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Covid-19 au Burkina : les victimes, bien plus que les cas testés positifs

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Mme Clémence Sawadogo née Somda, entrain de présenter des pommes de terre pourries séchées pour bétail
Mme Clémence Sawadogo née Somda, entrain de présenter des pommes de terre pourries séchées pour bétail

Au Burkina Faso, la pandémie de la Covid-19 a eu des conséquences multiples et multiformes dans plusieurs localités. Même des localités qui n’ont enregistré aucun cas de contamination à cette pandémie ont été affectées d’une manière ou d’une autre. Il en a du moins, été ainsi à Ouahigouya dans la région du Nord, et à Tintilou dans la région du Centre. Dans ces localités, le constat de désagréments dus aux mesures prises par les autorités politiques et administratives pour contrer la propagation de la pandémie se fait facilement. S’y trouvent également des agriculteurs familiaux, particulièrement ceux pratiquant l’agriculture de saison sèche, qui manquent de mots pour décrire leur calvaire… mais qui affichent leur détermination à se relancer après la pandémie.

Par Fulbert Paré, de retour de Ouahigouya et de Tintilou

Comme d’habitude depuis près de 40 ans, Clémence Sawadogo/Somda s’est approvisionnée en plusieurs dizaines de tonnes de pomme de terre en début 2020. Ses fournisseurs sont à Ouahigouya et dans bien d’autres localités de la région du Nord. Mais cette année, ayant pris très au sérieux l’insécurité dans la région du Nord, elle s’est refusée à s’accrocher aux guidons de sa mobylette pour rejoindre les producteurs aux champs dans des localités comme Titao (à environ 50 km de Ouahigouya) afin de lancer ses commandes. Par appels téléphoniques à ses fournisseurs habituels, les livraisons lui ont été faites à Ouahigouya. La dernière en date, c’est celle du 12 mars. Le 48è producteur venait ainsi de déverser des tonnes de pomme de terre chez Mme Sawadogo. En tout, plus de 50 tonnes, à raison de  250 000 FCFA la tonne, stockées dans deux magasins !

Depuis cette date du 12 mars, Mme Sawadogo dit avoir commencé à mettre au rang de ses ‘’ennemis’’, la maladie à coronavirus déjà signalé à Ouagadougou qui comptait au moins deux cas confirmés. Renseignée sur la dangerosité de cette maladie qui a fait son apparition dans une ville où se trouvent ses gros clients qu’elle a su entretenir depuis les années 1980 où elle livrait la pomme de terre à ‘’Air Volta’’, elle décide de décliner désormais les livraisons de pomme de terre et de renoncer à l’acquisition d’oignon. Elle prend pleinement conscience des défis à relever en urgence : réussir à écouler les quantités de pomme de terre déjà stockées, et payer ceux qui les lui ont livrées.

La commercialisation a alors commencé, et se passe moyennement bien avec seulement les clients locaux ; Ouagadougou étant inaccessible. Voilà qu’un jour en début mai, arrivée dans un de ses magasins pour satisfaire une commande de 150 kilogrammes, elle fait une découverte et pouffe de sourire : « il y a un problème dans ma pomme de terre ». Davantage mis à nu, ce problème se révèle en pourriture qui a déjà atteint 10,5 tonnes. A son domicile où elle nous a reçus le 10 mai dernier, le constat de restes de pommes de terre pourries est implacable : de petites quantités sont découpées et séchées pour servir d’aliments pour bétail. Visiblement abattue, elle confie avoir fait déverser nuitamment (pour, souffle-elle, éviter les regards moqueurs) par voyages de tricycles la presque totalité de ces pourritures dans la brousse.

Elle se rendra ensuite compte qu’elle n’est pas seule dans qu’elle qualifie de « malheur » jamais arrivé depuis qu’elle a commencé la commercialisation de productions maraîchères. En effet, rien qu’au sein de l’Association des femmes vendeuses de fruits et légumes de Naab-raga regroupant une centaine de femmes et dont elle est la présidente, bien d’autres grossistes sont affectées. La liste de ces dernières dressée, elle affiche 19 noms qui totalisent 115,5 tonnes de pourritures issues de leurs magasins de stockage de pomme de terre.

