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Burkina Syndicat:Nos attentes sont bien claires,que le gouvernement annule le prélèvement de l’IUTS sur les primes et indemnités dans le privé

Bassolma Bazie,secretaire général de la CGT-B
Bassolma Bazie,secretaire général de la CGT-B

Voilà quelques temps que le syndicat et le gouvernement sont à couteau tiré sur l’application de l’IUTS sur les primes et les indemnités dans le secteur privé et parapublic. Pour mieux comprendre les enjeux de cette situation avec le syndicat www.libreinfo.net a rencontré le secrétaire général de la CGT-B, Bassolma Bazié.

Le syndicat est opposé à l’application de l’IUTS. De quoi s’agit-il au juste ?

Le mouvement syndical à travers son cahier de doléances 2015 exigeait l’annulation du prélèvement de l’IUTS sur les primes et indemnités aussi bien dans le secteur public et parapublic. Il faut situer le contexte : ce n’est pas l’IUTS de depuis les années 1970 qui est basé sur les salaires qui est mis en cause. Ce qui est mis en cause c’est l’IUTS sur les primes des indemnités dans le privé et le parapublic. Quand on lit le deuxième tome des Mémoires du Général Sangoulé Lamizana intitulé Sur la brèche, à la page 114, paragraphe 5, il a dit que l’IUTS était une mesure exceptionnelle qui s’appliquait dans des circonstances elles-mêmes exceptionnelles. Parce que la situation était très difficile et il y avait donc lieu de consentir à des sacrifices.

Ne pensez-vous pas que de nos jours aussi le Burkina Faso traverse des situations difficiles ?

Ça ne se ressent pas à travers le comportement des gouvernants. Quand on traverse une situation difficile, on ne laisse pas des wagons de charbon traverser la frontière, on ne doit pas permettre à son épouse de recruter des coiffeuses à la présidence comme l’a montré votre confrère (Mutations). Quand on traverse une situation difficile on ne doit pas être léger dans la perception des taxes au niveau des mines. Le numéro 321 de l’Economiste du Faso a montré que les sociétés minières doivent plus de 551 milliards FCFA à l’Etat, on ne doit pas avoir un budget de l’Assemblée nationale qui va de 08 à 20 milliards, on ne doit pas avoir un ministère de la Défense où le budget n’est pas consommé et que l’ASCE/LC ne peut pas vérifier. Toujours au ministère de la Défense, quand on traverse une situation difficile, on ne doit pas avoir un ministre qui construit des bunkers. Pourquoi ne donne-t-on des moyens suffisants à l’ASCE/LC de vérifier ce qui se passe ? A l’époque du président Lamizana, ils avaient adopté un comportement en théorie et en pratique qui indiquait qu’il était nécessaire de faire des sacrifices…Une chose est de faire des tonnes de discours mais la seule chose qui puisse permettre de convaincre, c’est l’exemplarité.

Toujours dans le même ouvrage page 99 paragraphe 4, le Président Lamizana a précisé que la crise financière de l’Etat avait deux causes essentielles : la première était le train de vie somptueux de l’Etat qui avait suivi le même chemin que celui de l’administration coloniale. La deuxième cause est due à l’indiscipline budgétaire.

Qu’attendez-vous donc du gouvernement ?

Nos attentes sont bien claires : que le gouvernement annule le prélèvement de l’IUTS sur les primes et indemnités dans le privé parce qu’en 2015 nous avons dit au gouvernement de faire une augmentation de 25% sur les salaires. Il a dit que ce n’était pas faisable. Nous lui avons demandé d’annuler la taxe sur les prêts bancaires, lorsque vous prenez un prêt il y a la TVA et quand vous venez pour consommer il y a encore la TVA. Le gouvernement a dit que ce n’était pas immédiatement faisable. Nous lui avons rappelé qu’en 2012, le président Compaoré a fait une augmentation de 5% pour l’ensemble des travailleurs. Dans le privé, c’est 4% qui a été appliqué sur les bas salaires. Nous avons estimé que les trois raisons réunies nous emmènent à demander l’annulation de l’IUTS dans le privé parce qu’au marché, tous les travailleurs qu’ils soient du public ou du privé paient leurs besoins aux mêmes prix. Il faut donc alléger la cherté de la vie pour les agents du privé. Dans le public, nous avons demandé que l’Etat prenne en compte les indemnités dans le calcul de la pension puisque la pension n’est calculée que sur le salaire de base multiplié par le nombre d’années de fonction multiplié par 2%. Si vous avez fait 25 années de service et que votre salaire de base est de 200 000 francs, il va se retrouver avec une pension de 100 000 francs. Or celui qui a un salaire de base de 200 000f, son salaire brut peut s’élever à 400 000f.Une fois à la retraite, la même personne se retrouve avec 100 000 francs par mois. Celui qui est habitué à un train de vie de 400 000 ne peut pas vivre plus de 07 ans avec 100 000 F. Le ministère de la Fonction publique a instruit la CARFO. Les résultats des travaux ont été publiés en 2018.Nous sommes engagés à informer les travailleurs que pour ça, qu’ils doivent consentir un minimum de cotisations. Au lieu de travailler à ce que ça soit mis en œuvre, on nous sert un autre plat qui est totalement contraire à notre revendication.

