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Burkina Faso: Discours d’hommage au Professeur Ba Ahmed Tidjani, « Une vie au service de l’université»

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Le professeur Ahmed Ba
Le professeur Ahmed Ba. Source Lefaso.net

Ce discours a été prononcé à l’occasion des hommages rendus au Pr BA par ses collègues de l’université Thomas SANKARA le 11 juin 2021. 

Le professeur BA nous a quittés ce jeudi 22 septembre 2022. Par conséquent, je souhaiterais publier ce discours en guise d’hommage au défunt. Le discours est publié dans sa version initiale. 

Le Pr BA est parti comme il a vécu.

Monsieur le Président de l’Université Thomas Sankara, Mesdames et Messieurs, en vos titres et grades, Distingués invités,

Le professeur BA Ahmed Tidjani, que nous célébrons aujourd’hui, était-il prédestiné à être professeur de droit public, plus précisément  un spécialiste de droit administratif reconnu et respecté ? En tout cas, le contexte intellectuel dans lequel il est né à Bobo-Dioulasso en 1954 nous autorise à répondre à cette question par l’affirmative. À cet égard, deux évènements majeurs, qui se sont déroulés dans la métropole française, en1954, nous permettent de tirer de telles conclusions. 

Le premier événement est relatif à la publication par l’éditeur LGDJ de la thèse de doctorat de Réné CHAPUS intitulée Responsabilité publique et responsabilité privée : les influences réciproques des jurisprudences administrative et judiciaire. Cet ouvrage, qualifié par Marcel Waline d’œuvre de bénédictin, va marquer la naissance d’un des plus grands professeurs de droit administratif français du 20e siècle. 

Le second événement est relatif à l’affaire BAREL à l’occasion de laquelle le Conseil d’État réuni en Assemblée, la même année, a rendu un grand arrêt qui va définir avec netteté les limites du pouvoir discrétionnaire et les règles relatives à la charge de la preuve. 

C’est dans ce contexte qu’est né, le 18 juin 1954, à Bobo-Dioulasso, au sein de la grande famille BA, Ahmed Tidjani BA, baptisé comme tel sans doute en hommage au fondateur de la grande confrérie musulmane Tidjania.

Comme Wangrin, le jeune Ahmed Tidjani ira à l’école des blancs. Après un parcours primaire et secondaire brillant à Bobo-Dioulasso, va ville natale, il se retrouve à Lomé pour entamer des études universitaires à la faculté de droit. 

À Lomé, il aura comme camarades de promotion Madame Sika KABORE, aujourd’hui Première dame du Faso, et Monsieur Jean Claude BONZI, aujourd’hui juge à la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA. 

Après un parcours également brillant à Lomé, il dépose ses valises en France, plus précisément à Clermont-Ferrand, d’où il revient avec le un doctorat en Droit public, après avoir soutenu brillamment une thèse sur portant sur l’emblématique thème « L’évolution de la juridiction administrative en Haute-Volta, contribution à l’étude du Contentieux administratif de la Haute-Volta ».

Recruté à l’Université de Ouagadougou (en 1987) et titularisé en 1988, il va terminer sa carrière comme maître de conférences.

Pendant ce long parcours universitaire en tant qu’enseignant-chercheur, le professeur BA Ahmed s’est investi dans la recherche et dans l’enseignement.

En tant que chercheur, ses publications les plus emblématiques ont été faites en droit administratif. On peut regrouper ses travaux dans cette discipline autour de deux thématiques majeures : l’État de droit et l’organisation administrative et territoriale.

Relativement à la première thématique, à savoir l’Etat de droit, on peut souligner avec vigueur ses nombreuses réflexions sur le contrôle juridictionnel de l’administration, publiées dans des articles et dans un manuel. Ces réflexions, qui ont mis en exergue les limites et les forces de l’activité du juge de l’administration, ont fortement contribué à l’édification de l’État de droit au Burkina Faso, dans la mesure où elles ont parfois inspiré des réformes législatives et réglementaires et parfois contribué au renforcement des capacités du juge administratif.

En plus du juge administratif, le professeur BA Ahmed s’est également intéressé, dans ses travaux de recherche, à l’activité du juge judiciaire notamment celles ayant des liens avec l’administration.

Relativement à ce point on peut dire qu’il a été inspiré par Jean-Marie AUBY qui, dans son compte rendu de l’ouvrage précité de René CHAPUS, écrivait que « les spécialistes du droit administratif doivent se rendre compte que le « splendide isolement » qu’ils ont trop souvent pratiqué n’est plus aujourd’hui de mise et qu’ils ne feront pas progresser leur discipline en se privant de tout contact avec la technique et les institutions de droit privé ».

C’est dans ce sens, et à l’image de René CHAPUS, qu’il faut comprendre les notes du Professeur Ba Ahmed relatives, d’une part, aux arrêts SONICO c. BICIAB-B et Cour Suprême, Chambre judiciaire,15 avril 1995, respectivement dans les numéros 29 et 30 de la Revue Burkinabè de droit en 1996, d’autre part, le juge judiciaire et les questions accessoires. Observations sous Cour d’appel de Ouagadougou, 4 décembre 1992, Penant 1998.

Le professeur est convaincu qu’on ne peut être un bon administrativiste si on n’a pas une bonne culture générale en droit privé.

Relativement à l’organisation administrative et territoriale de l’État, le Professeur BA s’est intéressé aux questions de décentralisation et de déconcentration. A cet effet, son expertise a été fortement mobilisée tant au plan national qu’au niveau international. On peut noter dans ce sens qu’il a été consultant pour la Banque mondiale, la Coopération technique allemande, le PNUD, etc. 

