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Burkina Faso : demande de pardon de Blaise Compaoré, « on a du mal à voir en quoi tout le Burkina Faso y trouverait son intérêt qui serait national», (M.I.Fa)

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demande de pardon
Image illustrative

DECLARATION 001 DE LA « LA MOBILISATION DES INTELLIGENCES POUR LE FASO (M.I.Fa) » sur la « Demande de Pardon de l’ex président Blaise COMPAORE »

Il paraît que Blaise Compaoré demande pardon : Le Pape François, Bill Clinton, Salah Abdeslam, l’ambassadeur de France au Burkina

Sous ce titre inattendu, on ne parlera pas d’autre chose que de ce dont les Burkinabè parlent tous les jours, et de plus en plus : pardon, justice et réconciliation nationale. Parce que le Burkina Faso n’est pas seul au monde, coupé du monde, et pour tordre le cou aux arguties qui insultent des citoyens qui seraient comme dépourvus d’intelligence d’être Burkinabè, on invite chacun à partir de faits et d’exemples concrets et simples pour réfléchir un peu, au lieu de prendre pour bêtes et idiots ceux qui usent de leur Raison.

La déraison d’Etat

La Raison : c’est elle qui, par son universalité, nous oblige ici à en appeler et à faire référence au monde et à ce qui s’y passe sous les yeux de tout le monde. De sorte que quiconque de sensé dans ce monde ne puisse pas dire de nous Burkinabè, qu’il écoute, que nous sommes fous ou bêtes de considérer comme sacré ce qui n’est que nul et fort ridicule, sous prétexte que nous sommes un Etat souverain. Mais si la souveraineté d’un Etat s’arrête à ses frontières, la Raison elle n’a pas de frontières sinon à l’intérieur d’elle-même, qu’elle seule sait distinguer.

C’est aussi la Raison qui nous interdit d’admettre que l’on puisse, au Burkina Faso, inverser les choses pour la seule cause d’une « réconciliation nationale », en parlant ici et là, à tort et à travers, de « raison d’Etat » quand l’Etat déraisonne…

Il n’existe pas de RAISON d’Etat qui ne soit pas fondée en raison, fondée sur la raison justement, pour éviter l’arbitraire et le scandale d’Etat. Or, le seul universel dans un Etat-nation est son intérêt qui est général et national. L’ex-président américain Bill Clinton aurait pu évoquer la raison d’Etat pour justifier son parjure, son mensonge sur serment quand il nia en 1998 avoir eu des relations sexuelles et extra-conjugales avec Monica Lewinsky ; il ne l’a pas fait, car aucun Américain n’aurait été assez idiot pour croire qu’un tel mensonge pouvait préserver l’image et le statut des Etats-Unis dans le monde…

Autrement dit, le scandaleux et l’arbitraire d’une raison d’Etat seraient qu’elle soit sans raison, sans universel, mais seulement infondée plus que fondée sur un intérêt particulier qui divise non pas l’Etat mais la nation : l’intérêt de l’Etat et/ou de son chef, de l’appareil d’Etat ou du gouvernement qui ne sont pas la nation. Alors, au lieu de « raison d’Etat », parlez plus raisonnablement de déraison d’Etat !

L’Etat burkinabè comme organe politique n’est pas le Burkina Faso comme nation ; l’intérêt de cet Etat n’est pas forcément l’intérêt du Burkina. Les raisons que cet Etat et son chef armé avancent ne servent pas forcément un intérêt national auquel tout citoyen raisonnable et patriote aurait spontanément adhéré. On ne verrait pas autant de divisions et de désaccords sur une réconciliation dite « nationale ».

Surtout que l’extérieur (la Côte d’Ivoire de Ouattara) s’y mêle, tout en disant ne pas vouloir s’immiscer dans les affaires intérieures du Burkina (belle prétérition : dire le contraire de ce qu’on fait pourtant). Fonder la raison d’Etat non pas sur l’intérêt de la nation mais l’intérêt de l’extérieur , donc abandonner sa souveraineté pour faire ce que cet extérieur nous souffle de faire, c’est de la trahison d’Etat.

