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Burkina Faso: Yéli Monique Kam propose la  dissolution des partis politiques qui n’auront pas atteint un certain pourcentage aux élections

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Yéli Kam Monique
La présidente du parti Mouvement pour la renaissance du Burkina Faso (MRB) Yeli Monique kam

La présidente du parti  Mouvement pour la renaissance du Burkina Faso (MRB) Yeli Monique kam, a procédé au lancement officiel du Mouvement M30 Naaba Wobgo le 30 juillet 2022 à Ouagadougou. Ce mouvement, dit-elle, a pour objectif de lutter pour la rupture des accords de coopération avec la France. Suite aux incidents survenus lors du lancement du M30, Libreinfo.net est allé à sa rencontre le jeudi 4 août 2022 en vue d’avoir de plus amples informations. A l’occasion, plusieurs sujets ont été abordés, notamment la vie de son parti le MRB, son appréciation sur l’évolution de la Transition, son analyse de la situation sécuritaire, etc. 

Interview réalisée par Tatiana Kaboré

Libreinfo.net: Comment se porte aujourd’hui votre parti le Mouvement pour la renaissance du Burkina Faso (MRB) ?

Yéli Monique Kam: Le Mouvement pour la renaissance du Burkina Faso (MRB) se porte très bien. Nous sommes en période hors campagne qui est propice pour nous pour poursuivre la socialisation de la population.

La charte des partis politiques a assigné trois missions aux organisations politiques. La première mission, c’est l’information et l’éducation de nos bases.

La deuxième mission, c’est l’animation de la vie publique et la troisième mission c’est la conquête du pouvoir. En période électorale, nous allons donc à la conquête du pouvoir et il s’agit en cette période de mener des campagnes électorales. 

En période hors campagne, nous ne sommes pas dans une dynamique d’élection. Les activités primaires à remplir alors par un parti politique c’est informer et éduquer le peuple.

L’information à donner, c’est l’information sur  notre vision de société pour socialiser, pour amener les personnes à comprendre la vision et à se faire une idée de ce qu’elles veulent de ce pays.

Dans le projet de société du MRB, nous avons une vision d’un Burkina Faso uni, stable, souverain, prospère où tous les Burkinabè peuvent vivre de leur travail. Cela grâce à une bonne éducation. 

C’est pourquoi notre projet de société est centré sur  l’éducation, la base du développement afin de donner à chaque citoyen depuis la base une œuvre. Nous prônons la refonte du système éducatif afin que chaque citoyen depuis l’école primaire puisse acquérir les techniques de base de sa filière afin de pouvoir vivre de son travail. 

Et nous avons dans notre projet de société, dans la refonte du système éducatif que nous prônons, des recommandations et des propositions pour réformer le système éducatif afin que chaque citoyen soit doté de compétences pratiques réelles et qu’il soit une main d’œuvre qualifiée afin que chacun puisse vivre de son travail. Dans tous les cas, il faut savoir que la ressource humaine est la première ressource naturelle d’un pays. 

A partir de ressources naturelles bien formées, le pays peut transformer les autres ressources de son sous-sol, de son sol en richesse et en bien-être.

En plus de l’information sur notre vision de société, nous faisons l’animation de la vie publique. Cela veut dire que notre parti en ce moment là s’intéresse en détail à toutes les actions de gouvernance et c’est pourquoi nous faisons des analyses de toutes les actions publiques, de toutes les politiques publiques, de la gouvernance sécuritaire, administrative, politique, etc. 

Nous faisons un décryptage systématique de toutes les politiques publiques afin de resynthétiser et les transformer en information. Ce qui permet de conscientiser les populations, de les informer, d’élever leur niveau de conscience sur ce qu’est un pays et les devoirs du pays également. 

Le pays à travers ses gouvernants doit rendre compte à toute la population. C’est ce que nous essayons de faire en relayant l’information pour la mettre à la disposition de nos militants et de l’ensemble de la population.

