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Clôture cité universitaire de Kossodo : un marché de 250 millions de FCFA dont le délai d’exécution reste inconnu

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Clôture de la cité de universitaire de Kossodo en construction-libreinfo.net

Lancés le 12 juin 2020 avec un délai d’exécution de trois mois, les travaux de construction de la clôture de la cité universitaire de Kossodo,la plus grande du pays, sont toujours en cours, après l’expiration du délai. Les travaux sont à un faible niveau d’avancement. Le financement de l’ouvrage est assuré par le Centre national des œuvres universitaires (CENOU) et le Fonds national pour l’éducation et la recherche (FONER) à hauteur de 250 millions de FCFA. C’est l’entreprise IMEAT-BTP Sarl qui exécute le marché. Pour comprendre les difficultés qui freinent l’avancée des travaux, Libre info a rencontré les différents acteurs impliqués dans la réalisation des travaux.

Par Etienne Doly, Stagiaire

Construite depuis 2008, la cité universitaire de Kossodo ne dispose pas jusque-là, de clôture et cela n’est pas sans inconvénients. Les Résidents disent être confrontés à l’insécurité, surtout dans le contexte actuel du pays marqué par des attaques terroristes. Parce que n’importe qui peut y entrer à n’importe quelle heure, selon les délégués généraux de ladite cité, Abdoulaye Diao (sortant) et Ibrahim Rabo (actuel).

Une autre difficulté et pas des moindres, c’est que la cité est traversée quotidiennement par des camions du fait de sa situation géographique. Elle située en zone industrielle. ‘’A cause de cela nous avons même barré les routes pour empêcher le passage des camions, a signifié le délégué Diao’’. Le braquage d’une usine d’huilerie avait semé la panique et contraint les étudiants à déserter les lieux durant quelques heures, le 10 mars 2020, selon les deux délégués. « Nous avons fait la revendication de la clôture une de nos revendications les plus chères » a déclaré M. Diao. L’incident lié à l’absence de clôture que des étudiants de la cité n’oublient pas, ce sont les échauffourées avec des gendarmes pendant la période de confinement dû à la covid-19. ».

Des sacrifices et des vols à longueur de journée dans les aires et les chambres la cité

Marie-Béatrice Kazienga et Nonira Kambou, sont des résidents de la cité de Kossodo. Ils ont hâte de voir la cité être clôturée. « La cité n’est pas clôturée, n’importe qui peut rentrer et faire ce qu’il veut et ressortir. Souvent il y a des voitures qui rentrent mais on ne sait pas ce que viennent faire leurs propriétaires. Tu peux même trouver des gens en train de faire des incantations dans le domaine de la cité. », ont-ils témoigné.

Des étudiants de la cité sont également victimes de vol dans les chambres et d’agressions. « Un voleur a même été pris en flagrant délit et battu par les résidents. Si c’était clôturé, on pouvait facilement contrôler les gens à l’entrée et à la sortie » a déclaré Marie-Béatrice Kazienga.

A en croire M. Kambou, àcause de l’absence de la clôture, il y a des braquages, des pertes de motos. « Une fois, des gens sont venus tirer à l’arme sur le petit marché et dépouiller ceux qui y étaient. Il y a également une fille qui a été agressée par un voleur qui voulait lui retirer sa moto. Le seul parking ne peut pas contenir tous les engins donc nombreux sont obligés de garer leurs engins dehors ».

Adjara, autre résidente qui a préféré taire son nom, a aussi évoqué la question de l’insécurité. Pour elle, Il y a des camions et des travailleurs des usines qui traversent la cour à vive allure mais aussi des vols d’engins. Pour elle, « un étudiant qui s’est sacrifié pour acheter son engin et on lui soutire cela du jour au lendemain, ce n’est pas intéressant. Si la cité est clôturée, ça évitera des problèmes aux résidents mais aussi aux autorités du CENOU parce que chaque fois qu’il y a un problème le Directeur régional est interpellé peu importe l’heure, et il se rend sur les lieux. »

Le chantier est à 10% d’exécution après plus d’un mois d’expiration du délai

Les difficultés évoquées ont amené les étudiants de la cité universitaire à des manifestations et des démarches auprès des responsables du CENOU pour l’obtention d’une clôture. Des luttes qui ont permis le lancement des travaux de construction de la clôture de la cité par le Ministre de l’enseignement supérieur de la recherche scientifique et de l’innovation, le Pr Alkassoum Maïga , le 12 juin 2020.