En outre, aucun Burkinabè n’a donné mandat au président lieutenant-colonel pour que l’intérêt de ce dernier soit aussi l’intérêt des citoyens, pour être sûr que la volonté du chef de l’Etat est aussi sa volonté : une raison d’Etat contre son propre peuple, dont le putschiste ne respecte pas les institutions, est un scandale

Donc, si l’on ne raisonne pas mais se contente de « soutenir » ce qui justement ne tient pas debout, et ne tient pas debout parce qu’il est sans fondement, on sera incapable de distinguer entre le raisonnable et le déraisonnable, entre le gouvernemental et le national, entre l’intérêt particulier et l’intérêt général ; toute raison (motif) avancée par l’Etat et son chef sera prise pour une raison d’Etat qui n’aurait pas besoin d’être fondée (et fondée encore une fois sur la raison) alors qu’elle n’est qu’une raison DE l’Etat ; une raison particulière qui doit être mesurée au mètre de l’intérêt national comme seule raison ou norme de l’action politique…

Or, que Blaise Compaoré se réconcilie ou pas avec des Burkinabè auxquels il a fait du mal, et auxquels on dit qu’il demande pardon, on a du mal à voir en quoi tout le Burkina Faso y trouverait son intérêt qui serait national, puisque ni les maux et crimes, ni la demande de pardon ne concernent tous les Burkinabè : « particulièrement à la famille de Thomas Sankara » dit-il lui-même dans la demande de pardon qu’on lui attribue.

On ne voit pas non plus en quoi la majorité des familles burkinabè qu’il n’a pas endeuillées (ce qui ne veut pas dire qu’il les a épargnées par humanité et générosité, mais c’est heureusement qu’elles ne l’ont pas croisé dans leurs vies et sur leurs chemins !) devrait, cette majorité, être tenue de pardonner ou pas.

Tout en supportant les victimes et leurs familles, avouons que ni ce pardon demandé ni la réconciliation qui pourrait s’en suivre ne sont notre affaire. En clair, on s’en fiche ! Cela ne nous intéresse pas, il n’y va d’aucun intérêt national.

Que les raisonneurs « intellectuels » d’Etat, à l’esprit faux, qui ont soutenu le régime de Blaise Compaoré et continuent aujourd’hui de défendre le coupable des actes criminels que l’intéressé lui-même reconnaît (pour eux, pas de doute, la demande de pardon est bien de leur ex-Blaise), qu’ils nous démontrent en quoi une demande de pardon de Blaise Compaoré constitue l’intérêt des millions de déplacés burkinabè qui errent sans toits ni nourriture. Que ceux qui parlent de paix leur fichent plutôt la paix (et à nous aussi) quand ils parlent de réconciliation nationale!…

Pardon

Le pape François, plus âgé et plus diminué physiquement qu’un Blaise Compaoré, n’a tué ni humilié ou violenté personne au Canada où il s’est rendu en personne pour demander pardon, au nom de l’Eglise catholique qu’il représente, qu’il est, à des « autochtones » (en fait des non-Blancs ou des Nègres comme dirait Malcom X) pour les violences physiques et l’extermination culturelle qu’ils ont subies dans des pensionnats majoritairement catholiques. En personne, en fauteuil roulant, seul dans un cimetière vide, il demande pardon, de vive voix. L’humilité même.

A contrario, on nous rapporte que Blaise Compaoré demande pardon, sans que quelqu’un ait entendu sa voix, même pas lorsqu’il s’est présenté à Kossyam. Les voix que nous avons entendues sont les voix de prête-voix, de porte-paroles et de porte-messages. Une demande de pardon qui a donc multiplié les intermédiaires (Ouattara, Damiba, ministre ivoirien et porte-parole du gouvernement burkinabè). Beaucoup de voix pour ne pas entendre la voix du seul qui demande pardon.

