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Economie: prospection de la multinationale Intertek au Burkina, un citoyen rappelle au ministre Kabore les textes en vigueur

Burkina Verification Certification Intertek Harouna Kabore
L'un des responsables de la délégation Intertek en audience chez le ministre Harouna Kabore(droite) le 11 février 2021

 

Le 11 février dernier, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat a reçu en audience une délégation de l’entreprise Intertek dont le siège social est à Londres. A sa sortie d’audience, le directeur régional de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique Centrale de la multinationale, Marcel Compaoré, porte-parole de la délégation, a déclaré que l’objet de la visite était d’obtenir du ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Harouna KABORE, un accompagnement conséquent pour l’implantation de l’entreprise au Burkina. Sans détour, le ministre Harouna KABORE a, d’ores et déjà, donné son quitus et a promis d’accompagner la multinationale qui œuvre dans la certification des produits pour qu’elle dépose ses valises au Burkina. Or, de mémoire, cette pratique consistant à s’attacher des services d’une entreprise privée dans l’inspection et la certification des marchandises a été décriée et dénoncée par les partenaires sociaux notamment le SYNATRAD, sur la base de la déclaration de Niamey et la convention de Kyoto. Le ministre Harouna KABORE n’est pas censé ignorer cette nouvelle orientation d’autant qu’il fut, il y a quelques années, des intrépides détracteurs du Programme d’Inspection et de Vérification (PIV). Si  donc le ministre Harouna KABORE semble oublier les faits, il est nécessaire de lui en faire une brève genèse.

Installées à la faveur du  Programme d’ajustement structurel (PAS) dans les années 91 et 92, les sociétés d’inspection ont progressivement ravi la vedette aux différentes administrations des Etats- parties du PAS en offrant leur service dans le domaine de la vérification et de la certification. Après la société générale de surveillance en 2012, la pionnière d’ailleurs, c’est à la Société COTECNA SA que le gouvernement burkinabè a retenu pour assurer ces services dont il s’est toujours réjoui des bons et loyaux dévouements jusqu’à l’avènement de la Transition politique de 2015 qui, tel un vent, a balayé tant de pratiques, les pertinentes comme les moins pertinentes.  En effet, lors d’un cadre d’échanges entre le gouvernement et les partenaires sociaux, il est ressorti la nécessité de résilier le contrat de vérification et de certification pour le  confier désormais à l’administration douanière. On a encore en mémoire la déclaration de l’ancien directeur général  des douanes, Adama Sawadogo, qui a annoncé publiquement le divorce avec COTECNA à partir du 7 septembre 2018. A l’époque, trois raisons ont été avancées.

D’abord, selon les autorités, il s’agirait d’amortir le coût jugé onéreux des contrats de certification et de vérification ainsi qu’il a été relevé des termes des échanges entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Ensuite, en réhabilitant l’administration douanière dans la plénitude de ses prérogatives, l’Etat du Burkina donnait ainsi le gage d’un respect de la convention de Kyoto révisé le 8 juin 2017 qui appelle à la conformité avec les pratiques modernes en vue de faciliter les échanges.

Enfin, l’Etat s’inscrit dans la logique des recommandations de la déclaration de Niamey sur le soutien aux administrations douanières en vue de la reprise effective et l’accomplissement efficient de la vérification et la certification. Le ministre Harouna KABORE serait-il alors  étranger à ces nouvelles réformes ?

C’est donc avec une regrettable surprise que nous avons appris la velléité du ministre Harouna KABORE  de remettre en cause la reforme pour confier à la société privée Intertek le programme de vérification et de certification des produits et marchandises. Que valent alors les déclarations pompeuses servies lors de la rupture avec Programme de Vérification des Importations (PVI) depuis septembre 2018?

Pourtant, le gouvernement avait en effet annoncé sa détermination à repositionner définitivement et  pleinement  l’administration douanière dans ses fonctions régaliennes. Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, en usurpant d’ailleurs les prérogatives de son collègue des finances s’inscrit aux antipodes de cette orientation en déroulant le tapis rouge à Intertek. On se souvient encore la position controversée du ministre en Suisse à l’occasion de l’appel à la responsabilité des multinationales.

Le ministre, en soutien à Isabelle Chevalley, avait alors défendu bec et ongle, sans concession aucune, la cause des multinationales. L’un expliquant l’autre, on peut alors comprendre que le ministre Harouna KABORE, droit dans ses bottes, avant même qu’un Conseil des ministres ne pipe mot enfourche sa trompette pour rassurer ses amis de la société Intertek. Pourquoi une telle précipitation du ministre à donner son engagement à accompagner l’entreprise Intertek ?  En tout état de cause, le gouvernement ne pourrait être comptable d’un tel partenariat au risque de confirmer une incohérence criarde dans sa politique de vérification et de certification des marchandises.

Plus grave et en méconnaissance de l’activité de certification et vérification, le ministre  parle d’un partenariat entre l’Intertek et l’ABNORM. En quoi, une société qui a plutôt pour objet la certification travaillerait avec l’ABNORM ? Il y a, au regard de ses interrogations, matière à suspecter des manœuvres visant à brouiller la vigilance des uns et des autres. On s’inquièterait aussi du silence éventuel des partenaires sociaux qui ont naguère  plaidé et obtenu que soit restitué à l’administration douanière la plénitude de ses prérogatives en matière de vérification et de certification des produits et marchandises.

L’administration douanière et les partenaires sociaux, forts de leur conviction et déterminés à préserver leurs acquis, sont invités à se mettre en ordre de bataille afin d’empêcher (…)de placer qui il veut dans un maillon essentiel du trafic au Burkina. Autrement, ils doivent se préparer à assumer leur complicité en cas d’installation d’Intertek au Burkina suivie du dessaisissement de l’administration douanière de certaines de ses prérogatives.

Un citoyen

Sylvain Barro, agent de commerce

Chef d’entreprise