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Burkina : insécurité et éducation en situation d’urgence, entre résilience et peur 

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 Un atelier de renforcement de capacité sur la mise en œuvre du programme d’éducation par la radio en lien avec l’éducation en situation d’urgence a été organisé par le ministère de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales (MENAPLN). Les bénéficiaires sont les animateurs des Circonscriptions d’éducation de base (CEB) des zones à fort défit sécuritaire. Ils viennent de dix régions du Burkina. La rencontre a eu lieu à l’Institut national de la formation du personnel de l’éducation du Plateau central, à Loumbila. C’était le vendredi 14 janvier 2022. Libreinfo.net vous propose les avis de certains acteurs de résilience sur l’insécurité vécue dans leur localité. 

Par Natabzanga Jules Nikiema

La situation sécuritaire au Burkina Faso est de plus en plus préoccupante dans le secteur de l’éducation. En effet, selon le rapport hebdomadaire du secrétariat technique de l’éducation en situation d’urgence, à la date du 31 décembre 2021, 3280 établissements scolaires sont fermés soit un taux de 13,09%. Cette fermeture affecte 511221 élèves composés de 243528 filles et 276693 garçons et 14901 enseignants dont 4697 femmes et 10204 hommes.

L’éducation présente pourtant des enjeux en matière de développement d’une nation.  Afin de favoriser une continuité éducative dans les zones à fort défis sécuritaires, la stratégie d’une éducation en situation d’urgence a été adoptée. Dans cette perspective également, un programme d’éducation par la radio a été élaboré et présenté à des animateurs des circonscriptions d’éducation de base (CEB). Cette situation nécessite une résilience chez les acteurs. Mais, la peur et la psychose y règnent toujours.

Ramata Kafando , réside à Arbinda, une zone enclavée, située à 90 Km de Djibo et une cinquantaine de Kilomètre de Gorgadji, sans village intermédiaire sur ces axes. Pour elle, « la peur qui m’anime à Arbinda, c’est la mort. Si le jour se lève, d’ici là que la nuit ne tombe, à moins que tu ne sois sur ta natte, tu n’espères pas que la journée va passer te trouver vivant ». Elle soutient que les déplacements se font en compagnie de la sécurité et sans la sécurité, tu n’oses pas faire un km à Arbinda.

Pour cela, elle estime vivre difficilement la situation mais que « nous essayons d’être résilients ». C’est avec un visage plein d’émotions, la main droite posée sur la poitrine, qu’elle souhaite simplement le retour de la paix. « Nous voulons que la paix revienne. Nous voulons qu’il y ait un changement notable sinon c’est la misère ».

Chez G. Michel Sanou, un encadreur pédagogique résident à Bani depuis 2016, les mêmes sentiments sont partagés. Dans un aveu d’impuissance, il laisse entendre d’une voix lourde que « vivre avec l’insécurité, ce n’est pas facile mais qu’à force de vivre avec la chose, nous sommes devenus un peu résilients, si bien que, nous vaquons à nos occupations ».

Il reconnait toutefois qu’ils sont là (ndlr: les HANI), mais qu’est-ce qu’on peut faire » ? Jugeant le monde éducatif comme étant le plus touché, il estime qu’« il nous faut aussi apporter notre contribution pour le développement de notre cher Faso ». Pour cela, il lance ses encouragements aux collaborateurs qui sont toujours présents au poste, aux braves enseignants qui sont toujours dans ces zones d’insécurité.

Mohamed Banhoro est un instituteur à Bani qui a presque servi dans toute la région du Sahel d’où il y vit depuis 20 ans.  Pour lui, « Il y a la psychose ».  Il soutient que les conditions de travail n’étaient déjà pas faciles dans cette localité mais qu’« on essaie de faire avec les notions de résilience que nous avions reçues ».

Il précise que « Bien avant cette situation de terrorisme, les conditions de vie étaient très difficiles au sahel. D’abord, le fait que la population soit un peu réfractaire entre griffe, à l’école, encore que vient ajouter ce bouillant problème d’insécurité, ce n’est vraiment pas facile ». Pour lui, « il faut qu’on résorbe le problème d’insécurité ».

C’est pourquoi il appelle « les uns et les autres à réunir les efforts, que tout le monde soit résilient, que chacun fasse sa part, que le gouvernement prenne des mesures pour que le Sahel ne tombe pas ».  Il avance qu’« On pense à l’insécurité mais, il y a une famine sans précèdent qui est en train de se décliner au sahel car la pluviométrie a été très mauvaise et les parents n’ont pas pu cultiver ». C’est pourquoi il lance un cri d’alarme : « Que ceux qui doivent entendre, entendent. Qu’ils prennent des résolutions pour résoudre ce problème ».

Moussa Erick Ouedraogo est chef de circonscription d’éducation de base de Djibo depuis 2016.  Il soupire profondément avant de nous laisser entendre que « La peur est perceptible ». Pour lui « Vous conviendrez avec moi qu’on ne peut pas être permanemment dans cette peur durant six. La situation se dégrade et continue de se dégrader ».

Il observe un long silence, mâche ses lèvres puis conclut« nous apprenons à vivre avec. La peur est là mais nous faisons avec ».  Comme G. Michel Sanou également, il estime qu’« on essaie à notre manière de les (les enseignants résilients, ndlr) encourager ». Il souhaite également que la paix revienne à Djibo et au pays tout entier.

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