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[Entretien] Côte d’Ivoire: les travaux de la maison du Burkina vont reprendre très bientôt (Ambassadeur Mahamadou Zongo)

Côte d'Ivoire maison Burkina
Mahamadou Zongo, Ambassadeur du Burkina en Côte d'Ivoire

En marge de la 9ème édition du Traité d’amitié et de coopération (TAC) tenue à Abidjan du 24 au 27 juillet 2021, Libreinfo.net s’est entretenu avec l’ambassadeur du Burkina Faso en Côte d’Ivoire, Mahamadou Zongo. Dans cet entretien, il a été question de la coopération bilatérale, des grands chantiers entre les deux pays, du coût de la carte consulaire, de la traite transfrontalière des enfants et de bien d’autres sujets.

 

Propos recueillis à Abidjan par Albert Nagreogo

Libre info (Li) : Parlez nous des travaux du 9è TAC qui se sont déroulés à Abidjan?

Mahamadou Zongo (MZ) : Cette 9è édition du TAC se singularise par le fait d’abord qu’elle ne se tient pas à Yamoussoukro mais à Abidjan. Deuxième élément, la conférence au sommet des chefs d’Etat est reportée à une date ultérieure. Il y’a eu d’abord les travaux des experts, puis la rencontre des ministres des affaires étrangères et enfin le Conseil de gouvernement qui a réuni les deux gouvernements présidés par les deux premiers ministres.

Nous avons examiné plusieurs dossiers, notamment le dossier classique de l’autoroute Yamoussoukro-Ouagadougou. Nous nous sommes aussi penchés sur  les questions d’énergie, d’hydrocarbures, de sécurité dans le contexte actuel où les terroristes se jouent des frontières et de la matérialisation de nos frontières. C’est donc un ensemble de dossiers évoqués qui ont fait l’objet de discussions de part et d’autres dans un esprit convivial, dans un esprit de fraternité.

Li : Pour certains observateurs, le report de la Conférence des chefs d’Etat et la tenue de la 9ème édition du TAC à Abidjan seraient le signe que le traité perd d’année en année sa noblesse ?

MZ : C’est l’impression que les citoyens peuvent avoir. Il faut cependant savoir que si en apparence, il y’a des éléments qui peuvent laisser penser qu’on s’éloigne du TAC originel, dans le fond il n’y a pas de modifications. Parce que les dossiers sont préparés et les rencontres entres les techniciens n’ont pas variées et nous livrons des rapports de qualité identiques comme de par le passé.

Le TAC n’a pas pu se tenir l’an passé pour des raisons sanitaires que tout le monde connait. Cette année avec le contexte du coronavirus, on avait craint à un moment que la rencontre n’allait pas pouvoir se tenir. Mais les deux gouvernements se sont entendus pour que la rencontre puisse avoir lieu. Maintenant, la rencontre au sommet a été reportée à une date ultérieure. Ce qui ne veut pas dire qu’on accorde moins d’importance à l’évènement.

Les observateurs ne doivent pas se fier aux apparences mais qu’ils essaient de voir ce que le TAC apporte comme solutions aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. On a discuté depuis le samedi 24 juillet des questions de la fermeture des frontières, des conditions de leur ouverture, des conditions de circulations des citoyens. Ce sont des questions essentielles. Donc, il ne faudrait pas se fier aux apparences pour laisser croire que le TAC est devenu quelque chose de formaliste dont on voudrait se débarrasser.

Li : L’ouverture des frontières est aujourd’hui une question urgente pour les deux peuples ; est-ce qu’il a été décidé d’un agenda clair à ce sujet?

MZ : Au niveau des experts, tout le monde s’est entendu pour recommander aux autorités la réouverture des frontières. C’est une recommandation forte qui a été faite en respectant les conditions édictées dans ce genre de situation pour ne pas que la réouverture des frontières s’accompagne d’une propagation de la maladie.

Je ne peux pas vous donner un calendrier précis parce que les travaux qui ont été faits ont consisté à faire une recommandation et il appartiendra aux autorités de décider. Il faut savoir que de part et d’autre, tout le monde reconnait que c’est devenu une urgence à laquelle il faudra faire face.