Sur cette liste, figure Kali Sawadogo/Konfé, une sexagénaire visiblement très dynamique. Dès le franchissement du portail de sa concession, l’on est accueilli par une odeur nauséabonde. Du moins, c’était le cas le 11 mai dernier où elle nous a reçu avec un sourire qui cache mal l’amertume engendrée par une situation qu’elle n’a « jamais… jamais » connue depuis environ 40 ans qu’elle commercialise les productions maraîchères.

L’origine de ce relent, c’est son magasin de stockage de pomme de terre. Un magasin où ont été stockées 35 tonnes de pomme de terre entre janvier et mars 2020 ; mais actuellement vide. Sur ces 35 tonnes, 9,5 tonnes ont fondu en pourritures. Là aussi, de petites quantités de ces pourritures ont pu être séchées pour servir d’aliments pour bétail.

La quarantaine et le couvre-feu en cause

Les acteurs de l’agriculture familiale de saison sèche disent avoir été surpris par les récentes mesures gouvernementales, notamment celles restrictives des libertés d’aller et venir, prises pour contrer la propagation de la Covid-19.

Chez les commerçantes grossistes de pomme de terre à Ouahigouya, l’on s’insurge particulièrement contre la mise en quarantaine entre le 27 mars et le 4 mai de la ville de Ouagadougou dont les marchés ont également été fermés. Pourtant, cette ville est la première et principale destination de leurs produits, et même de presque toutes les productions maraîchères de la région du Nord. En effet, selon Aly Traoré, premier rapporteur au sein du bureau exécutif de la Chambre régionale d’agriculture (CRA), Ouagadougou est la destination première et principale de 90% des productions maraîchères de la région du Nord. En plus de la quarantaine, les commerçantes s’indignent contre l’instauration depuis le 21 mars du couvre-feu sur toute l’étendue du territoire national. Elles trouvent que ces mesures ont obstrué la voie à la circulation de leurs produits à destination de leurs clients salvateurs.

A Tintilou aussi, les vendeuses de produits maraîchers disent avoir été privées de leurs clients du fait de la mise en quarantaine de Bobo-Dioulasso, en plus de Ouagadougou. En effet, la commercialisation des productions maraîchères qu’elles achètent auprès des producteurs en petites quantités est dépendante de la densité du trafic sur la route nationale N°1 reliant Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.

Mais à Tintilou, il n’y a pas eu, comme à Ouahigouya, des dégâts sur les produits. Seulement, la baisse des chiffres d’affaires de ces propriétaires d’étals aux abords du principal axe routier du Burkina est établie. Durant toute la période de la quarantaine, ont-elles révélé le 14 mai dernier, personne ne pouvait vendre quoi que ce soit. Or avant cette période noire, chacune des vendeuses pouvait avoir au moins 2 000 FCFA par jour.

Pendant ce temps d’inactivité, s’intensifiaient malencontreusement les dépenses quotidiennes sur les enfants et petits-enfants permanemment présents en famille par suite de la fermeture des écoles. C’est du moins, ce que révèle l’octogénaire Hawa Kabré, chérissant un de ses petits-fils sur le lieu de son commerce le 14 mai dernier. La plupart de ces vendeuses, à force de passer des journées bredouilles, ont dû abandonner la vente des produits maraîchers à Tintilou. Certaines se sont rabattues sur la vente de fruits, notamment les mangues.

Aussi, la tontine mise en place, et alimentée quotidiennement par au moins 25 vendeuses, est vite tombée dans les oubliettes. Heureusement qu’elles, contrairement aux vendeuses des produits maraîchers à Ouahigouya, n’ont pas à verser de l’argent aux producteurs desdits produits après commercialisation. A Tintilou en effet, les femmes s’approvisionnent en petites quantités en versant séance tenante les frais correspondants.