Donc, quand on nous dit que Blaise Compaoré est « sorti de son mutisme » pour demander pardon on n’a rien dit d’exact : rien n’est plus muet qu’un écrit. Blaise Compaoré ne sortira jamais de son mutisme un jour, il n’abandonnera jamais le style de langage et de communication qu’il a toujours eu avec les Burkinabè, et qui lui est propre : quand on le dit impliqué dans un crime il n’est pas là, même sans quitter le territoire national il n’est jamais là ; quand vous le revoyez en personne il ne parle pas ; quand il parle on n’entend pas sa voix mais celle d’autres personnes.

Une telle personne peut-elle demander pardon ? Et donc, une telle personne MERITE-t-elle qu’on lui pardonne ? Car le pardon a un prix, il est précieux : tous ne méritent pas de pardonner, et tous non plus ne méritent pas d’être pardonnés même s’ils se roulent par terre et supplient. Même Dieu n’a pas pardonné à Caïn qui a tué son frère Abel, il l’a puni : justice.

Ceux qui, même ses proches parents, prétendent que Thomas Sankara aurait certainement pardonné à Blaise Compaoré vont vite en besogne. Car c’est prendre publiquement Sankara pour un idiot. Or n’étant pas bête, il est plus probable qu’il aurait plutôt demandé à Blaise Compaoré ce que lui Blaise a fait. Par exemple : « Est-ce toi qui as demandé à Diendéré et/ou Kafando de m’éliminer ? ». « Oui, Thomas », répondrait forcément Blaise s’il veut être pardonné.

Mais, pourtant, cette question d’outre-tombe de Sankara à Blaise (« est-ce toi quoi as ordonné de m’éliminer ? »), qui au passage aurait atténué ou alourdi la responsabilité de Diendéré, cette question-là, c’est aussi à son procès qu’elle pouvait mieux être posée à Blaise Compaoré. Mais, comme on le sait, il a refusé d’y aller. De sorte qu’après sa prétendue demande de pardon, tous ceux qui méritent de pardonner à Blaise Compaoré devront inévitablement lui poser cette même question, celle de Sankara : « qu’avez-vous fait ? avez-vous bien donné l’ordre à Diendéré et Kafando de tuer Thomas ? ». Et, pour les familles des autres victimes : « est-ce vous qui avez donné l’ordre de les liquider ? », etc…

Personne ne peut mériter de pardonner à Blaise sans se mettre à la place de Sankara et des autres victimes ! Pardonner à Blaise Compaoré contre Thomas Sankara et les autres est un simulacre de pardon, un pardon impardonnable ; car c’est finalement donner raison au criminel contre les victimes, pardonner à Blaise PAR HAINE de Thomas Sankara et de ce qu’il représente encore aujourd’hui non seulement pour le Burkina mais pour l ’Afrique et au-delà : voilà pourquoi ce n’est pas un choix mais un devoir de ne pas pardonner à Blaise Compaoré.

Du reste, la demande de pardon attribuée à Blaise Compaoré est incomplète, et reflète aussi le non-panafricanisme (voire l’anti-panafricanisme) de ceux qui la lui ont soufflée et écrite de leurs mains : il manque le pardon à l’Afrique, le pardon à l’espoir africain déçu. Aussi, par exemple, beaucoup d’Ethiopiens aujourd’hui, en réaction à cette demande de pardon que l’on dit de Blaise Compaoré, demandent qu’il soit… « enterré vivant » (comme quoi les choses vont même très loin quand on sort du seul Burkina) ! Donc, pas de pardon possible.

Si les Burkinabè veulent vraiment se réconcilier autour de cette affaire politico-judiciaire, qu’ils ne pardonnent surtout pas à Blaise Compaoré par haine de Thomas Sankara. Mais alors, que restera-t-il s’il n’y a pas le pardon pour se réconcilier ? Il reste la justice, dont Blaise lui-même, ou son avatar, en demandant pardon, avoue mériter le verdict qui le condamne à la perpétuité (« j’assume »). Dans cette demande de justice, nous n’avons pas l’aveu des actes précis (ce qu’il a fait) pour lesquels on dit qu’il demande pardon, mais nous avons bien l’aveu qu’il mérite la justice et son verdict. Un aveu qui rend en même temps le pardon superflu !…

