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Collectivités territoriales : le salut d’un pays comme le Burkina Faso, c’est la décentralisation, Bruno Dipama, DG du FPDCT

Collectivités territoriales Bruno Dipama
Bruno Dipama,Directeur Général du fonds permanent de développement des collectivités territoriales

Le Fonds permanent pour le développement des collectivités territoriales (FPDCT) devient l’Agence nationale d’appui au développement des collectivités territoriales (ADCT).Ce changement confère désormais des pouvoirs plus larges à la structure pour accompagner les collectivités territoriales dans leur dynamique de développement. Le Directeur Général du FPDCT Bruno Dipama, se réjouit du développement obtenu durant les années écoulées. Entre bilan de l’ex FPDCT et attente de l’entrée en vigueur de l’ADCT, Libre info est allé à la rencontre du DG. Il parle avec conviction du développement des collectivités territoriales avec cet organe de financement comme un moyen privilégié pour l’épanouissement des administrés.

 

Propos recueillis par Siebou Kansié

Libre info (Li) : Comment se porte Bruno Dipama et sa structure, le Fonds permanent pour le développement des collectivités territoriales (FPDCT) ?

Bruno Dipama (B.D) : Je me porte très bien ainsi que l’ensemble de mes collaborateurs en ce début d’année 2021. Quant à la structure, vous savez que le Fonds permanent pour le développement des collectivités territoriales (FPDCT) depuis sa création a accompagné les collectivités territoriales dans la mobilisation, la centralisation des ressources techniques et financières à elles destinées. Mais depuis le 7 octobre 2020, la structure prend une autre dénomination et dévient l’Agence nationale d’appui au développement des collectivités territoriales (ADCT) avec des missions plus accrues et une surface financière plus importante pour mieux accompagner les collectivités territoriales.

Li : Pourquoi le changement de dénomination, du FPDCT à l’ADCT ?

B.D : Vous savez que le Burkina Faso a fait un choix à travers la constitution du 2 juin 1991 d’aller vers la décentralisation. C’est un processus qui a court dans notre pays depuis trois décennies. C’est ainsi que la loi 055 de 2004 portant code général des collectivités territoriales, consacre que le territoire du Burkina Faso est reparti en collectivités territoriales. La collectivité territoriale est la commune et la région.

L’article 141 de cette même loi dit que pour l’accompagnement technique et financier de ces collectivités territoriales, il est créé le Fonds permanent pour le développement des collectivités territoriales. Mais ce n’est qu’en 2008, le FPDCT va devenir opérationnel avec l’adoption de ses statuts particuliers.

Donc de 2008 à 2020, le Fonds permanent pour le développement des collectivités territoriales a pu mobiliser plus de 120 milliards et financer plus de douze mille (12 000) projets à travers l’ensemble des 364 collectivités territoriales de notre pays.

Même si le bilan FPDCT est satisfaisant en ce qui concerne l’accompagnement des collectivités territoriales, il ressort que dans son fonctionnement et dans l’accomplissement de ses missions, il y a des insuffisances. Les enjeux du moment commandent également que nous puissions mener une réflexion par rapport à un meilleur accompagnement des collectivités territoriales.

C’est ainsi qu’un comité interministériel a pu travailler et les conclusions des travaux dudit comité proposent que le FPDCT soit restructuré, c’est-à-dire qu’il connaisse une évolution institutionnelle et juridique. D’où la création de l’Agence nationale d’appui au collectivités territoriales qui, en fait, est une transformation du Fonds permanent pour le développement des collectivités territoriales (FPDCT).

Li : Vous parliez tantôt des insuffisances de l’ex-FPDCT, ayant nécessité sa restructuration. Parlez-nous de quelques limites.

B.D : Comme vous le savez, le fonds permanent est un EPE (Établissement public de l’État) de la catégorie des fonds nationaux et de la sous-catégorie des fonds d’État. Ce qui veut dire que c’est un établissement qui ne peut qu’octroyer des subventions. Mais une autre mission assignée au FPDCT est la mise en place d’un guichet prêt et garantie aux emprunts. Là, nous versons dans le domaine du financement qui est une mission réservée à la sous-catégorie des fonds de financement. Ainsi pour que le FPDCT puisse octroyer des subventions et financer en même les collectivités territoriales, il faut une dérogation.