A propos du prélèvement de l’IUTS, le DG des Impôts a la télévision que ce prélèvement va s’élever à trois (03) milliards. Il nous est revenu que c’est plutôt entre 30 et 40 milliards. Même si c’est 40 milliards, nous avons indiqué plus haut des poches où l’Etat peut trouver de l’argent. J’en oublie une étude de l’Assemblée nationale rendue publique le 16 octobre 2015 et qui révèle des personnalités doivent plus de 49 milliards à l’Etat. Mais le chef de l’Etat trouve des excuses pour ces gens-là, l’étude sur le foncier a aussi révélé qu’il y a plus 105 000 parcelles qui font perdre des centaines de milliards à l’Etat sans parler du budget de l’Assemblée qui passe à 20 milliards. Sur les infrastructures etc.

On parle de la construction d’une nouvelle assemblée…

Vous avez vu une pierre là-bas ? Cette année encore ça été budgétisé. Où sont parties les sommes déjà budgétisées ? Quand un président de l’Assemblée donne 10 millions à gauche et à droite, y’a-t-il un arbre financier à l’Assemblée Nationale ?

Que prévoyez-vous si le gouvernement ne revoit pas sa décision ?

La base qui nous a mandaté est claire là-dessus et nous n’avons pas à aller contre sa volonté. Si la SIGASPE appliquait l’IUTS dans le public, l’Etat sera mis devant le fait accompli.

C’est-à-dire ? Un deuxième ‘’03 janvier ‘’ ?

Pourquoi pas ? Il n’y a pas un sans deux et les mêmes causes produisent les mêmes effets. De toutes façons, ça ne se proclame pas, ça ne se déclare pas et ça ne s’invente pas. Prenez, même Emile Paré qui fait partie du régime a estimé dans un journal que le’’ Plus rien ne sera comme avant’’ tant réclamé par les insurgés n’est pas effectif.

Quelle est la contribution du syndicat dans le contexte de lutte contre le terrorisme ?

Nous avons un rôle de contre-pouvoir. C’est pourquoi nous indiquons que la gouvernance est très mauvaise. Et puis nous avons demandé que le chef de l’Etat convoque une conférence sur les ressources nationales. Pourquoi les caisses noires passent de dix à une centaine avec des budgets qui vont de 10 à des centaines de milliards ? Y a-t-il des sous-Burkinabè ou des super-Burkinabè? Un décret pris par Blaise Compaoré le 21 décembre 2008 fixe le salaire d’un ministre à 1 155 000 francs et que certains se retrouvent à plus de 5 millions. On est dans quel Etat ?

Le syndicat s’est rendu au CFOP (chef de file de l’opposition politique) et à l’APMP (alliance des partis de la majorité présidentielle) avant la fin de l’année 2019. Qu’est-ce que cela sous-entend ?

C’est le jeu de cache-cache du pouvoir qui nous a emmené à cela. Nous avons appris dans les coulisses que le projet de loi portant exercice budgétaire 2020 et qui devrait généraliser l’IUTS était déjà à l’Assemblée nationale alors qu’on n’a pas fini de discuter avec le Premier ministre. Nous avons envoyé une correspondance à l’APMP et au CFOP et tenu une Assemblée générale le 18 décembre. L’objectif principal était de les interpeler sur le vote d’un certain nombre de lois. Vous avez vu comment le renouvellement de la convention sur les rails a été fait avec Bolloré en saccageant les acquis engrangés par nos grands-parents il y a des dizaines d’années. Nous avons aussi évoqué le code du travail qui saccage la vie des travailleurs dans le privé ainsi que le code pénal. Des gens qui se disent des insurgés et qui votent un code pénal qui assassine les libertés d’expression et de presse. Il ne faut pas que l’Assemblée Nationale soit une passoire qui laisse passer des lois esclavagistes.

Allez-vous créer une plateforme minimale entre vous et l’Opposition ?

Rien n’est écarté dès lors que nous sommes tous des burkinabè et l’action que nous menons est susceptible de profiter à l’ensemble des burkinabè. Si la nation est menacée en termes de liberté d’expression, de liberté syndicale et politique, tout burkinabè est interpellé quel que soit son bord politique ou syndical.

