Accueil A la une Burkina: réconciliation nationale« J’attends des réparations (…) pour des arrestations arbitraires »Me Herman Yaméogo

Burkina: réconciliation nationale« J’attends des réparations (…) pour des arrestations arbitraires »Me Herman Yaméogo

Burkina Reconciliation nationale Me Herman Yameogo UNDD
Me Herman Yameogo Président de l'UNDD

La réconciliation nationale est l’une des questions sur la table des discussions, ces derniers temps, au Burkina Faso. Un ministère en charge de la Réconciliation nationale et de la Cohésion nationale a été créé et une feuille de route en cours d’élaboration. Pour comprendre l’appréciation de la classe politique sur la démarche, Libreinfo.net a rencontré le président de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Développement (UNDD), Me Hermann Yaméogo. A 72 ans Me Herman Yameogo (fils du premier president de la Haute Volta)un témoin de la scène politique burkinabè depuis plusieurs dizaines d’années, dans cet entretien, il donne sa solution pour la réconciliation,  revient sur son procès lors du putsch de 2015 et préconise la négociation avec les terroristes.

 

Propos recueillis par Frank Pougbila

 

Libreinfo.net (L.I.) : Comment Me Hermann Yaméogo se porte-il aujourd’hui après le procès du putsch?

Hermann Yaméogo (H.Y.) : vous évoquez là, une autre grande épreuve d’injustice que j’ai vécu, mais qui n’a pas rompu mon attachement à̀ défendre les causes justes. Comme vous le voyez, j’ai été́ jugé et jeté́ en prison sans avoir eu connaissance du complot, ni participé à son exécution. Malgré tout, je suis toujours là, la fibre ardente à me battre pour la réconciliation nationale.

L.I. : Pensez-vous que le Burkina soit aujourd’hui sur la bonne voie avec la réconciliation nationale qui se dessine?

H.Y. : La réconciliation, pour laquelle je me bats depuis plus de 40 ans et plus, est effectivement à l’ordre du jour. Encore faudrait-il qu’elle se mette en place sans trop de manipulations, retentions ou exclusions politiques. Je suis toujours dans l’attente de la mise en œuvre du schéma tracé par le Président Kaboré (ndlr : Roch Marc Christian Kaboré) et dans les délais annoncés lors de son discours d’investiture. La politique dans notre pays oscille entre deux tendances. La première, la plus importante depuis la révolution, considère que tous les moyens sont bons pour atteindre des objectifs politiques. La morale ici n’intervient pas en tant que tel, sinon que comme alibi. La deuxième tendance, celle qui convaincue que la politique ne devrait pas manquer de noblesse, pense que le service à la nation ne peut se défier de la morale sans desservir la nation.

On a beau les prendre pour des rêveurs, qui ne savent pas comment conquérir le pouvoir, j’en suis résolument. Mon souhait le plus cher après l’élection serait de voir le Président du Faso accordé, dans l’intérêt de la nation et du sien propre, plus d’intérêt à la deuxième tendance.

L.I. : Vous êtes un adepte de la justice transitionnelle, est-ce la seule issue pour réconcilier les Burkinabè̀?

H.Y. : Lorsque je m’en tiens à la période considérée pour faire jouer le fameux triptyque vérité́-justice-réconciliation, à la quantité́ des cas susceptibles d’être évoqués, au  nombre et à la personnalité́ des mis en cause, à la nature des crimes et de la pléthore parfois des participants à leurs commissions, au fait que certains responsabilisent dans l’exercice du pouvoir, je me persuade qu’il n’y a que la justice transitionnelle pour réconcilier les Burkinabè. Ma conviction est totalement faite quand je pense qu’il y’a dans le lot des crimes passibles de la Cour pénale internationale. La justice transitionnelle pourrait bien évidemment faire jeu avec la justice traditionnelle ou celle classique, à l’exception des juridictions politiques. Mais le rôle primordial devrait lui revenir.

L.I. : Pour la réconciliation, le Président, Roch Kaboré parle de 1960 à nos jours. Pensez-vous que Maurice Yaméogo, votre père, a subi des préjudices à prendre en compte ?

H.Y. : On a certainement plus pensé aux torts que son régime a pu causer, qu’à ce qu’il a subi. Mais il n’est pas exclu que ses ayants droits puissent intervenir pour la réparation de préjudices matériels, moraux et historiques qu’il a pu subir. Et cela ne manque pas.

L.I. : En ce qui vous concerne personnellement, qu’est ce que vous attendez de l’Etat burkinabè̀?

H.Y. : J’attends personnellement des réparations matérielles, morales pour des arrestations arbitraires, jugements inéquitables, des incendies et pillages de biens immobiliers et mobiliers, des déstabilisations de partis et autres.

L.I. : Vous approuvez la démarche actuelle de Zéphirin Diabré?

H.Y. : Elle ne me semble pas en lien évident avec les engagements pris par le Président du Faso. Ensuite, elle tend aux yeux de l’opinion à se réduire à sa seule maestria et diligence. Ainsi, ramenée à la perception populaire la réconciliation, c’est de son seul ressort, de sa seule  responsabilité́. Il en est le maitre d’œuvre. On y accorderait d’autant plus de crédit que le chef de l’Etat jusque là prolixe sur la matière se mure de plus en plus dans le silence.  On observe là comme une dilution de ses engagements, notamment sur les assurances données quand à l’inclusion et à la détermination du processus de réconciliation par le forum national. C’est pour cela qu’il apparait urgent que le Président Kaboré (ndlr : Roch Marc Christian Kaboré) monte un peu plus au filet pour éviter que le soufflet ne retombe.

L.I. : Que pensez-vous du terrorisme actuel au Burkina ?

H.Y. : Il ne m’apparait pas en voie d’être maitrisé. Ses effets collatéraux sur le banditisme prennent de plus en plus d’ampleur. Il y’a une telle diffusion de violences quotidiennes à travers le pays, que nous voyons se développer en plus de l’accoutumance, une malheureuse tendance à l’imitation à travers des actes de barbaries.

L.I. : Faut-il négocier avec les terroristes ?

H.Y. : Je dis oui car il ne sert à rien ici de jouer les bravaches. Si en Afrique des pays comme la Mauritanie et l’Algérie s’y sont résolus. Et que même, les Etats-Unis d’Amérique, pays le plus riche, le plus militairement puissant du monde en fait de mêmes, je ne vois pas comment et avec quoi nous pourrions nous en passer.  Il y a la solution de jouer les fiers à bras en criant à tue-tête “négocier” avec les terroristes jamais, mais de le faire en sous-main pour circonscrire les attaques. Des Etats et pas des moindres y sont aussi passés maitres. Mais tout cela, c’est du bricolage politique insécurisant pour le peuple et au surplus plein de compromissions.

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