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Cigarette nouveau paquet : “j’aurai moins à le voir, vu que j’achète en détail, un bâton et rarement deux” (un fumeur)

Le Burkina Faso a durci sa politique commerciale vis-à-vis des fabricants de la cigarette. Depuis le 1er juillet 2019 tous les industriels du tabac ont obligation d’apposer des images choquantes sur les emballages de cigarettes et l’implémentation du marquage sanitaire graphique des produits du tabac. En juin dernier, lors d’une conférence de presse donnée par le ministère de la santé et celui du commerce, il avait été dit que les industriels avaient jusqu’au 1er juillet 2019 pour se conformer à la nouvelle loi sous peine de voir leurs produits saisis et détruits. La réalité sur le marché est tout autre, les choses semblent ne pas aller plus vite.

Devant un grand maquis à Ouagadougou dans le quartier de Tampouy, perdus dans les décibels trop élevés de la musique, les maquisards s’y plaisent et défilent chez le tablier assis juste au bord de la route sous un lampadaire. « Tablier, donne-moi de la cigarette pour 150 FCFA » lance un client, « Quelle marque patron ?» répond le tablier. Nous lui demandons plus tard « Avez-vous le nouveau paquet de cigarette avec les images là ?» il répond par la négation avant de nous poser la question « vous ne désirez que ce paquet ? Vous risquez de marcher loin, pendant longtemps ».

Le nouveau paquet de cigarette sur lequel sera apposé l’image choquante d’un fumeur souffrant du cancer de la bouche et des images comparatives d’un poumon de fumeur et celui d’un non-fumeur. Le but visé est de décourager les consommateurs du tabac, ce produit jugé nuisible pour la santé. Il a pour rôle d’effrayer et de conscientiser les fumeurs en vue de contrer la progression du tabagisme.
La mesure est d’ailleurs appliquée dans certains pays européens depuis plus d’une dizaine d’années. C’est le durcissement des lois anti-tabac en Europe et dans d’autres continents qui a amené les industriels de tabac à conquérir le marché africain à partir des années 1980. Les pays africains n’ayant pas de lois anti-tabac ou ne faisait pas appliquer les lois qui existeraient déjà dans certains pays vont amener les industriels de tabac à voir en ce continent une destination d’affaire. Des organismes anti-tabac vont tirer la sonnette d’alarme en montrant les méfaits du tabac sur la santé de la population. Beaucoup de pays commencent en ce moment à se pencher sur la question. C’est le cas du Sénégal qui a élaboré une loi anti-tabac, jugé par certains experts comme l’une des meilleures de la sous-région. Dans ce pays, depuis 2014, le tabac est interdit dans les lieux publics et des amendes sont prévues pour les éventuelles infractions qui seront commises.
Le Burkina Faso qui a adopté la loi anti-tabac en novembre 2010, vient de mettre en application une nouvelle mesure qui est rentrée en vigueur le premier juillet et qui stipule que désormais, sur les paquets de cigarettes qui seront écoulés au Burkina, il sera joint des images et des écritures d’avertissements sanitaires à l’intention du consommateur. A partir de ce moment, l’ancien paquets de cigarette et le nouveau devraient se côtoyer pendant un certain temps tout au plus trois mois) sur le marché et l’ancien devrait disparaitre dès que ses stocks se seraient épuisés. Un grossiste du tabac que nous avons rencontré à Tanghin, dans un quartier de Ouagadougou, pense que l’absence du nouveau paquet est due au fait que les stocks des anciens paquets n’ont pas encore été écoulés.
« Le commerçant a toujours des quantités spécifiques de marchandises dans son magasin pour éviter la rupture de certains produits. Les désormais anciens paquets de cigarettes obéissent à ce même principe. Quand les stocks des anciens paquets de cigarettes seront épuisés, vous verrez les nouveaux paquets inonder le marché » a expliqué Hervé Sawadogo, un commerçant.

Un autre grossiste que nous avons rencontré dans le quartier de Pissy toujours à Ouagadougou n’a pas tenu un discours contraire. Siaka Traoré a cependant ajouté que l’ancien paquets de cigarette est en rupture de stock dans beaucoup d’endroits. « Des clients m’appellent pour demander certaines des marques de tabac les plus consommées. Je vois, si c’est des clients fidèles, je leurs vends quelques cartouches mais, si ce sont des clients pour la circonstance, je feins de ne pas en avoir. C’est ainsi que je vais jongler pour passer le week-end » confie-t-il en éclatant de rire.