Le président Bill Clinton, dans la tourmente de l’affaire Monica ou Monicagate, n’avait pas demandé pardon aux Américains, mais s’était simplement adressé à eux pour dire qu’il était « deeply sorry », profondément désolé, pour ce qu’il a fait à sa famille d’abord, à ses proches. Il n’avait pas besoin de demander pardon à l’Amérique puisque, par la procédure de l’impeachment, la justice venait de l’acquitter et de lui éviter ainsi la destitution. En revanche Bill Clinton avait écrit de ses mains une lettre à son Eglise personnelle dans l’Arkansas (à Little Rock précisément) pour confesser ses péchés d’adultère et demander pardon. Pas de demande de pardon pour le parjure sous serment, mais pour le péché de libido : là où passe la justice, le pardon est inutile et dérisoire…

Mais, il y a surtout un aveu préalable, primordial que ceux qui veulent lui pardonner devraient obtenir de Blaise Compaoré, en se demandant, tout en lui demandant, toujours à la place des victimes dont Sankara : « Dites-nous franchement, Monsieur le président, est-ce vous qui avez rédigé la lettre de demande de pardon qui a été lue à kossyam à votre nom? ».

Car il y a plus qu’un doute au sujet de cette demande de pardon, doute que confirment trois choses, trois signes :

1/ Le premier signe est justement l’absence d’un signe important, la signature de Blaise Compaoré ! Lorsque Roch a été déposé, aux lieutenants-colonels qui disaient avoir obtenu sa démission, des Burkinabè ont exigé que la lettre de démission signée de l’ancien président soit publiée ; ce qui a été fait, et confirmé ensuite par Roch lui-même (il l’aurait fait « pour éviter un bain de sang »)…

2/ La deuxième chose est que si c’était Blaise Compaoré qui avait rédigé la lettre, il aurait logiquement, après avoir reconnu ses actes criminels dont il dit assumer les souffrances pour les victimes et leurs familles, il aurait indiqué se mettre à la disposition de la justice burkinabè. Or ce n’est pas ce qu’on nous a lu…

3/ Au lieu donc de se mettre à la disposition de la justice pour exécuter sa sentence, le soi-disant Blaise Compaoré dont on nous a lu une lettre enchaîne immédiatement sur un « désormais », un « à présent » qui sont déjà les pas dans la réconciliation dite nationale.

Alors on n’en croit pas ses oreilles : que celui-là qui est en train de demander pardon décide seul, et le premier, sans attendre même de savoir si ce pardon lui sera accordé ou non, et comme déjà certain d’être pardonné, décide de tourner la page, et d’indiquer à ceux à qui il demande pardon ce qu’il leur reste « désormais » à faire, se réconcilier ; se réconcilier entre eux, entre Burkinabè, alors que l’on s’attendait à ce que ce soit surtout à lui Blaise Compaoré de se réconcilier avec les victimes et leurs familles. Aucune humilité…

Quelque chose ne tourne pas rond : imaginez quelqu’un qui déclare sa flamme et, sans attendre de savoir si c’est réciproque, si la même flamme s’allume dans l’autre désiré(e), prépare déjà, en grandes pompes, la suite, le mariage !

A coup sûr, cette lettre de demande de pardon n’a pas été soufflée et rédigée pour la réconciliation personnelle de Blaise Compaoré avec les victimes de ses « actes » (lesquels il n’a pas précisés, donc pas de vérité), mais pour la politique gouvernementale de la « réconciliation nationale » telle quelle devrait être mise en œuvre au Burkina comme en Côte-d’Ivoire.

Réconciliation nationale

Voici un pays, le Burkina Faso, où l’on s’étripe sur une réconciliation au rythme et à la fréquence des attaques terroristes qui le frappent depuis 2016 ; un pays où les dirigeants eux-mêmes assurent aux populations que pour retrouver la paix il faut se réconcilier parce que ce seraient des Burkinabè qui tueraient d’autres Burkinabè, leurs frères et sœurs. Le pays serait donc divisé et en guerre. Quelle autre définition donnerait-on à la guerre civile ?

