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Burkina Faso : spéculation foncière, l’autre menace pour l’agriculture burkinabè

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En plus du changement climatique et de la crise sécuritaire qui menacent les superficies cultivables au Burkina Faso, l’autre cauchemar pour les agriculteurs est le cas des spéculateurs fonciers qui veulent en finir à tout prix avec les terres cultivables. C’est le calvaire que vivent désormais les producteurs agricoles dans plusieurs localités du pays.

Par Daouda Kiekieta

Jadis, la terre était sacrée, point question de la marchander. C’est pourquoi, un propriétaire terrien pouvait céder gratuitement plusieurs superficies de terres, même à un étranger qui s’installe dans une localité.

De nos jours, cette générosité a laissé place à une monétisation galopante de la terre au détriment des générations futures. Toute chose qui va à l’encontre du principe de développement durable, de solidarité, d’efficacité économique et d’équilibre entre le développement urbain et le développement rural, prônés par l’article 3 de la loi n° 034 – 2012/AN du 2 juillet 2012 portant Réforme agraire et foncière au Burkina Faso. Pourtant, la terre est un capital vital pour le développement socio-économique d’un pays.

L’agriculture, l’élevage, sont entre autres des secteurs clés dont le développement dépend largement de la terre dans les pays d’Afrique et d’ailleurs. « C’est rare de voir un producteur, de nos jours à Nagréongo, qui dispose de plusieurs hectares à lui seul », déplore un agent d’agriculture de la commune de Nagréongo, région du Plateau-Central, parlant de la pression foncière.

Les promoteurs immobiliers veulent finir avec les terres cultivables

Les terres cultivables sont vendues de même que les zones potentiellement favorables à l’agriculture. Dans un contexte où le changement climatique et l’insécurité liée au terrorisme réduisent chaque jour les terres arabes, le foncier est une autre, sinon la plus grande menace pour l’agriculture burkinabè.

Pour la seule année 2021, 384 702 ha de superficies cultivables et 323 093 de tonnes de production ont été perdues du fait de l’insécurité, selon le Premier ministre burkinabé Albert Ouédraogo.

En 2020, on estime à 34% du territoire national, soit 9.234.500 ha des terres agricoles qui sont dégradées, avec une progression estimée à environ 105 000 à 250 000 ha par an, ces 10 dernières années, selon SOS Sahel. 

Selon une étude de l’ONG Oxfam réalisée en 2015 dans trois localités, notamment le Ziro, la Sissili et le Nahouri, 5, 5 millions hectares de terres sont accaparées par des sociétés minières et par des individus de l’élite politique à des fins d’investissements agricoles sans qu’on ne perçoive leur contribution dans la production agricole, dans la sécurité alimentaire. Six ans après, ces chiffres sont devenus alarmants. 

Pour ce qui est de la spéculation immobilière, la terre est devenue l’un des fonds de commerce les plus rentables. Dans la seule ville de Ouagadougou, les sociétés immobilières ont mobilisé plus de 30 000 ha à la date de juillet 2022, annonçait le chef du gouvernement Albert Ouédraogo. 

« Comme la terre a de la valeur marchande de nos jours, ceux qui en possèdent sont plus orientés vers les personnes capables de leur procurer de l’argent en un temps record. On sacrifie ainsi les couches vulnérables et même les générations à venir », s’indigne Narcisse Syan, chef de service provincial, chargé du foncier rural dans la province du Sanmatenga, région du Centre-Nord. Pour lui, la loi n° 034 – 2012/AN du 2 juillet 2012 portant Réforme agraire et foncière (RAF) au Burkina Faso est foulée aux pieds par les agences immobilières.

De la responsabilité des propriétaires terriens et de l’Etat

Citoyens des villes et des campagnes, tous tiraient à boulets rouges sur l’accaparement des terres par des agences de promotion immobilière. L’Etat était même soupçonné de complicité avec des agences. Même si la terre est de plus en plus convoitée par les promoteurs immobiliers et que tous les moyens sont bons pour l’obtenir, les propriétaires terriens ont leur grande part de responsabilité dans le problème actuel.

Certains sont capables de tout vendre même ce qui ne leur appartient pas, pour avoir de l’argent. C’est ainsi qu’on assiste à une accentuation des conflits communautaires, notamment les conflits agriculteurs-éleveurs. “Avec le phénomène des agences immobilières, non seulement les pistes pastorales sont en nombre réduit, mais aussi les zones de pâturages et même les champs”, déplore Amadou Tamboura, secrétaire général de la Fédération des éleveurs du Burkina (Feb).

De l’autre côté, l’Etat est accusé de n’avoir pas encadrer les activités des sociétés immobilières. De 9 promoteurs immobiliers en 2014, le nombre de promoteurs immobiliers est passé à 275 en 2020, selon le ministre burkinabè en charge des Affaires foncières, Boukary Savadogo, qui ajoute que ces auteurs ne respectent pas les textes en matière de lotissement. Face à ce qu’on pourrait qualifier de violation de la loi n° 034, les pouvoirs qui se sont succédé ne semblent pas être à la hauteur du problème. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la récréation continue et les conflits liés au foncier sont monnaie courante.

Y a-t-il des acteurs étatiques impliqués dans l’accaparement des terres ? Ou l’Etat est-il incapable de sonner maintenant la fin de cette récréation pour amorcer la bombe à retardement ? En tout cas, pour l’instant, ce sont les agriculteurs et les éleveurs qui payent le lourd tribut. Car, on ne le dira pas assez, les espaces cultivables et pastoraux sont menacés de disparition.

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