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Burkina-Société : rencontre avec Clément Ouitié Nébié, photographe d’artistes et personnalités ivoiriennes

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Clément Ouitié Nébié photographe professionnel

Clément Ouitié Nébié est un photographe professionnel. Son métier, il l’a appris en Côte d’Ivoire depuis 1996. Il détient toujours une ancienne carte de presse ivoirienne. Il s’intéressait plus aux artistes et personnalités ivoiriennes. C’est Devy Apiah, un journaliste spécialiste du mannequina qui l’a introduit dans ce milieu. Il vivait pleinement de son métier. Mais, en 2016, il rentre au pays où sa mère l’a appelé à son chevet. Depuis, il y est resté et peine à s’adapter. Sa vie aujourd’hui semble être bouleversée. Libreinfo.net qui l’a rencontré à Bonheurville, un quartier de Ouagadougou, le 9 mars 2022, vous retrace son parcourt.

Par Natabzanga Jules Nikièma

Il est 17h. C’est aux alentours du rond-point de la transition dans le quartier Bonheurville de Ouagadougou. Les activités commerciales continuent de se mener. Un homme, tourne partout à pieds. Il est d’une quarantaine d’années. A son épaule, est accroché un appareil photo. Lui, c’est Clément Ouitié Nébié. Quelques cheveux blancs apparaissent sur sa tête. Ses yeux sont rouges.

Il est à la recherche de clients. Visiblement, il semble être épuisé. Le désespoir et la misère se lisent aisément sur son visage ridé. Durant la journée, il n’avait été dans aucune cérémonie pour mener son risque habituel. Celui du « Pwè-Pwè » ou de la technique du « gagnant-perdant ».

C’est une technique qui consiste pour un photographe, à prendre des photos au cours d’une cérémonie quelconque, d’invités et de personnalités. Ensuite, il va négocier auprès d’un laboratoire, le tirage rapide des photos. Très souvent, il le fait à crédit. Il revient aussitôt sur les lieux et les revend et gagne un peu d’argent. C’est ainsi qu’il arrive à assurer sa journée.

Il décroche son sac contenant l’appareil photo puis le dépose. Il retire dans l’une des poches, un grand lot d’anciennes photos. Il les expose rapidement avant de s’intéresser à nous. « J’ai été un photographe reporter en Côte d’Ivoire », dit-il. Il est de teint noir avec une taille moyenne. Il vit en location à Saonré, un quartier dans la zone périphérique ouest de Ouagadougou.

« J’ai engrangé beaucoup d’argent »

En 1987, alors jeune adolescent, Clément Ouitié Nébié est allé en aventure en Côte d’Ivoire.  Son village natal est Boulm, situé dans la commune rurale de Bakata, province du Ziro, région du Centre-Ouest. C’était à Agnimilékrou dans les plantations de son oncle Ouitié Neboa. Ce dernier était un ancien militaire de l’armée ivoirienne à la retraite.

En 1996, il décroche un contrat pour la récolte et le séchage du café et de Cacao. Un de ses frères l’initie alors à la photographie. Avec le gain du contrat obtenu, il s’achète alors un petit appareil photo. C’est le début d’une aventure. « Tout a commencé le 24 décembre 1996 dans la nuit après le culte, au temple de l’église protestante de Djéwouilé. J’étais en train de prendre quelques photos de souvenirs pour mon frère lorsque des fidèles chrétiens sont venus m’envahir. Chacun voulait une photo de souvenir », se souvient-il.

Ce jour-là, il a pris les photos jusqu’au petit matin. Il avait seulement trois pellicules. Celles-ci sont finies sur place. Après le tirage et la vente de ces photos, « j’ai engrangé beaucoup d’argent. Je me suis rendu compte que j’ai réalisé une grosse affaire. Le 31 janvier, pour la Saint Sylvestre et le 1er janvier, j’ai payé 6 pellicules. Chaque pellicule disposait entre 36 à 40 pauses. Le 2 janvier, après les décomptes, j’ai réalisé que j’ai fait un gros chiffre d’affaires comparativement au contrat effectué dans la plantation. Alors, je me suis totalement lancé dans ce métier », indique-t-il avant de conclure que « c’est l’amour du métier qui m’a motivé ».

