Home A la une Djibo(Soum):chronique d’un retour de combattants “djihadistes” (deuxième partie)

Djibo(Soum):chronique d’un retour de combattants “djihadistes” (deuxième partie)

Retour de combattants terroristes Djibo
Image d'illustration

Le mercredi 21 octobre 2020, des combattants des groupes djihadistes en nombre important, à moto, sont entrés à Djibo. Ils sont arrivés sans armes. « Nous venons en paix », disaient-ils.  Quatre mois après cet évènement qui avait enflammé la toile, le correspondant de Libreinfo.net, en parle dans une chronique(deuxième partie).

 

Par Inoussa Sankara, Correspondant Soum

Depuis fin octobre, avec l’annonce de la reddition de certains combattants, la ville de Djibo et de ses environs respirent de nouveau. Selon Ousseni Salam, conseiller municipal d’un village situé à 15 km de Djibo «depuis plus de trois mois, nous n’avons pas eu vent de mort d’homme par arme à feu. Et Dieu sait qu’avant, tous les jours il y avait des cadavres aux abords de tous les chemins menant au village. Les jours suivant leur retour, les terroristes de retour nous ont dit qu’ils ne vont plus tuer, mais qu’ils exigent un respect strict du mode de vie de la loi islamique ;  Selon  eux, cela signifie le port de la barbe et du pantalon s’arrêtant au dessus de la cheville et l’accomplissement de la zakat. Tout celui qui ne respecterait pas ces règles sera systématiquement frappé de plusieurs coups de fouet et son pantalon coupé sur place».

Un mois après, soit fin novembre, les discours n’étaient plus radicaux comme de par le passé et plusieurs choses ont été timidement tolérées. Les baptêmes et les mariages qui étaient interdits, selon la pratique de depuis toujours dans la localité, sont de nouveaux acceptés.

A Tongomayel, commune rurale située à 18 km de Djibo, les djihadistes ont autorisé l’ouverture à nouveau de la mosquée du vendredi et des autres mosquées. Ils ont également encouragé les écoles franco- arabes avec une nette domination du programme arabe, mais ils précisent que les ardoises doivent être en bois comme dans les foyers coraniques.

« Tout ça n’est pas un problème et c’est un bon début ; ce que nous déplorons, ce sont les tueries et le fait de nous chasser de nos maisons » se lamente un résident de Roumirdé, un village maraboutique à quelques encablures de Tongomayel.

Les déplacés qui ont pris le risque de retourner dans leurs villages ont parfois réagi face aux injonctions des “djihadistes” venus visiter les villages. Moussa (nom d’emprunt), jeune homme du village de Sibè nous raconte : « Le premier jour de notre retour, ils sont passés nous réunir pour faire des prêches. Ils ont réaffirmé qu’ils luttent pour la cause de Dieu et que si nous voulons rester, il va falloir respecter leurs règles de conduite. Nous leur avons dit que nous ne sommes pas contre les prêches car tout le village pratique l’islam alors pourquoi nous y contraindre encore ? ». Le plus âgé des djihadistes, âgé d’une quarantaine d’années, rétorqua :   « Vous pratiquez de la mauvaise manière, vous ne respectez pas ce qui est dit dans le livre saint. Vous pouvez rester, mais nous détestons les calomniateurs, gare à celui qui va aller en ville parler de nous. Nous avons des gens partout qui nous rapportent vos ragots. »

Selon des villageois de Kobawaque que nous avons interrogé, « Ils ne sont plus menaçant comme avant mais chaque fois (les jours du marché), ils reviennent prélever la zakat chez les éleveurs car c’est la loi de Dieu, disent- ils» Mais peu importe, poursuit- il, «mieux vaut perdre un animal sur 10 que de perdre la vie, et puis, tout le monde est extenué de courir et de vivre en ville sous la coupe de l’aide des ONG ».

A Djibo, on aperçoit parfois certains d’entre eux qui viennent se balader

A Djibo, on aperçoit parfois certains d’entre eux qui viennent se balader. Une restauratrice nous a confié qu’avant de payer à manger, ils se renseignent d’abord si la vendeuse est mariée ou pas, car ils ne souhaitent pas manger de la nourriture préparer par des jeunes filles célibataires. Et pour ne prendre de risque, ils préfèrent les restaurants où ce sont des hommes qui font la cuisine.

En tout état de cause la vie est entrain de reprendre à Djibo. Le marché à bétail commence à faire le plein tous les mercredis jour de marché, et plusieurs commerçants qui avaient quitté la zone du fait de l’insécurité reviennent pour les affaires.

Aussi, depuis le début de l’année, l’administration publique dans la ville a repris timidement leurs activités même si certains services n’ont toujours pas restent fermés. Le couvre feu qui, depuis 2018 était à 19h puis à 20h a été ramené à 22h pour le bonheur des habitants de la ville.

Il y a cinq mois de cela, les nuits et même de jours, on ne pouvait faire trois heures sans entendre un coup de feu à l’intérieur de la ville ou aux environs. Mais voila depuis fin octobre, on peut faire des semaines sans un tir à Djibo, mieux, les tueries ont quasiment cessé et certains déplacés sont déjà de retour dans leurs villages.

Nous avons cherché à comprendre pourquoi le retour brusque de ces jeunes. Eux mêmes ont refusé de parler, ils disent que ce n’est pas le moment. Mais selon certaines indiscrétions, plusieurs choses ont motivé leur retour dont entre autres le retrait de plusieurs de leurs armes par les chefs. Et un combattant sans armes est un lion édenté, disent-ils. Les affrontements violents et meurtriers entre plusieurs groupes ont fait beaucoup de morts et de blessés. Enfin il y a des autorités pour ceux qui désirent de déposer les armes.

Soulignons que ce retour ne concerne, pour la plupart, que les membres d’un seul groupe de combattants.

Le problème que ce retour pose la suite des évènements. En effet même s’ils l’ont fait de bonne foi, comment et de quoi vont-ils vivre désormais si l’état ne prévoit pas des cadres de déradicalisation et de réinsertion pour ces jeunes. Comment se fera la cohabitation avec le reste de la population ? Ne risquent-ils pas d’être stigmatisés ou de subir la vengeance de certaines victimes ? Ce sont des questions auxquelles le gouvernement doit se pencher rapidement afin de poursuivre le processus de paix pour le bonheur de nos populations.

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