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Burkina Faso : Lutte contre le paludisme, le chercheur Jean Télesphore Bazie expérimente un bio-insecticide

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Au Burkina Faso, les chercheurs sont plus que déterminés à lutter contre le paludisme, une maladie mortelle, c’est le cas de Dr Jean Télesphore Bazie qui travaille sur une formulation bio-insecticide faite à base de plantes locales pour lutter contre les moustiques, vecteurs du paludisme et de certains arboviroses comme la fièvre jaune et la dengue. Dr Bazié est chargé de recherche au Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST).

Par Daouda Kiekieta

Au Burkina Faso, le paludisme demeure la première cause de mortalité. En 2021, plus de 12 millions de cas ont été enregistrés dont 605 504 cas de paludisme grave.

Malheureusement 4 355 personnes sont décédées de cette maladie, selon les statistiques du Ministère de la Santé.

Ces chiffres alarmants ne laissent pas indifférents les chercheurs burkinabè. A l’Institut de recherche en sciences appliquées et technologies (IRSAT) du CNRST du Burkina, la riposte contre cette maladie se prépare sereinement.

Dans cet institut situé au nord de Ouagadougou, le climat est assez particulier. Plantes et bureau font bon ménage.

On y trouve des cultures un peu partout. Ces plantes servent  pour les expérimentations  des différents projets de recherche.

Dans une salle bien éclairée où du matériel de laboratoire y est exposé, le chercheur Jean Télesphore Bazié, habillé d’une blouse blanche, est en plein travail d’expérimentation avec l’un de ses stagiaires, M. Elisée Sawadogo. Dr Bazie est chargé de recherche au CNRST.

Les deux personnes expérimentent des extraits de plantes ayant des propriétés bio-insecticides ou bio-insectifuges.

Burkina paludisme Télesphore Bazié
Dr Bazie et son stagiaire, M. Élisée Sawadogo en train de faire des formulations au laboratoire

L’objectif de ce travail est de contribuer à la lutte contre le paludisme par l’utilisation de formulations faites à base de plantes locales.

Assis dans un endroit retranché du laboratoire, M. Sawadogo, l’étudiant en Master 2 en biochimie à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou m’explique son travail : « Après ces formulations, nous allons les tester sur des moustiques. Cela se passe à Nouna, dans la région de la Boucle du Mouhoun».

Ainsi, l’Eucalyptus, la citronnelle et deux autres plantes locales sont les plantes identifiées par Dr Bazie, spécialiste  en biochimie, biologie moléculaire et microbiologie.

Après un entretien sur le projet, j’entame, sous la direction de Dr Bazie, une visite de découverte des éléments entrant dans  le processus d’obtention des formulations, dont les différentes plantes identifiées qui sont cultivées sur place, dans les locaux de l’IRSAT.

Partant du constat que les populations rurales ont des savoirs endogènes qui leur permettent de lutter contre ces vecteurs du paludisme, cette solution en projet pourrait ainsi répondre aux besoins sanitaires des populations, selon Dr Jean Télesphore Bazie, spécialiste de la microbiologie.

Ce chercheur de 43 ans a su concilier théorie et pratique. En plus des cours sur les plantes médicinales qu’il dispense aux étudiants, il est chercheur associé au laboratoire LABIOGENE de l’Université Joseph Ki-Zerbo.

Avec ce projet qui lui tient à cœur depuis plusieurs années, Dr Bazie espère mettre bientôt à la disposition des populations, des bio-insecticides et des bio-insectifuges faits à base d’extraits de ces plantes acclimatées au Burkina Faso.

Le produit sur lequel travaille Dr Bazie sera utilisable, selon lui, dans les maisons et dans l’imprégnation des moustiquaires, et même des rideaux.

Des tests concluants

Le chercheur Bazie explique ses premiers résultats : « Le premier essai pilote a montré que les moustiques sont tombés».

Cela est une réponse intéressante pour nous, mais elle n’est pas suffisante. Parce qu’il faut déterminer la concentration minimale qui puisse avoir un effet insecticide et insectifuge ».

Jusque-là, il estime que c’est encore tôt pour parler du niveau d’efficacité de produit sur lequel il travaille.

Si ces extraits de plantes sont nocifs sur les moustiques, qu’en est-il de l’homme, premier bénéficiaire du projet ?

Burkina paludisme Télesphore Bazie
Dr Jean Télesphore Bazie démontre un dispositif d’extraction d’huiles essentielles pour la fabrication de l’insecticide.

A cette inquiétude, Dr Jean Télesphore Bazie, avec un air serein, affirme que « des tests d’innocuité faits sur des modèles animaux proches de l’homme, notamment les rats de souche wistar, ont montré que le produit ne présenterait pas d’effet de toxicité sur la santé de l’homme ».

À quelques pas du laboratoire, ils élèvent ces rats qui servent de cobayes.

Visiblement, tout est mis en place pour faciliter les travaux de recherche. Le dispositif d’extraction des extraits est également fabriqué sur place par l’IRSAT.

Lentement, mais sûrement, les différents tests se mènent et Dr Bazie espère voir bientôt le bout du tunnel.

Mais, en attendant, « le chemin reste long », car, selon notre interlocuteur, le taux d’exécution du projet se situe entre 50 et 60 %.

Toutefois, il affirme que le produit sera mis à la disposition de la population d’ici la fin de l’année 2023.

Selon lui, l’insécurité liée au terrorisme a eu un impact négatif sur le taux d’avancement du projet en rendant par exemple les tests sur le terrain plus compliqués.

En effet, ces tests se font à Nouna, chef-lieu de la province de la Kossi, région de la Boucle du Mouhoun, une localité actuellement en proie à l’insécurité.

Des difficultés entravant l’avancée normale du projet

Ce projet de recherche et de mise au point de bio-insecticides est soutenu par plusieurs structures dont le Fonds National de Recherche et de l’Innovation pour le Développement (FONRID).

Le FONRID est un fond public qui vise à offrir un cadre sécurisé de financement des activités de recherche et d’innovation sur l’ensemble du territoire national afin que les résultats produits soient réellement vecteurs de bien-être pour les populations et générateurs de richesses et de prospérité pour l’ensemble de la nation.

Le quadragénaire fait face à un certain nombre de difficultés administratives et financières. En effet, il n’arrive pas à obtenir des financements dans les banques.

« C’est tellement coûteux que le chercheur, lui non plus, ne peut pas financer son projet par ses propres moyens. Donc, nous remercions le FONRID qui a bien accepté de financer ce projet », dit-il.

A cela, s’ajoute l’insuffisance du plateau technique. « La première année, par exemple, nous n’avons pas pu démarrer le projet parce qu’il fallait commander du matériel de l’extérieur ».

A toutes ces difficultés vient s’ajouter l’insécurité qui limite les champs d’action du projet.

À terme, ce projet devrait permettre aux populations de préparer elles-mêmes les produits pour lutter contre les moustiques, à cause du paludisme et de la dengue.

« Cela aura un impact sur l’amélioration de la santé des populations », indique le chercheur.

Il permettra aussi d’utiliser autrement et à bon escient certaines plantes comme l’Hyptis qui envahit les espaces cultivables.

Le chercheur Jean Télesphore Bazie n’est pas à sa première découverte. Il est auteur d’une dizaine d’articles publiés dans des revues scientifiques nationales et internationales.

Lire aussi: Lutte contre le paludisme : Des chercheurs burkinabè trouvent un vaccin efficace à 77%

www.libreinfo.net

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