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[Tribune] Déstabilisation du Sahel : Macron sur les traces de Sarkozy ?

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Ceci est une tribune du Dr Boukary NEBIE, Spécialiste de l’Analyse du discours et Enseignant-chercheur parvenue à Libreinfo.net. Il s’est prononcé sur l’expansion du terrorisme dans plusieurs pays du Sahel.

Plusieurs pays du Sahel sont aujourd’hui durement frappés par le terrorisme.

Ce fléau dont la plupart des populations sahéliennes en entendaient parler à la radio ou voyaient quelques images télévisées venues de pays plus ou moins lointains comme l’Afghanistan, l’Iraq, la Somalie est devenue une menace quotidienne pour ces pauvres populations.

Mais comment ce monstre a-t-il pu s’incruster dans les pays du Sahel, notamment ceux comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso au point de menacer l’existence même desdits États ?

L’assassinat de Kadhafi par Sarkozy : source de la déstabilisation du Sahel

Pour comprendre les raisons profondes, sinon la principale cause de la déstabilisation des pays du Sahel, il faut convoquer un fait : l’assassinat du Guide libyen, Mouammar Kadhafi.

En 2011, dans la foulée de ce que les Occidentaux ont baptisé le Printemps arabe, un mouvement de contestation voit le jour à Benghazi (Libye).

Ce mouvement composé de rebelles mais aussi de terroristes ayant une dent contre Kadhafi qui ne leur laissait aucun répit, prétexte l’absence de démocratie, le verrouillage de la liberté d’expression et demande le départ de Kadhafi afin d’instaurer une démocratie à l’occidental.

Nicolas Sarkozy (Président français du 16 mai 2007 au 15 mai 2012) prétexte une mission humaniste pour demander une intervention de l’Otan en Libye en vue d’empêcher le régime de Kadhafi d’exterminer la population de Benghazi.

Oui nous avons employé le verbe « prétexter » parce la volonté de Sarkozy n’était nullement de sauver des populations libyennes contre la furie meurtrière d’un dictateur-fou.

En effet, la volonté de Kadhafi d’aider l’Afrique à s’émanciper de joug des Occidentaux ne pouvait être tolérée par Sarkozy car si cela se réalisait, alors que deviendra la France sans le pétrole libyen, sans l’or et le coton du Burkina, sans le diamant malien et centrafricain, sans l’uranium nigérien, sans le cacao ivoirien, sans le cobalt du Congo, et la liste est loin d’être exhaustive.

Sarkozy tenait aussi à éliminer physiquement Kadhafi pour que ce dernier n’ait jamais à témoigner un jour contre lui car la justice française soupçonnait Sarkozy d’avoir bénéficié de financement de la part de Kadhafi pendant la campagne électorale de 2007 à l’issue de laquelle il fut élu Président face à Ségolène Royal.

Alors, il fallait vite et bien faire le sale boulot car l’occasion était on ne peut plus très bonne.

Et pour se donner bonne conscience, Sarkozy, à travers la voix de son ministre des Affaires étrangères, Alain Jupé, convainc le Conseil de sécurité de l’ONU d’organiser une zone d’exclusion aérienne autour de la capitale de la Cyrénaïque. Ainsi est votée la résolution 1973.

En attendant que les avions de l’OTAN soient opérationnels, l’aviation française donne aussitôt la chasse aux colonnes blindées kadhafistes.

Rapidement, l’OTAN déborde le cadre de la mission confiée par l’ONU et traque les kadhafistes jusqu’en Tripolitaine, permettant à la coalition rebelles et terroristes anti-Kadhafi de lancer une contre-offensive.

La Ligue arabe, l’Union africaine, la Cédeao, l’Uemoa, toutes ces organisons restent silencieuses face au projet funeste de la France et ses alliés de l’OTAN (Etats-Unis, Grande Bretagne, etc.).

Le 20 mars 2011, après environ six (6) mois de combats entre les troupes de Kadhafi et les rebelles de Benghazi aidés par l’OTAN, le convoi de Kadhafi est bombardé par les avions de l’OTAN et Kadhafi est alors assassiné.

Bravo, Sarko ! Après avoir accompli cette sale mission, l’anarchie s’installe. Les Occidentaux fuient le désordre qu’ils ont créé. Le pays devient la proie de chefs de bande locaux qui tentent de s’approprier les ressources pétrolières ou spéculent sur le transit des migrants africains vers l’Europe.

Les djihadistes et les terroristes s’emparent des armes les plus sophistiquées, aussi bien celles appartenant à l’ancien régime de Kadhafi que celles livrées par la France et ses alliés Occidentaux, et se disséminent partout dans le Sahel.

La Centre-Afrique et le Mali seront les premières cibles des terroristes. Ils élisent domicile le Nord du Mali. Ils commettent plusieurs exactions, tuent, pillent, violent, imposent leur loi. L’Ētat malien semble impuissant face à eux.

