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Burkina Faso : en plus d’être rudimentaire, l’agriculture burkinabè est à l’épreuve du changement climatique

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Des poches de sécheresse, des inondations, des sols de plus en plus pauvres, ce sont entre autres les manifestations du changement climatique. Ces effets impactent négativement le monde agricole, réduisant ainsi les rendements agricoles et contraignant les producteurs à adopter de nouvelles pratiques plus adaptées. Dans la région du Centre-Nord comme dans celle du Plateau-Central, les agriculteurs exposent leur calvaire face à ce phénomène.

Par Daouda Kiekieta

Les évolutions du climat ont pour conséquence tantôt des épisodes de grande sécheresse, tantôt des pluies diluviennes qui provoquent des inondations parfois mortelles. Elles lessivent les sols et elles noient les plantations.

Les eaux ruissellent et ne s’infiltrent plus dans les terres. Ces changements climatiques amplifient le phénomène de la désertification, une catastrophe pour bon nombre de Burkinabè dont 56,2% des 20 505 155 habitants sont des agriculteurs, des ouvriers qualifiés de l’agriculture, de la sylviculture ou de la pêche, selon le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) 2019.

Au Plateau-Central, le recours aux engrais organiques est privilégié pour pallier les effets de la dégradation des terres. Ces engrais sont fabriqués à base de matières premières locales.

C’est le cas de Issaka Dera que nous avons rencontré le 25 juillet dernier. Âgé de 37 ans, ce jeune homme “aux corpulences bien bâties » affirme que cette année, ses 4 hectares seront fertilisés uniquement avec de la fumure organique qu’il a fabriqué sur place. Sur son champ à moitié semé, situé à côté de sa ferme au bord d’une rivière, M. Dera a construit deux forages pour abreuver son bétail.

Chez la plupart des producteurs agricoles de Ziniaré, le recours aux semences est de plus en plus utilisé pour s’adapter aux aléas pluviométriques.

Au village de Songpelcé, situé à environ 10 km de la ville de Ziniaré,  Laya Diallo et Amado Sebgo, deux chefs de famille, ont opté pour la variété IKMP 5 pour leur champ de 4 hectares de sorgho.

Alors que quelques nuages s’amoncellent en cette matinée du 26 juillet 2022, nous allons à la rencontre de ces deux hommes. Pendant que nous faisons le tour du champ, ils expliquent que cette variété de sorgho a entre 90 à 110 jours pour arriver à maturité.

En choisissant le IKMP 5, ces deux agriculteurs entendent surmonter la baisse de leurs rendements agricoles à cause de l’appauvrissement des sols et des poches de sécheresse.

Semer il y a environ un mois et demi, le champ des deux hommes force l’admiration. Laya Diallo se félicite du cycle d’évolution de sa culture mais craint que les aléas climatiques ne bouleversent le calendrier cultural de la saison. “Il y a déjà certaines plantes qui présentent des signes de floraison.

A en croire, Amado Sebgo, président de l’Union régionale des producteurs semenciers de Ziniaré pense que les feuilles des arbres constituent une source de fertilisation des sols. “Mais avec la désertification, les arbres meurent et les sols s’appauvrissent”.

 

 

Issa Simporé, technicien d’agriculture et chef de la Zone d’appui technique de Ziniaré. Il trouve que la baisse des rendements et de la production, le changement du régime de précipitations et le bouleversement des calendriers culturaux sont entre autres effets palpables du changement climatique de nos jours.

En 2020, on estime à 34% du territoire national, soit 9.234.500 ha des terres agricoles qui sont dégradées, avec une progression estimée à environ 105 000 à 250 000 ha par an, ces 10 dernières années, selon SOS Sahel.

Pour un pays dont l’agriculture dépend  du climat, ce phénomène de dégradation vient augmenter les souffrances des agriculteurs.

Le gouvernement veut concentrer l’agriculture dans les zones fertiles

Du côté du gouvernement burkinabè, l’appauvrissement des terres, combiné au difficile accès aux engrais, semble très difficile à gérer. La tendance est de s’orienter vers des zones potentiellement fertiles.