C’est dans un contexte  d’insécurité que nous prenons position et communiquons avec courage et audace sur notre vision. C’est vrai que souvent ça ne plaît pas mais nous nous assumons parce que nous voulons être un parti progressiste, un parti qui impacte notre société, qui occasionne et qui provoque des transformations de mentalité.

C’est une élévation de la conscience collective et la formation d’une masse critique des populations qui comprennent les enjeux et les défis et surtout l’intérêt supérieur. 

Nous essayons de faire en sorte de mobiliser des consciences qui vont fédérer l’ensemble des forces pour converger vers l’intérêt supérieur de la nation qui est que nous devons penser à la collectivité, au bien commun dans toutes nos actions.

Même au niveau individuel, nous devons penser au bien être de la collectivité. Dans tous les cas, si la collectivité gagne c’est qu’individuellement chacun gagne.

Libreinfo.net: Comment appréciez-vous l’évolution de la Transition burkinabè ?

Yéli Monique Kam: Le pouvoir de la Transition est arrivé dans un contexte d’insécurité et d’exaspération de la population. C’est dans ce contexte d’aggravation de l’insécurité, que les populations de guerre lasse, ont cautionné la prise de pouvoir par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR).

Ce mouvement a justifié sa prise de pouvoir par l’aggravation de l’insécurité. Et une bonne partie de la population a accepté de guerre lasse, de les accompagner avec des attentes qu’on peut résumer en trois types. 

La première attente est prioritaire, principale et est une question de survie. C’est la question de la sécurité, la lutte contre l’insécurité pour nous ramener la paix, la pacification du pays, le retour des déplacés dans leurs localités et la reprise des activités. 

Et il faut allier à la lutte contre l’insécurité, la lutte contre la mal gouvernance, c’est- à- dire la lutte contre la corruption. Parce que la corruption et la mal gouvernance sont des ingrédients qui aggravent l’insécurité. Il y a une bonne partie de notre territoire qui est hors contrôle. 

C’est-à-dire que c’est une zone où toutes les activités nuisibles pouvaient se mener sans le contrôle de l’État. A savoir une zone de contrebande, de trafic de stupéfiants, de recrutements et d’entraînement de groupes armés.

Nous disons aussi qu’il est très important d’accentuer et d’accélérer la lutte contre la corruption. Nous avons plus d’une centaine de dossiers qui ont été instruits par l’ASCE-LC et nous attendons l’ouverture et le jugement de ces dossiers afin de donner une suite, afin d’assécher les sources d’approvisionnement des terroristes.

Il faut couper les transferts illicites de capitaux qui vont alimenter ou entretenir le terrorisme, les groupes armés. Il faut savoir que la lutte contre l’insécurité ne peut être gagnée que s’il y a une lutte ardue contre la corruption. 

Lorsqu’on va arriver à pacifier le pays, il faut aller aux élections pour rétablir l’ordre normal. C’est la troisième mission de la Transition.

Les trois missions de la Transition sont donc la lutte contre l’insécurité alliée à la lutte contre la corruption et le retour à l’ordre constitutionnel lorsque le pays est pacifié. Et pour cela il faut mener des réformes. 

L’ordre normal a été rompu parce qu’il y a des problèmes qui n’ont pas permis de maintenir la gouvernance démocratique. Et ces problèmes sont connus, c’est l’insécurité mais aussi la mal gouvernance qu’il faut travailler à corriger à travers des réformes politiques.

Et en termes de réformes politiques, nous pensons rapidement au code électoral qu’il faut refondre. Parce que ce code électoral est la loi la plus instable dans notre pays. C’est une loi qui a toujours été révisée à la veille de chaque élection. 

Nous aujourd’hui, nous prônons, nous soutenons et nous revendiquons une refonte du code électoral afin de mettre en place des textes solides et définitifs qui vont définir l’architecture électorale.

