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Burkina Faso : La filière élevage face au phénomène du changement climatique

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Changement climatique
Salif Ouédraogo , éleveur à Boalin dans la commune de Ziniaré

Les effets néfastes du changement climatique affectent de plus en plus la filière élevage au Burkina Faso. Face au manque récurrent de pâturage et de retenue d’eau, les éleveurs vivent le calvaire pendant et après la saison pluvieuse. Dans la région du Plateau-Central et du Centre-Nord, les acteurs de la filière s’adaptent difficilement à cette situation.

Par Daouda Kiekieta

A Koandayercé dans la commune de Ziniaré, Issaka Dera possède une trentaine de bœufs. Depuis le matin, ses animaux ont traversé des dizaines de kilomètres à la recherche de pâturages et ne sont toujours pas de retour.

Selon lui, la distance pour aller à la recherche du pâturage devient de plus en plus importante. 

À côté du mur de sa ferme qui borde un cours d’eau, M. Dera a construit deux forages pastoraux. Ces forages lui permettent d’atténuer la souffrance des employés qui doivent traverser plusieurs kilomètres à la recherche de points d’eau, surtout pendant la saison sèche.

Face au manque de pâturage lié à la désertification, l’éleveur trouve une alternative et se consacre maintenant à l’embauche bovine.

L’embouche bovine est une pratique d’élevage qui permet de garder les animaux sur place. Elle permet de les engraisser rapidement pour les revendre.

Ainsi, il achète les animaux pendant la saison sèche. Ces animaux sont engraissés durant trois à six mois avant d’être exportés à l’extérieur du pays. 

Passionné de son métier, cet homme de 37 ans dit avoir consacré toute sa vie à l’élevage. Aujourd’hui, il emploie trois personnes pendant la saison pluvieuse et (six) 6 personnes en saison sèche. Il est également le président de l’union régionale des producteurs agricoles du Plateau-Central.

Il laisse entendre que ce métier lui a permis de payer sa scolarité quand il était au collège. «C’est un métier que j’ai aimé quand j’étais au lycée. Je peux même dire que j’ai payé mes frais de scolarité de la classe de 5e  jusqu’à la 3e ».

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Issaka Dera

Pour la saison écoulée, Issaka Dera a exporté plus de 300 têtes en direction des pays voisins comme le Ghana et la Côte d’Ivoire. Parfois, ces clients effectuent le déplacement dans sa ferme pour se ravitailler en bétail.

«J’ai des clients également qui viennent de la Côte d’Ivoire et du Ghana », affirme M. Dera. Les animaux les moins chers sont vendus à 500 000 FCFA ou à 600 000 FCFA. Ce qui lui donne un chiffre d’affaires de plus de 150 millions chaque année. 

L’Elevage à l’épreuve de l’insécurité et du changement climatique 

L’insécurité lié au terrorisme et la mauvaise récolte de la campagne agricole écoulée ont rendu très chère les prix des aliments pour bétail.

En effet, beaucoup d’agriculteurs estiment que la dégradation des terres cultivables a impacté négativement les rendements agricoles, d’où la rareté et la cherté des céréales et les aliments pour bétail.

Pour cet éleveur qui possède également des champs agricoles, la principale cause de la dégradation des terres est l’utilisation massive des engrais chimiques.

«Il faut qu’on privilégie l’usage des engrais organiques. Cette année, j’ai emblavé 4 hectares qui seront fertilisés uniquement avec de la fumure organique que j’ai fabriqué ».

De son côté, Amadou Tamboura, Secrétaire général de la fédération des éleveurs Burkina Faso, trouve que le changement climatique, en plus de jouer sur la fertilité des sols, affecte la reproduction des animaux.

Pour lui, en plus de la rareté des pluies qui affecte la filière élevage, les éleveurs font face également à des épizooties qui ravagent de plus en plus le bétail.

«On constate de plus en plus l’apparition de nouvelle maladies mais aussi des fausses couches notamment des mises-bas avec des petits mort-nés ».

Ce constat est partagé par Mamadou Honadia, négociateur dans le domaine du changement climatique au sein de la CEDEAO. Pour lui, la forte pluviométrie peut entraîner des maladies que le bétail pourrait ne pas supporter en raison du fort taux d’humidité.

«Lorsqu’il y a des inondations, il y a non seulement des pertes en vie humaine, mais aussi des pertes en bétail», explique t-il qui ajoute que le manque de pluies peut aussi créer d’autres types de maladies.

En plus des épizooties qui pourraient être causées par dérèglement climatique, M. Tamboura trouve que la transhumance de nos jours est liée aux effets néfastes du changement climatique. 

