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Covid-19 : les activités au ralenti chez les changeurs manuels ambulants à l’aéroport international de Ouagadougou 

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changeurs manuels ambulants à l’aéroport international de Ouagadougou
La covid-19 a impacté l'activité des changeurs manuels ambulants à l’aéroport international de Ouagadougou

L’opération de change consiste à échanger une devise telle l’Euro, le dollar et autres, en une autre monnaie comme par exemple, le Franc CFA. C’est est une activité génératrice de revenus pour nombre de jeunes qui exercent dans les environs de l’aéroport international de Ouagadougou. Libreinfo.net est allé le vendredi 21 janvier 2022 à la rencontre de ces changeurs ambulants, afin de s’imprégner de leur réalité. La plupart d’entre eux, se plaignent de la morosité des affaires pour cause de COVID-19 et de terrorisme.

Par Nicole Sawadogo, stagiaire

Du siège du journal près de la gare routière de Ouagadougou, nous démarrons pour l’Aéroport International de Ouagadougou. A quelques mètres de la porte d’entrée principale, nous marquons un arrêt au feu tricolore.

De loin, des jeunes gens juste en face nous font des signes en claquant légèrement les doigts.

Qu’est-ce que tout cela signifie ? Un homme âgé prêt de nous, nous informe qu’ils sont des jeunes qui sont dans les opérations informelles de change. Et que le frottement de doigts signifiait qu’ils sont ceux qui font ce travail. En fait, c’est pour attirer l’attention des clients.

Le feu tricolore est vert et nous nous dirigeons vers eux.  Tous accourent vers nous.

« Quelle monnaie vous voulez ? », « Euro, dollar, Yen… ? », nous lancent-ils, pendant que d’autres jeunes nous demandent « Combien vous voulez échanger ? ». Nous sommes en plein cœur des transactions informelle rapide de changes à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Après les salutations d’usage, nous leur expliquons l’objet de notre visite. Certains commencent à se retirer pour aller à la rencontre d’autres clients. Nous ne faisons pas leur affaire. Ceux qui sont restés nous font savoir qu’ils ne pourront pas nous aider parce qu’ils n’ont rien à dire.

Ce n’est qu’une première tentative échouée. Alors nous longeons le mur de l’aéroport. Juste devant, nous retrouvons un jeune solitaire nous faisant le même signe que ses collègues.

Après quelques échanges, il accepte notre entretien. Du nom de Victor Nana, il nous explique d’abord comment se fait le travail.

« Nous échangeons de l’argent. Par exemple, l’Euro nous le prenons à 655 et nous le revendons à 670. Ça, c’est le cours normal. Mais le dollar, comme son cours monte et descend là, ça dépend. On peut prendre à 570 et revendre à 585. Mais on peut aussi payer à 570 et puis ça va descendre à 550. Ça c’est une perte.»

Mais il n’y a pas que le dollar et l’euro qui soient échangés à l’aéroport. « Il y a aussi Cedi, Naira (Ghana), Yen japonais, Yuan chinois, le livre sterling, c’est beaucoup.», explique M. Nana.

Comme tout autre travail, les risques ne manquent pas dans ce métier

« Il y a des escrocs. On peut te dire d’envoyer 20 000 dollars. Tu envoies et on ne t’envoie pas la contrepartie. Il y a des gens aussi qui viennent avec les faux billets. Si tu es nouveau, on va t’escroquer. Mais nous, on connaît les faux billets maintenant. Dans travail là, nous, on a tout vu.», nous confie-t-il d’un français approximatif.

La proximité de l’aéroport est un lieu stratégique pour ces jeunes. « C’est ici que les étrangers viennent avec les monnaies étrangères. », confirme Victor Nana.

Cependant, faute de Covid-19 et de terrorisme, le marché est devenu morose pour ces jeunes.

« Le Corona là, ça ment hein ! Ça ne va pas même », s’écrie M. Nana avant d’ajouter que « le terrorisme là même c’est pire. Il n’y a plus d’étrangers qui viennent. Alors que ceux qui quittent le Burkina c’est rare. »

Pour avoir de l’argent en liquidité pour son activité, M. Nana affirme qu’il travaille avec les banques. « Le débit, on prend ça avec les banques. Ce n’est pas beaucoup. Mais si l’argent que le client veut échanger est beaucoup, on part voir les bureaux de change et nous aussi on a notre bénéfice dedans.»

« Nous ne payons pas de taxe, comme on se déplace là », dit Kader Aloungbou

Nous continuons notre chemin le long du mur de l’aéroport. Quelques pas de plus et nous débouchons sur un groupe de jeunes.

Contrairement aux autres, eux, ils sont assis sur des motos et d’autres sur un banc. Cela est peut-être dû à l’absence de clients que nous avons remarqués au cours de notre balade.

Dans le groupe, Kader Aloungbou se confie à nous. Il nous fait savoir que leur travail n’est pas reconnu légalement du fait de leur mobilité. Par conséquent, ils ne payent pas de taxes.

« Nous ne payons pas de taxe, comme on se déplace là. Ce sont les bureaux de change qui payent les taxes. », a-t-il lancé.

En guise de difficultés, M. Aloungbou appuie les dires de ses prédécesseurs. Il cite la Covid-19 et le terrorisme comme étant les principales raisons de l’absence de clients.

« Corona là, on ne peut même pas parler. Il est venu tout gâter. Les gens ne voyagent plus. A cause du terrorisme aussi, il y a beaucoup d’étrangers qui ne viennent plus. En plus de ça, on est nombreux ici. Tu peux aussi sortir deux ou trois jours sans gagner quelque chose.», déclare-t-il.

Comme tout métier, des risques parfois extrêmes existent. « En 2008, on a appelé un collègue vers la ZAD (Zone d’Activités Diverses). Quand il est parti, on l’a tué et puis prendre son argent. Ce sont les risques du métier. », raconte notre interlocuteur avec une voix mélancolique.

« L’Etat est au courant de nous ; nous payons bien sûr des taxes. », M. Ouédraogo

Nous continuons notre promenade. De loin, nous observons une enseigne sur laquelle il est écrit « Bureau de change ».

Nous nous y dirigeons. Une fois à l’intérieur du bureau, nous demandons à voir le responsable.

Ouédraogo qui préfère garder son prénom, est le responsable des lieux. Après quelques efforts pour le convaincre, il accepte finalement de s’entretenir avec nous.

Contrairement aux jeunes qui ne payent pas de taxes, le bureau de change paye des taxes. « L’Etat est au courant de nous ; nous payons bien sûr des taxes.», dit M. Ouédraogo

En dehors de la morosité du marché dont les raisons ont été citées plus haut par ses prédécesseurs, M. Ouédraogo indique n’avoir pas de difficultés majeures.

« Ici nous n’avons pas de problème de sécurité. L’aéroport, c’est quand même l’endroit le mieux sécurisé. Nous avons également du matériel pour contrôler les faux billets. Si quelqu’un amène des faux billets ici, on prend ses références en cas de prochaines tentatives.», pour le dénoncer aux forces de sécurité.

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