Qu’est-ce que nous voulons comme élus nationaux et élus locaux. Il y a ensuite la charte des partis politiques. Il faut savoir qu’en termes de réformes politiques, nous soutenons que si notre démocratie produit des anomalies et des dysfonctionnements, la responsabilité est à rechercher au sein des partis politiques qui ne sont pas démocratiques au regard des textes. Et ce sont les partis politiques qui doivent produire les démocrates qui vont gouverner. 

Donc au niveau de la gouvernance, on n’est pas satisfait. Les partis politiques doivent se remettre en cause. Dans tous les cas, ce débat a été suffisamment posé et l’opinion retient que la classe politique est défaillante, qu’elle n’a pas assumé ses responsabilités face à l’insécurité, qu’elle a été impuissante face aux défis à relever. Et c’est ce qui nous a emmenés dans cette Transition.

C’est pourquoi nous disons qu’il faut relire la charte des partis politiques afin de définir des critères assez solides et des profils politiques types, charismatiques, de leadership transformationnel. C’est à travers les textes qu’on peut les bâtir et les transformer en réalité.

Nous soutenons une refonte de la charte des formations et partis politiques. Ce qui va permettre le grand rassemblement. On peut même définir des critères de regroupement sur la masse par exemple. 

Au niveau du Sénégal, ils font ces regroupements. Cela veut dire qu’après chaque élection, les cartes sont rebattues et il est demandé aux partis qui n’ont pas eu un certain pourcentage comme 3% ou 5% de disparaître.

Cela veut dire que ces partis doivent décider de disparaître ou de rejoindre les partis qui ont été les plus dominants pour former de grands ensembles. Cela se fait déjà au Sénégal. Au Burkina Faso, cela s’est déjà vu après le premier mandat du président Aboubacar Sangoulé Lamizana.  

Nous, nous soutenons cela car il va permettre à chaque fin de cycle électoral après les élections de rebattre les cartes. Au lieu de faire des formations politiques comme le CFOP ou l’APMP, on dissout tous les partis politiques qui n’ont pas pu atteindre un certain score.

Si cela est fait, il y a d’autres critères à ajouter parce que nous, nous avons fait l’APMP et nous nous sommes rendu compte que tout le monde peut créer un parti politique. Cela n’est pas normal. 

Nous avons regardé ce qui se fait dans les autres pays, par exemple le cas du Nigeria qui est une démocratie à peu près stable. Nous avons remarqué que le parrainage tel que c’est fait ici est source de corruption.

Parce qu’il faut aller demander des parrainages d’élus locaux. Nous, nous soutenons que pour prouver que le parti à réaliser la socialisation, s’est fait connaître par les populations, c’est plutôt les parrainages citoyens qu’il faut demander et non le parrainage des élus.  

Il faut aller plutôt vers les parrainages citoyen de sorte que le parti qui n’est pas établi, qui n’est pas connu ne puisse pas participer par complaisance à une élection.

Nous avons fait autant de recommandations au sein de notre parti que nous avons transmis. Nous avons participé à beaucoup d’activités au niveau du Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD), des institutions qui organisent les élections tels que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Institut National Démocratique (NDI). 

Libreinfo.net: Qu’est ce que vous pensez de la situation sécuritaire ?

Yéli Monique Kam: Nous pouvons dire que si un travail n’est pas fait, ce pays est déjà tombé. Nous reconnaissons qu’il y a des efforts qui sont faits pour que ce pays ne s’écroule pas complètement.

Mais en s’appuyant sur des faits factuels, chiffrés, aujourd’hui nous ne pouvons pas dire que, chaque mois, le Conseil National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR) continue de communiquer le nombre de personnes déplacées internes qui ne cessent d’augmenter.

Donc sur cette base là nous ne pouvons pas dire qu’il y a une amélioration alors que notre volonté c’est qu’il y ait une pacification du pays et que les personnes déplacées internes (PDI) retrouvent leur localité pour mener leurs activités. 

Mais, nous reconnaissons quand même que celui qui ne fait rien disparaît, donc si nous, nous sommes encore là entrain de parler, de travailler dans les centres urbains, c’est que le minimum est maintenu et qu’il y a des efforts qui sont en train d’être faits.

