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Culture : « Le métier de conteur est noble et permet de réconcilier l’homme avec lui-même » (KPG)

Le métier de conteur
Pingdwendé Gérard Kientega dit KPG, artiste conteur burkinabé

Fondateur du Centre culturel Koombi solidarité, un centre socio-culturel dédié aux enfants, Pingdwendé Gérard Kientega est un conteur et comédien Burkinabè plus connu sous son nom d’artiste KPG. Vedette du conte au Burkina Faso et dans l’espace francophone, il a été médaillé d’argent dans la discipline du conte aux 7e jeux de la Francophonie à Beyrouth au Liban en 2009. Libre info est allée à sa rencontre pour parler de la vie et de sa carrière.

Propos recueilli par Tatiana Kaboré, stagiaire

Libre info (Li) : Qui est KPG ? Et pourquoi ce nom qui fait penser à un sigle ?

Pingdwendé Gérard Kientega (KPG) : KPG sont les initiales de mon nom, Kientega Pingdwendé Gérard.  Je suis artiste conteur et je raconte des histoires. Je travaille dans la valorisation des savoirs et savoirs faire allogènes, c’est-à-dire tout ce qui concerne le patrimoine matériel et immatériel.

Li : Comment êtes-vous arrivé au conte ?

KPG : C’est une question que j’ai toujours eu du mal à répondre. C’est comme si on me demandait comment j’ai commencé à parler. Je suis arrivé au conte naturellement parce que nous sommes dans une culture orale et dans cette culture orale on raconte des histoires. On entendait et on racontait des histoires quand on était petit. Et c’est ainsi que j’ai commencé. Je suis allé ensuite à l’école de théâtre, avant de m’orienter vers le conte. C’est un cheminement de la vie qui m’a emmené dans ce métier de conteur.

Li : Qu’est-ce que le conte en réalité ?

KPG : Le conte est un genre qui véhicule et qui traite les questions de la vie, les problèmes de la vie, de la société. C’est la métaphore de la vie.

Li : Retrouve-t-on les contes dans toutes les sociétés traditionnelles du Burkina Faso ?

KPG : Oui, on retrouve les contes dans tout le Burkina, mais également dans toutes les sociétés du monde entier. Il y a toujours des contes parce que ce sont les contes qui façonnent, qui cultivent et qui construisent l’être.

Li : Quel était l’importance du conte dans les sociétés traditionnelles ?

KPG : Il faut savoir que les contes ont toujours été importants. La société dans laquelle nous vivons, c’est le conte qui forge l’esprit et qui permet de construire l’imaginaire de l’enfant. Ce qui permet d’éduquer et d’enseigner dans ces sociétés. Le conte a toujours été un vecteur de construction psychologique et spirituelle des sociétés.

Li : Selon vous est-ce que le conte a toujours sa place dans nos sociétés actuelles ?

KPG : Oui. Le conte a toujours sa place dans nos sociétés actuelles parce qu’il s’adapte à l’image du caméléon qui s’adapte aux couleurs et à l’environnement dans lequel il se trouve. Le conte, tel aussi la parole, s’adapte aux mouvements et aux dynamiques de la société. Le conte se frotte aux choses de la vie et du coup, il devient quelque chose qui est en mouvement comme la vie est en mouvement.

Li : Est-ce qu’on ne doit pas craindre la disparition du conte d’ici quelques années ?

KPG : Non. Mais craindre la disparition du conte d’ici quelques années c’est comme craindre la disparition de la langue. Tant qu’il y aura la langue et la parole, le conte existera toujours.

Li : Que fait concrètement KPG pour promouvoir le conte ?

KPG : Cela fait plus de vingt ans que je suis dans le milieu. Depuis plus de vingt ans je raconte des histoires. J’ai construit un centre culturel dans lequel je fais de la formation artistique et artisanale en milieu rurale pour les jeunes non scolarisés et déscolarisés. Je fais de la formation aussi pour la jeunesse en général. Je donne également des spectacles dans les écoles pour permettre aux enfants de se reconnecter avec leurs propres cultures. J’organise des grandes nuits de conte un peu partout et actuellement j’écris des livres. Je suis très présent sur les réseaux sociaux, pour promouvoir le conte. Je sais que là où il y a la parole, il y a le conte et là où il y a le conte il y a le divertissement et l’éducation.

Li : Pouvez-vous nous en dire plus sur cette 3e édition « Les grandes nuits du conte » ?

KPG : Les grandes nuits du conte auront lieu du 23 au 26 mars 2021. Cela va se passer dans la cour du Larlé naaba Tigré avec des spectacles tous les soirs. La particularité de cette grande nuit du conte c’est que cette année la forge est à l’honneur et donc tous les soirs nous allons faire ce qu’on appelle la réduction du fer. Nous allons construire un fourneau et montrer tout le processus de fabrication du fer.

