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Covid-19:je me suis spécialisé dans les chansons de communication,la sensibilisation et la publicité depuis 1985(Issouf Compaoré)

Issouf Compaoré,artiste musicien burkinabè,photo Libre info
Issouf Compaoré,artiste musicien burkinabè,photo Libre info

Il est l’un des monuments de la musique burkinabé,Issouf Compaoré. Voilà 50 ans que cet homme adoucit les mœurs des mélomanes burkinabé avec des titres à succès.L’on se souvient toujours du célèbre tube “Zenabo”ou “dis-lui que je l’attends derrière cette colline”.A ce jour ce sexagénaire totalise plus de 200 chansons à son actif avec au moins cinq albums sur le marché. Spécialiste des chansons de sensibilisation et de publicité, il a au compteur, plus de 30 chansons publicitaires et plus de 50 chansons de sensibilisation. Dans la lutte contre le covid-19,il a concocté une chanson de sensibilisation qui est très bien accueillie par le public, très bien apprécié sur les réseaux sociaux et a du succès dans les médias audio-visuels. Après la révélation de cette chanson,Issouf Compaoré a accordé un entretien à Libreinfo.net .L’on parle du Covid-19,des limites de l’homme face à cette maladie,de la jeune génération qui fait la musique et de ses 50 ans de carrière musicale.

 

Propos recueillis par Siebou Kansié

Libreinfo.net (Li) : Comment se porte Issouf Compaoré ?

Issouf Compaoré (IC): Je me porte très bien grâce à Dieu.

Li : Vous avez réalisé une chanson à succès pour la sensibilisation contre le Covid-19. Comment avez-vous concocté cette chanson ?

IC : Avant de commencer, il faudrait peut-être, que je vous dise que je me suis spécialisé dans les chansons de communication, notamment la sensibilisation et publicité depuis 1985. Ça fait un bout de temps, je ne sais plus combien de chansons de sensibilisation j’ai composé. J’ai travaillé avec les ministères, j’ai travaillé avec certaines ambassades, avec l’UNICEF, le PNUD, l’USAID, etc.

J’ai fait beaucoup de chansons de sensibilisation sur certaines maladies, j’ai travaillé sur l’environnement, notamment la protection de l’environnement. J’ai fait par exemple des chansons sur la lutte contre le Sida, participé à la lutte contre l’éradication du ver de Guinée, travaillé sur la lutte contre l’excision, la planification familiale, etc. Donc, quelque part, j’ai une certaine expérience.

Li : Cette chanson sur le covid-19, est appréciée du point de vue de la fluidité du message véhiculé à travers un langage accessible. Alors comment vous avez fait le choix des mots, des signes dans la réalisation de ce travail ?

IC : C’est le travail ! on ne chante pas une chanson de sensibilisation comme celle qu’on veut lâcher dans un maquis pour que des gens puissent danser. Ce n’est pas la même chose. Une chanson de sensibilisation, a des caractéristiques. D’abord, il faut choisir la cible, à laquelle votre chanson est destinée, c’est important. Quand on chante pour des jeunes, ce n’est pas la même chose que quand on chante pour des personnes âgées.

Pour le cas du coronavirus par exemple, tout le monde est concerné. Une fois que le choix de la cible est fait, on fait le choix du thème de la chanson, le genre. Pour le coronavirus, j’ai pris un genre très populaire qui est le reggae. Tout le monde écoute le reggae, il touche toutes les générations, les jeunes comme les moins jeunes. Et ça, c’est un support intéressant quand vous voulez travailler.

On n’utilise pas les mêmes mots quand on chante pour les paysans et le même thème musical quand vous chantez pour des étudiants. C’est différent. Voilà un peu quelques repères, quand vous voulez faire une chanson de sensibilisation. C’est un art à part et ce n’est pas aussi facile que ça.

Li : Dites-nous, qu’est-ce qui vous a poussé à la réalisation de cette chanson et quels sont vos objectifs ?