Ce qu’on peut dire, c’est qu’on n’a pas d’éléments factuels pour apprécier l’amélioration de la situation par rapport à notre aspiration de voir les PDI retourner dans leurs localités, les attaques reculer, l’insécurité reculer et les zones perdues récupérées.

Nous n’avons pas d’éléments factuels là-dessus, donc on ne peut pas dire que la situation s’est améliorée. Mais nous reconnaissons que des efforts sont faits puisque nous sommes encore dans une relative sécurité dans les centres urbains entrain de travailler. 

Libreinfo.net: Plusieurs villes sont sous blocus aujourd’hui ; comment vivez-vous cette situation ?

Yéli Monique Kam: C’est très regrettable. Nous sommes impactés par cette situation des zones qui sont sous blocus. Il faut savoir que l’économie est un tout et quand les zones sons sous blocus cela réduit la mobilité des populations. Et nous, nous avons besoin d’aller partout pour faire prospérer nos affaires.

Et ce blocus imposé dans certaines zones fait subir des pertes financières, des pertes en termes du trafic, d’affaires, d’opportunités. Ce blocus, surtout dans les zones agricoles, ont aggravé l’inflation, la crise économique.

Nous en sommes très préoccupés aujourd’hui de voir que les zones agricoles ne sont pas libérées pour permettre à nos concitoyens de mener leurs activités de survie et aussi de contribution à l’économie. 

Libreinfo.net: Pourquoi vous vous insurgez contre l’Ambassadeur de France au Burkina ?

Yéli Monique Kam: Notre parti politique le Mouvement pour la renaissance du Burkina Faso (MRB) milite pour un Burkina Faso souverain, uni, stable et prospère.

Et lorsqu’on parle de souveraineté, cela veut dire que notre pays à travers sa gouvernance entretient des rapports de coopération avec les autres Etats dans un intérêt mutuel et de respect mutuel.

Avec l’ambassade de France, notre réaction est survenue lorsque l’ambassadeur a tenu des propos discourtois, inamicaux et inappropriés dans le cadre d’une coopération équilibrée et de respect mutuel.

Et ces propos ont été jugés par nos militants assez graves et inappropriés dans la diplomatie parce que l’ambassadeur, si nous avons souvenance, a qualifié, a porté des jugements de valeur sur notre gouvernement et les citoyens. 

D’une part sur le gouvernement en qualifiant l’insécurité comme une rébellion qui vise à renverser le pouvoir en place.

Ensuite que nous les citoyens à travers notre liberté, en exerçant notre liberté d’opinion et de penser par l’analyse de l’actualité, nous avons l’intention de déstabiliser notre propre pays. Vous voyez, ces propos ont été assez graves et répétitifs.

Ces propos ont été au moins répétés trois fois avec les personnalités françaises résidentes au Burkina Faso.

C’est pourquoi à la date du 19 juillet, notre parti politique a donné de la voix pour protester d’abord contre ces propos inamicaux et ensuite nous avons pensé ce jour là qu’il fallait même tout de suite renvoyer cet ambassadeur afin que tous les autres partenaires du Burkina Faso puissent en tirer leçon et améliorer leur rapport avec nous. 

Ce que nous voulons défendre et défendons au sein du MRB, c’est que le Burkina Faso est un état souverain qui entretient des rapports de coopération avec les autres Etats non pas des rapports entre colonisateurs et colonisé.

Donc une amélioration des rapports entre des pays amis, des coopérants dans un intérêt mutuel, c’est à dire des intérêts équilibrés d’accord parti avec réciprocité et surtout le respect mutuel.

Lorsque nous avons levé cette protestation au sein de notre parti politique nous l’avons fait par un communiqué de presse. 

Et aussitôt, il y a des citoyens individuellement ou en groupement des partis politiques qui nous ont approchés pour soutenir notre mot d’ordre parce qu’ils partagent notre vision, parce qu’ils trouvent que l’heure est pour les Burkinabè de défendre leur souveraineté.