A ces côtés, les directrice générale CENOU, Rasmata Bakyono et du FONER, Thérèse Somé, et celle du Centre national de l’information, de l’orientation scolaire, professionnelle et des bourses (CIOSPB), Lydie Rouamba. L’infrastructure devrait être livrée dans un délai de 90 jours soit le 12 septembre 2020. Selon les termes du contrat, le mur aura une longueur de 3,5 km ; une hauteur de 2m ; d’une guérite et des toilettes à l’entrée.

Mais force est de constater que plus d’un mois après expiration du délai d’exécution, les travaux ne sont qu’à un taux de réalisation de 10%. Pour comprendre les difficultés qui bloquent l’avancement des travaux, Libre info à interroger les différents acteurs.

La Directrice générale du Cenou, Rasmata Bationo, joint au téléphone nous a référé à la direction régionale. C’est ainsi que le Directeur régional du CENOU, Issa Ouédraogo nous a reçu le 16 octobre 2020.

Nous voulons être sûr que lorsque nous allons ériger le mur, personne ne viendra casser, personne ne va s’en prendre à nos étudiants” , Issa Ouédraogo, Directeur régional du CENOU-Libre info.

Pour lui, le retard dans la construction de la clôture de la cité est lié à certains riverains qui réclament la propriété de certaines parties du terrain. Même si le centre a la possibilité de faire déguerpir les riverains par la force publique, M. Ouédraogo estime qu’il faut privilégier le dialogue pour garantir aux étudiants de la cité, un univers de paix et de bonne intelligence avec les populations riveraines. « Nous voulons être sûr que lorsque nous allons ériger le mur, personne ne viendra casser, personne ne va s’en prendre à nos étudiants pensant que ce sont eux, qui l’ont fait. Nous marchons à pas de caméléon mais nous marchons sûrement » a indiqué M. Ouédraogo.

A l’en croire, les agrégats sont déjà posés, le personnel pour les travaux est là et il n’y a pas de difficultés de financement. Toute chose que nous nous avons constaté sur le terrain. Quant aux financements, l’entreprise en charge du marché confirme les décaissements. Quand les négociations vont aboutir, les travaux vont avancer à grand pas, a-t-il-précisé.

Ce sont 60 hectares (ha) qui avaient été cédés gratuitement au CENOU par les propriétaires depuis 1983, selon Pascal Sedogo, Directeur des études et de la planification du CENOU (DEP). Il nous a reçu le 22 octobre 2020 dans son bureau sis à la cité universitaire de Kossodo.

Mais à la faveur de l’aménagement de la zone industrielle poursuit M. Sédogo, le CENOU a bénéficié de 11 autres ha de la direction du développement industriel et de la mairie. C’est dans ces zones que des populations se sont installées. C’est là que réside le véritable problème qui affecte les travaux.

 Elles y ont réalisé de petites exploitations agricoles. Selon lui, les négociations sont en cours avec les chefs coutumiers, les autorités communales et les propriétaires terriens afin de trouver un consensus.

Les 60 ha antérieurement mis à la disposition du CENOU ne posent aucun problème. A l’entendre, ce sont les enfants de ceux qui avaient cédé le terrain qui sont revenus construire. Le CENOU ne peut donc pas leur faire la force. Il privilégie le dialogue, dit-il.  

A quand les nouveaux délais de finalisation des travaux ? Le DEP reste l’ambiguïté. Il indique que tout « dépendra de l’évolution des négociations avec les différentes parties prenantes. » Tout porte à croire que le dossier n’avait pas été étudié à fond avant le lancement des travaux.