Le CFOP a confié dans son message du nouvel an que les partis de l’Opposition vont signer une convention pour la conquête du pouvoir en 2020.Seriez-vous disposé à vous y associer ?

S’il s’agit d’une convention qui va dans le sens des aspirations profondes du peuple burkinabè, nous allons aviser la base. Si elle estime que c’est bien, nous allons le faire. Les rencontres que nous avons initiées à l’APMP et au CFOP nous ont été par exemple recommandées par la base.

Parlant de la trêve sociale, le président du Faso est revenu sur la question cette année aussi. Seriez-vous prêt à observer cette trêve ?

Chaque année, le chef de l’Etat envoie son gouvernement à Genève dans le cadre de la conférence du Bureau International du Travail (BIT). Le Premier ministre Christophe Dabiré a dit qu’ils ont ratifié beaucoup de conventions de l’OIT et qu’ils vont mettre ces conventions en œuvre. C’est la même OIT qui estime que c’est le manque de justice sociale qui provoque les crises sociales donc pour avoir la paix, il faut promouvoir la justice. Du reste, l’UAS a déjà répondu au Haut conseil du dialogue social : la trêve est une conséquence et non une cause. On ne peut pas allumer du feu et se battre de son corps qu’il n’y ait pas de fumée. Il faut que le gouvernement soit en adéquation avec les actes qu’il pose.

Donc la trêve sociale découle d’une gouvernance vertueuse. Si vous votez un code pénal qui ne permet pas aux gens de s’exprimer, si vous votez un code de travail qui bafoue les travailleurs dans leur dignité, si vous vous permettez de nommer comme Directeur de cabinet quelqu’un que Blaise Compaoré a relevé parce qu’il est plongé dans des malversations foncières, si vous monnayez des audiences, etc. que voulez-vous ?

Le président du Faso annonce l’harmonisation des salaires que dites-vous ?

Cette harmonisation doit se faire des bas salaires vers des salaires élevés puisque ce ne sont pas les moyens qui manquent. Si un ministre qui est censée toucher 1 155 000f se retrouve avec plus de 5 millions FCFA c’est que ce ne sont pas les moyens qui manquent.

Ces salaires sont régis par des textes qui sont clairs…

Les textes sont aussi clairs pour les travailleurs. L’article 14 de la Constitution stipule que les ressources naturelles sont pour le peuple et pour l’amélioration des conditions de vie du peuple et l’article 20 stipule que le chef de l’Etat veille à l’amélioration constante des conditions de vie des travailleurs. C’est la Loi mère même qui le stipule. De ce point de vue, il n’y a pas de super burkinabè ou moins burkinabè. Même le ministre de la Fonction publique le Pr Seni Ouédraogo qui doit conduire les débats sur le dialogue social a dit qu’il attend le vote de la loi organique à l’Assemblée Nationale pour se conformer en termes de salaires. Est-ce sérieux ? Nous ne disons pas que les dirigeants n’ont pas le droit d’avoir un grand train de vie mais il ne faut pas être en haut et vouloir brimer les travailleurs. Tout le monde ressent la cherté de la vie de la même façon. En somme, les travailleurs sont prêts pour le sacrifice mais dans l’exemplarité. Lors d’une interview le chef de l’Etat a tenté d’excuser ceux qui doivent à l’Etat en évoquant des difficultés qu’ils ont pour honorer leurs ardoises mais ils ne sont pas seuls dans ce cas. Certains fonctionnaires sont morts parce qu’ils n’arrivent pas à honorer une ordonnance de 5000 F. C’est pourquoi nous sommes contre l’Assurance Maladie Universelle (AMU)qui a été mis en œuvre dans l’ombre et le mouta mouta. Comment peut-on nommer un Directeur Général au moment où les études de faisabilité ne sont pas finies ? Personne ne sait quelles maladies seront concernées par cette AMU. Ce n’est pas le comportement d’un pays qui manque des ressources.

Mais le gouvernement fait des efforts aussi à l’image de Faso Fani à Koudougou qui est en train de renaitre, n’est-ce pas ?

Quand vous pensez à Faso Fani, ça ne vous fait pas pleurer ? Au début, le mouvement syndical était contre les privations mais les Salif Diallo et consorts ont estimé qu’il faut vendre ta vache au moment où elle est toujours grasse. Koudougou et Bobo sont devenues des cimetières industriels.

Le gouvernement travaille quand même à la relever

Ce ne sont pas des grimaces qu’il faut aller faire là-bas.

Vous supposez que c’est des grimaces ?

