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Burkina Faso : Huit ans après l’insurrection populaire de 2014, quel « héritage » politique ?

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insurrection populaire de 2014
Image des manifestants tombés pendant l'insurrection populaire de 2014

C’était le 31 octobre 2014 que l’ancien président burkinabè Blaise Compaoré avait été chassé du pouvoir après 27 ans passés à la tête du pays. Pour avoir voulu modifier la constitution pour briguer un autre mandat de trop, “ l’enfant terrible” de Ziniaré, son village, s’était heurté au peuple qui ne voulait plus de lui. Aujourd’hui 31 octobre 2022, huit ans après ces événements qui ont marqué l’histoire du Burkina Faso, quel « héritage » politique le défunt régime Compaoré a-t-il légué ?

Par Daouda Kiekieta

De Banfora à Ouahigouya en passant par Bobo-Dioulasso et Ouagadougou, la capitale, les grandes villes du Burkina avaient été en ébullition les 30 et 31 octobre 2014.

Huit ans après, le souvenir de ces événements historiques reste intact dans l’esprit de plusieurs Burkinabè, surtout ceux qui avaient été aux avants-postes de la bataille contre la révision de la Constitution, notamment en son article 37 qui limitait le nombre de mandats présidentiels.

En effet, après 27 années passées au pouvoir, M. Blaise Compaoré avait décidé, depuis son arrivée au pouvoir en 1987, de modifier l’article 37 de la constitution pour se maintenir à la tête de l’État. Cette volonté de pérenniser son pouvoir, doublée à la mal gouvernance que l’opposition politique d’alors et la société civile dénonçaient régulièrement, avaient fini par provoquer une révolte  de toutes les couches sociales et politiques du pays.

Ainsi, M. Blaise Compaoré avait été contraint de démissionner le 31 octobre 2014, laissant au passage une trentaine de morts et plusieurs centaines de blessés lors des manifestations qui avaient paralysé le pays les 30 et 31 octobre 2014.

Après la chute du régime Compaoré, nombre de Burkinabè croyaient en une nouvelle ère de « gloire » où la justice sera rendue aux victimes du régime Compaoré et la bonne gouvernance deviendra la préoccupation des futurs dirigeants du pays.

Mais qu’est-il exactement advenu de toutes ces attentes légitimes? La justice a-t-elle changé ? La mal gouvernance, tant décriée, a-t-elle été enterrée par les successeurs du défunt régime Compaoré ?

Des acquis importants engrangés, mais une soif de justice et de bonne gouvernance encore non assouvie

L’insurrection populaire avait mis fin au rêve du régime Compaoré de se pérenniser au pouvoir. L’exercice des libertés individuelles et collectives avait pris une tournure positive, contrairement à la pratique sous le régime déchu. De plus en plus, le peuple vigilant, n’entend plus se laisser marcher sur les pieds. En témoigne la résistance du peuple suite au coup d’État perpétré en septembre 2015 par le général Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major particulier du président Blaise Compaoré.

Le processus démocratique déclenché après le départ de M. Compaoré avec la période de Transition pilotée par le diplomate Michel Kafando, avait été salué par la communauté internationale. Des élections s’étaient tenues en 2015 et le peuple avait élu son président ainsi que ses parlementaires.

Certains dossiers judiciaires emblématiques dont celui de l’assassinat du capitaine Thomas Sankara, père de la Révolution burkinabè des années 80 et celui de la disparition de l’étudiant en médecine Dabo Boukary ont connu leurs dénouements et des coupables ont été jugés et condamnés.

Cependant, tout porte à croire que ces acquis de l’insurrection populaire n’avaient été que de courte durée. Le pays semble renouer, depuis le retour à une vie constitutionnelle normale, avec de vieilles habitudes.

La corruption reste de mise et des dossiers judiciaires sont toujours pendants. Des ministres et des présidents d’institutions ont été encore impliqués, sous le nouveau régime, dans des dossiers sales. En 2020, par exemple, l’un des anciens ministres sous le président Roch Marc Christian Kaboré, en la personne de M. Jean-Claude Bouda, avait été déposé à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) pour fausses déclarations de patrimoine, délit d’apparence, blanchiment de capitaux, notamment. Il a été plus tard relâché.

Le retour à une vie constitutionnelle normale avec les élections de 2015 qui avaient porté M. Kaboré à la présidence sera de courte durée. Le Burkina Faso, en effet, connaîtra deux coups d’État en 2022 : en  janvier 2022, le président réélu, M. Kaboré, sera renversé par le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba qui sera chassé, à son tour, huit mois après, en septembre 2022,  par le capitaine Ibrahima Traoré.

Les restrictions des libertés d’expression et de manifestation refont surface

Des arrestations et détentions « arbitraires », des restrictions de libertés, les « démons liberticides » d’antan avaient refait surface après l’insurrection populaire de 2014 et le retour à une vie constitutionnelle normale, suite aux élections de 2015.

En août 2018, la militante de la société civile, Mme Safiatou Zongo Lopez avait été arrêtée. Cette arrestation, jugée attentatoire à la liberté d’expression, avait créé un tollé au sein de la société civile burkinabè.

Tout récemment, en septembre 2022, l’arrestation de M. Ollo Mathias Kambou, un militant du mouvement Le Balai Citoyen, avait fait couler beaucoup d’encre et de salive.

Toute cette situation s’explique aussi par le fait que ceux qui ont pris les rênes du pouvoir après les élections de 2015 proviennent, majoritairement, du régime Compaoré. Il n’y avait donc pas eu de changement de système depuis l’insurrection populaire mais un simple changement d’hommes à la tête du pays. C’est pourquoi, d’ailleurs, certains dossiers de crimes économiques n’avaientt pas connu de suite.

En dépit de l’insurrection populaire de 2014, qui a été un temps fort de l’histoire du Burkina, il reste encore une soif de justice et de bonne gouvernance. Le peuple est toujours dans l’attente. Cette attente est accentuée par la crise sécuritaire qui secoue le pays depuis 2016. Les populations sont également éprouvées par le coût de la vie. Les prix des produits de premières nécessités sont en hausse, partout dans le pays.

Face à ce bilan, peut-on dire, comme certains, que l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 a été une erreur ?

D’une part, il faut reconnaître que ces événements ont été un tournant décisif de la marche du pays, en ce sens que la jeunesse est devenue plus exigeante quant à la bonne gouvernance et ne tolère plus les dérives au sommet de l’État.

D’autre part, l’éclosion de la liberté d’expression après l’insurrection populaire a apporté, dans son sillage, un incivisme grandissant. Les symboles de la République sont parfois banalisés. Il y a, de plus en plus, une défiance de l’autorité étatique. Toute chose qui laisse augurer d’un avenir sombre pour ce pays dit des « Hommes intègres » si des solutions idoines ne sont pas trouvées au plus tôt.

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