Li : Pouvez-vous nous parler de votre projet « Supiim » ?

KPG : Le projet « Supiim » est la nouvelle création que je suis en train d’écrire.  Le projet « Supiim » est un spectacle qui est une allégorie traitant de la question des crises que nous vivons aujourd’hui. La crise identitaire, les malaises de notre société, les crises de l’individualisme, le repli sur soi. Le projet traite de tous ces problèmes que nous vivons. J’ai décidé de faire ce spectacle pour parler, pour rappeler aux hommes, aux femmes et aux enfants de se reconnecter avec leurs propres cultures, de se nommer eux-mêmes. Parce que la plupart du temps ce n’est pas nous qui nous nommons, ce sont les autres qui nous nomment, qui nous orientent. Donc il est temps pour nous de vivre l’essentiel en nous nommant, en nous reconnectant avec notre propre culture, en valorisant nos savoirs et nos savoirs faire, en faisant en sorte que nos héros puissent exister. Parce que malheureusement nos héros n’existent pas, ce sont les héros des autres qui existent. Ce qui fait que nos enfants vivent ici mais n’ont pas leur esprit ici.

Donc faisons-en sorte que nos enfants puissent se dire qu’ici on a tout et qu’on n’a pas besoin de partir. Il faut reconnaitre nos qualités, nos compétences et prendre ce qu’on n’a pas de l’autre. Nous avons un sous-sol riche, nous avons des hommes, nous avons la jeunesse vivante, nous avons les intellectuels, des sages. Nous avons simplement un problème de complexe qui ne dit pas son nom, qui fait que les gens ne veulent pas s’assumer. Il faut qu’on s’assume à partir de maintenant pour construire notre humanité, pour construire notre vie et c’est ce combat que je mène en tant qu’artiste.

Li : Plusieurs artistes africains participent à ce projet, Comment appréciez-vous cette collaboration ?

KPG : Le projet « Supiim » est à l’image de l’atelier de la forge. Dans l’atelier de la forge il y a des outils et chaque outil a besoin de l’autre pour exister. Chaque outil pour exister doit servir l’autre, c’est ce qui fait la complémentarité, qui fait l’inter dépendance et c’est ce qu’on appelle l’intelligence collective. Du coup, pour nous c’est important d’avoir les autres, de s’ouvrir aux autres.

L’ouverture permet de grandir notre art, de le rendre solide. Et c’est donc à l’image de l’atelier de forge qui est fonctionnel et dynamique, et que j’ai fait venir les compétences de tous les horizons. Moi je suis conteur, mais d’autres sont musiciens, humoristes et même des pratiquants des arts martiaux. On peut citer entre autres Sawani qui vient de la Guyane, Soul Bang’s et Petit tonton de la Guinée, Massamba Gueye qui est notre professeur, notre mentor et notre guide. C’est donc dans cette dynamique que j’ai fait venir tout ce monde pour qu’ensemble nous puissions construire un spectacle qui va faire rêver et qui va interpeller les uns et les autres à vivre l’essentiel et à faire en sorte que l’équilibre et l’harmonie puisse régner.

Li : Est-ce que le métier de conteur nourrit aujourd’hui son homme ? 

KPG : Si le métier ne nourrissait pas son homme, je serais déjà mort parce que cela fait vingt ans que je suis conteur (rire). C’est grâce au conte que j’ai construit sur un hectare et demi, le Centre culturel « koombi » dans lequel il y a une bibliothèque, une salle de spectacle, des logements et des restaurants.

Li : En dehors du conte que fait KPG ?

KPG : Le conte est mon métier. C’est depuis 1997 que je suis artiste et je ne fais que ça. C’est dans ça aussi que je vis.

Li : Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes qui aspirent embrasser ce métier ?

KPG : Le métier de conteur est un métier noble, c’est un métier de la parole, un métier qui permet de réconcilier l’homme avec lui-même. Donc pour moi j’exhorte tous ceux qui veulent venir au conte de commencer d’abord à se connaitre, à comprendre la culture et de respecter les fondamentaux de notre culture. Quand tu respectes ta culture, tu respectes beaucoup de choses et c’est pourquoi j’aime tout le temps dire que celui qui renie ces ancêtres ne peux pas respecter sa culture. Donc il faut respecter sa culture parce que c’est important aujourd’hui s’il y a des crises partout, c’est parce qu’il y a des gens qui renient leurs ancêtres, d’autres ne respectent pas leurs ancêtres ni leurs valeurs culturelles.

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