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Burkina Faso : les acteurs de l’artisanat du bronze, quasiment en chômage depuis l’apparition de la COVID-19

artisanat du bronze
Salfo Bonkoungou plaide pour l'accompagnement du secteur du bronze.

Le secteur du tourisme burkinabè tourne au ralenti depuis que le pays est confronté aux attaques terroristes et à la pandémie de la COVID-19. Ce qui a des répercussions sur le secteur de l’artisanat d’art. Le commerce des objets d’art comme le bronze connait depuis un ralentissement. Libreinfo.net est allé s’enquérir des difficultés que vivent les acteurs du bronze au Village artisanal de Ouagadougou, à la Vitrine du bronze et au quartier Niogsin.

Par Tatiana Kaboré

Le Burkina Faso est un pays d’artisanat comme l’atteste l’existence du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO). Les sculptures en bronze sont très prisées par les touristes africains et européens. La plupart des artisans évoluant dans ce domaine travaillent de manière traditionnelle pour la confection des objets en bronze. Depuis un certain temps, la vente de leurs productions est au ralenti.

Un tour au Village artisanal de Ouagadougou (VAO), nous a permis de mieux appréhender les difficultés qui assaillent les acteurs du secteur. Mohamed Barry, fabricant et vendeur d’article s’occupe de bricoles, histoire pour lui de ne pas sentir l’ennui et l’absence de clients. « La survenue de la maladie nous a beaucoup touché. On ne reçoit plus assez de clients et de visiteurs étrangers. Avant la COVID-19, on pouvait vendre au-delà de 100.mille francs CFA. On avait toujours des marchés et des commandes », raconte-il avec tristesse. Les touristes qui étaient ses principaux clients ne viennent plus, étant souvent confinés dans leurs pays. Une autre difficulté que rencontre Mohamed Barry est l’augmentation des coûts de leurs matières premières.

« On achetait le kilogramme de bronze à 1500 francs  CFA, mais aujourd’hui cela est vendu à 2250 francs. Tout à changer que ce soit l’or, l’argent ou le cuivre » explique-t-il, avant de solliciter l’aide des autorités. « Si les autorités pouvaient nous aider, cela va nous permettre de tenir le coup en attendant. Beaucoup de nos collègues n’arrivent pas à s’en sortir. Si nous n’avons pas de client, cela va se compliquer pour nous ».

Assis sur un banc, Abdoul-Karim Sana, artiste, modeleur et fondeur de bronze n’en mène pas large. La morosité du marché ne l’a pas épargné. « Avec la fermeture des frontières, il n’y a plus de touristes. Nos clients sont les expatriés pour la plupart. Les nationaux sont moins intéressés par notre travail » se plaint-il en ajoutant que seules les petites ventes leur permettent de survivre.

Burkina Culture COVID19
Pour Abdoul Karim Sana, l’aide du ministère aux acteurs de la culture pendant la COVID19 était discriminatoire.

Saluant l’aide du gouvernement pour atténuer les conséquences de la COVID-19 chez les artisans, Abdoul-Karim Sana s’indigne cependant sur le fait que cet appui de l’Etat n’a pas été profitable à tous les acteurs du secteur. « Les conditions étaient discriminatoires parce qu’il fallait être déclaré au BBDA et avoir des œuvres avant de recevoir l’aide ». Concernant la hausse du prix des matières premières, il sollicite l’aide du gouvernement en accusant les pays asiatiques, notamment  la Chine d’être responsable de la situation : « Les revendeurs préfèrent les vendre à la Chine qu’aux nationaux ».

Salfo Bonkoungou, avoue que  c’est une période négative pour les artistes. « S’il n’y a pas de touristes, il n’y a pas de vente », lâche-t-il. Il soutient que les objets en bronze sont prisés par les pays européens et par quelques pays africains comme le Sénégal et la Côte d’ivoire.

Concernant les difficultés qu’ils rencontrent, Salfo Bonkoungou interpelle les autorités car la situation est difficile : « Les autorités nous aident mais ce n’est pas assez ». 

Farida Laurène Zeba, cliente, s’afflige contre la durée de l’approvisionnement de ses produits à cause de la COVID-19. Son souhait c’est que la situation s’améliore.

« L’art burkinabè vit du tourisme »

A Niogsin, le quartier des bronziers de Ouagadougou, c’est avec amertume qu’on constate les objets d’art en bronze recouverts de poussière. Approché, Ali Dermé, s’insurge contre les conséquences de la situation sanitaire sur l’artisanat en particulier et le tourisme en général. Pour lui, la COVID-19 est venue « tout bouleverser », en plus de la situation sécuritaire.

Burkina Culture COVID19
Ali Dermé: « L’art burkinabè vit du tourisme ».

« Nous avons deux situations qui nous préoccupent dans ce pays, la COVID-19 et l’insécurité », soutient Ali Dermé. Selon lui, « L’art burkinabè vit du tourisme », et la COVID-19 ainsi que l’insécurité ont un impact très négatif sur les revenus du tourisme, l’une des activités majeures qui participe au développement du Burkina.

« On avait des correspondants qui nous lançaient des commandes, on confectionnait les objets en bronze et on les expédiait en Europe. Maintenant tout cela est au ralenti. Il y a aussi des associations et des villes en Europe qui sont jumelées à des localités burkinabè. Dans le cadre de ces jumelages, nous confectionnons des œuvres d’art qui sont vendu en Europe et cet argent est renvoyé dans nos pays pour financer des projets au profit des villes jumelées.  Mais tout cela est à l’arrêt depuis un certain temps », explique-t-il.

Quant à Issiaka Ouédraogo, vendeur de bronze à la vitrine du bronze face à l’Institut français de Ouagadougou, est mécontent en ce sens que depuis l’apparition de la maladie tout est au ralenti. Il demande à la mairie de revoir les prix de location de leurs boutiques. « La mairie avec qui nous travaillons doit vraiment nous aider en ce qui concerne le loyer des boutiques en baissant les prix » plaide-t-il.

Il faut rappeler que l’Etat burkinabè avait mis un fonds d’appui de plus d’un milliards francs CFA afin de venir en aide aux acteurs de la culture, face aux conséquences de la maladie sur le secteur. Et sur ce fonds le montant de 150 million francs CFA devait servir à soutenir la filière des arts plastiques et appliqués.

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