Sur le plan international, il a été expert international, chef de mission, dans l’étude pour la préparation des lois, décrets, arrêtés, ou documents sur la décentralisation administrative en République démocratique du Congo.

Le professeur BA s’est laissé également séduire par les autres disciplines fondamentales du droit public interne. Ainsi, comme Paul AMSELEK, il s’est intéressé aux finances publiques, notamment les aux finances locales dont il est indiscutablement un des grands spécialistes au Burkina Faso. À cet égard, on peut souligner son importante étude portant sur « Crise et réforme de la fiscalité locale », publiée dans la Revue Burkinabè de droit en 2004.

Par ailleurs, comme son ami Maurice KAMTO, il n’est pas resté indifférent au droit constitutionnel. En lien avec cette discipline, il s’est intéressé notamment à l’étude des régimes politiques à travers son article publié dans la RBD en 1999 et portant sur l’important sujet « L’Exécutif dans les démocraties pluralistes africaines. L’exemple des États de l’Afrique de l’Ouest ». Le sujet est toujours d’actualité si l’on s’en réfère aux récentes réformes constitutionnelles opérées dans plusieurs pays de notre région ouest-africaine.

L’universitaire, en plus d’être chercheur, est d’abord enseignant. À cet égard, le professeur BA a contribué fortement à la formation de plusieurs générations de juristes burkinabè et africains. Il a essentiellement enseigné le droit administratif et accessoirement les grands systèmes politiques contemporains. Il est décrit par ses étudiants comme un enseignant compétent, accessible, simple et élégant. Oui ! le professeur BA est un homme simple et élégant détaché du matériel et fuyant les honneurs d’une vie somme toute éphémère pour chacun de nous. 

S’il ne s’est pas laissé attirer par les sirènes de la politique, il avait cependant un engagement citoyen. Cet engagement s’est manifesté à travers la création du Centre pour la Gouvernance locale dont il est le directeur. À travers ce centre, il a participé à la promotion du droit financier local et à la modernisation de la gestion locale. 

Le centre a produit un guide d’initiation à la finance locale, un guide d’analyse de la gestion financière des collectivités locales et un logiciel d’analyse financière des budgets locaux. 

Au moment où la décentralisation occupe une place importante dans l’agenda du gouvernement et de celui des bailleurs de fonds, on peut dire que le Centre a encore de beaux jours devant lui. Au regard du rôle déterminant qu’il a joué dans la naissance et le rayonnement du Centre, celui-ci pourrait être baptisé : Centre BA Ahmed Tidjani pour la Gouvernance locale et l’État de droit.

Sur le plan administratif, le professeur BA a été chargé de mission auprès du ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale, conseiller juridique du Recteur de l’Université de Ouagadougou et membre de plusieurs commissions interministérielles, dont la Commission nationale de la décentralisation rattachée alors au Premier ministère.

Le professeur BA est resté proche de ses collègues anciens étudiants. Avec ces derniers, il entretient une relation toujours empreinte d’humilité et de simplicité. S’il y a des valeurs que le professeur laisse en héritage à ces derniers, c’est bien l’humilité et la simplicité.

 Le professeur BA est humble par nature et simple par conviction. Dans le processus d’acquisition des connaissances, l’humilité reste une valeur essentielle. C’est ce que nous enseigne Pythagore. À ses contemporains qui le considéraient comme un sage au sens sans doute de savant, Pythagore répondait qu’il n’était pas un sage, mais un amoureux de la sagesse (philosophia= amour de la sagesse). On ne peut acquérir suffisamment de connaissance si on n’a pas l’amour de l’apprentissage. Cet exercice exige de nous une dose d’humilité.

Le professeur BA est simple par conviction et non par quête d’une quelconque originalité. Il a mené et mène une vie simple loin de toute ostentation. 

Dans un monde dominé par le matérialisme et par la quête permanente de reconnaissance sociale et d’affirmation de soi, par des biens matériels, il faut nécessairement avoir lu les enseignements de Thierno Bokar, pour vivre la vie ascétique du professeur BA. 

Mais, professeur, vous avez raison ! Vous avez raison, car tout est vanité et poursuite du vent, écrivait l’Ecclésiaste dans la bible. Parce que la vie n’est qu’une jouissance éphémère et trompeuse, Thierno Bokar enseignait à son élève, Amadou Hampaté BA, qu’il fallait : « servir, servir toujours, mais ne jamais chercher ni les honneurs, ni le pouvoir, ni le commandement ».

Vous avez servi votre pays avec dévouement, probité et intégrité, sans chercher les honneurs ni les conforts. C’est donc à juste titre que votre pays vous a été reconnaissant en vous élevant au grade d’officier des palmes académiques. Soyez fier de votre parcours universitaire et des nombreux services rendus avec abnégation à l’État. Ne soyez pas très sévère avec vous.

À présent que vous jouissez, depuis 2019, d’une retraite paisible, vos anciens collègues, par ma voix, vous expriment leur sincère reconnaissance pour tout ce que vous avez fait pour le rayonnement scientifique de notre UFR. 

Tout en saluant les productions scientifiques que vous laissez en héritage à la postérité, ils forment tous le vœu que vous puissiez continuer à servir de source d’inspiration intarissable pour les générations actuelles et à venir.

Les nombreux étudiants que vous avez contribué à former et qui occupent des postes de responsabilité aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé se joignent à ces hommages et vous traduisent leur profonde gratitude pour tout ce que vous avez fait pour eux.

Cher Professeur BA,

Soyez assuré que votre passage à l’UFR/SJP n’aura pas été vain. Que Dieu le Tout Puissant vous garde en pleine santé pendant de nombreuses années encore et qu’Il vous donne de vivre une retraite paisible et féconde.

Je vous remercie.

Aboubakar SANGO

Enseignant-chercheur 

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