L’utilisation d’engrais chimiques, l’autre source du malheur

La chaleur, très forte entre mars et juin à Ouahigouya où il n’y a aucune chambre froide pour la conservation des productions maraîchères, aurait précipité l’avènement des dégâts subis par les commerçantes de pomme de terre. Même si la circulation du fret était autorisée dans le contexte de la quarantaine, la peur de contracter la Covid-19 a aussi pesé dans le sens de la suspension des transports de produits maraîchers de Ouahigouya vers des localités comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso affectées par la pandémie. Mais ce n’est pas tout. L’utilisation, généralement outrancière, des engrais chimiques peut aussi expliquer l’avènement quelque peu hâtif des dégâts.

Selon Aly Traoré de la Chambre régionale d’agriculture (CRA) de la région du Nord, de nombreux producteurs utilisent des substances chimiques qui leur permettent de produire en grandes quantités. Mais ce sont des productions qui ont une très faible capacité de résistance à la chaleur. Ce que confirme Noufou Koussoubé, directeur de la Centrale d’approvisionnement et d’activités commerciales au sein de la Fédération nationale des groupements Naam (FNGN), une faitière d’entraide communautaire qui s’investit depuis sa création en 1967 dans la promotion de la fumure organique. A en croire M. Koussoubé, la pomme de terre produite en utilisant la fumure organique peut être stockée durant près de trois mois, alors que produite avec usage d’engrais chimiques, elle perd de son goût naturel et ne peut être conservée durant trois semaines.

Des producteurs d’oignon utilisent, eux aussi, des engrais chimiques. Mais les dégâts d’oignon en termes de pourriture est moindre par rapport à ceux de la pomme de terre. C’est du moins, ce qu’a confié Adama Ouédraogo dit ‘’Démoc’’, président de l’Union départementale des producteurs d’oignon, une faitière disposant d’une superficie de 10 hectares sur lesquelles sont récoltées environ 100 tonnes par saison.

Mais ce que les acteurs de la filière oignon déplorent le plus, c’est la baisse drastique des chiffres d’affaires. « Dans ce contexte de crise sanitaire, confie ‘’Democ’’, on a pu faire seulement trois voyages de commercialisation vers Ouagadougou et la Côte-d’Ivoire, en vendant le sac de 120kg à 12 000 FCFA ; alors qu’avant, on pouvait vendre le même sac à 15 000 FCFA, à 18 500 FCFA, à 20 000 et même à plus de 30 000 FCFA parfois ».

De façon générale dans le secteur maraîcher, les pertes de chiffres d’affaires sont de l’ordre de 30% à 40%, selon Salam Ouédraogo dit ‘’docteur’’ pour qui « Produire c’est bien, vendre c’est mieux ». Cette situation de baisse de chiffres d’affaires, conjuguée à l’obligation de rembourser les dettes contractées auprès de structures de micro-crédit pour la production maraîchère, a poussé certains jeunes maraîchers à aller chercher de l’or au Mali ou en Guinée, à en croire le fonctionnaire retraité et maraîcher multi-médaillé, Salam Ouédraogo dit ‘’docteur’’.

        A l’insécurité, s’est ajoutée la Covid-19

Des pertes en termes de chiffres d’affaires, c’est surtout ce qu’ont subies aussi les acteurs de la filière bétail-lait. Selon Cheick Omar Sawadogo, éleveur et Point focal de l’interprofession bétail-viande dans la région du Nord, le coût d’aliment pour bétail a connu une forte hausse avec l’avènement de la Covid-19. Précision à l’appui, le prix de la tonne de tourteau qui était de 130 000 FCFA au maximum est passé à 175 000 FCFA au minimum. Et ce, alors que les acteurs de la filière se retrouvent dans l’impossibilité, depuis même la récurrence des attaques terroristes dans la région du Nord, de rallier les grands marchés de commercialisation de leurs produits.