À Boalin, village de la commune de Ziniaré situé à 10 km de la ville, c’est le problème des pistes pour bétail qui se pose. Jusqu’à 10h de ce 26 juillet, les quelque quarante vaches de Salif Ouédraogo sont toujours dans la ferme. «Chaque jour que Dieu fait, je ne sais pas par quelle direction je vais passer avec mes troupeaux pour aller les faire paître ».

Pour cet éleveur de 40 ans, la pression humaine a induit un changement au niveau des phénomènes climatiques. Des cours d’eau qui tarissent vite, des poches de sécheresse en pleine saison pluvieuse, c’est le constat que M. Ouédraogo a pu faire depuis qu’il pratique l’élevage depuis près de 20 ans, au bord d’un barrage. Sa spécialité, l’élevage des vaches à lait. Il possède plus de 100 têtes de vaches. 

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Les bœufs de Salif Ouédraogo

Dans sa ferme clôturée à l’aide d’un mur, une soixante de vaches sont toujours stationnés, faute de pâturage et de pistes. Le reste de son bétail est élevé dans la brousse à plus de 5 km pour faciliter leur accès aux pâturages.

Pour M. Ouédraogo, ces difficultés sont sans doute causées par le changement climatique parce qu’il n’avait pas ces problèmes d’eau et de pâturage il y a 20 ans.

«Non seulement l’eau du barrage que vous voyez ne dure plus, mais aussi, il faut se déplacer à plusieurs kilomètres pour trouver du pâturage », relate M. Ouédraogo.

A Nessemtenga village à 10 km au nord de la ville de Kaya, les mêmes problèmes  sont vécus par les éleveurs. Ces problèmes sont liés au faible développement de la technologie de mobilisation de l’eau face à la rareté des pluies et au tarissement des retenues d’eau, selon Mamadou Honadia, négociateur dans le domaine du changement climatique au sein de la CEDEAO.

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Mamadou Honadia négociateur en changement climatique

Malgré ces contraintes, les acteurs de la filière élevage s’adaptent et se nourrissent d’ambitions de voir les choses changées positivement.

Les perspectives des éleveurs

La saison prochaine s’annonce et M. Dera dessine déjà ses ambitions. Il entend engraisser plus de 400 têtes de bovins en octobre prochain.

Pour les années avenir, Issaka Dera compte pouvoir installer sa propre unité de transformation des aliments pour bétail. «En plus, je souhaite construire un mini  abattoir. Ainsi, je pourrais les abattre sur place avant de les exporter. Ce qui sera plus bénéfique », ajoute-il.

De son côté, Salif Ouédraogo entend se doter d’un forage pour pallier l’insuffisance d’eau pendant la saison sèche. Pour lui, les acteurs de la filière élevage manquent de formation sur les nouvelles pratiques.

Il souhaite également se former aux pratiques modernes d’élevage notamment en matière de production de lait de vache. «Si nous, les illettrés pouvions bénéficier de l’accompagnement des autorités en matière de formation, cela pourrait mieux booster les rendement de la filière élevage. Par jour, je ne trais qu’une dizaine de litres de lait. Si j’étais formé à l’usage des outils modernes, peut-être, je pourrais faire mieux », dit-il.

Les contraintes imposées par le changement climatique sont difficilement surmontables par bon nombre d’éleveurs. Si quelques-uns arrivent  à construire des forages pour pallier le tarissement des retenues d’eau, d’autres plus vulnérables sont laissés à eux-mêmes, d’où la nécessité de la mise place d’un mécanisme, accessible d’ accompagnement à ces derniers.

Sur ce point, il est essentiel d’échanger avec les pasteurs concernés sur des nouvelles techniques de mobilisation de l’eau. Cela peut être à travers des impluviomes, des boulies, ou d’autres techniques, préconise l’expert en changement climatique, Monsieur Honadia.

Pour M. Dera, les structures de financement des projets d’élevage restent inaccessibles à bon nombre d’acteurs qui sont dans le besoin. Il estime que les conditions de financement favorisent les éleveurs nantis au détriment des petits producteurs.

«Beaucoup de jeunes veulent se lancer dans ce métier mais ne disposent pas de fonds de roulement ni un garanti pour bénéficier d’un prêt bancaire », explique-il. 

Aux politiques publiques, Mamadou Honadia propose que des concertations régulières  soient organisées entre le ministère en charge de l’élevage et les acteurs. «Ces échanges permettront de collecter les nouvelles difficultés de la filière, notamment l’apparition de nouvelles épizooties».

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