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Centre pénitentiaire de Baporo : rencontre avec des détenus éleveurs et agriculteurs passionnés de leurs activités

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Le Centre pénitentiaire agricole de Baporo dans la province du Sanguié accueille 44 prisonniers condamnés qui travaillent dans plusieurs secteurs d’activités dont l’élevage de volaille et de bétail et l’agriculture. Par ce travail, ces détenus ravitaillent la ville de Boromo en poulets. C’est un lieu par excellence d’apprentissage et de rééducation pour ces individus qui sont condamnés à des peines privatives. Libreinfo.net a visité ce centre lors d’un voyage de presse organisé par la direction de la communication de la Présidence du Faso.

Par Daouda Kiekieta, de retour de Baporo

Abreuvoir en main au milieu des poulets, Césaire, nom d’emprunt, s’assure de la bonne alimentation de ses volailles. Nous sommes dans la ferme avicole du centre pénitentiaire de Baporo (CPAB), située dans la commune de Zawara, province du Sanguié du Burkina.

Il s’agit d’une prison à ciel ouvert dans laquelle,  les prisonniers font des travaux agricoles et d’élevage. Des poulets, des porcs, des bovins et ovins sont élevés. Les tâches sont bien définies et bien réparties en fonction des compétences ou de la passion de chaque détenu.

Césaire, âgé de 58 ans et cuisinier professionnel, a choisi d’être aviculteur. Son poulailler compte une centaine de têtes.

Centre Baporo détenus éleveurs
Césaire tenant un abreuvoir au sein de son poulailler

Avant d’entrer dans son poulailler, un dispositif sanitaire est mis en place pour protéger les poulets : « chaque entrant désinfecte ses pieds dans un récipient contenant de l’eau savonnée ». « Ces types de centre sont bénéfiques pour nous pensionnaires, surtout les jeunes. Cela facilite leur réinsertion sociale après la prison », dit-il.

Présentement le centre compte environ 600 têtes de poulets pendant notre visite, selon Abdoulaye Traoré, contrôleur de sécurité pénitentiaire, chef de service production animale et végétale au CPAB.

En plus de nourrir les détenus, les différentes productions du centre sont vendues aux populations essentiellement de la ville de Boromo, chef-lieu de la province des Balé.

« Il y a des acheteurs qui viennent directement ici pour se ravitailler. Nous avons également des commandes en ville. Le poulet est vendu entre 2500 et 3000 FCFA », explique le contrôleur de sécurité pénitentiaire, Abdoulaye Traoré. Ainsi, les détenus ravitaillent cette ville en poulets.

Après s’être assuré de l’alimentation de ses poulets, Césaire, qui porte également la casquette de doyen des détenus de ce centre, s’installe dans son petit jardin pour prendre de l’air.

De part et d’autre autour de lui, il a un post radio pour écouter les informations et de la musique, et une bible et un bouquin pour sa lecture. Difficile d’imaginer qu’on est en face d’un prisonnier.

Prisonniers, une main d’œuvre valide et abondante 

Créé en 1986 par le président Thomas Sankara, le Centre pénitentiaire agricole de Baporo se veut un véritable cadre d’apprentissage et de réinsertion socio-professionnelle des prisonniers. 

Ce centre a pour vocation principale la production agricole et pastorale pour satisfaire les besoins en alimentation des détenus dans un pays où le surpeuplement des prisons a atteint 155%.

En effet, l’État burkinabè a consacré un budget de plus de 450 millions FCFA en 2023 uniquement pour l’alimentation des détenus au nombre de 8 956 sur une capacité d’accueil des prisons maximum 5 448  détenus, selon les chiffres de l’administration pénitentiaire du Burkina. 

A l’entrée sud du centre, on y trouve un parc de vaccination pour bétail et une bergerie constituée de plusieurs dizaines de têtes de bovins et d’ovins. Plus loin, en se dirigeant vers le côté ouest du centre se trouvent les porcheries et les poulaillers construits à la création du centre.

Centre Baporo détenus éleveurs
Des moutons, fruits du travail des prisonniers du CPAB

Venir travailler dans ce centre n’est pas une obligation. C’est le détenu condamné et ayant purgé une bonne partie de sa peine qui décide librement d’y venir en formulant une demande. Cette demande peut être acceptée ou refusée en fonction du comportement observé chez l’intéressé, nous explique Sabila Sawadogo, directeur général de l’administration pénitentiaire. 

Sur le site du centre, on peut distinguer trois catégories de pensionnaires selon leur tenue vestimentaire. « Ces tenues ont un langage au niveau de notre administration. Ceux qui sont en tenue rouge, que nous appelons l’armée rouge, sont des nouveaux arrivants au centre. Les tenues vertes sont les détenus en repos pour observation.

Les autres détenus qui portent la tenue civile sont déjà dans le placement c’est-à-dire qu’on les sécurise plus. Ils partent librement travailler. Ils peuvent aller au centre ville pour faire des ventes de leurs productions » nous confie le premier responsable de l’administration pénitentiaire du Burkina, l’inspecteur divisionnaire, Sabila Sawadogo.

 

De l’élevage des porcs…

Parmi ces pensionnaires du CPAB, il y en a qui ont déjà des connaissances en élevage comme ce jeune prisonnier dont nous avons décidé de taire son identité. 

Âgé d’une vingtaine d’années, il est arrivé au centre il y a environ une semaine. Ce temps suffit déjà pour lui confier une tâche. Celle de s’occuper de l’entretien des porcs de plusieurs races.