IC : Quand le coronavirus est arrivé, j’ai vu comment c’était difficile pour les uns et les autres et la psychose que des gens avaient mais  j’ai la chance de pouvoir communiquer facilement, de dire aux gens, ce que j’ai entendu, ce que j’ai retenu de la lutte contre cette maladie.

Par exemple les gestes barrières : se laver régulièrement les mains à l’eau et au savon, utiliser le gel hydrologique, tousser ou éternuer dans le creux de son coude, la distanciation, rester éloigner des uns et des autres au moins un mètre, rester confiné chez soi si on n’est pas obligé de sortir, etc. Ce sont des choses que j’entends régulièrement à la radio que j’ai traduites dans la chanson.

Quant à la mélodie, vous avez parlé de la fluidité. Une bonne chanson, c’est la mélodie mais aussi un texte que les gens comprennent. Les modulations et autres, ce sont des techniques quand on chante.

Quand on écoute une chanson, on n’a pas besoin de faire des efforts pour la comprendre. Quand c’est le contraire, c’est rater. Dans toutes les chansons, c’est comme ça. Quand vous êtes obligés d’écouter une chanson, une fois, deux fois et plus pour la comprendre ce que le chanteur a dit, c’est un problème. Si la chanson est dans une langue que vous maîtrisez, vous devez pouvoir la comprendre du coup.

Vous avez dit au départ que j’ai utilisé des mots simples, oui, c’est un langage que les gens peuvent comprendre. L’approche aussi compte, il faut que des gens s’identifient à votre chanson. Les situations que voulez décrire, illustrer, il faut que des gens soient capables de pouvoir les comprendre et de pouvoir les maîtriser dans le cas de la sensibilisation.

Li : Où avez-vous réalisé cet album et clip sur le coronavirus ?pouvez-vous revenir sur les aspects techniques et scéniques ?

IC : Je les ai réalisés ici (au Burkina). J’ai travaillé avec des musiciens avec lesquels j’ai l’habitude de travailler. Je travaille avec eux depuis des années. Et comme je ne suis pas sur la scène tous les jours, j’ai une salle de répétition chez moi, où je travaille régulièrement avec des musiciens très avisés, tous des professionnels et avec qui nous travaillons. C’est avec les mêmes musiciens j’ai travaillé. J’ai fait l’enregistrement dans un studio à Ouagadougou ici, chez Rakis. Ce sont des jeunes qui m’ont aidé dans la réalisation du clip que j’ai bien sûr dirigé.

 Li : Quel est le rôle des artistes dans la lutte contre cette pandémie ?

IC : Je crois que les artistes se sont déjà appropriés leur rôle. Je ne suis pas le seul à pouvoir chanter, à faire le clip sur la lutte contre le coronavirus. Et ça, c’est une très bonne chose. Un artiste musicien, n’est pas seulement un artiste qui apporte la joie en faisant des chansons pour que des gens puissent danser. Quelque fois, nous avons également un rôle éducateur et il se trouve que nous sommes parfois de repères pour certains et que des jeunes nous écoutent, nous regardent. Et ça, c’est important.

Dans la musique, quand vous avez une certaine place, une certaine envergure, vous pouvez profiter de cela pour faire passer des messages pour que des gens écoutent, c’est important. Et je crois que les jeunes savent déjà cela et il y en a beaucoup qui se sont déjà engagés. Je sais qu’ils font beaucoup pour que la musique puisse servir de tremplin dans la sensibilisation sur le coronavirus.

Li : Mais globalement, quel est votre regard sur les chansons contre le covid-19 ?

IC : Il y a beaucoup de belles chansons qui ont été faites et ça va porter. Les thèmes ne sont pas abordés de la même manière, heureusement d’ailleurs, ce n’est pas chanté dans les mêmes langues. Les gens ont fait ce qu’ils peuvent et c’est ce qui est important. Des gens ont abordé d’autres thèmes, dans des chansons qui font deux à trois minutes, on ne peut pas tout dire dans une chanson.