Il est l’unique fils de sa mère. En 1997, il revient au village chercher la bénédiction auprès de ses parents. « Ma mère ne voulait plus que je reparte en Côte d’Ivoire. Mais, je rêvais de devenir un photographe professionnel. Je lui ai promis revenir quelques années plus tard m’installer à Ouagadougou auprès d’elle, si l’aventure réussissait. Elle l’avait accepté et m’avait béni », se souvient Clément Ouitié Nébié .

Deux mois plus tard, il retourne en Côte d’Ivoire. Cette fois, il va s’installer directement à Abidjan, la capitale économique. C’était à Bingerville. « Là-bas, j’ai perçu que le métier de photographe nourrissait bien son homme. Alors, je me suis organisé et j’ai acquis des appareils photos performants », indique-t-il. Démarre alors une carrière professionnelle.
Il cite différentes marques. « Le premier appareil photo fut une « Thomas ». Le deuxième, une « YASEKA ». Le troisième, une « Zenith ». Le quatrième, une « NIKOMAT ». Le cinquième, une « Canon D50 ».  Le sixième, une « VIVITA ». Le septième, fut une autre « Canon ».

« Mon souhait, c’est de travailler avec une agence de presse »

Après la génération des marques d’appareil photos utilisant les pellicules est apparue celle du numérique. Clément Nébié a suivi l’évolution. « J’ai alors acheté une « Sony ». J’ai acheté une deuxième « Sony » qui permettait de filmer également », a-t-il fait savoir.
En Côte d’Ivoire, il a fait beaucoup de photos de plusieurs artistes de renom et de grandes personnalités du pays. Il retire de son sac, un lot d’anciennes photos. « Il s’agit d’un échantillon et le gros lot est resté au studio à Abidjan, car je ne m’attendais pas à rester ici », lance-t-il.

« Béta Simon a été le premier artiste musicien que j’ai photographié. J’ai pris aussi des photos d’Ismael Isaac et de Bailly Spinto.  Beaucoup de photos existent. Alassane Dramane Ouattara avant qu’il ne soit président de la république, je l’ai également photographié. Blé Goudé, Abdoulaye Traoré dit Benbadi etc. Ils sont nombreux. Comme ce sont des personnalités, leurs photos s’achètent comme de petits pains », précise-t-il.
De 2002 à 2011, une crise éclate en Côte d’Ivoire. Clément Nébié perd sa femme.

Le 16 décembre 2016, Clément Ouitié Nébié, débarque à Ouagadougou. Et, le 20 décembre 2016, sa mère décède au village. Il confie son enfant à un oncle. Alfred Diasso, son cousin et premier apprenti-photographe, l’installe à Saonré. Un quartier situé dans une zone périphérique de Ouagadougou. Il vit en location. Clément ouvre un petit studio-photo qui sera fermé plus tard. « J’ai fermé mon studio dans le quartier parce qu’il n’y a pas assez de clients », regrette-t-il.

« Mon souhait, c’est de travailler avec une agence de presse de la place comme photographe reporter.  Mais, je suis nouveau », avoue monsieur Nébié. Il retire de son sac, une ancienne carte de presse ivoirienne qu’il nous présente.
Ouitié Nébié ne parvient toujours pas à s’adapter. Pour lui, c’est parce qu’il est nouveau dans le système dans son propre pays. Aujourd’hui, il utilise seulement un petit appareil photo. C’est la débrouillardise.

A l’heure des téléphones portables Android et Smartphone, la photographie est-elle toujours rentable ? Pour Clément Nébié, « Si je gagne les moyens, je vais acheter un appareil très performant. C’est mon unique métier, et je n’ai pas le choix », confie -t-il.
Auparavant, il tournait avec une moto qui est malheureusement tombée en panne. Il tourne à pieds. Il avance que : « Comme, j’ai fait Abidjan où je suis habitué au taxi et à la marche, alors je tourne à pieds et sans complexe. Cela me permet également, de faire le sport pour améliorer ma santé physique ».