Li : L’autoroute Yamoussoukro-Ouagadougou est un vieux projet qui revient chaque fois à l’ordre du jour du TAC. Qu’est-ce qui ne marche pas du côté du Burkina parce qu’il revient que c’est ce pays qui traine les pas ?

MZ : Pas du tout. Une autoroute, c’est quelque chose de lourd qui nécessite des travaux à différentes étapes avec des besoins de financement. Du côté de la Côte d’Ivoire, le tronçon Yamoussoukro-Tiébissou est prévu pour être réceptionné, je crois, en septembre. Le tronçon Tiébissou-Bouaké est prévu pour être réceptionné courant 2022.

Du côté du Burkina, contrairement à ce qu’on peut croire, le tronçon Ouagadougou-Koudougou a déjà fait l’objet d’étude bouclée et il y’a des avancées notables. Mais j’ai l’impression, et c’est tout à fait normal, que tant que les gens ne voient pas les travaux, ils pensent que ça traine. Alors que c’est le préalable qui permet de faire un travail de qualité.

Li : Des d’enfants burkinabè se retrouvent dans les plantations en Côte d’Ivoire. Comment gérez-vous ce phénomène lié au trafic des enfants avec les autorités Ivoiriennes ?

MZ : Il y a lieu de prendre des mesures vigoureuses contre les acteurs de ce trafic. En Côte d’Ivoire, il y a  une efficacité dans l’interception des enfants qui sont destinés à des plantations de cacao et de café, mais aussi à des sites d’orpaillage. Et du côté du Burkina, les autorités s’activent également pour empêcher que des parents se laissent prendre dans une conception traditionnelle qui faisait qu’un enfant aille en aventure. Parce que cela se faisait chez des parents pour permettre à l’enfant d’apprendre un travail afin de se prendre en charge plus tard.

Il y’a beaucoup de parents au Burkina qui sont encore dans cette logique et les trafiquants exploitent cette conception traditionnelle de la socialisation des enfants pour les utiliser à d’autres fin. Nous avons eu des cas ici où des soi-disant parents sont allés négocier des enfants dans la grande famille ou dans le village ou dans la région pour soi-disant les faire travailler ici. Mais en fait, c’était pour les mettre dans les circuits qu’eux-mêmes ne contrôlaient pas. En côte d’Ivoire, la sensibilisation intègre la répression ; les enfants mineurs sont systématiquement remis à l’ambassade à travers les consulats et nous nous organisons avec la Direction générale de la protection de l’enfance au Burkina pour les rapatrier.

Les auteurs de ces trafics sont sévèrement punis en Côte d’Ivoire parce que quand ils passent au tribunal, c’est au autour de 10 ans qu’ils prennent.

Li : L’autre préoccupation est le Mont Péko que semble abonner le TAC. Aujourd’hui, quel est le point de la situation ?

MZ : Disons qu’en 2016-2017, c’était des sujets assez brulants mais les occupants du mont Péko ont été intégralement évacués. Ils se sont installés dans les villages environnants pour certains et pour d’autres ils sont repartis dans leurs localités d’origine. Il faut savoir que ceux qui étaient dans le Mont Péko ne sont pas dans leur grande majorité venus du Burkina. Ils étaient en Côte d’Ivoire et ont eu des opportunités d’aller créer d’autres exploitations. Avec l’évacuation, ils sont repartis dans leurs localités d’origine et certains sont allés vers d’autres destinations comme le Libéria. Les informations dont nous disposons actuellement indiquent clairement qu’il n’y a plus de burkinabè dans le parc du mont Péko. Ils sont pour certains installés dans les villages environnants, ce qui pose d’autres problèmes. Certains sont repartis dans leurs localités d’origine en Côte d’Ivoire. Ceux qui étaient des manœuvres agricoles continuent de sillonner les plantations pour exécuter les tâches contractuelles contre rémunération.

Li : Il n’y a donc plus de soucis entre le Burkina et la Côte d’Ivoire  en ce qui concerne le mont Péko?

