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[Entretien] TAC: «C’est une chance d’avoir cet instrument de coopération et il faut l’exploiter à fond» Alpha Barry

Coopération Burkina Côte d'Ivoire TAC
Le Ministre Burkinabè des Affaires Etrangères Alpha Barry

Le Ministre des affaires Etrangères du Burkina Alpha Barry s’est réjoui des travaux du neuvième Traité d’amitié et de coopération (TAC9) tenu à Abidjan du 24 au 27 juillet 2021. Pour le chef de la diplomatie Burkinabè, le TAC est un bel instrument de coopération bilatérale rare dans le monde. Répondant aux questions de Libreinfo.net, il a abordé les sujets en rapport avec le transport, les échanges entre les deux pays, la traite transfrontalière des enfants, la carte consulaire en Côte d’Ivoire, etc.

 

Propos recueillis à Abidjan par Albert Nagreogo

Libreinfo.net (Li) : vous avez tenu le 9ème TAC dans un contexte sécuritaire et sanitaire difficile. Qu’est-ce qui a poussé les deux pays à tenir le TAC malgré la situation ?

Alpha Barry (AB) : Le TAC est un instrument, un bel instrument de coopération bilatérale. C’est rarissime, c’est rare dans le monde que deux pays tiennent des conseils de gouvernement avec l’ensemble des ministres autour de la table pour discuter des problèmes. C’est comme une grande commission mixte de coopération. La relation entre la Côte d’Ivoire et le Burkina est assez particulière, parce qu’on parle d’au moins 4 millions de burkinabè vivant en Côte d’Ivoire. Cela veut dire que c’est un pays avec lequel on ne peut pas avoir une relation quelconque et vice-versa. Il faut faire en sorte que tous les problèmes qui se posent aient des solutions et je pense que c’est ça qui fait le fondement du TAC.

C’est une chance d’avoir cet instrument de coopération et il faut l’exploiter à fond. Quand deux pays sont aussi impliqués, il y a forcement des problèmes, il y a des besoins de règlement de certains problèmes. C’est pourquoi on a tenu à ce que ce TAC là se tienne. Depuis que le TAC existe, c’est en 2015 qu’il n’a pas pu se tenir. En 2020, il ne s’est pas tenu mais en réalité on avait déjà décidé en 2019 de la formule d’une rencontre tous les deux ans. Mais cette année, il fallait absolument que le TAC se tienne malgré les difficultés d’agenda des Chefs d’Etat. On s’est dit que les premiers ministres et le conseil de gouvernement pouvaient se réunir.

Li : Donc tous les travaux ont fait l’objet de consensus pendant ce TAC ?

AB : Oui. Nous avons sorti un communiqué qui est le fruit du consensus, nous sommes tombés d’accord aussi sur deux accords qui ont été signés.

Li : Lesquels ?

AB : Il y’a eu un accord qui porte sur la fluidité des marchandises et de certains produits de première nécessité et les produits locaux. Cela pour lutter contre la vie chère. Tout le monde se plaint de la flambée des prix tant au Burkina qu’en Côte d’Ivoire. Il était donc important qu’on donne un signal aux populations. On ne peut pas se réunir sans donner un signal aux populations que nous sommes préoccupés par cette montée de la vie chère. C’est pourquoi cet accord a été négocié et signé. Il y’avait un autre accord qui porte sur la culture et les arts.

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Li : Qu’est-ce que le Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire gagne dans ce TAC concrètement ?

AB : La Côte d’Ivoire est un pays où il y’a une industrie manufacturière qui est beaucoup plus développée qu’au Burkina. A ce titre, le Burkina est un marché pour la Côte d’Ivoire et cela à travers l’UEMOA et la CEDEAO. C’est pourquoi la Côte d’Ivoire bénéficie des facilités accordées par l’UEMOA et la CEDEAO pour exporter ses produits vers le Burkina. Mais en retour vous savez bien qu’il y’a des produits burkinabè qui sont exportés vers la Côte d’Ivoire, notamment tout ce qui est bétail, viande, produits du cru, tout ce qui est fruit et légumes.

Il y’a aussi les hommes d’affaires de part et d’autre. Surtout les hommes d’affaire burkinabè qui sont installés en Côte d’Ivoire. Il y’a ceux qui y sont nés, qui font des affaires sur place, mais il y’a ceux qui sont au Burkina et qui ont des entreprises et qui s’implantent en Côte d’Ivoire. Le TAC a fait un clin d’œil à ces gens qu’on peut appeler les champions de l’économie, les champions d’entreprise, les champions en termes d’affaires. Le conseil conjoint de gouvernement à décidé qu’il faut que les Etats accompagnent, soutiennent ces hommes d’affaire, identifient certains d’entre eux qui sont de véritables champions et voir comment faire en sorte qu’ils puissent établir des accords, des relations entre eux ; que les Etats les appuient pour en faire de véritables multinationales ivoiro-burkinabè qui peuvent s’imposer, pas seulement en Afrique de l’Ouest mais au-delà grâce au fait que nous avons maintenant un marché africain qui est ouvert avec la ZLECAF après son entrée en vigueur.