« J’ai refusé de me marier avec elle, car je ne voulais pas émigrer en occident »

Il n’a jamais fréquenté l’école. Il ne sait ni lire ni écrire. Mais il est polyglotte. Il parle couramment 8 langues. « Je parle le Nouni, ma langue maternelle, le Mooré, le Français, l’Ashanti, l’Agni, le Dioula, l’Apolo, et l’Abollo. L’Ashanti, je l’ai appris en moins de trois mois et le Français, c’est la vie à Abidjan qui t’oblige à parler cette langue », laisse-t-il entendre.

Il ne rêve plus retourner en Côte d’Ivoire. « C’est le manque de moyens financiers qui justifie toute cette décision », a-t-il dit. Et d’ajouter: « Même si un jour, je devais retourner à Abidjan, je pense que ce ne sera pas pour y rester mais simplement pour rendre visite à mes proches et amis.  Autrement, je ne voudrais plus repartir dans ce pays pour m’éterniser. Je préfère rester au pays ».

De sa carrière, une photo a marqué Clément Nébié. C’est celle qu’il a prise lors d’une bagarre entre deux fous. « De toute ma carrière de photographe reporter à Abidjan, la photo prise sur une bagarre entre deux fous m’a le plus marqué. C’était un samedi matin. Alors que, je partais assurer une couverture médiatique d’une cérémonie de mariage à la mairie, je tombe sur cette bagarre inédite. C’était à la gare. J’ai vu un attroupement de personnes. J’arrive et je trouve deux fous en train de se battre. Immédiatement, j’ai pris uniquement deux photos. Les spectateurs se moquaient de moi. Après le mariage, j’ai fait le tirage de ces photos le lundi suivant. C’était au nombre de 50 photos et je suis revenu sur le lieu où la bagarre s’est produite. Toutes les photos ont été achetées sur le champ, à ma grande surprise. Un spectacle pareil est très rare et les gens voulaient des photos en souvenir.  J’ai encore tiré plusieurs que j’ai écoulées. J’ai pu engranger plus de 100 000 FCFA avec ces deux photos. Je garde une photo en souvenir avec moi », se souvient-il.

Auparavant, Clément Nébié gagnait bien sa vie dans la photographie. Ses propres photos de souvenir en disent long. « Personnellement, je gagnais beaucoup d’argent. Les jours de fête, surtout la Tabaski, je pouvais empocher au minimum 500.000 FCFA. Je pouvais tirer plus de 1000 photos. Souvent 1300. Ces photos sont le plus faites sur commande », révèle l’homme.

Il sélectionne quelques-unes de ses propres photos qu’il nous présente.  « Compares ces photos avec mon état actuel. Si, j’appelle une connaissance d’Abidjan toute de suite pour lui faire savoir que je marche à pieds ici, il dira que Clément est tombé », déplore-t-il. Il a vécu une vie amoureuse avec une expatriée de peau blanche. Mais il n’a pa voulu un mariage. « J’ai refusé de me marier avec elle, car je ne voulais pas émigrer en occident », souligne le photographe qui dit être contre l’émigration en occident.

Clément Ouitié Nébié a formé beaucoup d’apprentis au métier de photographe. « J’ai eu sous ma coupe beaucoup d’apprentis au métier de photographe.  Le premier fut mon cousin, Alfred Diasso. A l’heure actuelle il détient toujours mon troisième appareil photo que je lui avais cédé depuis longtemps. C’est celui de la marque Zénith.  Le deuxième fut un ami. C’est Yeboua. C’est un Ivoirien. Il y a eu Jean, un autre Ivoirien. Il y a eu Issaka Kafando qui est présentement au Burkina. J’ai assuré leur formation gratuitement.  Avant, un apprenti-photographe peut faire trois ans avant d’être envoyé sur le terrain. Il faut livrer un testament. Mais à notre époque, on formait simplement. Chez nous, c’est la pratique et non la théorie. Nous exploitons l’appareil photos dans la pratique », confie Ouitié Nébié.

Actuellement, il fonctionne avec un petit appareil « Sony ». Il est un fervent croyant de l’église protestante. Il joue régulièrement au PMU’B dans l’espoir de gagner de l’argent afin de s’acquérir de nouveaux appareils photos plus performants pour reconstruire véritablement sa vie.

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