MZ : Le souci qui existe actuellement, c’est comment gérer ceux qui se sont installés aux alentours. Sinon, il n’y a plus de problème pour l’intérieur du mont Péko.

Li : On a vu que Amadé Ouérémi, un des burkinabè qui régnait en maitre dans cette zone a été condamné à perpétuité à Abidjan il n’y a pas longtemps. Comment avez-vous suivi ce procès et quel a été votre rôle dans le procès de votre compatriote ?

MZ : Nous avons suivi le procès comme tout le monde parce que monsieur Ouérémi est défini comme un burkinabè. C’est certainement vrai même s’il précise qu’il est né en Côte d’Ivoire, plus précisément à Oumé. Il n’a pas été là-bas en qualité d’un envoyé du Burkina. Et nous n’avons pas été, en tout cas pas l’ambassade, sollicité par qui que ce soit, ni par la famille, dans le cadre de ce procès.

Li : Vous n’avez pas apporté une assistance judiciaire à votre compatriote ?

MZ : Non, il y était à titre personnel et il ne nous a pas sollicités.

Li : C’est quand même un burkinabè qui écope d’une lourde peine sur un territoire étranger.

MZ : Oui. C’est un burkinabè, mais la qualité de burkinabè ne lui donne pas le droit d’aller poser des actes qui sont contraires aux lois du pays d’accueil. Je pense que si la famille ou qui que ce soit nous avait approchés, on allait essayer de comprendre ce qu’on attendait de nous. Mais dans ce cas précis, il a été là-bas à titre personnel, il a mené des activités à titre personnel et aujourd’hui, je ne vois pas en quoi la représentation diplomatique du Burkina allait s’autosaisir de ce dossier. Il y’a d’autres burkinabè qui sont en conflit avec la justice ici et nous n’intervenons pas parce que nous estimons que s’ils sont en conflit avec la justice, il faut laisser la justice fonctionner normalement.

Li :Le projet de construction de la maison du Burkina est-il désormais hors des polémiques que nous avons connu par le passé ?

MZ : Je suis heureux de vous informer que bientôt, je dirai même très bientôt, les travaux vont reprendre parce que quand on fait la genèse de la maison du Burkina, les travaux ont été arrêtés en 2015 pour défaut de permis. Lequel permis a été obtenu en juillet 2018, mais vous savez que quand vous arrêtez un chantier, les différents acteurs qui sont impliqués dans la reprise ont des attentes qu’il faut négocier.

Et ces négociations ont presqu’abouti. J’étais à Ouagadougou le jeudi 22 juillet 2021. Tous les acteurs impliqués dans le chantier de la maison du Burkina ont été conviés à une réunion avec des experts du ministère des Affaires étrangères, du ministère des Finances, du ministère de l’Urbanisme pour qu’on voit dans quelles mesures le chantier va être repris. Et tout le monde s’accorde pour dire qu’il y’a des concessions à faire de part et d’autre parce qu’il faut que le chantier reprenne. Je ne vais pas vous donner de date parce qu’on n’a pas fixé de date précise mais le chantier va reprendre très bientôt.

Li : Des burkinabè se plaignent qu’il y’a des autorités ivoiriennes, surtout la police, qui ne reconnaissent pas la carte consulaire et ils subissent des tracasseries sur l’ensemble du territoire. Comment vous appréciez ces faits ?

MZ : Dire que des autorités ivoiriennes ne reconnaissent pas la carte consulaire n’est pas exacte. La carte consulaire est reconnue, la preuve est que c’est avec la carte consulaire que vous pouvez ouvrir un compte. C’est avec la carte consulaire que vous pouvez avoir un abonnement à la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), à la Société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire (SODECI). La carte consulaire vous permet en cas de contrôle de ne pas être inquiété. Mais il se trouve que de façon récurrente, il y’a des informations qui font état d’une demande de certificat de résidence en complément de la carte consulaire. Nous avons saisi les autorités ivoiriennes et ce sont des sujets qui sont en discussion. Ce que je déplore dans cette situation, c’est que les compatriotes qui sont confrontés à cette situation disent qu’ils font l’objet de racket.