C’est là une solution à court terme mais qui ne résout pas véritablement le problème. «Aujourd’hui, la politique du gouvernement est de faire en sorte qu’avec les peu d’intrants dont nous disposons, nous allons vers une intensification agricole.

Cela consiste à mettre l’accent sur les grandes zones de production où il y a de grandes potentialités et un faible risque climatique, notamment dans les plaines et les bas fonds », déclare Innocent Kiba, ministre burkinabé de l’agriculture. C’était au cours d’une conférence presse animée le 09 août 2022 sur la question de la sécurité alimentaire.

Jean Bosco Zoungrana, expert en changement climatique, pense par contre que des techniques d’arrosage plus modernes (système goutte à goutte par exemple) doivent être vulgarisées. 

Donner une nouvelle vie aux terres dégradées et dénudées

Pour contrer la dégradation des espaces cultivables, les acteurs du monde agricole font recours à plusieurs méthodes. Le Dr Jean Bosco Zoungrana, suggère aux agriculteurs de privilégier les pratiques agricoles tendant à la récupération des terres dégradée.

«Il faudra surtout vulgariser les pratiques et technologies agricoles climato-intelligentes (Zaï, les cordons pierreux, usage de variétés améliorées, etc.), cela contribuera à restaurer les terres dégradées et accroître le rendement agricole», conseille-t-il.

Dans la région du Centre-Nord, les méthodes de Zaï, les demi-lunes, le compost aérobique sont les maîtres mots des producteurs. Sous le soleil brûlant, les membres de la coopérative agricole Wend Panga du village de Nessemtenga s’activent dans le labour de leur champ collectif qui s’étale sur environ 4 hectares.

Ce 27 juillet, ces hommes et femmes répandent du compost pour ensuite semer, appauvrissement des sols oblige. mais déjà, la pluie se fait attendre, parce qu’il a plu il y a environ 5 jours.

Selon Georges Ouédraogo, membre de cette coopérative, en plus des difficultés liées à l’appauvrissement aux sols, le problème de ressources en eau se pose avec acuité. Dans ces conditions, la coopérative dit bénéficier du soutien de l’Association vision actions développement (AVAD), notamment la récupération des terres dégradées.

“Avec le tarissement des retenues d’eau, nous sommes obligés de recourir aux quelques puits du village pour arroser nos cultures maraîchères », soutient Kadidjatou Sawadogo, membre de la coopérative Wend Panga.

 

“Le changement climatique constitue une opportunité pour la modernisation de notre agriculture”

Loin d’être une fatalité, le dérèglement climatique devrait pousser les producteurs à innover dans leurs pratiques pour s’adapter à cette situation. Ces pratiques sont entre autres l’utilisation des technologies climato-intelligentes qui sont respectueuses de l’environnement et intègrent le changement climatique, le développement de l’agriculture de précision avec l’exploitation des drones pour le suivi du stress hydrique et la santé des plantes et l’usage de variétés culturales améliorées à croissance rapide et mieux adaptées aux poches de sécheresse, explique Dr Jean Bosco Zoungrana.

Outre cela, les politiques publiques doivent adapter leurs actions à la nouvelle du climat pour sauver la filière agricole dont le développement repose sur celui de plusieurs autres secteurs comme l’urbanisme, les infrastructures et l’élevage. Cela consiste à intégrer le changement climatique dans les politiques de développement au niveau national, régional, provincial et communal.

Il s’agit également de mettre en place un plan d’utilisation des terres au niveau urbain qui intègre la réalité du changement climatique. “Cela permettra par exemple d’assurer une affectation adaptée des parcelles issues de lotissement”, ajoute le spécialiste des questions de changements climatiques Dr Zoungrana.

L’agriculture burkinabé fait face à d’énormes défis en plus du changement climatique et de l’insécurité liée au terrorisme. La spéculation foncière rend de plus en plus difficile l’accès des espaces cultivables. La terre est convoitée par les agences immobilières et néo agro businessmen qui sont souvent accusés,  à tort ou à raison, d’accaparement de terres.

 

C’est dire donc que l’agriculture est à l’épreuve de plusieurs phénomènes qui limitent son développement.

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