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[Tribune] Lutte contre le terrorisme : La classe politique doit aider à recoudre la calebasse qu’elle a cassée

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Ceci est une tribune de Dr Boukary NEBIE, Spécialiste de l’Analyse du discours parvenue à Libreinfo.net.

En quelque sept (7) mois d’exercice du pouvoir, le capitaine Traoré a reçu à deux reprises la classe politique burkinabè ; d’abord le 21 octobre 2022, puis le 18 avril 2023.

Lors de la première rencontre, et par le biais des vidéos de la rencontre, une chose avait retenu l’attention des Burkinabè. Un jeune de 34 ans, sans expérience politique, parle à des hommes politiques rompus à la tâche dont certains totalisent plus de trois décennies d’expérience politique quand d’autres en ont même fait une profession et un métier.

Mais surtout l’on a encore en mémoire cette image du Dr Zéphirin Diabré, avec son calepin et son stylo, en train de prendre des notes comme le ferait exactement un bon étudiant en amphithéâtre face à son professeur.

Il y a cette autre image, celle de Clément P. Sawadogo, hochant la tête en guise d’acquiescement aux témoignages du capitaine sur la profondeur et la complexité de la crise que vit le Burkina.

Il n’y a certes pas eu des larmes qui ont coulé comme l’a fait l’ex Premier ministre Christophe Joseph-Marie Dabiré à l’hémicycle lors de sa Déclaration de politique générale le 18 février 2019. Mais qu’à cela ne tienne, l’émotion semblait de mise.

Bon tant mieux d’ailleurs, diront certains. Car si le baromètre pour mesurer la sincérité ou la compassion d’un homme politique devrait être la quantité de larmes qu’il verse face aux situations difficiles, il y aurait longtemps que certains auraient déjà pleuré toutes les larmes de leur corps tant ils ont causé beaucoup de peines à d’innocentes personnes.

Par ailleurs, l’on peut se demander ce que valent vraiment les larmes d’un politicien quand on sait que feu Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) ex Président du Mali, était allé pleurer publiquement et officiellement en France, devant Macron le 11 janvier 2015 lors de la cérémonie d’hommage aux victimes des attentats contre le journal satirique français, Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 qui a causé 11 morts alors que le terrorisme faisait des centaines de victimes dans son pays sans que l’on ait vu IBK pleurer publiquement. Jugez-en vous-mêmes !

À l’issue de la deuxième rencontre qui a regroupé les quatre composantes de la classe politique qui a pris part à l’élaboration de la charte de la transition ; le porte-parole, Eddie Komboïgo, chef de file de l’opposition depuis les élections de novembre 2020 jusqu’au Coup d’Etat du 24 janvier 2022, a laissé entendre que l’objectif de la rencontre était d’apporter le soutien de la classe politique au Président du Faso dans la lutte contre le terrorisme.

Voilà qui est bien pensé ! Je ne sais pas qui du locataire du Palais, non plus de Kossyam mais de Koulouba ou de ses hôtes est l’initiateur de cette rencontre.

Mais en tous les cas, elle est à saluer. À mon humble avis, il urgeait d’avoir une telle rencontre pour trois principales raisons.

D’abord pour couper l’herbe sous le pied de certains politiciens qui disent qu’on les a mis sur le banc et par conséquent ils ne savent pas vraiment comment apporter leurs soutiens aux autorités dans la lutte contre le terrorisme.

L’argument ne vole pas haut hein. Mais bon… ! Avec ces gens-là, il faut s’attendre à tout. Lorsque les autorités de la transition avaient lancé le recrutement des VDP et que ça piétinait dès les premiers moments, j’ai entendu un homme politique se réjouir en laissant entendre que c’est parce qu’on n’a pas impliqué les partis politiques que la mobilisation n’est pas au rendez-vous.

Car pour lui, seuls les partis politiques ont la capacité de mobiliser les gens afin qu’ils s’enrôlent dans la mesure où ce sont eux qui ont des militants. Quand même pathétique, non ? Comme si toute la population burkinabè était inscrite sur les fiches des adhérents aux partis politiques.

D’ailleurs comment quelqu’un qui compte gouverner un pays peut raisonner ainsi ? A-t-on besoin de vous demander pardon pour que vous mobilisiez vos militants pour libérer le pays dont vous rêvez de présider les destinées demain ?

Les gens de bon sens répondront NON. Mais les politiciens ont leur logique qui échappe souvent à la logique. Ils sont les seuls capables d’organiser une cérémonie de remise de dons à un orphelinat d’une valeur de 250.000F CFA et inviter des médias pour la couverture médiatique qui s’élèverait à un million voire plus.