C’est sur ce chemin que s’est aventuré l’actuel ambassadeur de France au Burkina Faso (inutile de rappeler le nom) qui parle bien de « guerre civile ». Mais les Burkinabè lui sont tombés dessus, à bras et mots raccourcis : dehors ! Ils ont demandé que le Burkina expulse l’ambassadeur, comme l’aurait fait, par exemple, le Mali…

Il se trouve que les autorités burkinabè ne sont pas allées dans ce sens, elles se sont contentées de demander au diplomate français d’être plus diplomate, d’avoir de la « retenue ». Mais, très important, en demandant cette retenue, c’est le gouvernement burkinabè qui s’impose une retenue à la place de l’expulsion demandée par des citoyens. Pourquoi ?

Pas parce que ce gouvernement a peur, pas parce qu’il n’aurait pas pu être plus énergique et souverain dans sa réaction, non : il est obligé de se retenir et de se refreiner lui-même parce que l’ambassadeur français a raison et dit vrai selon la logique et la politique mêmes du gouvernement burkinabè, celles de la « réconciliation nationale »

En effet, pourquoi un pays passerait autant de temps et mettrait autant d’énergie à aller à une réconciliation « nationale » (c’est-à-dire de toute la nation avec elle-même) s’il n’était pas en guerre civile, en tout cas divisé au point que certains citoyens, « enfants du pays », prennent les armes, nous dit-on, pour en tuer d’autres ? « Guerre civile » en est bien l’exacte traduction : le mot utilisé par l’ambassadeur français dit précisément ce que les autorités du Burkina Faso elles-mêmes ne cessent de dire et d’assener à leur peuple qui en devient harcelé !

La différence, l’écart entre la réaction des citoyens burkinabè, d’autant plus vive que, eux, ne voient nulle part de guerre civile, et la retenue du gouvernement burkinabè qui se trahit en demandant de la retenue au Français, s’expliquent par le fait que les autorités burkinabè ne veulent surtout pas que l’incohérence de leur politique de « réconciliation nationale » dépasse les frontières du Faso, s’internationalise, se mondialise à travers une expulsion officielle qui allait forcément, et plus, susciter la curiosité et l’intérêt des médias du monde sur la politique intérieure de ce « petit pays très pauvre ». Donc, pas trop de bruit…

Mais, l’on voit par là même le vrai visage de cette « réconciliation nationale » : son seul vrai pivot autour duquel elle tourne, autour duquel on nous fait tourner, est Blaise Compaoré. De façon dialectique, on remarque au passage que le contenu de cette réconciliation a toujours varié selon les dirigeants politiques : la réconciliation du CODER n’est pas la même que celle de Diabré/Kaboré, et cette dernière n’est pas non plus la réconciliation dont parle aujourd’hui le lieutenant-colonel président, plus proche de la réconciliation du CODER que de la Diabré/Kaboré, son seul objectif étant le retour et la réhabilitation de Blaise Compaoré.

De deux choses l’une, ou la même chose en deux :

1/Ou bien l’ambassadeur de France a dit vrai du point de vue du gouvernement burkinabè qui parle aussi de division pour mieux réconcilier, et alors il ment comme mentent les autorités burkinabè sur la division du pays …

2/Ou bien l’ambassadeur dit faux (= il n’y a pas de division et de guerre civile au Faso), et alors les autorités du Burkina mentent sur la réconciliation qui vise alors moins la paix (puisque les Burkinabè ne sont pas divisés) que la réhabilitation de Blaise Compaoré. Dit autrement, s’il n’y a pas de guerre civile au Burkina Faso (ce qui est vrai), alors la « réconciliation nationale » comme politique nationale est un mensonge d’Etat, une diversion qui met le pays en danger ; le pays qui est en guerre contre des terroristes venus de partout, mais pas en guerre civile.