Parce que cette souveraineté nous a été donnée, reconnue par l’ONU dans la résolution 15-14 de 1960 d’octroi d’indépendance et de souveraineté aux ex-colonies françaises et autres de disposer de plein droit de leur autonomie de gestion de souveraineté nationale et aussi des droits de disposer et de s’approprier et exercer les droits des peuples. Et que tout peuple souverain peut faire face au défi de développement, de paix et de stabilité.

En réalité c’est ce que nous défendons et c’est ça la cause de notre lutte qui a reçu l’adhésion d’une bonne partie de la population.

Il faut reconnaître que les personnes qui nous viennent sont la force vive de la nation, des personnes éprises de paix et de justice, des personnes marginalisées.

C’est bien eux qui comprennent ce message de souveraineté et qui veulent aujourd’hui s’exprimer et qui ont conscience que notre pays, tel que c’est géré sous l’influence de la France, est aujourd’hui un obstacle à notre développement. 

Parce que lorsqu’on faut l’historique de la coopération avec la France, le document de base de la coopération avec la France qui a été adopté par le Sénat français date du 24 avril 1964.

Un accord  militaire entre la République de Haute-Volta et la République Française. Dans cet accord militaire nous nous rendons compte qu’il y a à l’intérieur de cet accord militaire du 24 avril 1964 l’accord économique, l’accord en matière d’éducation et d’enseignement, en matière de recherche, d’infrastructures et c’est un tout. 

Et nous nous rendons compte que l’amitié avec la  France est militarisée et c’est pourquoi nous avons lu en détail, nous avons décrypté la relation entre le Burkina Faso et la France dans tous ses accords.

Et nous avons aussi décrypté la page, le site internet de l’ambassade de France et nous nous sommes rendus compte que la France fait un déploiement de fonctionnaires dans notre administration.

Et tenez vous bien qu’il y a dans cet accord de coopération et de déploiement de l’expertise technique international de la France un déploiement des sorties d’école.

Les moins de trente (30) ans viennent mener leur expérience ici et ils exercent dans les tiers lieux comme la Ruche à Ouagadougou et dans d’autres localités du Burkina Faso. Et ces gens-là sont en contact avec les intelligences jeunes, les génies en herbe de notre pays pour leur transférer les concepts de la France. 

Ensuite il y a les sorties des pré-retraitants, ceux qui sont déployés comme coopérants techniques au sein de nos ministères.

Ce sont les plus de 55 ans, ils sont à quelques années de leur retraite et ce sont eux qui viennent ici. Cela veut dire simplement que c’est au moment où ils sont fatigués, et ne sont plus productifs qu’ils viennent. Et quand ils viennent ici c’est eux qui vont écrire.

On peut regarder sur le site web de l’ambassade de France qui a fait une publication sur l’expertise technique de la France en disant qu’ils aident notre administration à rédiger les politiques et les programmes public, ensuite ils les aident à analyser, à évaluer, à suivre nos politiques publiques. Alors posons-nous la question à savoir si nous sommes contents de l’état de notre pays. 

C’est que ça ne marche pas. Si ça marchait, on n’allait pas interroger l’apport de la France. C’est parce que ça ne marche pas et que cette coopération séculaire nous à conduit dans le désastre, la pauvreté abjecte, la pauvreté qui te fait perdre ta dignité. Nous sommes dans cette situation là.

Et la pauvreté qui nous rend vulnérables au point où des groupes armés peuvent venir embaucher et recruter nos enfants dans des activités de nuisance. 

La coopération n’a pas marché parce que le pays s’enfonce dans une crise interne, des conflits internes. Les conflits internes trouvent leur origine dans la pauvreté, l’injustice et aussi l’absence d’éducation.

62 ans après les indépendances même le tiers de la population n’est pas encore alphabétisé et là c’est très grave. C’est pourquoi nous disons qu’il est tant pour nous de dénoncer et nous luttons pour cela. 