Adama Ibrahim Diallo, président de l’Union nationale des mini-laiteries
Adama Ibrahim Diallo, président de l’Union nationale des mini-laiteries

La baisse de chiffres d’affaires, c’est ce que déplore également Adama Ibrahim Diallo, le président de l’Union nationale des mini-laiteries, une faitière qui regroupe 70 mini-laiteries à travers le Burkina Faso. De plus, précise M. Diallo, « Avec la Covid-19 qui s’est ajoutée à l’insécurité, les producteurs laitiers n’arrivent pas à faire les livraisons à l’issue de la traite du soir aux transformateurs qui, eux aussi, n’ont plus le temps suffisant (entre 19h et 22h) pour assurer la transformation des livraisons du soir ». A l’en croire, la production laitière a beaucoup baissé dans ce contexte de Covid-19. Conséquence, et à titre illustratif, son unité de transformation de lait qui, à pareils moments durant les années précédentes, était ravitaillée à hauteur de plus de 100 litres par jour, ne peut même pas avoir 50 litres de lait par jour actuellement.

Même le peu de lait produit s’écoule difficilement, à en croire M. Diallo. « De leur côté aussi, précise-t-il, les commerçants, notamment les supermarchés, les restau-lait, n’arrivent pas à bien écouler et n’ont pas la capacité de bien conserver pour longtemps, alors que le lait est un produit hautement périssable. En effet, le  secteur a été affecté par le couvre-feu, étant donné que la commercialisation des produits laitiers est plus florissante la nuit qu’au cours de la journée. Les chiffres d’affaires ont alors fortement baissé. Il y a aujourd’hui, des ménages qui n’arrivent pas à faire face à leurs dépenses quotidiennes incompressibles ».

Les acteurs de la chaîne de transformation des produits forestiers non-ligneux, eux aussi, ne sont pas épargnés par la baisse drastique de chiffres d’affaires dans le contexte de la Covid-19. C’est du moins, ce que révèle Ramata Sawadogo, la présidente du Groupement wend-panga qui évolue depuis plusieurs années dans la transformation des produits forestiers non-ligneux grâce au dynamisme de plusieurs dizaines de femmes. Selon Mme Sawadogo, le contexte de la Covid-19 a entrainé un ralentissement de la production ou transformation dû au couvre-feu, et surtout la mévente des produits mis au point due notamment à l’instauration des quarantaines.

Même si les acteurs sur le terrain déplorent la baisse de leurs chiffres d’affaires à cause de la pandémie du coronavirus, pour le moment, l’ampleur des préjudices subis n’a pas encore été dressée. Dans le secteur du maraîchage, la Fédération nationale des groupements Naam (FNGN) s’affaire à administrer des fiches de collectes de données relatives à ces préjudices. Mieux, annonce Noufou Koussoubé, «  la FNGN envisage un atelier pour fin juin, en vue de discuter de l’impact de la Covid-19 sur les activités maraîchères, mais aussi d’envisager sereinement la prochaine campagne de productions maraîchères. Seront invités à cet atelier, les producteurs, les commerçants des productions maraîchères, et les services techniques de l’Etat ».

Du côté des acteurs de laiterie, « des rencontres d’évaluation » se tiendront durant cette première semaine de juin 2020, foi du président de l’Union nationale des muni-laiteries.

Productions livrées, l’encaissement de leurs prix compromis

Les mesures restrictives de libertés, prises dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, sont intervenues à un moment où presque tous les producteurs de pomme de terre à Ouahigouya avaient livré leurs productions à ceux ou celles qui les commercialisent. Certains ont même été payés par les commerçants, après vente. Sont de ceux-là, surtout les petits producteurs que nous avons rencontrés le 11 mai dans leurs exploitations comme Moussa Sawadogo et son épouse Sanata qui exploitent un hectare, Zénabo Ouédraogo et Salamata Ouédraogo qui exploitent chacune moins d’un hectare par suite de location. Mais ces producteurs disent avoir succombé au bradage, en cédant leurs productions à moins de 250 FCFA le kilogramme, alors qu’au cours des saisons antérieures, le minimum de prix était 250 FCFA par kilogramme. Issoufou Ouédraogo (un exploitant de plus d’un hectare) s’est, quant à lui, résolu à résister au vent du bradage. Mais il a dû entasser sa production sous un manguier, par absence du moindre acheteur au moment où il se rendait compte qu’il n’avait pas le choix que céder, même au prix le plus bas du marché. A l’en croire, environ deux tonnes ont fondu dans ce tas constitué sous le manguier.

