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Burkina Faso: «Nous devons refuser qu’on utilise la religion et l’ethnie pour nous diviser» (Pr Magloire Somé)

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Ethnies et démocratie
Les panélistes

Le Centre pour la gouvernance démocratique Burkina Faso (CGD) a organisé le 28 juillet 2022 à Ouagadougou, un panel de haut-niveau sous le thème: « Ethnies et démocratie en Afrique de l’Ouest cas du Burkina Faso ». A l’occasion, plusieurs sous-thèmes ont été développés, parmi lesquels «Ethnies et démocratie : représentations et pratiques des acteurs du Burkina Faso ».

Par Tatiana Kaboré

C’est dans une salle pleine d’étudiants et de personnalités politiques que s’est tenu le panel de Haut-niveau organisé par le CGD, en partenariat avec d’autres structures. Plusieurs sous-thèmes ont été abordés notamment « Ethnies et démocratie : représentations et pratiques des acteurs au Burkina Faso ». Ce sous-thème a été développé par plusieurs personnalités à savoir les professeurs Augustin Loada, Magloire Somé, Dr Boniface Somé ainsi que l’ancien ministre de la Culture Abdoul Karim Sango.

Prenant la parole, Abdoul Karim Sango, a indiqué que de son point de vue sur la question de l’ethnicité a pris une dimension préoccupante au Burkina Faso, avec l’organisation du scrutin présidentiel post insurrectionnel de 2015. Reconnu comme déterminant du choix des électeurs, l’ethnicisme apparaissait jusque-là comme un « sujet périphérique ». Et de d’ajouter que « la question de l’ethnicité est un paramètre qui influence de toutes les façons », a-t-il confié.

La question d’ethnicité, une réalité au Burkina Faso

Le Professeur Augustin Loada, enseignant de Droit à l’Université Saint Thomas D’aquin (USTA) a fait savoir que contrairement à l’approche essentialiste et mécaniste des processus identitaires, l’importance de l’ethnicité varie en fonction du temps et de l’espace. « Il ne faut pas essentialiser l’ethnicité d’autant plus que c’est une construction évolutive. Il y a des ethnies qui n’ont pas toujours existé, qui sont le produit de manipulation depuis la période coloniale et qui se sont construites après l’indépendance ».

Par rapport au fait d’ethnie, il a rappelé que beaucoup de pays africains ont géré ce phénomène différemment. Il y a des pays qui ont eu le courage de reconnaître l’ethnie et de l’encadrer, de l’institutionnaliser. « Je prends par exemple le cas du Burundi où il y a eu des quotas ethniques qui ont été institués dans la constitution. Mais qui ont été abandonnés par la suite ».

Par contre, il y a d’autres pays comme le Burkina Faso qui ont choisi de nier le fait. Mais que ce soit dans l’une ou l’autre stratégie, cela ne va pas empêcher les récriminations a signifié M. Loada qui soutient tout de même que la problématique reste posée. « Au Burkina Faso, quand on regarde les enquêtes d’opinion dans le fait ethnique c’est une réalité », a déclaré Pr Augustin Loada.

Il appartient aux Burkinabè de ne pas accepter l’instrumentalisation par les grandes puissances…

« Débarrasser les questions ethnicistes ou régionalistes pour mettre l’accent sur l’identité nationale », c’est ce que préconise Pr Magloire Somé, Historien à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Interrogé sur la question de la tentative de redécoupage du territoire par les grandes puissances, il explique qu’effectivement dans le terrorisme, la question réligieuse est présente mais la question ethnique est sous-jacsente dans la mésure où il y a des ethnies qui s’affrontent. « Dans la question du Sahel on a l’opposition Mossi-Peulh, Mossi-Dogon, Peulh-Dogon de tel sorte qu’on a l’impression qu’il y a une question ethnique qui est mise en avant », soutient Pr Magloire Somé.

Selon lui, il appartient aux burkinabè de ne pas accepter à l’instrumentalisation par les grandes puissances et donc de considérer que les problèmes qui se posent sont des défis communs. « Nous appartenons à un même territoire, nous avons les mêmes problèmes et nous devons nous mettre ensemble pour résoudre ces problèmes. Et donc nous devons refuser qu’on utilise la religion et l’ethnie pour nous diviser », a-t-il fait comprendre.

Par ailleurs, l’historien a confié que « la vision coloniale est une vision unificatrice qui mériterait d’être revue parce que la décolonisation n’est pas que d’ordre politique, la décolonisation c’est aussi dans l’esprit ».

Le Sociologue Désiré Boniface Somé a, lui, débattu sur l’«ethnicisme» en politique et cohésion sociale au Burkina Faso. Pour le sociologue, la conflictualité autour de l’ethnie a été à l’origine de plusieurs génocides notamment celui des arméniens en Turquie, des chrétiens dans le pays du Moyen-Orient, des Kurdes en Irak, en Turquie et en Iran, au Rwanda, en Côte d’Ivoire, au Kenya et au Congo RD.

« La richesse et la diversité ethnique qui était ventées vont commencer à être mises à mal surtout après l’avènement de l’insurrection populaire dans le milieu politique depuis 2014. Les vagues de contestations post-électorales deviennent nombreuses voire périlleuses dans plusieurs localités car assorties d’affrontements sanglants. La candidature à la présidence n’est pas épargnée du discours autour de l’ethnie des candidats», explique Désiré Boniface Somé.

Lire aussi: Burkina Faso : « Les institutions sont en déphasage avec les valeurs culturelles et civilisationnelles », Pr Basile Guissou

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