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Coopération Chambéry-Ouahigouya : « Quand on se rencontre dans nos différences, on a beaucoup de ressemblances » (Laura Carfoz)

Les communes de Chambéry en France et de Ouahigouya au Burkina Faso collaborent depuis 1991. Une association Chambéry-Ouahigouya est ainsi créée pour mieux guider les actions de cette relation. C’est une coopération décentralisée entre les deux villes qui cherchent à rapprocher leurs habitants afin qu’ils se connaissent, se comprennent pour partager des projets de développement. De nombreux projets de développement ont germé de cette collaboration dans plusieurs domaines. Le projet d’actualité sur le plan culturel est le Festival Ciné Bala, crée en 2014. Il vitalise la production cinématographique de l’Afrique et met l’accent sur la pluralité des cultures et des pays du continent. Il a lieu tous les deux ans à Chambéry, en France. A l’occasion de la 26e édition du Festival Panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), une délégation de cette association est venue de la France et anime un stand au Marché International du Cinéma Africain (MICA). Libreinfo.net a rencontré Laura Carfoz, chargée de mission de cette coopération, pour parler de ces relations qui datent de près de 3 décennies mais également de la présence de l’association au FESPACO.

Libreinfo.net (Li :): Présentez-nous l’association Chambéry-Ouahigouya ?

Laura Carfoz (LC) : Les villes de Chambéry en France et de Ouahigouya au Burkina Faso sont en partenariat d’amitié et de coopération décentralisée depuis 1991. L’objectif de cette coopération est de permettre aux populations de se rencontrer, de mieux se comprendre à travers divers projets de développement qui sont co-portés dans les différentes politiques publiques. Les politiques publiques que la mairie de Ouahigouya souhaite renforcer dans leur mise en œuvre dans plusieurs domaines comme l’eau et l’assainissement par exemple.

Li : Quel est l’élément déclencheur de cette coopération ?

LC : L’élément déclencheur de cette coopération a été la volonté d’un maire, Louis Besson qui était à l’époque maire de la commune de Chambéry, qui avait pour objectif de mettre en lien sa commune, son territoire Chambéry avec un territoire de l’autre bout du monde. Mais il ne voulait pas que ce soit n’importe quelle commune qui soit sélectionnée. Il a lancé un appel d’offre pour trouver une commune partenaire idéale qui serait une commune francophone du même nombre d’habitants que Chambéry et aussi pour être en partenariat avec son homologue, un maire qui a déjà une vision du développement de son territoire. Et à l’époque en 1990, la commune de Ouahigouya avait déjà rédigé son plan communal de développement. C’est ainsi que Ouahigouya a été choisi pour être mise en relation avec Chambéry.

Li : Combien de projets de développement ont pu voir le jour depuis la naissance du partenariat jusqu’à ce jour ?

LC : Une très belle question. Moi-même, je ne suis pas à l’origine de la coopération, donc je ne prétends pas connaître, tout savoir, maîtriser parfaitement toute l’histoire de cette collaboration. Cependant vous imaginez qu’en 30 ans d’existence, la coopération a connu différentes phases. Il y a eu des projets très importants autour du soutien à la société civile, sur des programmes de malnutrition, d’accompagnement autour du droit des femmes, même dans le domaine de la santé autour du VIH/SIDA. Aujourd’hui, presque 10 ans, il y a aussi un programme très important sur la politique d’accès à l’eau potable dans la commune de Ouahigouya dans les 37 villages qui sont autour de la grand-rue de Ouahigouya. Aux signes politiques, autour de l’assainissement et des déchets. Moi-même, je suis en charge du programme culturel et de la jeunesse. Entre temps, on voit vraiment que la mairie a eu envie de faire de ces lieux phares tels que la MJC mais aussi en s’appuyant sur des partenaires privés de la commune, de faire de sa commune une dynamique accueillante pour les jeunes qui proposent différents services et différents types d’activités. Depuis l’existence de cette coopération, il y a peut-être une cinquantaine de projets qui ont été soutenus. Aujourd’hui, dans les projets phares qui sont mis en œuvre, on en a entre autres, 10 à 15.

Li : Mais qu’est-ce que la commune de Chambéry tire réellement de cette collaboration ?