En tout cas, tous les producteurs de pomme de terre avaient récolté avant l’avènement de la mesure de quarantaine. En effet, ils commencent leurs activités en octobre avec la possibilité de produire une variété (Sahel) de courte durée (70 jours) pouvant être récoltée en fin décembre, ou des variétés (Atlas, Pamina, Naïma) de longue durée (octobre-février ou mars, soit entre 90 et 100 jours). En mars 2020, les grands producteurs n’attendaient donc que les fruits monétaires de leur labeur. Mais la plupart de ceux qui leur doivent ces fruits monétaires se sont retrouvés avec des produits devenus non-commercialisables en moins de deux mois.

Mme Kali Sawadogo née Konfé, déversant des pommes de terre pourries sur un tas séché
Mme Kali Sawadogo née Konfé, déversant des pommes de terre pourries sur un tas séché

Du reste, les commerçantes grossistes Kali Sawadogo/Konfé et Clémence Sawadogo/Somda à Ouahigouya ont leurs producteurs/fournisseurs de pomme de terre sur le dos ; des producteurs pourtant bien au courant des pertes subies par ces dames. La première, présentant un air de gestion philosophique du pétrin, dit être acculée à longueur de journée par ses fournisseurs de pommes de terre et d’oignon. Elle confie devoir encore beaucoup d’argent : à certains, la totalité de ce qui leur revient ; et à d’autres, elle a déjà versé de l’argent « un peu un peu ». Faisait partie de ces derniers, Noufou Kindo, venu en fin de matinée le 11 mai pour réclamer un reliquat de 50 000 FCFA.

Quant à Clémence Sawadogo/Somda, elle confie avoir fourni des intrants à 18 de ses partenaires-producteurs qui sont, au total, plus de 50. Au cours de leurs travaux champêtres, certains de ces producteurs ont emprunté de l’argent liquide auprès d’elle « pour se nourrir ». Quand les dégâts ont été découverts, rappelle-t-elle, « je les ai appelés, ils sont venus voir ». Et d’ajouter, « Mais je les comprends, les producteurs eux-mêmes se cherchent ». Mme Sawadogo dit avoir un pincement au cœur quand elle pense à ses partenaires (producteurs) de longue date et à leurs familles qui n’ont pas encore eu l’argent de leur labeur cette année, alors qu’à pareils moments durant les années antérieures, précise-t-elle, « j’ai fini de tout vendre, j’ai payé tout le monde, ceux qui me doivent l’argent d’intrants m’ont payé, et tout le monde est content ».

Du  reste, les producteurs que nous avons rencontrés, notamment les gros producteurs, disent être aussi sous la pression de structures de microfinances auprès desquelles ils se sont endettés pour acquérir les intrants. A celles-ci, les producteurs devraient verser les 2/3 des prêts en fin mars, et le reste en fin juin au plus tard, à en croire Salam Ouédraogo dit ‘’docteur’’, l’un des plus gros producteurs maraîchers à Ouahigouya, par ailleurs président d’honneur de l’Association professionnelle des maraîchers du Yatenga.

Pour la relance des activités après la Covid-19, des idées…

Pour la relance de leurs activités, les idées ne manquent pas. Chez les producteurs maraîchers, Aly Traoré de la CRA trouve qu’il convient de recenser urgemment les producteurs qui travaillent pendant la saison hivernale (qui commence à s’installer) et les appuyer avec des intrants.

Salam Ouédraogo, dit ''docteur'', président d'honneur de l'Association professionnelle des maraîchers du Yatenga, dans son bureau
Salam Ouédraogo, dit  »docteur », président d’honneur de l’Association professionnelle des maraîchers du Yatenga, dans son bureau

Dans le même sens que Salam Ouédraogo dit ‘’docteur’’ qui implore la sensibilité du gouvernement pour la prise de « mesures spécifiques » en faveur des producteurs, Adama Ganamé, un sexagénaire producteur de pomme de terre et d’oignon, précise qu’il faut un appui financier « car les banques ne vont pas accepter nous donner des crédits tant qu’on n’aura pas fini de rembourser les dettes contractées pour la campagne affectée par la Covid-19 ».