Li : Sauf que le forum des hommes d’affaires n’a pas pu se tenir 

AB : Oui, le forum des hommes d’affaire n’a pas pu se tenir parce que les Etats ne veulent pas faire trop de regroupements à cause de la COVID 19. Voici pourquoi on n’a pas tenu le forum des hommes d’affaire. Mais dans le communiqué de presse il a été souligné que le forum des hommes d’affaires aura bien bel et bien lieu en 2023 à Ouagadougou. Le forum est une activité assez importante aux yeux des deux gouvernements et il fallait souligner le fait qu’il va se tenir dans deux ans.

Li : Qu’est ce qui a empêché la réouverture des frontières pendant ce conseil conjoint ?

AB : vous savez  que le flux entre le Burkina et la Côte d’Ivoire n’est pas aussi simple. Ce n’est pas un flux quelconque. Ce sont des centaines et des centaines de personnes qui passent par jour et cela suppose qu’il faut être capable de bien organiser les mesures sanitaires, de pouvoir maîtriser les questions de sécurité. Il y a le contexte de la COVID 19 mais il y’a aussi des difficultés de sécurité au niveau des frontières.

Nous avons la question de la traite transfrontalière des enfants. Aujourd’hui, malgré la fermeture des frontières, les enfants arrivent à passer. Et c’est une préoccupation partagée parce qu’il y’a des menaces sur le cacao ivoirien du fait du travail de ces enfants. Donc la Côte d’ivoire se bat au niveau international pour ne pas voir son cacao sanctionné. Le Burkina aussi se bat à l’international pour ne pas que le coton soit sanctionné. Il y’a donc toutes ces situations qui font qu’il faut bien mesurer cette ouverture pour éviter des situations difficilement gérables qui peuvent être sources de beaucoup d’autres problèmes.

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Li : Dans le domaine de la sécurité, on voit que le Burkina et la Côte d’Ivoire mènent des opérations militaires conjointes. Cela voudrait-il dire que les deux pays veulent se donner la main pour aller de l’avant sur la question sécuritaire ?

AB : Mais bien-sûr. Je vais vous répondre plus simplement pour dire que nous n’avons pas le choix. Les deux pays n’ont pas le choix parce que d’abord on est dans une menace qui est régionale, parce qu’elle touche pratiquement tous les pays. Tous les pays du Golf de Guinée sont menacés et la Côte d’Ivoire a déjà subie des attaques au niveau des zones frontalières avec le Burkina. Il faut une synergie entre les deux pays afin de créer des dynamiques de coopération permettant de faire face au phénomène.

Il y a des forêts classées de part et d’autres de notre frontière et les risques de voir s’incruster les groupes terroristes dans ces zones sont assez grands. Il est important que les deux pays se mettent ensemble pour des opérations qui puissent permettre de sécuriser de part et d’autre de leur frontière. C’est comme ça qu’on peut à avoir un meilleur contrôle de ces zones.

Li : Quel est le problème entre le Burkina, la Côte d’Ivoire et le groupe Bolloré concernant le chemin de fer ?

AB : Il y’a une convention entre Bolloré et les deux Etats depuis des années 90. Cette convention a été révisée et signée en 2017 mais elle n’a pas encore été mise en œuvre. Cette convention appelée la Convention de construction révisée (CCR) devait inclure des investissements sur le chemin de fer pour le rendre beaucoup plus performant. Parce qu’aujourd’hui il y’a certains niveaux de la ligne du chemin de fer où le train ne peut pas dépasser 30 km heure. Il y’a des soucis techniques sur la voie ferroviaire avec des déraillements de train.

Il y’a donc un besoin d’investissements sur la voie ferroviaire. Ce qui va permettre de rendre le train beaucoup plus rapide, beaucoup plus fluide et faire que le transport de marchandises se développe sur ce réseau. Le train voyageur doit aussi se développer sinon aucun voyageur ne va monter dans un train qui roule à 50 kilomètres heures. Jusque là, cette convention de construction, notamment dans son volet investissements n’est toujours pas mis en œuvre. Peut-être qu’il y’a des reproches de part et d’autre, mais nos Etats ont dit qu’on ne peut pas signer une convention sans ce volet d’investissement. On a fait confiance à un partenaire et jusque-là on ne voit rien venir. Dans le communiqué de presse, les deux états ont fixé une échéance au 30 octobre 2021 pour dire que  d’ici cette date, si rien ne démarre, ils vont passer à une autre étape qui est celle de rechercher un autre partenaire.