Les besoins des populations à la base sont de plus en plus multiples et multiformes d’où la nécessité pour le FPDCT de trouver des sources de financement innovants pour financer les projets des collectivités territoriales, une mission qui n’était pas prise en charge par le FPDCT.

À cela également s’ajoute la nécessité d’appuyer techniquement les collectivités territoriales dans la mise en œuvre de projets financés par le FPDCT. Voilà donc, ce qui a commandé cette évolution positive qui s’est matérialisée par la restructuration du Fonds permanent qui devient l’ADCT.

Li : Quels sont vos principaux domaines de compétences ?

B.D : Comme je l’ai dit, les domaines de compétence sont principalement la mobilisation et la centralisation de ressources techniques et financières pour accompagner les collectivités territoriales. L’accompagnement des collectivités territoriales se fait principalement par le financement de tout ce qui est investissement structurant, c’est-à-dire, pour la construction des infrastructures sociales de base, nous sommes présents. En cela, nous accompagnons les collectivités dans la construction d’infrastructures scolaires, dans la construction d’infrastructures de santé, dans la construction d’infrastructures marchandes qui leur permettent de pouvoir accroître leur capacité de mobilisation de recettes propres. Nous les accompagnons également à réaliser des forages.

Mais je dois aussi souligner que nous accompagnons également les collectivités territoriales à financer les projets des promoteurs, c’est-à-dire, que les citoyens regroupés en groupement ou en association peuvent soumettre des projets aux communes ou aux conseils régionaux et nous les finançons. Mais le canal par lequel il faut passer, c’est la commune ou le conseil régional.

Li : Quel bilan aujourd’hui peut-on faire de l’accompagnement de votre structure aux communes ?

B.D : Je pense que je l’ai déjà énoncé. C’est plus de 120 milliards mobilisés en douze années pour financer plus de 12 mille projets. Donc vous voyez que le chiffre 12 même porte bonheur au Fonds permanent pour le Développement des Collectivités Territoriales. Nous espérons que l’ADCT en fera davantage et fera mieux que le Fonds permanent parce que si nous voulons un développement harmonieux de notre pays, cela passe par la réalisation d’investissements via les communes et lesquels investissements font profiter directement aux populations qui sont les ultimes bénéficiaires de toutes nos interventions.

Li : Vous êtes connu comme homme de terrain. De tous les investissements de votre structure au profit des communes, lequel vous a le plus marqué ?

 B.D : Il y a beaucoup de choses qui m’ont marqué dans la mesure où nous accompagnons les communes dans beaucoup de domaines. Il est arrivé que je tombe sur des promoteurs, qui ont pu bénéficier d’un accompagnement financier de la part du FPDCT et qui ont pu réaliser des projets. Quand on fait le point, chaque membre de groupement peut se retrouver à la fin de chaque année avec au moins, 600 mille FCFA comme revenus. Et je pense que ceci est à saluer parce que non seulement la satisfaction des besoins de base est réalisée mais aussi nous permettons à ces populations de pouvoir accroître leur pouvoir d’achat.

C’est la seule façon en tout cas de pouvoir réduire la pauvreté. Nous créons aussi les conditions pour la valorisation des produits de l’environnement de ces populations, histoire de pouvoir créer cette adéquation entre le coût de la vie et le pouvoir d’achat. Et c’est la seule façon et la façon la plus rationnelle de réduire la pauvreté.

Li : Est-ce que ce vous avez le sentiment aujourd’hui que la décentralisation est la meilleure voie de développement local ?

B.D : Beaucoup de pays à travers le monde qui se sont développés, c’est par cette voie. Pour un pays comme le Burkina Faso, c’est un processus irréversible. Nous ne pouvons plus faire marche arrière et quand vous prenez des pays comme la Suisse, vous voyez que les territoires ont à main le destin des populations qui y vivent.

Il en est de même pour la France et la petite histoire comme vous le savez, le Général De Gaulle avait compris que la décentralisation est nécessaire pour la France, ce qui l’a amené à organiser le référendum sur le « projet de loi relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat » le 27 avril 1969 qu’il a perdu et il s’est retiré de la vie publique. Mais plus tard, on a compris que la voie pour un développement de la France, c’était la décentralisation.

