Home Sécurité Tribune: CEDEAO, Se reconfigurer pour mieux briser l’élan des groupes terroristes

Tribune: CEDEAO, Se reconfigurer pour mieux briser l’élan des groupes terroristes

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Alors que s’ouvrent de nouveaux fronts jihadistes dans les marges septentrionales des Etats du Golfe de Guinée, la communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) peine à coordonner les initiatives qui s’imposent. Dans cette tribune, Wendyam Hervé Lankoandé plaide pour un rôle plus robuste de l’organisation dans la lutte contre les groupes armés. 

Par Wendyam Hervé Lankoandé, analyste sur les questions de paix et de sécurité en Afrique de l’ouest

Mercredi 11 mai peu avant l’aube, une dizaine de présumés jihadistes ouvrent le feu sur une un détachement militaire togolais posté dans la localité Kpékpakandi, non loin de la frontière avec le Burkina Faso.

Huit corps habillés sont tués et treize autres blessés. Un peu plutôt en avril, le même feuilleton macabre s’était produit à Donsey, dans la commune de Karimama, à environ 50 km du Niger. Des tirs inconnus visant un commissariat avaient tué un policier et blessé plusieurs autres.

L’attaque de Donsey tout comme celle de Kpékpakandi marquent un basculement du littoral ouest-africain dans la violence terroriste qui consume déjà le Sahel central.

Tout comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, les régions septentrionales des Etats côtiers concentrent des fragilités socioéconomique et politique et offrent des terreaux favorables à l’implantation des cellules jihadistes.

Que ce soit au Bénin, en Côte d’Ivoire ou encore au Togo, les municipalités sous forte menace jihadiste affichent un même profil : elles sont souvent isolées de la capitale, pauvres en services publics et branchées aux foyers insurrectionnels du Sahel. Pour tenir ces zones rouges, ces Etats ont fait le choix d’y masser des unités militaires.

Toutefois, à l’instar de leurs voisins sahéliens, c’est sur des conflits communautaires et des systèmes locaux de gouvernance en panne que les groupes armés ont pu greffer leur belligérance.

Dans les départements béninois de l’Alibori, l’Atacora et de Borgou, des affrontements opposent régulièrement des cultivateurs aux pasteurs locaux ou étrangers. Afin d’éviter que ces conflits fassent le lit au terrorisme, un décret présidentiel interdit la transhumance internationale depuis décembre 2019.

Aux pasteurs locaux, injonction leur est faite de se fixer afin de minimiser les risques de destruction des fermes agricoles. En mars 2016, les violents affrontements qui ont opposé des fermiers lobis aux éleveurs peuls dans la préfecture de Bouna, au nord-est de la Côte d’Ivoire, avaient poussé le gouvernement ivoirien à renforcer l’encadrement des activités pastorales.

Alors que l’audience jihadiste y est encore faible, le gouvernement central s’attèle également à insérer les jeunes désœuvrés dans le tissu économique et à réparer les fractures communautaires.

Initiatives régionales éparpillées

Pour barrer la route aux groupes armés, les Etats du littoral entendent se servir de l’Initiative d’Accra comme colonne vertébrale de leurs campagnes militaires. C’est en septembre 2017 que les quatre Etats côtiers en plus du Burkina Faso, ont créé ce mécanisme de sécurité ad hoc pour partager les renseignements et former leurs responsables de sécurité.

Depuis mai 2018, l’organisation monte ponctuellement des opérations conjointes pour combattre les terroristes et contrebandiers.

Tout récemment en conclave à Cotonou, les ministres en charge de la défense et de la sécurité des Etats membres ont même convenu de la création d’une force multinationale conjointe à l’image de la force conjointe de l’organisation G5 Sahel déclarée morte par le président nigérien Mohamed Bazoum.

Sans une forte volonté politique, l’Initiative d’Accra et le G5 Sahel seront frappés par le même sort. Pour ce qui est de son format, l’organisation regroupe tous les pays côtiers en plus du Burkina Faso qui fait office de tampon entre le Sahel et la Côte.

Le Mali et le Niger n’y sont que des membres observateurs alors que les insurgés qui opèrent dans le Golfe de Guinée demeurent pour l’essentiel des rallonges des katibas sahéliennes. En outre, la France s’est dite disposée à recentrer son dispositif antiterroriste vers les pays du Golfe de Guinée à leur demande.

Si cet appui doit se matérialiser, elle devrait veiller à y laisser une empreinte légère au risque de faire de l’ombre à l’organisation comme ce fut le cas avec le G5 Sahel.

En outre, dans un contexte international post pandémie marquée par le tarissement des ressources financières, l’Initiative d’Accra devra endosser ses opérations militaires à un mécanisme d’autofinancement pérenne si elle veut résister au temps.

Aller au-delà des recettes classiques 

La régionalisation de la menace terroriste commande un rôle politique et diplomatique plus affirmé de la CEDEAO. Fort de ses quinze Etats membres et des textes dont elle dispose, elle reste de loin la plateforme la mieux adaptée pour coordonner la lutte anti-terroriste en Afrique de l’ouest.

Elle a non seulement l’avantage d’avoir monté des opérations militaires pour éteindre des rébellions et des conflits électoraux de par le passé mais aussi de jouir d’une crédibilité solide auprès de ses partenaires internationaux.

En septembre 2019 alors que le Burkina Faso était déjà embarqué dans le flot des attaques terroristes, l’organisation régionale s’était engagée à lever 2.3 milliards de dollars sur une période de quatre ans dont 1 milliard auprès de ses Etats membres pour financer la lutte antiterroriste en Afrique de l’Ouest.

Toutefois, cet engagement s’est vite heurté au faible engagement de ces derniers. Mieux, certains d’entre eux ont préféré s’investir dans d’autres organisations ou coalitions de petites tailles (G5 Sahel, la force multinationale mixte contre Boko Haram).

Pour faire face aux groupes armés terroristes qui menacent son intégration régionale, la CEDEAO devrait allier la force militaire avec des réponses politiques afin d’aider les Etats de la ligne du front (Mali, Burkina Faso et Niger) à récupérer les zones perdues.

Il s’agira de renforcer leur capacité opérationnelle et logistique et d’appuyer éventuellement des initiatives de dialogue communautaire au regard des racines sociales de la crise.

Une insécurité généralisée fera de la région un nouveau théâtre de lutte entre les puissances extérieures comme le révèle le dossier malien avec les risques que les impératifs sécuritaires compromettent durablement le chantier démocratique ouest-africain à l’avenir.

Faute d’un hégémon en forme, la CEDEAO tarde à se reconfigurer alors que les menaces à la paix et à la sécurité régionale se complexifient.

Davantage que des menaces classiques, l’organisation régionale devrait se ressourcer à affronter des menaces d’un genre nouveau allant des pandémies au réchauffement climatique. Faire l’économie de cette mue, c’est se condamner à la marginalité sur les dossiers internationaux.

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