C’est sûr que certains de mes lecteurs n’y comprendront pas grand-chose. Et c’est normal car les politiciens ont un incroyable talent. Seulement, lorsqu’on a fait le bilan du recrutement des V.D.P. et indiqué qu’il y a eu plus de 90.000 inscrits sur un besoin initial de 50.000 personnes, je n’ai plus eu la réaction de notre politicien qui pensait qu’ils sont les seuls à avoir la légitimité pour mobiliser les Burkinabè pour une cause nationale.

Ensuite parce que les hommes politiques sont les premiers responsables de ce qui nous arrivent aujourd’hui et il faudrait leur présenter les conséquences de leur gouvernance hasardeuse. Ce sont eux qui détenaient les destinées du pays en gérant le pouvoir d’État.

Quand on dit que la radicalisation de certains de nos concitoyens et leur basculement dans le terrorisme s’explique en partie par la démission de l’État dans certaines parties du pays, c’est dire en d’autres termes que les politiciens en sont responsables.

D’ailleurs, les mêmes politiciens ne se gênaient pas à dire à certains fonctionnaires « insoumis » qu’ils les feront affecter à Falagountou, à Matiacoili, à Gorom Gorom et où sais-je encore, pour leur montrer qu’on ne se frotte pas à tout le monde sans conséquence dans ce pays-là.

D’ailleurs la formule était bien connue : « Si tu fais, on te fait et il n’y aura rien ». Combien d’hôpitaux, d’écoles, de routes, d’usines sont construits sur papier et fièrement exhibés aux partenaires techniques et financiers (P.T.F.) alors que dans la réalité c’est du vent ?

Combien d’infrastructures publiques ont amorcé leur cycle de dégradation avant même d’être réceptionnées ? Combien de fonctionnaires ont vu leur carrière brisée ou stagnée parce qu’ils n’ont pas voulu prendre la carte du parti ?

Combien de nos parents continuent de boire à la même source avec les animaux en pâturage parce que les politiciens n’ont pas été capables de construire une borne fontaine dans chaque village du pays ? Alors que des hommes politiques ont fêté leurs milliards dans ce pays.

Certains hommes politiques aiment tellement leur pays que leur argent se repose dans des banques en Suisse. Quel drôle de patriotisme ! Je sais déjà que certains tenteront de dire que je suis hors sujet car notre pays a été davantage géré par des militaires que par des hommes politiques.

À ceux-là, voilà ma réponse anticipée. Je n’oppose pas militaire à homme politique. J’oppose militaire à civil. Et pour moi, l’homme qui a enregistré le plus long score de gestion du pouvoir d’État au Burkina (15 octobre 1987- 31 octobre 2015) était davantage un homme politique qu’un militaire.

Je veux parler de Blaise Compaoré, bien sûr qui était présenté par certains observateurs comme le parrain des rébellions et des guerres civiles dans la sous-région (Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Libéria). Notre pays était même un refuge pour les terroristes qui endeuillaient nos voisins parce que des politiciens en tiraient profit pour s’enrichir.

Tous ces errements des politiciens ont fait le lit du malheur qui nous engloutit aujourd’hui. Ils sont donc obligés d’aider à trouver la solution. Ce sont eux qui ont cassé la calebasse et ils doivent aider à la recoudre.

Enfin la classe politique sera bénéficiaire, peut-être de façon indirecte, des opérations de reconquête du territoire. Sans reconquête du territoire, pas d’activisme politique débordant et pas d’élection. Or sans activisme politique et sans élection les hommes politiques risquent de succomber.

Rappelez-vous. J’ai mentionné plus haut que certains ont fait de la politique une profession et un métier. À propos d’ailleurs, dans une vidéo, le Pasteur « Papa » Karambiri pointe la responsabilité des hommes politiques.

Mieux il indique que tout prétendant à la prochaine élection présidentielle doit faire les fronts (Est, Nord, Sahel, Boucle du Mouhoun) pour s’imprégner de la réalité.

Quelle réalité ? Sans doute les conséquences de l’irresponsabilité de certains hommes politiques qui ont gouverné ce pays. Moi, je trouve la proposition de « Papa » Karambiri pertinente.

Pour toutes ces raisons, la classe politique a l’obligation d’aider le gouvernement à reconquérir rapidement notre territoire et à ramener les P.D.I. dans leurs localités d’origine.

Soutien total au Capitaine-Président et au gouvernement !

Force et courage aux Forces combattantes !

Que la paix nous revienne !

Dr Boukary NEBIE, Spécialiste de l’Analyse du discours

Enseignant-chercheur

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