Comment pouvait-il d’ailleurs les défaire quand ils ont pour parrain celui qui prétend aider le Mali, j’ai nommé la France.

Pendant ce temps, les pays comme le Burkina Faso sont totalement épargnés. Le Président burkinabè d’alors, Blaise Compaoré, est même présenté comme un parrain local de ces terroristes.

En tout cas, la capitale burkinabè servait de lieu de refuge pour certains chefs terroristes qui étaient logés à Ouaga 2000, quartier le plus huppé de la capitale.

En 2014, une insurrection populaire balaie Blaise Compaoré du pouvoir. Son alliée, la France, parvient à l’exfiltrer et l’envoie en exil en Côte d’Ivoire.

Signalons au passage que Sarkozy n’a eu qu’un seul mandat car il a été battu en 2012 par un certain François Hollande.

Hollande à son tour n’aura qu’un seul mandat car certains de ses plus proches collaborateurs, mus par la volonté de devenir Président, ont œuvré au sabotage de sa gestion du pouvoir d’Etat et sa cote de popularité était à un niveau tellement désolant qu’il a préféré ne pas se présenter pour un second mandat.

Et parmi ces collaborateurs-saboteurs pour ne pas dire collaborateurs-complotistes se trouve un certain Emmanuel Macron, nommé en 2012 par Hollande au poste de secrétaire général de son Cabinet et puis ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique en 2014. Et c’est lui, Macron, qui succède à Hollande en 2017.

Retenez bien ce nom : Emmanuel Macron ! Il arrive au pouvoir à l’âge de 40 ans. Il séduit par son âge mais aussi et surtout par ses nombreuses promesses de rupture avec les vieilles pratiques de ses prédécesseurs.

Il est né en 1977. Il n’hésite pas à le rappeler pour dire qu’il n’a pas connu la Colonisation. Il annonce la Mort de la France-Afrique.

A la terminologie Sommet France-Afrique, il substitue le concept Sommet Afrique-France. Il promet aux Africains que les relations entre son pays et les pays africains seront désormais placées sous le sceau de la transparence totale.

La politique française de l’Afrique ne sera plus comme avant, clame haut et fort Macron. Mais ça, c’est ce que Macron a dit. Mais Macron a-t-il vraiment fait ce qu’il a dit ? NON !

Dans l’exercice du pouvoir, Macron ne fera pas mieux que ses prédécesseurs. Macron non seulement n’a pas coupé le cordon ombilical avec les sales pratiques de ses prédécesseurs vis-à-vis de l’Afrique, mais pis il se montre même plus dangereux que certains d’entre eux. Un véritable monstre froid qui mord et souffle à la fois.

Tenez- vous bien ! Le 9 octobre 2015, la Brigade de gendarmerie de Samorogouan, près de la frontière avec le Mali, est attaquée par une cinquantaine d’hommes armés.

Un gendarme est tué, un autre enlevé par les terroristes et plusieurs dégâts. C’est l’une des premières attaques terroristes sur le territoire burkinabè.

Mais la première attaque terroriste d’envergure sur le sol burkinabè est celle du 15 janvier 2016 où un commando de terroristes a attaqué simultanément l’hôtel Splendid, les Cafés Cappuccino et Taxi Brousse, en plein cœur de la capitale, Ouagadougou.

Bilan : 29 morts, environ 150 blessés, plusieurs dégâts matériels. La menace devient donc de plus en plus présente. Les autorités burkinabè d’alors font tout pour endiguer le phénomène, en vain.

Le Président Kaboré parvient tout de même à terminer son premier quinquennat et est réélu en 2020 dans un contexte où les groupes terroristes occupent plus de 40% du territoire et plus d’un million de personnes déplacées internes (P.D.I.).

Mais le 24 janvier 2020, l’armée renverse le Président Kaboré l’accusant d’être incapable de lutter contre les terroristes. A la tête de la junte militaire, un lieutenant-colonel nommé Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Le règne de Damiba sera aussi éphémère qu’un feu de paille. En effet, des jeunes officiers membres du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (M.P.S.R.) dont est issu Damiba l’accusent de trahison. Damiba aurait donc trahi le groupe.

Venu pour faire la guerre, il se serait rapidement détourné de cette mission et tente de restaurer l’ancien régime déchu, celui de Blaise Compaoré.

Le 30 septembre 2022, Damiba est renversé. C’est la fin du M.P.S.R.1 et le début du M.P.S.R.2 ; une révolution de palais ! A la tête du M.P.S.R.2., un jeune capitaine de 34 ans : Ibrahim Traoré.

Inconnu du grand public, ce jeune capitaine qui a intégré l’armée en 2010 était jusque-là chef d’artillerie (RA) du dixième régiment de commandement d’appui et de soutien (10e RCAS) basé à Kaya.

