Home A la une Côte d’Ivoire: Libération de Gbagbo et Blé Goudé par la CPI, est-ce...

Côte d’Ivoire: Libération de Gbagbo et Blé Goudé par la CPI, est-ce la fin de la traversée du désert ?

Libération de Gbagbo et Blé Goudé par la CPI
L'ancien Président ivoirien Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé

La date du 31 mars 2021 aura été la bonne pour l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo et son ex ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé. C’est en effet ce jour que la Cour pénale internationale (CPI) a confirmé l’acquittement des deux hommes. Accusés de crimes contre l’humanité après les violences post-électorales de 2010 et de 2011 qui ont fait plus de 3.000 personnes tuées, les deux leaders s’étaient retrouvés à la CPI, le 30 novembre 2011 pour le premier et le 22 mars 2014 pour le second. Retour sur l’histoire judiciaire de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé à la CPI.

 

Par Tatiana Kaboré

Reportée six fois depuis 2005, en raison de la partition du pays après un putsch manqué en 2002, l’élection présidentielle avait pu se tenir finalement en 2010. Il a fallu un second tour le 28 novembre pour départager le président sortant Laurent Gbagbo à son rival Alassane Ouattara. Laurent Gbagbo refusera de reconnaitre les résultats (certifiés par l’ONU) qui donnaient victorieux Alassane Ouattara. S’en suivra une grave crise et le 3 décembre 2010, le pays se retrouve avec deux présidents. Le Conseil constitutionnel ayant proclamé la victoire de M. Gbagbo et la commission électorale celle de M. Ouattara.

Pendant que Gbagbo s’installe au palais présidentiel, Ouattara se retranchent dans l’hôtel du Golf à Abidjan, soumis à un blocus. Le 11 avril, Laurent Gbagbo est arrêté par les Forces pro Ouattara, à l’issue d’une bataille de dix jours dans la capitale et plusieurs jours de bombardements de la force française Licorne. Plus de 3.000 personnes ont été tuées durant cette crise.

Le 30 novembre 2011, Laurent Gbagbo est incarcéré au centre de détention de la CPI à La Haye. Il est rejoint le 22 mars 2014 par un de ses proches, Charles Blé Goudé, ex ministre de la Jeunesse du Président Laurent Gbagbo et chef du mouvement des « Jeunes patriotes ».Accusés de quatre chefs de crimes contre l’humanité (meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains), leur procès débute le 28 janvier 2016. Ils plaident non coupables.

Le 15 janvier 2019, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont acquittés par la CPI, dans une décision historique prise à l’unanimité par la Cour.

En février 2019, ils sont libérés sous conditions dans l’attente d’un éventuel procès en appel, qui sera demandé par la procureure de la CPI en septembre 2019. Contraint de rester à proximité de la CPI et de demeurer à sa disposition, Laurent Gbagbo s’était installé à Bruxelles en Belgique. Charles Blé Goudé lui, avait choisi de rester à la Haye au Pays-Bas. En septembre 2019 Fatou Bensouda, procureur de la CPI fait appel de l’acquittement des deux hommes. Laurent Gbagbo et son ex ministre avaient vu en mai 2020 leur régime de liberté conditionnelle allégé. Ils étaient donc depuis autorisés à changer de lieu de résidence et à vivre où ils le voulaient à condition d’obtenir l’accord des autorités du pays concerné.

Après le rejet, le 31 mars 2021, de l’appel du Procureur par la Chambre d’appel, la CPI a donc confirmé l’acquittement de Laurent Gbagbo et de son co-accusé, Charles Blé Goudé, prononcé en première instance le 15 janvier 2019.La chambre d’appel lève également toutes les restrictions à la libération des deux hommes.

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont libérés définitivement de la CPI, mais est-ce pour autant que leurs ennuis judiciaires sont terminés ?Il faut rappeler à ce sujet que la justice ivoirienne avait condamné par contumace Gbagbo à 20 ans de prison pour le « braquage » de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BECEAO) pendant la crise post-électorale de 2010-2011. Quant à Charles Blé Goudé, il avait été aussi condamné en Côte d’Ivoire à 20 ans de prison pour des crimes commis pendant la crise post-électorale.

Les deux hommes seront-ils libres en rentrant en Côte d’Ivoire ? ou devront-ils faire face à leurs condamnations par la justice de leur pays ? Wait and see.

www.libreinfo.net