voir si je remplissais bien mon devoir m’a grandi. Car je disposais de tous les documents qu’un directeur était censé avoir. Et en classe également, je suis à un niveau de progression acceptable concernant le programme »

 Si on commence le travail, souvent j’oublie que je suis femme

Celle dont le nom parcourt toutes les lèvres dans la province d’Oubritenga, est aussi une leader d’association. Elle est en effet la présidente de l’association TIKIMTO. Et l’association œuvre dans le domaine du civisme, de la citoyenneté responsable, et de la sauvegarde de l’environnement.

‘’Tikimto’’ est une expression en mooré qui signifie l’entraide, la solidarité ou c’est l’homme qui fait l’homme pour tout résumer. Les valeurs communautaires, cette dame, les a dans sa peau. C’est pourquoi elle est plus connue du grand public que par le nom ‘’Tikimto’’qui rime avec solidarité. L’impact socio-économique de son association est sans appel : un moulin à grain pour les femmes du village de SA (situé à 5 KM de Ziniaré), et des petits fonds accordés pour des crédits et les hommes, eux ils sont appuyés dans leurs activités de jardinage.

TIKIMTO pour elle, est loin donc d’être une dénomination : c’est le programme de sa vie. Le monde de la société civile est réputé d’être cruel dit-on et même qualifié de marre à caïmans. Ce d’autant plus qu’un climat d’adversité y règne souvent et que l’on retrouve aussi peu de femmes dans ce domaine. Mais elle a vite su se créer une place et même se donner une sympathie.

Paume fermée, regard tourné vers le sol, elle déclare avec conviction, « Si le travail commence, au milieu des hommes, souvent même j’oublie que je suis femme, c’est arrivé à la maison que je reprends mon rôle de ménagère, quand je suis face à mes obligations de maison ».

Eu égard de son engagement, elle a été décorée en 2015. Mais bien avant, elle avait été distinguée deux fois au nom de l’association pour la promotion de l’entrepreneuriat par le ministère de la jeunesse et pour la promotion du civisme par le ministère des droits humains.

Héroïne ou femme aux multiples engagements, elle est avant tout, une mère,une épouse exemplaire. Malgré ses 24 années de vie de foyer, Mme COMPAORE fait le coq devant les femmes de tout son entourage.

En bonne mère, elle accompagne convenablement ses trois enfants dans leur scolarité. En dépit de ses occupations professionnelles, elle reste un modèle concernant les obligations du foyer. Le visage toujours rayonnant, elle explique « Quand j’ai une réunion, tôt le matin vers 4 heures, je cuisine, je mets dans les plats thermos que je ferme avant d’aller… ».

A en croire son mari, dame COMPAORE traduit parfaitement la citation qui dit que la femme est la ceinture qui tient le pantalon de l’homme.

La promotion de la femme au Burkina, c’est sur le papier 

Sur la célébration de la journée internationale de la femme, nous avions voulu avoir son regard sur la situation de la femme après tant de commémorations et d’adoption d’instruments juridiques en faveur de l’émancipation de l’autre moitié du ciel.

Et à elle d’avouer : « la promotion de la femme au Burkina, c’est sur le papier ». Cette thèse, elle la défend à travers l’exemple du conseil municipal de Ziniaré qui compte 35 femmes sur les 117 conseillers au total, plus loin elle cite en mauvais exemple le parlement. Mme COMPAORE, se met au dos des habitudes dans un pays ou certaines pesanteurs socio-culturelles ont toujours la peau dure.

Elle ne perd cependant pas de vue le rôle des femmes dans leur propre émancipation. Raison pour laquelle, elle invite vivement les femmes à se prévaloir. Au sujet des activités de la commémoration du 08 mars, suggère -t- elle la tenue des débats sérieux et ouverts sur les entraves de l’épanouissement de la femme.

Mais aussi d’impliquer réellement les plus démunies et opprimées, qui souvent en sont les parents pauvres. En rappel la commémoration se tient cette année sous le thème : « Crise sécuritaire au Burkina Faso: quelles stratégies pour une meilleure résilience des femmes.»

Selon ses propres termes les femmes sont dans tous les secteurs d’activités, ici au Burkina. Dans la situation d’insécurité et de morosité économique, que traverse le Burkina, l’importance numérique des femmes, demeure une solution. Pour conclure, Mme COMPAORE soutient que cette contribution de la gente féminine sera effective que si elle est valorisée. Du reste, la valorisation passera nécessairement par l’Education et l’autonomisation économique.

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