Ces sont des grimaces ! C’est comme l’a dit Emile Paré, le gouvernement est constitué de ministres frileux, flottants et des aveugles politiques. Qu’est-ce que des gens comme ceux-là peuvent faire ?

Vous croyez trop à Emile Paré…

Je ne le crois pas. C’est parce qu’il est un idéologue au cœur du système de ce qui se passe. Si un crapaud sort de l’eau et dit que les yeux du caïman sont rouges, tu ne peux que croire.

Qu’est-ce que les syndicats peuvent donner comme contribution dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Nous saluons le travail des forces de l’ordre mais ce sont les conséquences qu’ils traitent. Nous estimons qu’il nous faut acquérir notre indépendance politique, économique, sociale et militaire. Comment pouvez-vous comprendre que ce soit Macron qui appelle les autres à le rejoindre chez lui. Il appartient aux peuples africains de batailler pour leur indépendance. Vous avez vu que des présidents ont même dit que ceux qui dénoncent la France sont les vrais terroristes. C’est pourquoi je dis que nous n’avons pas de dirigeants.IL faut que nous nous réveillions, que nous nous unissons pour gagner notre indépendance. Des 1957, la France a voulu couper le Nord-Mali qu’elle a nommé organisation commune des régions sahariennes qui est très riche et s’étend jusqu’à Dori, sur une partie du Niger, de la Mauritanie. Donc la France n’a pas envoyé ses soldats pour nos beaux yeux. J’ai demandé au ministre Barry Comment pouvez-vous signer une convention qui stipule qu’une armée peut traverser un pays du nord au sud, de l’est à l’ouest sans être inquiétée par qui que ce soit, une convention qui stipule que même si leurs militaires commettaient des bavures dans votre pays, vous n’êtes pas habilités à les juger. Et s’ils avaient tort, votre pays paie la moitié des peines et leur pays paie l’autre moitié tandis qu’eux sont couverts par une immunité onusienne.

Vous parlez de l’accord militaire avec la France ?

Bien sûr, cet accord de coopération a été signé en janvier 2015 et renouvelé en 2018.Le fait que l’accord soit signé à Paris prouve que nous ne sommes pas dans un pays démocratique. Le peuple est-il au courant ? Pourquoi n’a-t-il pas le droit de savoir d’un accord qui engage sa vie ? Quand on veut évoquer ces questions, on nous sort le prétexte du secret militaire.

Mais le secret militaire existe n’est-ce pas ?

Dans ce cas, pourquoi appeler les gens à sortir pour défendre la République au moment où on radie des policiers. A notre avis, les FDS traitent les conséquences de la mauvaise gouvernance : Prenez quelqu’un qui est radié sur des bases fallacieuses. On lui dit d’aller en justice, la justice lui donne raison. On lui dit de présenter ses excuses il le fait et on saisit le HCRUN qui dit qu’il faut simplement venir prendre 2 000 000 FCFA. Quelqu’un qui n’a appris d’autre chose que les armes, qui n’arrive pas à scolariser ses enfants, qui n’a même pas à manger si on vient lui proposer un recrutement il n’aura d’autre choix que d’aller. Combien de personnes se promènent avec des décisions de justice non mises en œuvre ? Donc le vrai combat contre le terrorisme, c’est l’exemplarité dans la gouvernance.

Certains disent que les syndicats revendiquent leurs droits mais ne font pas cas de leurs devoirs.

Celui qui dit ça ne connait pas ce que c’est qu’une organisation syndicale mais je les comprends parce que le pouvoir fabrique aussi ses syndicats. C’est pourquoi ceux qui représentent ces syndicats peuvent commettre toutes les bavures mais ils seront couverts par le politique en déperdition d’orientation et ont des tentacules jusqu’à Kosyam. Ce ne sont que des pions politiques placés dans les administrations. Moi Bassolma Bazié, si je pose un acte de travers le lundi, je serai à la MACO le mercredi. La première fonction d’une organisation syndicale véritable, c’est l’éducation. Il faut éduquer ses membres pour qu’ils soient des modèles sociaux et professionnels. Nous avons interpellé beaucoup de gens mais le conseil de discipline est rarement appliqué parce que tel ou tel ministre est intervenu. Vous avez vu que les directeurs de communication se sont plaints du fait que certains faisaient leur métier à leur place. La deuxième fonction c’est connaitre les lois, les règlements, les arrêtés. La troisième fonction c’est la représentation. Si dans cette interview, je vais dans le décor, je dois répondre devant la justice au nom du syndicat. La revendication ne vient qu’en quatrième position. Une organisation syndicale sérieuse éduque et interpelle les militants de sorte à en faire des agents consciencieux.

Propos recueillis par Albert Nagréogo

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