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Entretien: « quelqu’un qui est exploité, terrorisé et réprimé ne peut que réagir en résistance » Bassolma Bazié SG CGT-B

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Demission Bassolma Bazie CGT-B

La démission du secrétaire général de la CGT-B Bassolma Bazie fait l’actualité burkinabè depuis dimanche 24 janvier. C’est un fait rare de voir un leader syndical de sa trempe démissionner de la fonction publique. C’est un secret de polichinelle depuis le mois de septembre 2020,la tension entre le ministère du Pr Stanislas Ouaro et le Bassolma Bazie était montée d’un cran. Celui ci a fini par démissionner le 24 janvier 2021 pour son honneur dit-il. Dans cet entretien avec Libre info, Bassolma Bazie les motivations de ce  départ anticipé de la fonction publique.

 

Propos recueillis par Albert Nagreogo et Tatiana Kabore

Libreinfo.net (Li): Est-ce que Bassolma Bazie va aussi démissionner de la CGT-B?

Bassolma Bazie (BZ):Rassurez-vous que la démission de la fonction publique n’est pas une démission du mouvement syndical, ce n’est pas une démission de la Confédération générale du travail du Burkina(CGT-B). Bien au contraire c’est une démission dans le sens de préserver les principes pour lesquelles nous nous battons, envoyer un message fort à l’endroit de ceux qui nous gouvernent que nous n’allons pas dans la légèreté admettre qu’on piétine les règles qui constituent la vie en civilité et qui font la différence entre la vie dans une cité et la vie dans une jungle.

Li: Votre démission été faite de façon concertée ou c’est une décision unilatérale ?

BZ:(Rires) je commence par vous dire que quand je passais les concours c’était une décision unilatérale elle n’était pas concertée.

Li: Sauf qu’aujourd’hui vous n’êtes plus Bassolma Bazié en tant qu’individu mais vous êtes Bassolma Bazié à la tête de la CGT-B qui défend des intérêts des travailleurs ?

BZ: Oui je suis tout à fait d’accord. Mais ce qui concerne la vie d’un leader, il y’a des moments où il y’a des décisions où vous seul en toute âme et conscience vous décidé. Vous devez avoir la capacité de dire, je peux le faire parce qu’il n’y a pas une décision concertée qui puisse véritablement convaincre quelqu’un à dire, abandonne ton salaire. La décision est personnelle parce que quand vous dites unilatérale ce n’est pas le terme surement qui sied mais elle est personnelle.

Li: Quel est l’effet que vous attendez après cette démission vis-à-vis du gouvernement et des camarades syndicats ?

BZ: Les éléments qui m’ont amené à déposer la lettre de démission, c’est surtout le respect des normes ratifiées dans notre pays. Si vous êtes dans un pays où exactement le minimum des normes dégagées ne sont pas respectés vous n’êtes pas dans un Etat de droit. Ceux à quoi, je devrais m’attendre qu’on comprenne que l’éducation des enfants de notre peuple ne doit pas être une forêt où on déverse tout type d’aventurier. Si vous gérez des décisions administratives par des humeurs vous êtes un aventurier.

Li: Quand vous démissionnez quel est le message que vous envoyez à la communauté internationale ? parce que vous avez informé le Bureau International de Travail (BIT) de votre démission.

BZ:(Rires) Par rapport à l’opinion internationale je pense qu’en juin 2019, l’actuel premier ministre a fait un discours à la tribune du BIT à Genève où il s’est glorifié du fait que notre pays a ratifié des dizaines de convention. Il a pris l’engagement devant la communauté internationale que les autorités vont travailler à aller dans le sens du respect strict de ces conventions. Mais si vous dites des discours à l’extérieur et vous venez à l’intérieur pour faire autre chose, il est tout à fait clair que nous réagissons et apportons la même réponse au niveau international afin que vous soyez interpelés. On ne part pas ratifier les conventions pour tout simplement venir faire du djandjoba, ce n’est pas un remplissage de livre, ce sont des conventions qui sont issues de l’Organisation internationale du travail qui a été créée en 1919 après la première guerre mondiale dont les fondements et préambules ont estimés que pour éviter des grèves dans notre monde, la chose sur laquelle fondamentalement il faille agir c’est la justice sociale.