A la FNGN, on pense que la relance sereine de la production maraîchère requiert une subvention conséquente des semences, la mise à disposition de moyens adéquats pour l’appui-conseil en faveur notamment de l’utilisation de la fumure organique, mais aussi la réalisation de chambres froides, dont deux à Ouahigouya et une dans chacune des trois autres provinces de la région du Nord.

Du côté des acteurs de la chaîne de commercialisation des productions maraîchères, les attentes sont pressantes pour la relance. De l’avis de Clémence Sawadogo/Somda pour qui, même si la Covid-19 n’est pas arrivée dans la région du Nord, elle a « tué » les maraîchers de cette partie du pays, il faut en urgence de l’aide financière pour payer les producteurs afin que ceux-ci puissent « entretenir leurs familles et produire pour la saison prochaine ». A Tintilou, l’on plaide pour la mise en place d’une structure de micro-crédit et pour un meilleur aménagement du cadre de commercialisation des productions maraîchères.

Pour la relance de la filière bétail-viande-lait, il faut, de l’avis de Cheick Omar Sawadogo, Point focal de l’interprofession bétail-viande dans la région du Nord, « mettre l’accent sur l’élevage des femelles reproductrices », tandis que M. Adama Ibrahim Diallo, le président de l’Union nationale des mini-laiteries, préconise une meilleure sécurisation physique et alimentaire des producteurs et de leurs moyens de production, mais aussi un accompagnement conséquent des « vrais acteurs » et une protection rigoureuse du marché national contre l’importation du lait en poudre.

En tout état de cause, il faut se convaincre, selon Adama Ibrahim Diallo, de ce que la promotion du lait local peut être une véritable réponse à l’insécurité dans la sous-région Sahélo-Saharienne. Sa conviction semble établie que cette promotion est une véritable source d’emplois, et donc de revenus pour les populations.

La Mairie s’est trop mise en retrait ?

Les acteurs de l’agriculture familiale de saison sèche à Ouahigouya en appellent aussi à la fin de la mise en retrait du Conseil municipal. En tout cas, certains acteurs comme Adama Ouédraogo dit ‘’Démoc’’ de la production maraîchère et Cheick Omar Sawadogo de la filière bétail-viande trouvent que la Marie s’est trop mise en retrait par rapport à leurs secteurs d’activités ; ce qui, selon eux, explique non seulement l’inorganisation voire le désordre qu’il y a dans leurs milieux, mais le défaut de sensibilité de l’Exécutif local à leur endroit durant ces ‘’moments difficiles’’.

Daouda Ben Ouédraogo, président de la Commission environnement et développement local au sein du Conseil municipal de Ouahigouya
Daouda Ben Ouédraogo, président de la Commission environnement et développement local au sein du Conseil municipal de Ouahigouya

Mais au niveau du Conseil municipal de Ouahigouya, si l’on admet l’inorganisation décriée par les acteurs eux-mêmes, l’on se défend par rapport à la mise en retrait. Selon Daouda Ben Ouédraogo, président de la commission environnement et développement local au sein du Conseil municipal de Ouahigouya, des acteurs de la filière maraîchage ont eu, courant avril dernier, une séance de travail avec le maire Basile Boureima Ouédraogo qui serait ensuite entré en contact avec la Chambre de commerce, certainement pour plaider en leur faveur. Mieux, dira Daouda Ben Ouédraogo, une session du Conseil municipal envisagée pour se tenir en juin aura à se pencher sur la situation de ces acteurs.

