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Burkina: utilisation des méthodes contraceptives, quand l’Eglise catholique met les pieds dans le plat

Burkina Contraceptifs, Eglise Catholique
Des échantillons de méthodes contraceptives

L’Archevêque Métropolitain de Ouagadougou, le Cardinal Philippe Ouédraogo a condamné, lors de son prêche de la veillée de Pâques, l’utilisation insidieuse des méthodes contraceptives antinatalistes. Ce qui pourrait prendre le gouvernement burkinabè de court, lui qui a lancé en 2020, la gratuité du planning familial.

 

Par Frank Pougbila 

Au Burkina Faso, l’Eglise catholique réaffirme sa position sur l’utilisation des méthodes de contraception. Dans son homélie, à l’occasion de la veillée pascale, l’Archevêque métropolitain de Ouagadougou, le Cardinal Philippe Ouédraogo a condamné « l’avortement, les homicides et l’utilisation insidieuse des méthodes de contraception antinatalistes ». Le terme antinataliste est défini par le dictionnaire comme « ce qui vise à réduire la natalité ». Cette position tranchée tombe à un moment où le gouvernement burkinabè vient de rendre gratuite la planification familiale.

L’on se rappelle du message de la ministre de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille, Marie Laurence Ilboudo lors de la 62ème session de la Commission de la condition de la femme tenue à New York du 12 au 23 mars 2018. « L’Etat ambitionne d’ici fin mars 2018, offrir la gratuité de la planification familiale aux femmes et aux filles », a annoncé la ministre. Et deux ans plus tard, soit le 1er juillet 2020, le Burkina Faso lançait la gratuité de la planification familiale.

Lors du lancement officiel de l’opération, le 26 septembre 2020 à Banfora dans la région des Cascades, la ministre de la Santé de l’époque, Pr Claudine Lougué a fait savoir que le Burkina Faso a graduellement augmenté sa part contributive à l’acquisition des contraceptifs. « En 2015, la contribution était de 375 millions, 800 millions en 2018 et 900 millions en 2020 », avait confié Pr Lougué. « La planification familiale est reconnue depuis comme un moyen essentiel pour maintenir la santé et le bien-être des femmes et de leurs familles » avait-elle ajouté. La ministre en charge de la Femme, Laurence Ilboudo, lors d’une conférence de presse le 3 février dernier à l’occasion de la remise des enfants interceptés à leurs parents, a invité les parents à l’utilisation des méthodes contraceptives, s’ils n’arrivent pas à prendre en charge les enfants.

Aux côtés de l’exécutif, des associations et organisations non-gouvernementales font également la promotion de l’utilisation des méthodes contraceptives. C’est le cas de l’Association Burkinabè pour le Bien-être Familial (ABBEF), de l’Association Burkinabè des Sages-femmes et Maïeuticiens, de Marie Stopes International Burkina et la Fondation Bill et Melinda Gates Burkina Faso. Ces structures à travers des sensibilisations exhortent les femmes à l’utilisation des méthodes contraceptives. La Fondation Bill et Melinda Gates a financé plus de dix millions de dollars pour le programme de contraception en 2018 au Burkina Faso. Dès lors, il est utile de s’interroger sur l’impact de la position de l’Eglise catholique sur l’action du gouvernement et de ses partenaires. L’on sait bien que la gratuité de ces méthodes contraceptives n’épargne personne ni la religion ni la race.

Cette opposition du Cardinal remet à jour, d’une part, la perception de l’opinion sur la planification familiale. Nombreuses sont les populations qui voient en ces méthodes, des stratégies antinatalistes et de promotion de la dépravation des mœurs. Cette condamnation de l’Archevêque vient réconforter ces derniers dans leur position. Cette position de l’Eglise catholique réaffirmée pourrait affaiblir l’adhésion d’une partie de la population à l’utilisation de ces méthodes contraceptives.

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