LC : De cette collaboration, le fait d’être dans un contexte d’interculturalité, moi personnellement, je trouve le travail très intéressant. Ça nous ramène souvent à des valeurs de base, des valeurs communes. Ensuite, pour les deux territoires, c’est vraiment une ouverture sur l’autre et la diffusion d’un message de respect des différences, de respect des cultures et surtout quand on se rencontre dans nos différences, on a beaucoup de ressemblances. C’est vrai que ce ne sont pas les mêmes moyens, ce n’est peut-être pas les mêmes façons de faire, mais on se ressemble sur beaucoup de points. Et c’est ce que j’aime bien. Quand il y a des rencontres, des habitants des deux communes au moment du festival Lafi Bala qui a lieu à Chambéry tous les deux ans, les Chambériens et les Ouahigouyalais se rencontrent et débattent des thématiques qui ont des impacts à la fois à Ouahigouya et à Chambéry, qui sont souvent différents dans leurs expressions, mais ont un regard croisé qui vont justement enrichir les deux parties. C’est du donnant donnant sur les thématiques.

Li : Qu’apporte concrètement la commune de Ouahigouya à cette coopération ?

LC : La coopération est axée surtout sur l’accompagnement aux politiques publiques de la commune de Ouahigouya. On soutient les associations de Chambéry qui veulent être mises en lien avec les associations de Ouahigouya par exemple, sur le parrainage des jeunes filles.
Dans le cadre des projets, la mairie de Ouahigouya apporte une contribution financière, valorise le temps du travail, rend disponible les locaux, etc. La mairie met la main à la poche pour que ces projets puissent avoir lieu. Les projets de coopération n’existent pas forcement dans les deux communes. Si on parle de la structuration d’un service des eaux par exemple, à Chambéry, ce service est structuré depuis longtemps. Mais si on parle de la structuration des eaux de la commune de Ouahigouya, avec la décentralisation, la commune a eu dans ses prérogatives de pouvoir mettre en place la politique d’accès à l’eau potable. Et peut-être cette politique ne s’est pas accompagnée de moyens. Il n’y a pas eu d’agents compétents pour pouvoir mettre en œuvre cette stratégie. L’idée de la coopération, c’est de mettre en lien les agents des eaux de Chambéry avec ceux de Ouahigouya pour qu’ils puissent travailler ensemble, faire des partages d’expériences, de renforcement de compétences. Dans ce sens, dans les volets qui sont portés par la coopération, il y a un volet d’investissement de la structure et un volet de renforcement de capacités. L’objectif final, c’est l’autonomisation des services publics. Que la Commune de Ouahigouya puisse être à mesure de répondre à 200% pour les services publics afin que la population qui paie les impôts, voit à la fin ce à quoi ils servent.

Li : Pouvez-vous nous parler du Festival Ciné Bala et de votre présence au FESPACO ?

LC : Le dernier évènement né de la coopération Chambéry-Ouahigouya mais aussi la ville de Chambéry et l’Espace Malraux la scène nationale de Chambéry et de la Savoie, c’est Ciné Bala. Comment à Chambéry pourrait-on profiter de ce vivier, de cette population qui a un lien très régulier avec Ouahigouya au Burkina Faso ? Pourquoi ne pourrait-on pas utiliser ce terreau qui est très riche pour la promotion et la valorisation des cinémas d’Afrique ? On se trouve aujourd’hui au cinquantenaire du FESPACO. Le Burkina Faso a une longue histoire cinématographique et il était assez curieux qu’il ne se soit jamais posé la question de l’accueillir à Chambéry. Cela fait 4 éditions que le Festival Ciné Bala est né et présente au public une diversité, une pluralité des ‘’cinémas d’Afrique’’.

Li : Vous êtes à votre première participation au Marché International du Cinéma Africain (MICA). Comment trouvez-vous déjà l’ambiance des échanges avec les professionnels, les financiers du cinéma, etc. ?

LC : C’est une grande première pour nous d’être au MICA et aussi une grande première de participer au salon professionnel du milieu du cinéma. Nous sommes une structure de diffusion. Comme on représente un Festival, on attendait beaucoup du MICA d’être mis en relation avec des professionnels du monde du cinéma et aussi avec des jeunes réalisateurs. Il s’agit de voir comment est le panorama, la réalité des cinémas en Afrique en termes de formation, en termes diffusion, de financement, etc. Et là, je dois dire que le MICA remplit bien son rôle. Le fait d’avoir pris un stand MICA, ça nous permet de croiser nos pratiques et de mieux appréhender le contexte local des ‘’cinémas d’Afrique’’.