Du reste, le Plan communal de développement (PCD) adopté en 2016 dans une dynamique participative accorde une place de choix à ces différentes filières relevant de l’agriculture familiale. Dans le cadre de la mise en œuvre de ce PCD, un projet d’aménagement de 50 hectares pour le maraîchage sur les berges du barrage de Goinré situé à environ 5 km du centre-ville de Ouahigouya, et une unité de transformation de tomate vont bientôt démarrer, foi de Daouda Ben Ouédraogo. Au-delà, le Conseil municipal s’active à revitaliser la Plateforme multifonctionnelle maraîchère réalisée en 2011 mais engluée dans des problèmes de gestion, à travers un projet qui vise à en faire une véritable et opérationnelle plateforme de commercialisation et de conservation des productions maraîchères grâce à des chambres froides qui seront alimentées par de l’énergie solaire.

Au niveau de la filière bétail-viande, l’engagement du Conseil municipal aux côtés des acteurs a abouti, à en croire Daouda Ben Ouédraogo, à la construction d’un abattoir d’envergure régionale et qui allait être livré en juin n’eut été le ralentissement imposé par la Covid-19. Toujours selon l’élu local Daouda B. Ouédraogo, cet engagement a également abouti à la création d’un nouveau marché à bétail, celui de Sissamba dont l’inauguration est retardée par la Covid-19, mais aussi à l’élaboration d’un projet de délocalisation  de l’élevage à domicile vers un site aménagé de 100 hectares. A terme, ce projet va servir de source vivifiante de matière première à l’abattoir dont le nouvel échéancier de livraison est septembre prochain.

Femmes dépourvues de propriété foncière, une gênante réalité que l’on tente de réduire

L’autre réalité dans le secteur du maraîchage à Ouahigouya se rapporte au fait que les femmes qui s’activent dans ce secteur n’ont pas la propriété des superficies qu’elles exploitent. Au niveau du Conseil municipal de Ouahigouya, on en a connaissance. Mais on ne peut corriger cela au niveau des superficies qui sont actuellement en exploitation, car ces superficies échappent à l’encadrement de la Mairie. L’espoir pour une telle correction, réside, foi de Daouda Ben Ouédraogo, dans le démarrage du projet d’aménagement des 50 ha au niveau du barrage de Goinré.

Au niveau de la Fédération nationale des groupements Naam (FNGN), l’on voit en cette absence de propriété foncière pour les femmes, une situation gênante qu’on tente de résorber modestement. En effet, la FNGN s’investit depuis plusieurs années, selon son président Joël Ouédraogo, dans le sens de trouver un consensus entre les propriétaires terriens et les femmes exploitantes, mais aussi dans la création de champs collectifs à la faveur de la récupération de terres dégradées.

Ainsi, ces champs deviennent la propriété des femmes, et les productions qui sont issues sont convoyées au niveau de plateformes multifonctionnelles pour y être transformées et commercialisées par les femmes elles-mêmes. Il en est, par exemple, ainsi au niveau du Groupement wend-panga où Ramata Sawadogo et plusieurs dizaines de femmes s’activent quotidiennement. Et par ces temps qui courent, elles invitent le peuple burkinabé à « œuvrer pour éradiquer la Covid-19 de notre pays », et les dirigeants à se rendre au contact de « la réalité du terrain » chez ceux qui ont souffert directement ou indirectement de cette pandémie.

www.libreinfo.net

 

En plus des conducteurs de taxi, les ménages convoitent le gaz butane avec les producteurs maraîchers. C’est du moins, le cas à Ouahigouya où presque tous les maraîcheculteurs alimentent leurs motopompes à partir de bouteilles de gaz butane. L’explication du recours à cette source d’énergie réside, selon les utilisateurs,  dans le fait qu’il pèse moins que l’essence dans le coût de production. En effet, les motopompes alimentées par le gaz butane tirent l’eau des puits. L’eau ainsi tirée se déverse dans de grands fûts d’où elle est ensuite utilisée pour arroser les plants.
A noter que la profondeur moyenne des puits sur les sites d’exploitation maraîchère est de l’ordre de 15 mètres. Mais ce sont des puits qui, semble-t-il, tarissent vite.
SENS Appel à contribution militante et population

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