Une réconciliation nationale qui ne tourne qu’autour de Blaise Compaoré est un danger national qui repose sur un mensonge d’Etat qu’on aurait tort, à moins de déraisonner, de prendre pour une raison d’Etat fondée sur un intérêt général et national fabriqué et imaginaire  (lisez la toute dernière sortie du président du CDP : on part de la demande de pardon attribuée à Blaise pour aller aux chefs coutumiers et religieux et puis, par généralisation, pieds joints, on saute et fonce à toute la nation, sans qu’on sache et voit pourquoi un pardon demandé à des victimes précises devraient impliquer toute la nation, à moins d’avouer que Blaise Compaoré a endeuillé tous les Burkinabè, ce qui devrait alors davantage le conduire plus justement et rapidement en prison !)…

Justice

Salah Abdeslam est le survivant des commandos islamo-terroristes qui ont massacré des centaines de personnes innocentes dans les attentats de novembre 2015 à Paris. Après avoir tenté d’utiliser son procès comme lieu de son ultime baroud d’honneur, pour ne pas perdre une dernière fois la face d’être resté le seul jihadiste à n’avoir pas eu le courage de se faire sauter avec sa ceinture d’explosifs, il a fini par demander pardon aux familles des victimes. Mais sa demande de pardon ne lui a pas évité la prison à vie où il croupit en ce moment même.

Demander pardon, quand on a été criminel, cela peut soulager la peine des proches des victimes, c’est donc bien, on peut applaudir ; mais faire la prison c’est encore mieux ! Demander pardon, ou s’excuser, quand on est coupable de crimes que l’on reconnaît en plus, et aller en prison ne sont pas deux choses contradictoires et incompatibles ! Sauf si l’on confond le pardon avec l’amnistie ou la grâce. De grâce, faites pardon, le pardon n’est pas la grâce. Un souverain ne gracie qu’une personne reconnue coupable et condamnée par la justice, alors que nous n’avons pas besoin de la justice pour pardonner à des personnes qui n’ont rien de criminel.

La justice, les pardonneurs (qui sont aussi souvent les réconciliateurs) ne veulent pas en entendre parler, en même temps ils ne savent pas ce qu’ils veulent :

Le procès Sankara et compagnons a démarré au su et au vu de tous, sans contestation, sans manifestation ni écrits hostiles contre son ouverture. Tout le monde a joué le jeu des débats juridico-judiciaires ; Blaise Compaoré a eu ses avocats qui l’ont défendu du mieux qu’ils pouvaient (même à distance, et en boycottant le procès), comme l’ont fait les avocats de Sankara et des autres victimes.

Et puis le verdict est tombé. A quoi s’attendaient-ils au juste, tous ces pardonneurs réconciliateurs : que Blaise Compaoré sous la présidence duquel on n’a jamais autant liquidé et éliminé, tué et brûlé au Burkina Faso, soit acquitté ? Pour le boucher du Faso, quel autre verdict attendaient-ils ?

Le fait même de vouloir pardonner à Blaise Compaoré, en plus du verdict de la justice, le désigne comme coupable. C’est la condition même de tout pardon, qu’on ne pardonne jamais à quelqu’un sans lui reconnaître quelque faute plus ou moins grave. On ne pardonne pas à quelqu’un qui n’a rien fait de mal, qu’il demande ou pas pardon. Tout pardon est un désaveu. Voilà pourquoi, nous le disions plus haut, il faut mériter de pardonner et d’être pardonné : celui qui n’est pas fautif ne mérite pas d’être pardonné ; celui qui demande pardon, mais fraude et trompe dans cette demande même, ne mérite pas non plus d’être pardonné. On ne peut (doit) pardonner la fraude au pardon !…

Un fait n’a jamais été souligné : au Burkina Faso, ce sont aussi des ONG étrangères et occidentales comme International Crisis Group qui ont, dans leurs rapports sur la situation sécuritaire du pays, préconisé la réconciliation pour conjurer l’insécurité, reléguant la justice au second plan. La réconciliation d’abord.