Nous avons dénoncé ces accords de coopération et nous voulons aujourd’hui que la France libère nos administrations, c’est une ingérence et une présence oppressive. Et que le camp de détachement militaire de Kamboinsin soit démantelé afin que nous puissions jouir de nos droits, de la liberté du peuple burkinabè et la liberté de notre État afin d’aller voir ailleurs et faire une autre expérience.

Le monde est en reconfiguration, ce monde ancien, l’ordre mondial unipolaire dirigé par les États-Unis est entrain de s’effondrer. Il y a un nouveau monde, un nouvel ordre mondial qui est en entrain de se dessiner et il est temps que l’Afrique prenne sa marque et il est temps que l’Afrique se repositionne et cela va se faire individuellement.

Libreinfo.net: Jusqu’où irez-vous dans ce combat ?

Yéli Monique Kam: Le Mouvement Naaba Wobgo, comme nous l’avons dit, a reçu l’adhésion et la mobilisation des forces vives de la nation.

Le Mouvement Naaba Wobgo est une convergence de force et nous avons un et un seul mot d’ordre à savoir lutter contre la politique étrangère de la France, l’ingérence de la France.

Nous revendiquons, et nous exigeons la rupture des accords militaires, les accords de défense avec la France, les accords de coopération économiques, éducatifs etc. 

Nous luttons pour une rupture pure et simple de tous ces accords avec la France et le démantèlement de la base de Kamboinsin et la cessation immédiate du déploiement de l’expertise technique internationale qui nous a d’ailleurs aliénés, qui nous envoie des espions.

C’est une prise en otage sans oublier que la France en complicité avec les institutions financières a fait perdre à notre pays son pouvoir de signature dans ces institutions.

C’est avec l’aval de la France que notre pays peut prétendre à un accompagnement financier dans ces institutions là. Ils ont fait en sorte que cette expertise soit déployée en même temps que les services financiers. 

Nous disons que notre pays n’est pas indépendant, c’est dire que la France a confisquée l’indépendance de notre pays.

Nous sommes à ce jour 4 août, à la veille de la proclamation de l’indépendance de 1960 du Burkina Faso et quand on fait l’état des lieux, nous n’avons pas encore pu nous développer. Et nous sommes encore sous influence et domination de la France.

Nous voulons aujourd’hui avec la jeunesse et les forces vives qui nous ont rejoint au sein du mouvement Naaba Wobgo, revendiquer l’indépendance de notre pays telle que promulguée par la résolution 15-14 de l’ONU de 1960.

Yéli Kam Monique
La présidente du parti Mouvement pour la renaissance du Burkina Faso (MRB) Yéli Monique kam

Libreinfo.net: Avez-vous des mouvements partenaires à l‘extérieur du Burkina Faso ?

Yéli Monique Kam: Nous avons dans le monde entier, un éveil des consciences des africains. Partout dans le monde, les africains sont en larmes. Les africains bouillonnent.

Les consciences se sont réveillées sur cette question de confiscation de l’indépendance des Etats africains. Il y a un mouvement d’ensemble depuis l’Union africaine.

Nous avons parlé de la charte de l’Union africaine, l’agenda 2060 qui milite pour une union africaine, une identité africaine, une vision, c’est dire les Etats-Unis d’Afrique. Je pense que c’est ce qui nous a attiré les forces de l’extérieur. Sinon personnellement nous ne sommes pas allées vers eux. 

Mais nous savons que nous sommes soutenus de par le monde entier, par ces consciences qui nous ont vu nous battre et qui partagent la cause de notre lutte à savoir la souveraineté, revendiquer et arracher la souveraineté nationale et aussi la souveraineté continentale pour la réalisation de l’agenda 2060 de l’Afrique.  

Libreinfo.net: Comment êtes-vous arrivés à créer le M30 Naaba Wobgo et Pourquoi ce nom de Naaba Wobgo ?

Yéli Monique Kam: M30 veut dire Mouvement qui a été lancé le 30 juillet. Avant ça, dès le 19 juillet, le parti politique le MRB a levé une protestation contre l’ambassadeur de France suite à ses propos discourtois.