En véritable militaire ayant participé à plusieurs opérations contre le terrorisme dont l’Opération Otapuanu en 2019, il est engagé à faire la guerre aux terroristes et à reconquérir les parties du territoire sous leur emprise. Mais il est face à une réalité : l’armée manque d’équipement.

Le double-jeu de Macron

Le capitaine Traoré doit donc équiper conséquemment les Forces de défense et de sécurité (F.D.S.) mais aussi les supplétifs de l’armée recrutés pour aider à la lutte contre le terrorisme.

Mais les partenaires dits traditionnels du Burkina, dont la France en tête, refusent que l’Etat burkinabè puisse acquérir de nouveaux équipements militaires.

Les matériels commandés sont bloqués soit dans les pays d’achat en Europe soit au port chez les pays voisins du Burkina et c’est la France qui est à la manœuvre.

Faut-il se résigner à accepter cette méchanceté, cette volonté de nous asphyxier et nous laisser à la merci des terroristes ? Roch Kaboré semblait s’y résigner.

Damiba lui a emboîté le pas. Traoré, lui, pour l’honneur de la patrie de ses ancêtres s’y est opposé.

Il a donc décidé d’aller vers d’autres partenaires qui sont attentifs à l’appel du peuple burkinabè, qui entendent la souffrance infligée aux pauvres populations par les terroristes qui les dépouillent de tout jusqu’à leur dignité, qui ne sont pas dans un jeu trouble qui consiste à soutenir l’Etat le jour et les terroristes la nuit.

Et voilà la source du problème entre les autorités actuelles du Burkina et la France de Macron. Pour Macron, c’est un crime de lèse-majesté. Comment un petit pays pauvre comme le Burkina Faso peut-il se permettre de vouloir tourner le dos à la grande France ?

Non, c’est inacceptable. Il faut tout mettre en œuvre pour briser cet élan de patriotisme. Hier le Mali.

Aujourd’hui le Burkina. Si la France laisse ce deuxième cas prospérer, si la France consomme ce deuxième affront, elle devra s’attendre à un troisième demain. Et la saignée pourrait se poursuivre.

De la nécessité des pays voisins du Burkina de refuser le plan machiavélique de Macron

Et pour briser l’élan du Capitaine Traoré, Macron ne lésine pas sur les moyens. Achat d’activistes, de journalistes et d’hommes politiques burkinabè pour diaboliser la transition.

Oui, car comme le dit l’adage, « calomnier, calomnier, calomnier car il en restera toujours quelque chose. ».

Macron s’appuie aussi sur certains pays voisins du Burkina pour nous asphyxier économiquement et militairement. Certains de nos pays voisins par où transitent nos marchandises et nos matériels ont commencé à nous fermer leurs ports.

Plus grave, Macron est en intelligence avec certains de nos voisins pour que ceux-ci abritent les terroristes pour déstabiliser le Burkina. La pratique n’est pas nouvelle. La France s’y connait très bien. Le Burkina de Blaise Compaoré abritait des terroristes maliens.

Mais nos voisins ont-ils vraiment pris la mesure de la gravité de ces actes. Le Burkina, aujourd’hui victime des terroristes, a abrité hier des terroristes sur son territoire.

Le Burkina Faso, sous le magistère de Blaise Compaoré a hébergé des terroristes et des rebelles qui se servaient de notre pays comme base-arrière pour déstabiliser d’autres pays.

Compaoré le faisait, non pas pour le Burkina mais pour répondre aux injonctions de la France. Ceci est désormais un secret de polichinelle.

Mais à tous les voisins du Burkina qui sont dans ce jeu, sachez qu’un terroriste n’a pas d’ami. Le terroriste est exactement comme la France. « La France n’a pas d’ami. Elle n’a que des intérêts », avait déclaré le général de Gaulle.

La maxime s’applique aussi aux terroristes. Vous qui les abritez aujourd’hui pour faire plaisir à Macron là, demain ils se retourneront contre vous. Les pays du Sahel ont une commune destinée.

La lutte contre le terrorisme doit se faire en mutualisant nos forces, en conjuguant nos intelligences.

Quand les terroristes vont se retourner contre vous qui leur servez aujourd’hui de base arrière pour déstabiliser d’autres pays, que ce soit Macron qui soit toujours président français ou un autre, la France ramassera ses bagages et s’en ira.

Et vous serez seuls face à vous-mêmes. Exactement comme Sarkozy l’avait fait en Libye ! Et en la matière, la France n’a pas de sentiment. Rappelez-vous le génocide rouandais, la guerre du Biafra, le camp Tiaroye, pour ne citer que ces cas macabres.

Dr Boukary NEBIE

Spécialiste de l’Analyse du discours

Enseignant-chercheur

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