Sans que les Africains et les Burkinabè en particulier s’interrogent et s’inquiètent sur cette exclusivité de la réconciliation pour résoudre les conflits lorsqu’il s’agit de l’Afrique et des peuples non-Blancs (dernier exemple des « autochtones » au Canada). Car les sociétés occidentales sont minées par des violences sociales et communautaires parfois sans comparaison possible avec les sociétés africaines sans que la réconciliation y soit jamais évoquée pour la cohésion sociale ; à croire que ces violences en Occident sont irréconciliables (aucune réconciliation n’y mettra fin)…

Certains Africains sont avocats en Europe mais réconciliateurs pardonneurs en Afrique, chez eux. Sans chercher, on trouve l’erreur : aux Occidentaux la justice et sa rationalité institutionnelle, aux Africains le cœur et les bons sentiments moraux et religieux du pardon et de la réconciliation. Encore et toujours, Senghor a raison, s’il avait indiqué la dichotomie comme scandale à combattre : la raison (la justice) serait hellène comme l’émotion (le pardon et la réconciliation) nègre ; une émotion nourrie par les croyances religieuses et traditionnelles des Africains.

 Ne vous y trompez pas, cette panacée de la réconciliation soufflée aux Africains, au lieu de la justice, participe encore de l’assistance humanitaire : il s’agit d’aider et de secourir des gens, même dirigeants politiques, qui ne réfléchissent pas assez, ou pas du tout, qui ne raisonnent pas, même diplômés et « intellectuels », qui ne sont pas faits pour la rationalité juridico-judiciaire, les secourir avec la solution de la réconciliation qui leur reste, à mettre fin aux conflits communautaires et à vivre ensemble…

En effet, et comme par hasard, ce sont les coutumes et les ancêtres que l’on évoque au Burkina Faso pour persuader de pardonner à Blaise Compaoré. Mais c’est ignorer que toute la mythologie religieuse et politique (théologico-politique) du frère qui tue son frère pour le pouvoir ou la foi est occidentale : Caïn et Abel, Remus et Romulus …

Machiavel ne conseille pas autre chose : pour fonder un Etat et le gouverner il ne faut jamais être deux, même pas deux frères et amis comme Blaise Compaoré et Thomas Sankara. Conseil machiavélique que Blaise a bien entendu et exécuté, ce qui lui vaut aujourd’hui une justice aux trousses !…

Chacun finit par voir petit à petit se dessiner le scénario ivoiro-burkinabè de la « réconciliation nationale » :

1/ Dans un premier temps on envoie innocemment Blaise Compaoré à Ouaga comme un ballon d’essai, pour voir comment réagiront les Burkinabè, comment ils l’accueilleront.

2/ Parce qu’une bonne partie du peuple et des familles des victimes se sont montrées intraitables quant au verdict de la justice à exécuter sans négociation, on change de décor, on y met de la jeunesse et de la famille (la fille à la place du vieux père), de la solennité (ministre coursier ivoirien envoyé curieusement par Ouattara et non par Blaise, comme si c’était le président ivoirien lui-même qui demandait pardon au Burkina !). Autant de voies et de voix prêtées à Blaise Compaoré pour une demande de pardon. Puisque la voie de la justice est bloquée si Blaise ne va pas en prison, il faut passer par le cœur et l’émotion, la foi et la tradition, voire la pitié. Ne réfléchissez pas, ne raisonnez pas, pardonnez…

 3/ La suite probable et « logique » (selon la logique de la « réconciliation nationale »), mais à contrer par une mobilisation nationale et internationale féroce, risque d’être la grâce de Blaise par le lieutenant-colonel président, puisqu’on nous dit qu’il a demandé pardon. Ne pardonnons jamais la fraude au pardon !

