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[Edito] Burkina Faso : que vaut encore l’autorité de l’Etat ?

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Le Président Kabore lors de son investiture le 29 décembre 2015
Le Président Kabore lors de son investiture le 29 décembre 2015

C’est un secret de polichinelle que de dire que l’autorité de l’Etat au Burkina Faso est gravement en difficulté. Le constat est marrant, surtout dans le contexte actuel de Covid-19 où le gouvernement s’est suffisamment exposé à la défiance à travers ses multiples maladresses, tâtonnements et contre-vérités. La remise en cause du fondement juridique des mesures prises, la gestion approximative des espaces de culte et de commerce, les bouleversantes révélations sur le décès de la 2è vice-présidente de l’Assemblée nationale ont drastiquement effondré l’autorité de l’Etat au point où l’on peut s’interroger sur ce que vaut encore cette autorité qui devrait pourtant constituer le solde de l’action étatique.

Par la Rédaction

Dans le cadre de la gestion du Covid-19, l’exécutif burkinabé a pris un certain nombre de mesures instituant entre autres, la mise en quarantaine de certaines localités, un couvre-feu sur toute l’étendue du territoire national. De façon percutante et insistante, des praticiens du droit révèlent que ces mesures restrictives de libertés n’ont aucun fondement juridique sérieux. Ce qui handicape le rayonnement de l’autorité de l’Etat non seulement de la part de l’exécutif qui ne peut sereinement exiger le respect scrupuleux de ces mesures, mais aussi de la part du pouvoir judiciaire qui ne peut raisonnablement poursuivre un citoyen pour le non-respect desdites mesures. Du coup, les citoyens se trouvent fondés à défier l’autorité de l’Etat dans le cadre de la mise en œuvre de ces mesures. On en voit effectivement qui s’adonnent à cette défiance, même si l’on peut convenir que certains d’entre eux n’ont pas connaissance de ce défaut de solidité juridique censée fonder la contrainte publique à les respecter.

De plus, depuis le début de la pandémie du Covid-19 dans notre pays, le discours des autorités étatiques peinent à rassurer les populations. Certains croyaient – tout de même – à ces discours malgré les contradictions flagrantes entre autorités gouvernementales jusqu’à ces derniers jours où la ministre de la Santé a reconnu avoir menti devant la Représentation nationale relativement aux démarches devant être entreprises auprès de la famille de la député Rose Marie Compaoré qui a été déclarée première personne décédée du Covid-19 dans notre pays. Cette reconnaissance publique de mensonge a, non seulement foudroyé l’autorité de l’Etat, mais aussi fait dissiper le peu de confiance dont bénéficiait encore le gouvernement. Or, c’est la confiance qui sous-tend durablement le rayonnement de l’autorité de l’Etat.

Et le gouvernement se plia à un ultimatum donné par des citoyens !

Une autre situation révélatrice de ce que l’autorité de l’Etat traine par terre, se rapporte à la gestion des marchés et des lieux de culte dans ce contexte de Covid-19. Au regard du très fort degré de contagiosité de cette pandémie, le gouvernement devrait ordonner la fermeture des lieux de culte ; ce d’autant plus qu’il y a un ministère en charge du culte au sein dudit gouvernement. Mais ce département ministériel a joué dans le silence, même lorsque des voix s’élevaient pour exiger la fermeture de ces lieux.  Or, au Niger voisin, le gouvernement a ordonné une telle fermeture et s’y maintient puissamment jusqu’au 1er juin. Son homologue burkinabé, lui, a manqué de s’assumer jusqu’à ce que les responsables des différentes confessions religieuses prennent des mesures pour annoncer la fermeture de leurs lieux de culte. Et c’est bien longtemps après, que le ministère en charge du culte a entériné ces mesures émanant de leaders religieux.

Mais voilà que certains religieux, certainement parce que convaincus de la faiblesse de l’autorité de l’Etat, ont donné un ultimatum de moins de 24 heures au gouvernement de faire en sorte que les mosquées soient rouvertes. Et le gouvernement se plia aussitôt ; avant même l’approche de l’échéance. Quelques jours plutôt, ce sont des commerçants qui ont obligé le même gouvernement à rouvrir des marchés fermés ; là aussi pour réduire le risque de propagation du Covid-19. Preuve que l’autorité de l’Etat a foutu le camp face aux citoyens. En tout cas, l’on peut bien s’interroger sur ce que vaut encore cette autorité dans notre pays. Apparemment, pas grand’chose.

Pourtant, l’on se rappelle que dans son discours d’investiture, le président du Faso, Roch Kaboré, avait pris l’engagement de restaurer l’autorité de l’Etat. Une autorité mise à mal depuis 2011, et qui, aujourd’hui, est en voie de dissipation. Or, c’est cette autorité qui, sous-tendue par la confiance que les citoyens ont à l’égard des dirigeants, traduit l’effectivité rayonnante de la puissance de l’Etat. Puissance que de grands penseurs comme le philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679) considèrent la sève nourricière, la source vivifiante de l’action et de la respectabilité étatiques.

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