Pour le Burkina Faso, c’est la voie pour un développement harmonieux de notre Pays. Vous savez depuis les indépendances, c’était le centralisme. On concevait les projets au niveau central. À Ouagadougou ici, on les imprimait sur le terrain et avec des fortunes diverses parce que la plupart des projets n’étaient pas adaptés et c’est en cela qu’on a compris que le salut d’un pays comme le Burkina Faso, c’est la décentralisation.

Laissez-moi vous dire que bon nombre de problèmes que notre pays traverse aujourd’hui, pouvaient être évités si le processus de décentralisation était abouti. Je veux parler du terrorisme. Vous savez que quand vous regardez la plupart de ceux qui se laissent embrigader, enrôler par les entrepreneurs de la violence aveugle, ce sont les plus jeunes qui sont au niveau des collectivités territoriales.

Donc si les collectivités avaient un pouvoir plus étendu, si les collectivités avaient cette capacité d’offrir des emplois aux jeunes, à les occuper, à les donner un pouvoir d’achat, je pense qu’ils seraient moins perméables aux discours des fanatiques et des terroristes.

La décentralisation c’est l’option que le Burkina Faso a faite et je pense que c’est la meilleure option. Ce n’est pas encore un processus abouti, mais nous espérons qu’au cours des années à venir, la décentralisation au Burkina Faso aura un réel effet sur le quotidien des populations parce qu’on dit, la décentralisation, c’est rapprocher l’administration de l’administré. Mais c’est au-delà. C’est de permettre au citoyen où qu’il se trouve sur toute l’étendue du pays, de pouvoir prendre en main son destin. C’est ça, la véritable finalité de la décentralisation. Je pense que nous y travaillons pour que cela soit une réalité au Burkina Faso.

Li : Comment aider aujourd’hui les collectivités à répondre véritablement aux besoins sociaux des populations ?

B.D : Déjà en les accompagnant dans l’élaboration des plans communaux et des plans régionaux de développement. Vous savez qu’il y a une démarche qui consiste premièrement à identifier les besoins des populations. Une commune qui ne connait pas les réels besoins des populations qui vivent sur l’étendue de son territoire, a déjà loupé le coach. Donc, il faut d’abord identifier les besoins des populations, ensuite les prioriser. On ne peut pas prendre les besoins au même degré, il faut les hiérarchiser. Ensuite, il faut concevoir des projets qui puissent répondre à ces besoins. Enfin, il faut pouvoir mettre en œuvre efficacement ces projets.

Dans cette démarche, nous accompagnons les collectivités territoriales. C’est une démarche scientifique qui produit des résultats merveilleux. C’est vrai qu’au début, les collectivités balbutiaient dans l’élaboration des projets.

Pour éviter ce tâtonnement, il faut adopter la démarche que je viens de citer : l’identification des besoins, des attentes des populations, leur priorisation et l’élaboration de projets qui collent à ces besoins et attentes, et trouver la meilleure façon de dérouler ces projets à travers des activités cohérentes.

Li : Quel est le plus grand défi de votre structure en 2021 ?

B.D : Que l’ADCT soit pleinement opérationnel en cette année 2021. Vous savez que le décret n°0960 du 17 décembre 2020, portant adoption des statuts de l’agence nationale de développement des collectivités territoriales stipule que : « Au plus tard six (06) mois après l’entrée en vigueur du présent décret, le Ministre chargé des finances et celui chargé des collectivités territoriales produisent un rapport conjoint en Conseil des Ministres sur l’état de mise en place de l’ADCT ». Ce qui veut dire que nous avons six mois pour rendre opérationnelle l’agence. C’est le principal défi.

Je prie Dieu pour qu’il garde notre pays dans la paix, la sécurité, la stabilité, la concorde et l’unité nationale en cette année 2021. Qu’il accorde également à nos dirigeants une santé à toute épreuve et la sagesse pour être à l’écoute du peuple et travailler à répondre à ses attentes.

Je demande à Dieu de donner la santé à mes collaborateurs et à moi ainsi qu’à tous les partenaires de l’ADCT pour qu’ensemble, nous puissions réaliser de grandes choses au profit des collectivités territoriales de notre pays, au grand bonheur des populations des villes et des campagnes.

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