En attendant de s’assurer que la main qui a écrit la lettre de demande de pardon est celle de Blaise Compaoré ou une prothèse, une greffe de main, la main d’un autre, seule la politesse africaine est de mise quand quelqu’un soumet une demande : oui, nous avons bien entendu la demande qui nous a été lue. C’est entendu, mais Blaise Compaoré est attendu à la prison. Nos oreilles sont aussi ouvertes et accueillantes que les portes du pénitencier…

Ouagadougou le 3 août 2022

Pour la « Mobilisation des Intelligences pour le Faso (M. I . Fa) »,ont signé :

  1. Prof Etienne TRAORE (Enseignant-chercheur à la retraite de philosophie morale et politique à l’université Joseph KI ZERBO),
  2. Pr Taladidia THIOMBIANO (Enseignant-chercheur à la retraite en Sciences économiques et de gestion, Université Thomas SANKARA)
  3. Christine PARE (Conseillère Principale, Canada)
  4. Kalifara SERE (Administrateur Civil à la retraite)
  5. Dr Yoporeka SOMET (Enseignant-chercheur en Philosophie et Egyptologie, Dedan Kimathi University of Technology, Kenya)
  6. Simon KABORE (Technicien Supérieur en Pharmacie)
  7. Dr Nongainéba Benjamin ZOUMBA (Enseignant-Chercheur en Sciences économiques et de gestion à l’Université Thomas SANKARA)
  8. Angèle BASSOLE (écrivaine et éditrice, Canada)
  9. Djibril BARRY (Ingénieur socio-économique)
  10. Dr Kakiswendépoulmdé Marcel Marie Anselme LALSAGA KAMMANL (Enseignant-chercheur d’Histoire politique et sociale, Université Nazi BONI)
  11. Ollo Mathias KAMBOU (Assistant de Recherche et Doctorant en Sciences de la Population Université Joseph KI ZERBO)
  12. Dr Kwesi Debrsèoyir Christophe DABIRE (Enseignant-chercheur en Philosophie, France)
  13. François TIAHO (Maître de Conférences en Physiologie animale, Université de Rennes I, France)
  14. Dr Koulsy LAMKO (Enseignant-chercheur en Littérature et Arts du Spectacle, Hankili So Africa, Mexique)
  15. Dialo DIOP (Médecin-Biologiste à la retraite, Président d’honneur du RND, membre de la coalition « Yewwi askan wi », Sénégal)
  16. Me Olivier BADOLO (Avocat, Canada et Burkina Faso)
  17. Dramane GNESSI (Réalisateur, Artiste)
  18. Téguewindé SAWADOGO (Ingénieur de Recherche et Développement, Canada)
  19. Miphal LANKOUANDE (Sociologue, expert en appui au développement local)
  20. Boubacar Boris DIOP (écrivain, Sénégal)
  21. Pr Aziz Salmone FALL (politologue internationaliste, coordonnateur de la Campagne Internationale Justice pour Sankara. membre du GRILA, Membre du Forum du Tiers Monde, Président du CIRFA, enseignant à l’UQAM et à l’université McGill, Canada)

  1. Abdoulaye Barro (économiste, consultant indépendant)
  2. Tieryaon Christelle SOMDA ( assistante sociale)
  3. Ibrahim YOUBA (Ingénieur en carrosserie auto, commerçant, et PDG de Service Auto Vision)
  4. Ibrahim DERRA (Professeur certifié des lycée et collège, option anglais)
  5. Valentin TIAMA (Ingénieur du génie rural)
  6. Evariste MEDA (Assistant technique de projet)
  7. Augustin ZOUNGRANA (Professeur certifié des lycée et collège, option Histoire et Géographie)

  1. Babacar Buuba DIOP (Spécialiste d’Histoire ancienne à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Universitaire et Président de l’Association Panafricaine pour l’Alphabétisation et la Formation des Adultes.)

  1. Seydou BONI (Professeur certifié des Lycée et Collège, option Français)

  1. Aménophis Issiaka TRAORÉ (Professeur de Physique à la Faculté des Sciences de l’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako, USTTB)
  2. Inoussa OUEDRAOGO (Professeur de Lycée et Collège, option Philosophie)
  3. Tahirou OUEDRAOGO (Conseiller Emploi, Consultant)
  4. Tenrebsom Boniface ZANGO ( Exploitant Agropastoral)
  5. Olivier SAWADOGO (Infographiste-designer, community manager)
  6. Abdoulaye DERRA (économiste analyste, Canada)
  7. Khalifa SIRIMA (Professeur de Lycée et collège)
  8. Adama OUEDRAOGO (Professeur des lycées et collège)

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