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Burkina Faso : Djibo (Soum) se reconnecte au téléphone avec le réseau Orange après un an d’interruption

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En février 2022, avec la destruction des pylônes relais de Pobe Mengao et de Namsiguia par un groupe d’hommes armés non identifiés, la ville de Djibo, chef-lieu de la province du Soum, ne reçevait plus de signal du réseau de téléphonie mobile Orange.

Par Inoussa Sankara, correspondant dans le Soum

En mi-avril, les signaux des deux autres réseaux que sont Moov (anciennement Telmob) et Telecel ont été aussi coupés du fait de la recrudescence des attaques et du sabotage des installations téléphoniques dans plusieurs localités. Et depuis lors, Djibo est restée coupée du reste du monde.

Depuis, et à plusieurs reprises, les populations avaient entamé des démarches auprès des autorités locales et nationales ainsi qu’auprès des responsables des sociétés de téléphonie mobile afin de plaider pour le rétablissement des réseaux.

De promesses en promesses, finalement les populations n’y croyaient plus. Surtout que certains responsables de sociétés de téléphonie mobile trouvaient la situation de Djibo délicate.

Le 17 janvier 2023, aux environs de 14h, des cris de joie ont retenti dans toute la ville. Pour certains, ce sont peut-être les nouvelles du convoi de ravitaillement qui faisait son entrée en ville, mais d’autres se demandaient ce qui pouvait pousser les gens à manifester autant de joie.

En moins de cinq minutes, la nouvelle du rétablissement du signal du téléphone, comme une traînée de poudre, s’est répandue en ville. Chacun courait pour retrouver son portable qui, depuis longtemps, ne servait plus qu’à lire l’heure.

Le portable collé à l’oreille, dans la rue et dans les concessions, on conversait de nouveau avec parents, amis et connaissances. Tout le monde jubilait comme des enfants qui venaient de recevoir de nouveaux jouets.

Depuis quelque temps, la seule possibilité de communiquer avec l’extérieur était le réseau social WhatsApp, à travers le wifi.

En effet, les ONG intervenant en ville avaient installé le wifi afin de pouvoir communiquer et envoyer régulièrement des rapports à leurs partenaires.

Il fallait alors connaître quelqu’un à l’intérieur d’une ONG ou faire le pied de grue devant le portail pour négocier juste quelques minutes pour envoyer des messages vocaux ou des messages écrits par WhatsApp.

L’absence de la téléphonie était une préoccupation importante. A tel point que dans les points de revendication déposés en octobre 2022, les enseignants avaient exigé le retour d’au moins un réseau de téléphonie mobile dans la ville, avant de reprendre les cours.

M. Amadou Sana, commerçant au marché, que nous avons interrogé sur ses impressions suite au retour du réseau, à été très clair : « C’est une joie immense pour tout le monde. Après toutes les démarches sans succès, nous étions désespérés. Vous savez que l’absence du réseau a plombé nos affaires ! On ne pouvait plus ni commander, ni envoyer ou recevoir de l’argent hors de Djibo. Merci, merci…à tous ceux qui ont travaillé pour son rétablissement. Vous allez voir, la ville va reprendre son souffle. »

Et M. Sana de s’excuser auprès de moi pour répondre à un appel, son téléphone sonnant.
Après un coup de d’œil à son téléphone, il m’a indiqué l’écran en disant : « Vous voyez, lui-là, cela fait plus d’une année qu’on ne s’est pas parlé. On a longtemps travaillé ensemble. Les bonnes choses vont reprendre. Il reste que le convoi maintenant…» et M. Sana de s’éloigner pour répondre à son interlocuteur.

Nous avons ensuite rencontré le Premier Vice-Président de la Délégation spéciale de la commune de Djibo. Il explique, soulagé de la reprise des communications : « Le retour du réseau téléphonique est un soulagement pour tous les habitants de la commune, et particulièrement, les services techniques de l’Etat. Figurez-vous que, parfois, il y a des urgences et vous êtes dans l’incapacité de communiquer avec le reste du pays. De nombreuses formations et rencontres capitales que des agents ont raté faute d’avoir reçu tôt l’information à cause de l’absence de réseau… Nous mêmes à la mairie, nous sommes obligés de nous rabattre sur les ONG pour négocier parfois afin d’envoyer des emails ou des messages WhatsApp pour des rapports périodiques. »

Et le Premier Vice-Président d’ajouter : « ça nous tenait à cœur, le retour du réseau. Vous allez voir, dans quelques temps si la situation sécuritaire se stabilise un peu, avec la téléphonie mobile, beaucoup de choses vont changer.»

«Positivement évidemment. Il y a des gens qui ont quitté la ville parce qu’ils ne pouvaient pas communiquer avec leurs proches. De nos jours, cet outil est indispensable, que ce soit dans l’administration, dans le commerce ou dans les relations familiales. En tout cas, merci et bravo à ceux qui ont œuvré pour que cela soit une réalité », fait-t-il-savoir.

Le lendemain du retour du réseau Orange, toute la ville grouillait de monde, les uns, tout sourire aux lèvres et le téléphone collé à l’oreille marchant dans la rue, les autres, apportant leurs téléphones chez les réparateurs pour les redémarrer ou cherchant désespérément comment réactiver leur puce téléphonique suspendue depuis belle lurette faute de recharge et d’appels.

C’est depuis février 2022 que le signal du réseau Orange a été coupé en ville. Durant ce long temps, plusieurs numéros Orange ont été retirés et attribués à d’autres personnes dans d’autres localités où fonctionnait le réseau mobile Orange.

Selon M. Oumarou Tamboura, agent de bureau dont la puce a été retirée et qui fulminait de rage nous confie: « J’ai acheté ma puce Orange depuis 2004. Tous mes contacts sont là-dessus et c’est avec ce numéro que l’on peut m’avoir au téléphone. Et voilà que l’on attribue ce numéro à une autre personne. Quand j’ai constaté la présence du réseau, j’ai pris le téléphone d’un ami pour appeler sur mon numéro. A ma grande surprise, c’est un monsieur qui dit être à Yako (province du Passoré, ndlr) qui a répondu et affirme avoir payé la puce dans une agence. C’est révoltant ! », dit-il.

Et de poursuivre, « d’ailleurs ce n’était pas de notre faute si le signal ne donnait plus ! On nous a fait la force. Les responsables devraient comprendre et nous permettre de conserver nos puces. Je vais tenter de récupérer la mienne. Si ça ne marche pas, je m’en achèterais une autre ».

Malgré le fait que plusieurs personnes n’ont pu réutiliser leurs anciennes puces téléphoniques, le retour du réseau a donné un espoir aux habitants de la ville après une année d’attente.

Le souhait c’est de voir également le rétablissement des deux autres téléphonies mobiles parce qu’un seul opérateur n’est jamais rassurant.

Libreinfo.net se réjouit également de la connexion à nouveau rétablie avec son correspondant de Djibo, province du Soum car depuis lors, il lui était difficile voire impossible de continuer le travail efficacement

Lire aussi: Burkina Faso : la mairie et un pylône d’une compagnie de téléphonie mobile détruits à Niabouri (Centre-ouest)

www.libreinfo.net

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