Il se trouve que nous avons actuellement une panoplie de chansons sur le coronavirus et dans presque toutes les langues nationales d’autant que ceux qui parlent les langues nationales sont plus nombreux que ceux qui parlent le français. En français c’est bien aussi car il y en qui en parlent.

Li : Vous demandez aux gens dans cette chanson, de cesser de critiquer sur les réseaux sociaux. Pourquoi cette interpellation ?

IC : J’ai vu que des gens passaient le temps à dire : ‘’un tel a fait ceci, un tel a fait cela et c’est ainsi tout le temps. Vous suivez l’actualité et vous le savez. Comme on l’a dit depuis longtemps, nous sommes en guerre contre le coronavirus.L’ennemi c’est le coronavirus, c’est la maladie. Ce ne sont pas les uns et les autres. Bien sûr nous avons des points de vue divergents, nous ne sommes pas toujours calibrés pour voir les choses de la même manière.

Mais je crois que ce n’est ni le lieu, ni le moment de nous disperser. Nous devons au contraire, rassembler nos énergies pour combattre ce mal, c’est le plus important. C’est pourquoi je dis, d’arrêter de nous critiquer, même quand on pense qu’on a raison.

Les critiques sont des choses que nous pouvons garder à la maison, discuter entre nous. Mais quand on se vilipende sur les réseaux sociaux, je ne trouve pas ça sain. Ce n’est pas un climat qui puisse nous donner le courage de lutter contre cette pandémie. C’est tout simplement cela.

Li : Vous préparez votre 50eme année de carrière musicale pour l’année prochaine. Concrètement, qu’est-ce que vous comptez offrir à vos mélomanes ?

IC : Je suis en train de travailler depuis un an déjà, avec mes gens. Nous voulons mettre ensemble, 50 chansons pour symboliser mes 50 ans de carrière en 2021 si Dieu le veut. Je veux sortir un coffret de 50 chansons et un livre que je vais laisser à la génération présente et à venir afin qu’elle puisse avoir des archives pour pouvoir s’en inspirer au besoin.

Li : Quel sera le contenu de cet ouvrage, si ce n’est pas un secret ?

IC : Ce sont les connaissances acquises depuis 50 ans et j’ai fois que cela peut aider les jeunes car c’est un patrimoine que je voudrais leur laisser pour exploitation comme ils veulent. C’est ce qui me motive.

En réalité, c’est ma vie, mon enfance, ma famille mais surtout ma carrière musicale, toutes les expériences que j’ai pu avoir 50 années. Cela n’a pas été facile, il y a eu des périodes des vaches maigres, des périodes de succès mais bon ! C’est ça aussi la musique. Je crois que c’est important qu’on en parle, ça peut toujours inspirer les enfants qui voudraient y faire carrière.

J’ai toujours détesté quelque chose : la facilité. Malheureusement, j’ai plein de jeunes qui viennent me voir et qui sont dans cette facilité et ce n’est pas heureux du tout. Car la musique, c’est quelque chose de très important dans ma vie, c’est un métier que j’ai appris de tout mon cœur et je l’exerce avec tout mon cœur. Ça fait partie de moi la musique. Je vois des gens traiter la musique aujourd’hui comme c’est traiter et j’ai envie de pleurer.

Li : Parlant de la facilité aujourd’hui au niveau de la musique, on a l’impression vu ce qui se passe, que tout le monde peut faire la musique.

IC : La musique a évolué comme c’est le cas dans tous les autres domaines. On a vu par exemple nos héros qui jouaient au football il y a 30, 40 ans, ce n’est plus la même chose. Nous, nous avons beaucoup souffert, mais nous étions les pionniers qui avons tracé le chemin. Cela a toujours été difficile pour ceux qui commençaient.

Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de moyens, beaucoup plus d’argent, de facilité, il y a des ordinateurs. Mais tout ça, doit se reposer sur le talent. Tous ceux qui n’ont pas le talent, car il y a des gens qui n’ont pas de talent et qui ne travaillent pas. Ils font des choses, excusez-moi du terme, ‘’deux pour cinq francs’’ et c’est ce qui est plein aujourd’hui, c’est dommage.

Il y en a qui ont du talent et qui travaillent parmi les enfants et je les admire. Malheureusement, les plus nombreux sont ceux qu’on appelle l’ambiance facile, aller dans un home studio, faire faire des programmations avec des paternes, on fait du copier-coller, puis ils chantent des choses qui n’ont ni tête, ni queue. Ça ne peut pas aller loin.

Une chanson comme on le dit, c’est comme du vain, ça se bonifie avec du temps. Quand vous écoutez Adjaratou de George Ouédraogo, c’est une chanson qui a près de 40 ans et quand vous l’écoutez aujourd’hui, mais vous êtes émerveillés. Et plus le temps passe, plus elle est belle ! C’est ça la réalité !

Mais regardez autour de vous, il y a des chansons que des jeunes ont composées il y a trois ans, mais que personne n’écoute, ça agace  les gens parce que ça n’a pas d’âme. Une musique doit avoir une âme. Il y a même des chansons de trois, quatre mois que des gens ne veulent plus écouter, les radios n’en diffusent plus. C’est terrible pour une chanson. Une œuvre artistique quand elle est bien faite, elle survit à son créateur. On continue de jouer les chansons de Sandwidi Pierre, de Henri Tapsoba, de Tidiane Coulibaly, etc. on continue de jouer parce que ça été composé avec tout le cœur, ça été travaillé.

La plupart des clips aujourd’hui, ce sont des filles qui viennent tourner, danser, s’exhiber, ce sont des danses. Mais on n’écoute pas des danses. Derrière ces chansons, il n’y a rien. Une œuvre doit avoir tous les aspects, bien sûr que ça doit amuser les gens mais il faut aussi qu’ils écoutent et qu’ils partent à la maison avec quelque chose. Malheureusement, c’est un aspect que les enfants négligent et il faut revenir à ça.

Une chanson, c’est d’abord un texte, un très beau texte qui se tient et explique quelque chose, véhicule une histoire. Et c’est important qu’on l’habille et ça doit être fluide, créer une grille d’accords à laquelle on fait passer une belle mélodie. C’est ça la musique !

Li : Votre dernier mot.

IC : Je prie Dieu tout puissant, que cette maladie puisse vraiment s’éloigner, disparaître comme elle est venue parce qu’avant décembre, on n’en parlait pas. Qu’elle disparaisse pour que les gens puissent retrouver la liberté qu’ils avaient.

Je crois que les hommes se sont tellement éloignés de Dieu. Aujourd’hui, ce qui est mis en exergue, c’est l’intelligence, les connaissances, nous pouvons fabriquer des satellites qui vont faire ceci ou cela. Regardez ! Tous les avions sont bloqués aujourd’hui. À quoi nous sert finalement toutes ces connaissances que nous avons apprises aujourd’hui ? Voilà la réalité !

Et je crois que le coronavirus a apporté quand même quelque chose de positif, il a ramené l’homme à sa réelle dimension. Qu’on comprenne que c’est Dieu le créateur et nous, ses créatures.

Une anecdote pour finir. Un vieil italien qui a quitté l’hôpital semble-t-il, qui était sous respirateur, reçoit une facture à sa sortie après une semaine d’hospitalisation. Tenant la facture, il pleurait. On lui demande pourquoi il pleure, est-ce la facture est énorme ? Il dit non. Qu’il pense à ce qu’il doit à Dieu pour avoir respiré gratuitement plus de 80 ans de son âge. Ce qu’il dit, doit nous interpeller. Que Dieu nous aide à faire partir cette maladie.

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