Une fois qu’ils paient sans aucun document, ça dévient leur parole contre la parole de ceux qui sont en face. Si on vous demande de payer parce que la carte consulaire doit être accompagnée d’un certificat de résidence et que vous payez, nous ne pouvons rien faire. Si vous refusez de payer et que l’affaire est portée devant les autorités, là nous intervenons. Mais ce que nous entendons c’est que les gens paient et viennent se plaindre après. Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse dans ces conditions?

Li : Est-ce que vous avez interpellé les autorités ivoiriennes à ce sujet?

MZ : Par note verbal. J’ai eu à rencontrer les autorités qui sont disposées à sanctionner mais, pour sanctionner quelqu’un il faut la preuve. Sur ce plan d’ailleurs, je dis aux burkinabè qu’en continuant de payer pour avoir la paix, ils vont le faire indéfiniment. Si quelqu’un refuse de payer et qu’il y a un problème, nous pouvons intervenir. Mais une fois que vous avez payé, nous ne pouvons pas intervenir. Puisque si vous avez payé et que vous n’avez pas de quittance, sur quoi nous allons nous baser pour vous défendre. Nous, nous interpellons les autorités ivoiriennes et nous n’avons pas souvent de preuves pour justifier les faits.

Li : pourquoi le coût de la carte consulaire n’est pas le même sur l’ensemble du territoire ivoirien ?

MZ : J’ai vu sur les réseaux sociaux que le coût de la carte consulaire est souvent multiplié par deux voire plus. La carte consulaire coûte 7000 francs au sein des consulats. Maintenant, il y’a un système d’itinérance qui a été mis en place pour permettre d’aller rejoindre les compatriotes dans leurs localités de résidence pour l’enrôlement. C’était une initiative pour permettre en fait d’enrôler facilement. Mais ce qui n’avait pas été pris en compte c’est le coût de ces équipes mobiles.

C’est dans le cas de ces mobilités qu’il y’a des coûts supplémentaires. Je reconnais que selon les textes, c’est 7000 francs. Mais en dehors des consulats, le coût des 7000 francs n’est pas appliqué parce que ceux qui partent en itinérance doivent être pris en charge. Le délégué qui les fait venir doit louer du matériel, des chaises et parfois nourrir ceux qui viennent pour faire l’enrôlement. C’est ce qui explique le coût supplémentaire au-delà des 7000 francs.

L’administration est actuellement confrontée à des choix difficiles. Soit nous mettons un terme à l’itinérance et tout le monde va se déplacer pour venir au consulat. Vous imaginez que ceux qui vont quitter l’intérieur vont payer le transport allez et retour, ils vont se nourrir. Beaucoup de personnes ne sont pas favorables à la suppression de l’itinérance. Elles préfèrent payer, même 5000 francs supplémentaires, pour avoir la carte consulaire dans leur localité.

Elles sont enrôlées chez elles et reçoivent leurs cartes sur place. Ceux qui pensent que cela se fait en arnaquant les compatriotes, peuvent aller dans les consulats pour voir combien coûte effectivement la carte consulaire.

Li : Est ce qu’il y a un texte qui réglemente ces coûts supplémentaires ?

MZ : Non justement, puisque l’initiative de l’itinérance avait été prise de bonne foi. Et ce n’est pas intégré dans le texte. Dans les discussions ultérieures sur la carte consulaire, il y’a des éléments qui vont prendre en considération ces aspects.  Il faut savoir que la convention qui a été signée avec l’opérateur privé va à son terme en 2023,

Li : On a appris le décès d’un Burkinabè à Soubré, suite à des tortures, que savez-vous de cette affaire ?

MZ : L’administration travaille sur des documents écrits ou sur l’interpellation de nos représentants sur le terrain. Je n’ai pas été saisi d’une situation de ce genre même si j’ai lu dans la presse ce type d’information. Je précise que quand il y’a un problème, les consulats essaient d’abord de le traiter mais quand le problème atteint un certain niveau, ils saisissent l’ambassade. Et jusqu’à présent, je n’ai pas encore été saisi concernant un tel problème.

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