Li : On apprend que Bolloré a un conflit d’intérêt qui serait en jeu, notamment avec le chemin de fer Burkina-Ghana. Il y’a aussi le métro de la Côte d’Ivoire. Est-ce que ce n’est pas suffisant pour que Bolloré traine les pas ?

AB : cela suppose qu’il puisse être dans une discussion dynamique avec les États. Les États ne sont pas fermés à la discussion mais pour le moment on n’est pas dans cette dynamique.

Li : Et l’autoroute Yamoussoukro-Ouagadougou ? Les ivoiriens chantent tous les jours qu’ils sont très avancés contrairement au Burkina Faso. Qu’est-ce qui fait qu’au Burkina on ne voit pas les machines démarrer ?

AB : D’abord,  il faut savoir que ce sont des chantiers qui sont assez importants avec beaucoup d’argent en jeu. C’est un investissement énorme. D’abord, le Burkina avait pris du retard dans les études. Ensuite nous étions orientés sur des schémas qui n’étaient pas les bons. Il faut savoir aussi qu’on avait compté sur des partenaires et ça n’a pas donné. C’est quelque chose de courant, ça arrive dans tout ce qui est coopération et partenariat. Vous pouvez commencer à discuter, à compter sur un partenaire et puis en cours de chemin, ça peut ne pas marcher. Ce n’est pas quelque chose de particulier.

Donc, c’est un gros investissement qui nécessite beaucoup de financements. C’est peut-être ça qui fait trainer mais comme vous verrez dans le communiqué, le gouvernement reste toujours engagé sur ce chantier. Et c’est ça qui est important. Ça veut dire que le chantier demeure et qu’il n’est pas abandonné. D’ailleurs, les études pour la partie Ouaga-Bobo-Dioulasso sont terminées. Ce qui est en cours, c’est la partie Bobo-Dioulasso jusqu’à la frontière. Les deux Etats ne désespèrent pas qu’un jour on puisse se croiser avec les deux autoroutes.

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Li : Le problème de la carte consulaire devient récurrent avec les tracasseries subies par nos compatriotes en Côte d’Ivoire. Qu’est-ce qui est fait véritablement pour la résolution de ce problème ?

AB : Le problème de racket est un problème général. Ce n’est pas parce qu’on ne reconnait pas la carte consulaire. Vous savez que quand quelqu’un se décide à vous racketter, rien ne l’arrête. Vous avez beau avoir les papiers au complet, cela ne change rien surtout si vous êtes un analphabète. Les gens ont toujours tendance à faire du racket. C’est ce qui arrive partout et pas seulement en Côte d’Ivoire. Même au Burkina, les rapports du REN-LAC sont éloquents à ce sujet. Concernant le coût de la carte, vous savez que les burkinabè en Côte d’Ivoire sont partout sur le territoire.

C’est une particularité. Cela veut dire que malgré tous les efforts qu’on va faire, on ne réussira pas à envoyer des kits partout. On a fait des efforts en multipliant les centres d’enregistrement. Mais si on ne peut pas multiplier les centres d’enregistrement jusqu’au moindre petit village, ça veut dire que quand vous êtes dans un besoin vous n’avez le choix que de vous déplacer. Quand vous prenez quelqu’un qui est venu à Abidjan faire sa carte consulaire, cela lui coûte plus que quand il reçoit sa carte sur place. Parfois, ce sont les burkinabè même qui cotisent pour afin que les cartes se fassent sur place. Ce n’est peut-être pas normal mais il est difficile que chacun puisse trouver les machines dans son village, dans sa ville ou dans son campement.

Donc forcément, il faut des déplacements qui vont générer des dépenses. En réalité, le coût de la carte n’a jamais changé. Mais vous avez des intermédiaires qui essaient d’organiser les choses et profiter de l’analphabétisme de certaines populations pour leur prendre de l’argent. Sinon le coût de la carte n’a jamais varié,  il est toujours le même. La carte coûte 7000 francs et il y a une répartition qui est assez clair. La part qui revient au trésor public est toujours reversée. La part qui revient au financement de la maison du Burkina est toujours là. C’est toujours audité et on n’a jamais fait bouger un franc de ce compte-là. La part qui revient au consulat et à tous ceux qui organisent la réalisation des cartes est modeste.

Pour dire que c’est une opération assez claire, transparente. Je ne dis pas que tout peut être clean à 100%. Evidemment on ouvre l’œil, il y’a quelques mois de cela j’ai attiré l’attention des ambassades et des consuls. J’ai tenu une réunion à Abidjan avec l’ambassadeur et les trois consuls généraux que nous avons, pour dire d’ouvrir l’œil sur cette situation et de me faire un rapport sur tout ce qui concernerait des cas de détournements. Jusque-là, on n’a pas encore eu des situations pareilles.

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