Des incompréhensions entre les autorités universitaires et les riverains qui retardent les travaux

Des entretiens réalisés avec les riverains le 23 octobre 2020, certains ont déclaré n’avoir pas été contactés par le CENOU pour une quelconque négociation. « Les autorités du CENOU sont venues directement nous informer qu’elles nous feront partir parce que la propriété du terrain leur revient. Elles ne nous ont même pas parler de dédommagement. », confie un riverain. Ceux-ci disent être surpris par l’implantation des plaques par le Cenou au milieu de leurs habitations et en dehors des limites de son domaine.

J’ai payé ma parcelle que j’ai mise en valeur depuis quatre ans. ” Moustapha Traoré, riverain de la cité universitaire de Kossodo-libre-info

Moustapha Traoré, est un riverain de la cité universitaire de Kossodo. Il vit avec sa famille et ses deux mamans veuves. C’est dans sa cour qu’il fabrique du savon, sa principale activité. « J’ai payé ma parcelle que j’ai mise en valeur depuis quatre ans. Avant de payer, je me suis bien renseigné avec les propriétaires terriens. On m’a dit que ça ne fait pas partie du domaine de l’université. Ils m’ont montré les limites du Cenou qu’ils ont délimité avec des arbres épineux. C’est cette année le CENOU est venu implanter des plaques où l’on peut lire : interdiction formelle de s’installer ou de construire, alors qu’il y a nos maisons. C’est après cela, ils ont envoyé les topographes que nous avons chassé. », a expliqué M. Traoré.

Souvent nous demandons à entrer en contact avec elles, mais elles ne nous reçoivent pas

Jean Sawadogo, un septuagénaire occupe les lieux depuis 30 ans, où il exerce des activités agricoles. Avant son installation, les propriétaires terriens lui ont bien montré le terrain du CENOU délimité par les arbres épineux. De son avis, il a respecté la délimitation du CENOU depuis 30 ans. « Le CENOU est venu implanter les plaques au milieu des habitations sans dire mot à quelqu’un. Comme il y a le nom de CENOU, nous sommes allés les voir pour demander pourquoi ils ont implanté les plaques dans notre espace. C’est ainsi qu’ils nous ont fait comprendre que le terrain leur appartient. Souvent nous demandons à entrer en contact avec elles, mais elles ne nous reçoivent pas. La première fois, nous sommes allés à 8 heures et ce n’est qu’à 14h que nous avons été reçus », a précisé Issaka Bamaba, un riverain.

Jean Sawadogo, un septuagénaire riverain de la cité de Kossodo.Il dit occuper les lieux depuis 30 ans, où il exerce des activités agricoles-Libre Info.

Alidou Gnebga, dit résider sur un terrain qu’il a payé. Avant de payer la parcelle, le propriétaire lui a bien montré le domaine du CENOU qu’il a toujours respecté.

Les riverains, affirment qu’ils ne quitteront les lieux que si la vérité est située et les conditions de dédommagement réunies. 

Lors de notre constat sur le terrain, nous avons trouvé une équipe de l’entreprise IMEAT-BTP, chargée de l’exécution des travaux. Selon Idrissa Ouédraogo, du bureau de suivi-contrôle des travaux et Didier Minoungou de ladite entreprise, les difficultés sont aussi d’ordre social. Elles sont liées à l’occupation des lieux par les riverains. « Nous avons reçu des menaces de mort de la part de certains individus », nous ont-ils confié.

Ils rassurent par ailleurs qu’ils ne sont pas confrontés à un problème de financement. Avec l’hivernage, il y a des parties où des riverains ont fait des champs et l’accès leur est interdit.

Plus d’un mois après l’expiration du délai d’exécution, les travaux ne sont qu’à un taux de réalisation de 10%, ont-ils déclaré. Les agrégats sont disponibles par endroit et le mur est érigé sur l’endroit qui ne fait l’objet de réclamation.

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