Li : Y a-t-il de nouvelles perspectives dans votre coopération qui profilent ? Des perspectives en termes de nouveaux projets de développement adaptés au contexte actuels où certains jeunes par faute d’emplois, se retrouvent être des proies faciles des terroristes.

LC : Le fait d’être à Ouagadougou pour quelques jours, on travaille avec nos homologues de la mairie de Ouahigouya mais aussi avec l’opérateur de cette coopération pour les prochains projets pour les trois années à venir. Et Ciné Bala va fêter sa 5e bougie l’année prochaine. On a aussi à cœur que Ouahigouya soit dans la boucle et sur l’annuaire du cinéma d’Afrique à être diffusé sur Ouahigouya. Si par exemple je peux donner une petite bille pour les projets culturels, ensuite on va retrouver des programmes autour de l’eau, de l’assainissement, de la régie des recettes. C’est vrai qu’en termes d’accompagnement, on se rencontre que trois ans, c’est parfois trop court. Donc, il faut redoubler d’efforts pour vraiment instaurer et structurer un service public pour les populations.
C’est une vraie réalité aujourd’hui ce taux de chômage qui fait que les jeunes désertent pour aller à la capitale ou bien vont intégrer des réseaux pour avoir une marge financière qui leur est promise malheureusement. C’est vrai, les attaques terroristes sont une actualité aujourd’hui au Burkina et Ouahigouya de par sa position géographique est d’autant plus touchée. On est beaucoup questionné à Chambéry là-dessus, les bénévoles de l’association, les adhérents, les partenaires de la ville nous questionnent beaucoup plus par préoccupation des habitants de Ouahigouya et aussi finalement pour l’atteinte de l’objectif qui est la réussite de ce programme de coopération entre les deux communes.
Je crois que pour la commune de Ouahigouya, l’ensemble des partenaires a conscience de la situation. Et si je prends ce programme de coopération que nous terminons avec la commune de Ouahigouya, on a soutenu via un appel à projet qui a été lancé par la mairie de Ouahigouya, deux associations de la société civile pour permettre à des jeunes, notamment des jeunes filles d’accéder à des formations pour ensuite être à mesure de développer son propre business, sa propre petite entreprise. Cela a un réel enjeu sur la commune de Ouahigouya de créer une économie locale et aussi d’offrir des formations accessibles aux jeunes du territoire.

Li : Avec la situation sécuritaire pas reluisante du Burkina Faso, d’aucuns n’hésitent pas à dire que le Burkina Faso est une destination pestiférée. Que dites-vous et est-ce que vous pourrez aller à votre zone de travail, de coopération qu’est Ouahigouya ?

LC : Moi personnellement, je n’ai pas peur de venir au Burkina Faso. La sécurité est une réalité aujourd’hui qu’on ne peut pas nier. C’est aussi tant pour nous partenaires étrangers pour notre sécurité, mais aussi pour la sécurité des personnes qui nous accueillent. On se rencontre aujourd’hui, on est capable d’organiser des séances de travail sur Ouagadougou malheureusement pour un temps.
Je pense qu’on ne pourra pas aller sur Ouahigouya parce que nos autorités françaises nous mettent en garde. Mais on souhaite que cette situation ne dure pas. On va redoubler d’efforts pour que les liens se maintiennent malgré la distance pour trouver d’autres stratégies, d’autres manières de faire cette coopération pour qu’elle continue de vivre et de grandir et souhaitant des jours meilleurs au Burkina, surtout à Ouahigouya.
Pour terminer, je me fais le porte-parole du président de l’association Chambéry-Ouahigouya, M. Olivier Rogeaux, mais également des habitants de Chambéry qui sont conscients des difficultés traversées aujourd’hui par Ouahigouya et par le Burkina et qui souhaitent vraiment être leurs côtés pour traverser cette période difficile en redoublant d’efforts pour réussir les projets de coopération qui sont portés ensemble, en espérant que des rencontres très prochaines auront lieu pour le développement de la commune de Ouahigouya, et que tout le monde retrouvera le sourire pour vivre en paix sans crainte future.

Entretien réalisé par

Siébou Kansié
Libreinfo.net

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