«Avant de venir en prison, c’était mon activité principale. Chez nous, la porcherie était plus grande que celle-ci. » nous explique ce jeune homme qui ajoute que: “ les porcs d’ici mangent deux fois par semaine” Après la prison, ce condamné de 18 mois ferme «pour recel » compte poursuivre avec l’élevage du porc qui lui tient à cœur.

Centre Baporo détenus éleveurs
Des porcs élevés au centre pénitentiaire de Baporo

Du salaire pour les prisonniers… 

Est-ce que vous gagnez quelque chose en retour ? A cette question, Césaire, l’un des détenus, répond : « Ce que je reçois, c’est ce que j’apprends. Cela est primordial pour moi. Ici on nous encourage chaque fois, on nous respecte. Je suis content de cela ». Son souhait est que d’autres métiers soient ajoutés à l’élevage et l’agriculture, notamment des ateliers de soudures et de menuiserie.

À César ce qui appartient à César, ces pensionnaires tirent pourtant de bénéfices de leur travail. En effet, après l’écoulement des productions, les bénéfices issus des ventes sont répartis en trois dont une partie est partagée mensuellement entre les détenus du centre sous forme de pécule. 

 Les deux autres parts reviennent à l’administration pénitentiaire et au CPAB, selon le chef de service production animale et végétale, Abdoulaye Traoré

À l’intérieur comme l’extérieur du centre, les détenus commis aux tâches sont libres de leur mouvement et d’autres partent même au pâturage, nous informe l’inspecteur principal du centre, Bertin Ilboudo. 

« Nous sommes dans une forêt classée donc nous avons assez de pâtures. Il y a des détenus qui conduisent nos animaux. Nous avons des moutons et des bœufs », a expliqué pour sa part le premier responsable de l’administration pénitentiaire du Burkina, l’inspecteur divisionnaire, Sabila Sawadogo. 

40 hectares emblavés à la saison humide écoulée

En plus de l’élevage qui fait bon homme au centre pénitentiaire de Baporo, l’agriculture est aussi un secteur qui passionne les responsables du centre. 

Ainsi, 40 hectares de terres agricoles ont été emblavés durant la saison humide écoulée pour un rendement estimé plusieurs dizaines de tonnes de céréales, selon Sabila Sawadogo. A plusieurs endroits on peut apercevoir les traces des récoltes de sorgho, de maïs et de mil.

Pendant ce temps, les préparatifs pour la campagne sèche avancent visiblement bien des détenus sont en train d’irriguer une bananeraie d’environ 1 ha. A côté, un terrain labouré recevra bientôt des pépinières d’aubergines.

Centre Baporo détenus éleveurs
Une partielle d’une bananeraie au centre pénitentiaire agricole de Baporo

Un forage sera construit pour renforcer le débit de l’irrigation pendant la campagne sèche, nous informe les premiers responsables du centre. 

« Sur cet espace d’environ un hectare que vous voyez, on compte mettre de l’aubergine. Bientôt, on va parceller et commencer le repiquage des pépinières » indique Bertin Ilboudo, inspecteur principal du Centre pénitentiaire. 

En outre, un aménagement de 70 ha de terres agricoles est prévu à court terme pour la saison pluvieuse prochaine. L’ambition étant d’exploiter tout un potentiel actuel du centre qui est de 100 hectares et extensible jusqu’à 300 ha.

Dans leurs activités, les pensionnaires sont formés et suivis par les techniciens de l’administration pénitentiaire. « Nous avons également des ex-détenus qui reviennent formés les nouveaux », a indiqué l’inspecteur divisionnaire Sawadogo. 

Ce que dit la loi sur le travail des prisonniers

Le travail des détenus au Burkina Faso est encadré par la loi n°010 2017 portant régime pénitentiaire, selon Lassané Guelbéogo, juge chargé de l’application des peines au tribunal de grande instance Ouaga I. Ainsi, la loi autorise le travail des détenus condamnés en milieu ouvert ou fermé mais avec des conditions bien définies. 

Les explications du juge Guelbéogo font ressortir que les détenus condamnés peuvent même être mis à la disposition d’une entreprise privée en contrepartie d’une rémunération sous forme de redevance.

Pour lui, c’est le condamné qui choisit de venir travailler. « Ceux qu’on amène ici (au centre, ndlr) ce sont ceux qui ont décidé de venir travailler. Si l’intéressé arrive et il souhaite repartir, on révoque la mesure », dit-il.

Un centre  vétuste

En dépit des potentiels que présente ce centre, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Des dortoirs en état de délabrement avancé, des hangars et des logements effondrés. D’autres tiennent à peine. 

Par endroit, on peut observer les fils électriques tenus par des poteaux en bois, attaqués à leur tour par  les termites. 

Au niveau de la station de pompage d’eau pour l’irrigation des champs, deux machines sur quatre sont fonctionnelles. Les deux qui tiennent le coup ont subi une transformation.

Centre Baporo détenus éleveurs
Une maison en délabrement au centre de pénitentiaire

En effet, ces machines qui fonctionnaient à base de gasoil ont été transformées par les techniciens sur place en moteur électrique pour augmenter le débit de l’eau. Pendant la saison pluvieuse, l’eau du fleuve Mouhoun inonde la station.

Si bien que : «En cas de poches de sécheresse, les cultures périssent », parce que les machines ont été démontées à cause des inondations,  indique Hermann Kaboré, assistant GSP et agent technique d’agriculture.

Visiblement, le site, construit depuis 1986 est assez vieux et a besoin d’une réhabilitation. Une étude a été déjà commanditée dans ce sens, selon Sabila Sawadogo, directeur général de l’administration pénitentiaire.

www.libreinfo.net 

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