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Commerce : « Le Faso dan fani » s’exporte bien hors des frontières du Burkina

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Faso dan fani
Le Faso dan fani

Le pagne traditionnel burkinabè communément appelé le « Faso dan fani » devient un pagne de plus en plus prisé par les Burkinabè et les non Burkinabè. A cause de la forte demande, les tisseuses de pagnes sont souvent débordées.

Par Rama Diallo

Le « Faso dan fani » est aujourd’hui vendu partout dans le monde. Ce pagne traditionnel burkinabè est de plus en plus porté lors des grands événements et des périodes de fêtes. Mais pas seulement.

A « Rood Woko », le grand marché central de Ouagadougou, se trouve la boutique de M. Seydou Zampaligré. Son local est spécialisé dans la vente du pagne traditionnel « Faso dan fani ». Lors de notre passage, ce 11 août 2022 vers 10h, le grand marché est plein de monde. On entend des coups de klaxons de véhicules et de motos un peu partout.

A l’intérieur de sa boutique, M. Zampaligré était occupé à discuter avec deux clientes venues du Mali pour acheter le « pagne national ». Ses deux aides le regardaient discuter avec les deux dames. L’une d’elles a lancé au propriétaire de la boutique : « Toi Seydou-là, tu vas venir nous trouver au Mali… Nous allons te rembourser ce que tu nous fais ici là… Tu es trop cher, diminue les prix.

Aujourd’hui, je ne veux pas trop discuter… » Tout souriant, M. Zampaligré, répond : « Ce n’est pas de ma faute. Les tisseuses qui m’envoient les pages disent que tout est cher maintenant. Elles ont également augmenté leurs prix. Je suis obligé d’augmenter à mon tour aussi. ». Finalement, ils ont convenu d’un montant et la marchandise des dames a été emballée.

Pendant ce temps, l’un des aides de M. Zampaligré nous présente leurs produits.  À l’intérieur de la boutique un écran diffuse les images captées par une caméra de surveillance. Le local est bien garni et les pagnes bien disposés. Les couleurs des différents pagnes sont très agréables à regarder.

Après avoir fini avec les deux commerçantes maliennes, M. Zampaligré, toujours souriant nous dit : « Excusez-moi, Madame, je suis à vous maintenant. »

Et M. Seydou Zampaligré de nous expliquer : « Actuellement, le marché de « Faso dan fani » se porte bien. Vous voyez, ces femmes viennent du Mali. J’ai des clients un peu partout maintenant qui viennent acheter le pagne. Pendant la dernière fête de Tabaski (NDLR Fête religieuse musulmane), il y a eu une rupture, du fait de la forte demande. Nous n’avons pas pu honorer certaines commandes.»

Selon lui, les différents changements de régimes qu’a connu le Burkina n’ont affecté en rien le commerce du pagne traditionnel. Il a indiqué que, de plus en plus, les gens portent le « Faso dan fani » pour les mariages traditionnels et civils ainsi que lors des grands événements.

Après le grand marché central de la capitale, direction Boulmiougou, un quartier populaire de Ouagadougou pour rencontrer des femmes tisseuses. Sous un arbre, Mmes Zarata Nikiéma et Ahoua Nana étaient en train de tisser lorsque nous sommes arrivés.  Une troisième femme, en grossesse, assise sur une natte leur tenait compagnie.

«Une visite ce matin, on espère qu’on aura de l’argent » ironisent les dames lorsque nous les saluons.

Mme Zarata Nikiéma, la première à nous parler, dit être âgée d’une cinquantaine d’années et tisser depuis plus de 10 ans. A cause de la morosité du marché à une certaine période, elle avait changé d’activité. C’est au regard de l’engouement que suscite le pagne traditionnel, présentement, que la tisseuse reconnaît avoir décidé, voici deux ans, de reprendre son travail.

Zarata Nikiéma, tisseuse du Faso dan fani

Par manque de moyens financiers suffisants, Mmes Zarata Nikièma et Ahoua Nana nous disent travailler pour une femme responsable d’une association.

Mme Nikiéma : « Avant j’achetais les fils et je tissais les pagnes pour la vente. Mais, actuellement, tout est devenu cher et je ne parviens plus à acheter les fils. Une responsable d’association nous livre les fils et nous tissons pour elle. Sur chaque pagne tissé, nous gagnons 500 F CFA. Dans le mois, je peux recevoir 20 000 F CFA ».

Mme Nikièma affirme aussi que des particuliers lui confient du travail : « Souvent, il y des gens qui ont un mariage, un baptême et autre événement. Ils achètent les fils nécessaires et je tisse pour eux. Dans ce cas-là, je gagne davantage. »

Mme Ahoua Nana, elle, explique : « Tu vois ce pagne que je suis en train de tisser, c’est pour un mariage. Si je finis ça, je dois commencer les pagnes pour les filles d’honneur. C’est du fil de bon coton, ça ne déteint pas. Comme ce n’est pas tout le temps qu’on gagne ces marchés, on travaille de façon permanente avec la responsable de l’association pour pouvoir avoir un peu d’argent. »

Faso dan fani
Ahoua Nana, tisseuse

La tisseuse dit qu’il y a des moments où elle et son amie Zarata sont débordées parce qu’elles reçoivent plusieurs commandes. Surtout durant les périodes de fêtes et les célébrations de la Journée du 8-mars consacrée aux femmes et du 11 décembre, journée nationale de l’indépendance du Burkina.

Mme Fatoumata Konaté, une commerçante du Mali venue au Burkina Faso pour acheter le « Faso dan fani » nous fait savoir que dans son pays, le « Faso dan fani » est très apprécié et se vend bien. D’après elle, au Mali, les couturiers font un mélange du pagne traditionnel burkinabè avec le bazin, la dentelle ou d’autres tissus modernes pour coudre des ensembles. Et les Maliens raffolent de plus en plus de ces mélanges.

La commerçante poursuit : « Le commerce du « Faso dan fani » est florissant au Mali. C’est ce qui explique que beaucoup de commerçants maliens viennent acheter ce pagne. »

Pour ses fiançailles, M. Bernabè Gansoré, un Burkinabè, a décidé de porter le pagne traditionnel de son pays. Il se justifie ainsi : « Nous avons fait le choix du « Faso dan fani » pour la célébration de la cérémonie des fiançailles parce que cela représente tout un symbole pour nous. Les fiançailles sont des faits purement traditionnels dans la société moaga et le pagne tissé est l’une des marques de fabrique de nos parents et arrières-parents. De ce fait, nous avons préféré nous inscrire dans cette logique à travers l’habillement pour marquer au mieux ce moment. »

Il poursuit : « Le « Faso dan fani » est l’identité culturelle qui fait la fierté du pays dans le monde de la mode. A une certaine époque, les Burkinabè le portaient par contrainte, mais aujourd’hui, c’est difficile de ne pas avoir ce pagne dans sa garde-robe ».

La valorisation du « Faso dan fani » a repris en 2014 avec les autorités de la Transition après la chute du président Blaise Compaoré. Le régime de Roch Kaboré à partir de 2015, en a encouragé la commercialisation en labellisant le « Faso dan fani » en février 2021. Le président Kaboré lui-même donnait l’exemple en s’habillant souvent en « Faso dan fani » pour en encourager le port.

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