Nous avons donc lancé un mot d’ordre exigeant le départ de l’ambassadeur et la rupture des accords de coopération avec la France. C’est-à-dire que nous avons levé une protestation contre la politique étrangère de la France. Notre mot d’ordre a attiré les consciences des Burkinabè, de l’opinion en général.

C’est un ensemble de forces politiques et civiles regroupées dans des structures qui sont venues vers nous et qui ont partagé notre vision et qui ont adhéré à notre mot d’ordre.

C’est ainsi que dans les discussions à travers tous les moyens de communication, les plateformes numériques et les réunions en présentiel, l’idée est née de former un mouvement qui va fédérer les politiques.

Nous avons lancé un brainstorming pour chercher un nom qui corresponde. En tout cas, nous avons voulu porter l’icône d’un de nos pères fondateurs. Donc il y a eu beaucoup de débats et de propositions. 

D’autres ont voulu l’intitulé du nom des pères fondateurs contemporains par exemple Thomas Sankara. D’autres ont dit non parce que Thomas Sankara est arrivé en 1987 dans un contexte donné et que nous sommes dans une lutte de libération.

Cela depuis que le drapeau français a flotté en Haute-Volta et a mis notre territoire et son peuple sous influence du traité de protectorat en 1886 à l’époque de Naaba Wobgo qui a été le dernier résistant face aux colons. Et c’est à partir de sa capitulation, sa défaite que le drapeau a flotté sur le territoire de la Haute-Volta. 

M30
La présidente du parti Mouvement M30 Yeli Monique kam lors de la marche du mouvement

Il y a des historiens parmi nous, des anthropologues qui ont soutenu qu’en réalité cette lutte de libération doit être la continuité de la lutte de Naaba Wobgo.

Et c’est depuis cette capitulation de Naaba Wobgo que le Burkina a commencé sa coopération avec la France à travers le Traité de protectorat, ensuite la loi indigène et l’intégration de la Haute-Volta à la communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest et après c’était les indépendances. C’est donc un processus.

Thomas Sankara est arrivé en 1987 dans un processus toujours de libération qui n’est pas encore effective malgré la résolution 15-14 d’octroi de l’indépendance.

Et les historiens et anthropologues qui sont dans le groupe ont jugé que ce nom est un symbole de résistance, un symbole de lutte et que nous devons analyser ensemble et regarder si nos ancêtres ont capitulé devant le colon qu’est-ce qui s’est passé. Nous avons donc commencé à nous poser toutes les questions et chercher à connaître notre histoire. 

C’est pourquoi, nous mettons l’accent de ce mouvement dans la sensibilisation et l’éveil de consciences en espérant que cette fois-ci nous avons tous les moyens, surtout les moyens de lutte pacifique à travers la connaissance de notre histoire et les moyens de communication numérique et la négociation.

Nous devons renforcer notre capacité de communiquer et de défendre nos intérêts dans cette reconfiguration qui arrive, dans la formation de ce nouvel ordre mondial multipolaire afin que le Burkina Faso puisse se repositionner dans un rang honorable qui nous permette de construire la stabilité, un Etat nation, un Burkina uni et prospère où il fait bien vivre.  

Libreinfo.net: Parlez nous des menaces qui vous sont proférées et les perturbations intervenues lors de votre conférence de presse du 30 juillet ? 

Yéli Monique Kam: Est-ce que ce sont des menaces? Nous pensons que ce sont des obstacles. Pour toute cause noble, la lutte commence par quelques obstacles.

L’obstacle que nous avons d’abord rencontré, c’est d’avoir un lieu public pour tenir le lancement.

Nous avons d’abord fait une réservation en payant tous les frais de réservation au CENASA et à la dernière minute, à 48 heures ce contrat a été résilié et l’argent renversé sans nous donner un écrit justifiant le mobile de cette résiliation.