Nous nous sommes intéressés aussi aux consommateurs, un jeune homme, moins de vingt ans entre dans une boutique avec une pièce de 50 FCFA. Il y achète un bâton de cigarette et un Chewing-gum. A la sortie, le boutiquier a accroché un briquet à la grille, Halidou enflamme son bâton de cigarette, enlève l’emballage de son chewing-gum et le lance aussitôt dans la bouche comme si quelqu’un allait le lui arracher s’il prenait son temps. « C’est l’arrière-goût amère de la cigarette qui me fait mâcher le chewing-gum, quand tu finis de fumer, après c’est désagréable, voilà pourquoi c’est utile d’avoir quelque chose à mettre dans la bouche » explique-t-il. Nous lui avons alors demandé ses impressions sur le nouveau paquet de cigarette qui sera désormais sur le marché. « Pour le moment, je n’ai pas encore vu le paquets, mais, j’aurai moins à le voir, vu que j’achète en détail, un bâton et rarement deux. Les temps sont durs » a-t-il expliqué

Dans le quartier Tanghin à Ouaga, derrière un grand hôtel de référence, une dame a eu l’ingénieuse idée d’ouvrir une petite cafétéria à côté d’un kiosque de jeu du hasard. Les affaires marchent bien pour elle en témoigne ce large sourire qui illumine son visage lorsque les clients commencent à déborder et que les chaises et les tables commencent à manquer. Ce matin, des parieurs se sont retrouvés là-bas pour dénicher la combinaison gagnante du tiercé de ce samedi. Ils sont le plus souvent assis devant un café et parfois, avec une cigarette prise en étau entre deux doigts, la flamme montant doucement et déviant une fois qu’elle rencontre la résistance du toit du hangar pendant qu’ils ont le regard perdu dans le journal hippique, cherchant les bons numéros sur lesquels parier.

Là-bas, fumeurs et non-fumeurs se côtoient et ainsi va la vie. Pourvue que le cheval sur lequel on parie ne manque pas à l’arrivée. Quand nous évoquons le sujet des nouveaux paquets de cigarettes, un jeune homme entre la trentaine et la quarantaine nous explique qu’il sera difficile que les images sur le paquet l’amène lui à arrêter de fumer même s’il pense que ça permettra à ce que les enfants ne s’y aventurent plus jamais. « j’ai essayé d’arrêter de fumer plusieurs fois sans succès, je pense que la solution avec la cigarette, c’est de ne jamais commencer à fumer. Chaque matin, tu ressens les effets négatives sur ta santé mais, ton premier réflexe au réveil, c’est de fumer. Vraiment, je profite de votre micro pour dire à tout le monde de ne jamais commencer à fumer le tabac. Une fois qu’on commence, il est difficile d’arrêter. » a-t-il conseillé.

« Moi, je ne fume pas mais, je me demande comment, quelqu’un qui fume peu prendre un paquet de cigarette avec ces inscriptions et ces images horribles pour porter fièrement dans son sac ou dans sa poche ? Franchement, j’ai hâte que ces nouveaux fameux paquets sortent pour que je vois comment certains se conduiront » lance un vieux sous les acclamations des clients du kiosque. « Le doyen a parlé » lance un jeune. « Oui, doyen a toujours les mots qu’il faut » renchérit un autre et tout le monde se délectait de ses moments de joie et de bonne humeur. Quand un jeune homme a commencé à parler de terrorisme, tout le monde eut le visage crispé et l’ambiance s’est dissipée.
De part et d’autre, les appréciations sur le changement des paquets de cigarettes sont diversifiées. Même si un grand nombre de gens pense que cette nouvelle disposition va permettre de décourager plusieurs fumeurs, certains pensent que la mesure n’est pas efficace dans la durée. Ces derniers prennent pour exemple les pays européens qui ont appliqués la même disposition il y’a plus d’une dizaine d’années. Dans ces pays, avec le temps, cette mesure s’est révélée inefficace car, les images et les écrits ne faisaient plus effets aux consommateurs de tabac et n’arrivaient plus à freiner le tabagisme. Ce qui a fait suggérer a des acteurs de la lutte anti-tabac de faire changer les images chaque deux ans.

Au Burkina Faso, une grande proportion des fumeurs ne sait pas lire. Ce qui fait qu’on peut en conclure que les avertissements sanitaires écrits peuvent ne pas avoir forcement d’effets sur eux. En dépit de cela, il faut reconnaitre que le Burkina Faso est l’un des pays les plus avancés de la sous-région en matière de politique anti-tabac active et dynamique. Malheureusement l’application de ces textes restent difficiles, aucune rigueur. Il faut rappeler qu’au Burkina Faso, il est interdit de fumer dans les lieux publics malgré parfois des affiches faites, des fumeurs ne respectent pas ces indications.
Nourdine Conseibo
www.libreinfo.net

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