Home A la une Djibo(Soum) : après deux ans de retrait, la justice revient à travers...

Djibo(Soum) : après deux ans de retrait, la justice revient à travers des audiences foraines, les populations s’indignent

Retour de la justice à Djibo (Soum)
Retour de la justice à Djibo province du Soum, région du Sahel

La justice signe progressivement son retour à Djibo, chef-lieu de la province du Soum, région du Sahel, après deux ans de replis sur Ouagadougou. Elle avait trouvé une solution palliative en maintenant certains services (établissement des casiers judiciaires, des certificats de nationalité, etc.) au profit des populations de Djibo dans la capitale pendant deux années. Désormais, ce sont des audiences foraines qui sont organisées. Du 14 au 18 décembre 2020, le Tribunal de grande instance de Djibo a tenu des audiences foraines à Kaya. D’autres sont prévues pour le mois de janvier 2021, dans les villes de Dori, Kongoussi et Ouahigouya. C’est un effort selon les populations, mais qui reste à parfaire.

Par TAM’S, correspondant Soum

Il y a de cela deux ans, la dégradation progressive de la situation sécuritaire à Djibo a amené les acteurs de la justice à fermer les portes de la justice pour se replier sur Ouagadougou. En effet, depuis avril 2018, le Tribunal de grande instance (TGI) de Djibo n’a plus ouvert ses portes. Au début, c’était la croix et la bannière pour les usagers pour se faire établir des documents.

En dehors des jugements de litiges, le TGI de Djibo offrait plusieurs services aux populations dont les certificats de nationalité, les casiers judiciaires, les rectifications ou ajouts de nom, etc.

Le départ précipité des agents et la fermeture du TGI de Djibo a eu comme conséquences, d’énormes désagréments sur les populations. Il n’est plus possible de se faire établir les documents cités ci-dessus à Djibo.

Le TGI de Djibo s’offre un local à Ouagadougou et poursuit ses services

Les Organisations de la société civile (OSC) de la ville en concertation avec le Haut-Commissaire ont décidé de rentrer en contact avec le Président du TGI de Djibo, afin de trouver une solution pour soulager les nombreuses personnes qui étaient dans le besoin.

Parmi les requérants, il y a des étudiants qui veulent déposer leurs bourses d’études, les chercheurs d’emplois, et tous ceux qui veulent impérativement ces documents pour des besoins divers. Il fallait donc que la justice reprenne le travail. Et c’est fait.

Le TGI de Djibo a trouvé un local à Ouagadougou (la capitale du Burkina) pour maintenir ses services au profit des populations de la province du Soum, région du Sahel. Mais le problème en partie, demeure. Djibo est distante de Ouagadougou de plus de 200 kilomètres et les coûts de transports qui s’élèvent à 10000 FCFA (en aller-retour), tous les demandeurs ne peuvent pas s’y rendre, explique un usager de la justice.

La solution trouvée par les populations, est qu’une personne se chargeait de collectionner sur place à Djibo, toutes les demandes d’établissement de documents et les acheminer à Ouagadougou au TGI de Djibo délocalisé pour le traitement.

Cela pouvait prendre du temps : entre deux et trois semaines.  Une fois les dossiers traités, les documents lui étaient retournés pour être remis aux intéressés. Cela a fonctionné ainsi sur deux ans. Mais pour ceux qui vivent à Ouagadougou ou qui ont les moyens, se rendaient directement au siège du TGI de Djibo pour les demandes de services.

Les efforts de la justice pour se rapprocher des populations restent à améliorer

Ces derniers mois, le TGI a initié des audiences foraines dans plusieurs localités pour se rapprocher des usagers disséminés à travers les villes où, il existe une concentration des ressortissants de Djibo. Du 14 au 18 décembre 2020, le TGI a organisé des audiences foraines à Kaya. Pour le mois de janvier 2021, d’autres sont prévues à Dori, Kongoussi et Ouahigouya.

Libreinfo.net a rencontré des habitants de la ville de Djibo qui apprécient la situation. Boureima Diallo est un commerçant de la ville de Djibo. Il estime que la justice peut mieux faire pour satisfaire davantage les populations du Soum. « Ce n’est pas sérieux de leur part. Si on peut faire le tour du pays, ils peuvent aussi venir à Djibo. », se plaint-il.

Il peine à comprendre ces tournées des acteurs la justice alors que la situation sécuritaire s’est améliorée dans la ville. « C’est juste pour se partager des perdiems. Sinon, l’armée est présente à Djibo et la police est de retour. C’est une honte pour le pays. D’abord, ce sont eux les premiers à quitter la ville et les autres ont suivi. Au lieu de se racheter, ils organisent des audiences un peu de gauche à droite. Combien aujourd’hui, peuvent se permettre de payer le transport pour aller là-bas ? Il faut que le Président réagisse. Fonctionnaire c’est fonctionnaire ! » Et de conclure en nous pointant du doigt : « Il faut écrire comme j’ai dit-là, il ne faut rien arranger dedans hein ! »

Quel signal la justice donne en refusant de revenir ne serait-ce que pour trois jours afin de satisfaire les populations ?

Plus loin, c’est un responsable d’une Organisation de la société civile qui se plaint de l’abandon de Djibo telle une ville pestiférée. « Nous regrettons vraiment tout ça. Quand c’était vraiment chaud, personne ne leur demandait de venir. Maintenant que la situation s’améliore, ils auraient dû le faire à Djibo. Quel signal la justice donne en refusant de revenir ne serait-ce que pour trois jours afin de satisfaire les populations ? »

Pour lui, il suffit de demander la sécurisation des lieux d’audiences, et tout allait se dérouler à Djibo. « Tout ça, c’est leur histoire d’indépendance-là. Ils en font trop ! Il fallait juste demander la sécurisation du coin et les audiences allaient se tenir ici, sans problème.  Tout de même bon à prendre en attendant », martèle Amadou Salou.

Le retour progressif de l’administration à Djibo selon la promesse du Président du Faso

Lors de la visite surprise du Président du Faso Roch Kaboré jeudi 18 juin 2020 à Djibo, il avait fait des promesses dont le retour de l’administration dans la ville. “Je me suis rendu à Djibo (le chef-lieu de) la province du Soum ce jeudi. J’ai pris l’engagement que Djibo (à 200 km au nord de Ouagadougou) est et restera à jamais (en territoire) burkinabé. Je veillerai à ce que les forces de sécurité intérieure que sont la police et la gendarmerie reprennent du service dans la ville”, avait-t-il écrit sur son compte Twitter. Effectivement, constate le correspondant de libreinfo.net,il y a un retour progressif des agents de l’Etat avec comme signal fort, celui de la Police nationale revenue après une année d’absence.

A lire Province du Soum : Bientôt un régiment interarmes à Djibo

www.libreinfo.net