C’est ce qui a fait qu’à 24 heures de l’évènement, le lieu public qui était disponible c’était le monument du Mémorial Thomas Sankara où nous sommes allés. 

Lorsqu’on était en conférence, un jeune est arrivé et s’est présenté à la porte comme étant un invité de la cérémonie et il est rentré.

Quelques minutes après, il y a une poignée de jeunes qui sont arrivé dans un véhicule de couleur rouge et ils ont violé la porte. Ils ont commencé à perturber la cérémonie en soulevant des chaises pour créer le désordre. Nous avons fait appel à la police qui est venu.

Nous avons sensibilisé nos militants de ne pas répondre aux provocations parce que notre lutte est pacifique. Il y a eu des blessés, des dégâts matériels.

Nous avons déposé une plainte et nous avons la conviction que nous sommes dans un état de droit et que le droit sera dit et que justice sera rendue à nos militants et au mouvement. Pour l’instant nous ne connaissons pas les auteurs et les motivations de cette agression.

Nous voulons davantage sensibiliser et communiquer sur notre lutte qui est d’intérêt général pour procurer le bien-être, une certaine stabilité, une certaine autonomie à notre gouvernement de gérer, de rédiger les politiques publiques dans l’intérêt de la population. 

Des politiques qui soient adaptées et non copiées sur la France. Nous ne sommes  contre personne, nous n’avons pas de cible personne physique.

M30
Les manifestants lors de la conférence du M30

Notre cible c’est la politique, la façon de faire, un comportement que nous voulons changer au niveau international et au niveau national.

Donc nous avons affaire aux consciences et non à des personnes physiques. Si nous entrons en contact avec l’auteur de l’agression s’il est connu, nous pourront le convaincre et le rallier à notre cause.

Libreinfo.net: Que savez-vous déjà sur les raisons de ces actes d’agression?

Yéli Monique Kam: Pour l’instant nous ne savons pas. Nous avons confié le dossier à la justice. Nous avons déposé une plainte auprès du procureur du Faso via notre conseil juridique et nous attendons la suite. Nous savons que le droit sera dit dans toute sa rigueur.

Lire aussi: Burkina Faso : poursuivie pour manifestation illégale, Yéli Monique Kam plaide coupable

Libreinfo.net: Êtes- vous pour un recadrage de la Transition ?

Yéli Monique Kam: Pour le moment nous ne sommes pas à la gouvernance et nous ne demandons pas non plus à participer à la gouvernance.

Nous avons des aspirations qui sont connues, à savoir que ce gouvernement est arrivé parce qu’il y a eu une situation d’exaspération et ce pouvoir s’est engagé le 24 janvier à lutter contre l’insécurité, à lutter contre la corruption et à mener des réformes pour le retour de l’ordre constitutionnel. 

Ce que nous attendons comme recadrage, c’est que ce gouvernement à leur niveau recadre les choses pour se concentrer sur les mobiles, les actions de leur prises de pouvoir à savoir lutter contre l’insécurité, la corruption et mener des réformes pour le retour de l’ordre constitutionnel afin de pacifier le pays. 

Libreinfo.net: Pourquoi regrettez-vous aujourd’hui l’avènement du pouvoir du MPSR ?

Yéli Monique Kam: C’est une analyse. C’est-à-dire que c’est vrai que nous sommes à 6 mois mais la durée de la Transition est de 24 mois.

Nous voulons pouvoir apprécier à travers les faits, les chiffres, le recul de l’insécurité et le retour des déplacés dans leurs localités. Mais aussi à travers la diminution des attaques,  la traque des terroristes, la traque des contrebandiers ainsi que de  tous les complices qui contribuent à alimenter les groupes armés. 

Ce regret, c’est par rapport aux chiffres, aux résultats. C’est une façon aussi d’alerter, d’attirer l’attention du pouvoir du MPSR et de mettre la pression afin qu’il se concentre sur les motifs de sa prise de pouvoir afin que tout le monde retrouve la paix, la sécurité et la reprise des activités économiques.

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