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Région du Nord : le calvaire des personnes déplacées internes à Ouahigouya

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Un déguerpissement des villages de Bouloulou, de Bembla, de Youba, de Bougnam dans les provinces du Yatenga et du Zondoma, région du Nord du Burkina Faso est intervenu ces dernières semaines. Les habitants ont été sommés par les terroristes de quitter leurs localités d’origine. Dans la matinée du 17 janvier 2023, le correspondant de Libreinfo.net a parcouru quelques secteurs de Ouahigouya, la capitale régionale où il a pu constater le calvaire de ces personnes déplacées internes. Femmes, jeunes et vieux, tous expriment leurs sentiments de déception vis-à-vis des autorités militaires et administratives de la région qui les ont abandonnés dans la gueule du loup.

Par Razack Ouendgoudi Pamtilgré, Correspondant dans le Yatenga

Comme si c’était la veille, R.B se rappelle et raconte : « C’était dans la matinée du 10 janvier 2022 que les terroristes ont attaqué notre village (Bouloulou). » Selon elle, c’est le même jour que la famille a plié ses bagages pour rejoindre Ouahigouya.

A la question de savoir dans quelles conditions ils sont arrivés à Ouahigouya, elle répond : « Vous savez bien qu’une personne qui fuit n’a pas le temps de prendre ses effets encore moins des vivres… ». Et de continuer : « Prions Dieu seulement… Nous avons presque tout laissé. »

calvaire déplacées internes Ouahigouya
Une déplacée interne du village de Bouloulou (Nord)

Depuis leur arrivée dans la ville, aucune autorité, selon ses dires, n’est venue les rencontrer. Visiblement, à l’entendre, elle n’a plus confiance aux autorités locales : « Si  ceux qui doivent vous protéger ne le font pas, alors c’est Dieu seul qui peut vous sauver.»

Cependant, elle dit ne pas perdre espoir : « La sanction de Dieu ne va pas tarder ; non seulement contre les terroristes, mais aussi contre leurs complices. »

Désormais, affirme-t-elle, sa famille et elle doivent s’imposer un autre rythme de vie : « Quand nous étions chez nous, il y avait à manger et à boire. Mais depuis que nous avons fui, on se demande comment nous allons vivre ici.»

Et d’inviter les autorités locales à avoir pitié d’eux : « Maintenant, ce sont elles nos champs. Nous demandons qu’elles viennent à notre secours »

« Nous ne payons pas de loyer, mais pour joindre les deux bouts, c’est vraiment difficile. On ne savait pas qu’on achetait l’eau ; maintenant c’est une réalité », a constaté L.O, déplacé interne du village de Bembla à Ouahigouya.

Pour lui, si l’armée était attentive à leurs cris de détresse, ce malheur qui les frappe n’allait pas arriver. L.O affirme que les alertes et les différentes informations avaient été transmises aux FDS, mais sans réponse ; jusqu’au jour où les terroristes sont venus tuer 2 personnes, les contraignant d’abandonner le village.

calvaire déplacées internes Ouahigouya
Un déplacé interne

« On ne peut pas comprendre que dans la région de l’Est, de la Boucle du Mouhoun du Centre Nord les militaires et les VDP se font sentir, pendant que, ici, au Nord, c’est la tristesse » a-t-il relevé.  Il soutient qu’ils n’ont rien emporter et qu’ils n’ont vu aucune autorité.

Toug-Zagué, est un quartier non loti de Ouahigouya, dans le secteur 13 de la ville. Ce quartier a reçu des centaines de personnes déplacées internes.

« Je prends en charge des déplacés venus de villages différents. Mes parents, des parents de mes amis. Quand on se lève le matin c’est la tristesse, surtout pour les personnes âgées et les enfants » nous explique A.O, hôte de plusieurs déplacés.

Il n’admet pas qu’à moins de 5 km de Ouahigouya les terroristes dictent leurs lois. « Kouri et Bembla sont des voisins ; à cette allure notre secteur, qui est à la périphérie de la ville, risque d’être menacé » s’inquiète-t-il.

 S.S et L.S, respectivement 10 et 11 ans fréquentaient les classes de cours moyen 1ère année et de 2ème année dans leur village. Ils ont abandonné l’école malgré eux et s’occupaient alors des animaux.

calvaire déplacées internes Ouahigouya
Des enfants déplacés internes

« Depuis que nous sommes-là, on ne mange pas à notre faim » souligne la petite S.S. A bien l’écouter, ce ne sont pas des étrangers qui les attaquent : « Souvent, les terroristes nous voient et ils citent les noms de nos parents ». « Il y a une école à côté de chez nous, nous voulons continuer l’école » plaide-t-elle.

« Les terroristes ont, ce jour-là, tué le père de notre mari, H.S, 85 ans. Pour le loyer ici, à Ouahigouya, nous avons payé 30 000 F. CFA pour 2 mois. Une maison de 14 tôles ; Moi, mes 2 coépouses, nos 8 enfants, mon mari et notre maman, nous y vivons » nous explique M.O, mère des deux enfants.

« Dans les mois à venir comment nous allons faire pour payer le loyer et nourrir la famille ?» s’interroge-t-elle. « Nos parents n’ont rien fait, mais, peut-être qu’ils ont refusé de collaborer avec eux. Si c’est ça, Dieu merci, car le jour où mon père va traiter avec les terroristes, je serai le premier à le dénoncer », foi de L.S.

Lire aussi: Après une intervention de l’armée et des VDP à Youba, les terroristes gravitent autour de Ouahigouya (Nord)

www.libreinfo.net

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