Si vous voulez la paix, cultivez la justice sociale et c’est justement dans ce sens de culture de la justice sociale que les normes, les conventions et les recommandations ont été prises. Donc s’il faut se retrouver à Genève avec des deniers publics, des ressources dont les dirigeants même disent que ça manque chaque année pour aller légiférer, voter des conventions et puis revenir dans le pays et ne pas les appliquer et les considérer comme des chiffons autant ne pas faire dilapider les deniers publics dont les peuples même disent ça manque.

Li: Est-ce que le gouvernement n’a pas eu finalement raison de vous ?

BZ: Ça dépend, si un gouvernement estime que quelqu’un qui exige le respect de sa propre parole donnée à travers des engagements pris le 07 janvier 2010 et le respect des conventions qu’ils ont ratifiées, la convention 135, la convention 161, la convention 198, la convention 98 etc. exigé que cela soit respecté c’est de l’amener dans une situation à dire que vous avez eu raison, je pleure conséquemment cette naïveté. Parce que ça reviendra forcement sur le visage.

Li: Est-ce qu’il faut craindre un climat délétère dans les jours à venir ?

BZ: Malheureusement, je ne suis pas un géomancien, je n’ai pas du sable pour taper et savoir mais les manettes se retrouvent tout simplement dans les mains du Chef de l’Etat. Tout en saluant mes parents Gourmantché je ne peux pas taper le sable et savoir s’il y’aura un climat délétère ou pas mais ceux qui sont à l’origine de ce climat délétère ce sont ceux qui dirigent le pays à travers leur façon de faire, d’appliquer les lois et de ne pas respecter leur propres parole données dans la mesure où ceux qui réagissent dans ce climat social ce sont des gens qui apportent des réponses, qui résistent à un climat qu’on leur impose. Donc comme on le dit quelqu’un qui est exploité et terrorisé qui est réprimé, il ne peut que réagir en résistance.

Li: Dans votre biographie, vous êtes aussi consultant minier. Est-ce que ça nourrit son homme ?

BZ: Vous me demandez si être consultant minier nourrit son homme. Je pense bien, dès lors qu’on dit consultant c’est sur la base de capacités bien fournies, de capacités bien prouvées et du fait que ceux qui viennent me consulter arrivent à trouver satisfaction qu’ils viennent où qu’ils repartent. Maintenant ça nourrit son homme? cela dépend de quel type d’homme, si c’est un homme qui vit que pour l’argent vous savez très bien que plus les gens en ont, ils en cherchent. Ceux même qui sont les plus cupides sont ceux qui ont les milliards dans les banques. Donc est ce qu’un consultant minier ça nourrit son homme, je dis, moi quand j’étais dans l’éducation, l’éducation me nourrit plus que tout autre.

Li: Ce n’est pas exclus que vous vous retrouvez à la tête d’un établissement ou créer un établissement pour vous épanouir davantage ?

BZ: L’éducation ce n’est pas nécessairement en créant un établissement ou en créant pas. Si vous suivez très bien ma page Facebook, ce que je fais au quotidien c’est une forme d’éducation. Le fait de passer une nuit, deux nuit à réfléchir sur un thème donné et à le diffuser à l’endroit des étudiants et des élèves c’est une forme d’éducation. Je peux aussi vous dire que l’éducation est permanente, le fait même que je croise un enfant dans la rue et que je me mets dans mon rôle d’éducateur c’est quelque chose d’important.

Li: Nous parlons de l’éducation où il y a de la rétribution ?

BZ: En ce moment vous parlez de la rétribution financière or moi je suis au-delà de cette valeur financière.

Li: Au public vous avez perçu un salaire n’est–ce pas ?

BZ: J’ai perçu une rémunération qui me permets de me déplacer, ce n’est pas un salaire parce que je n’ai jamais considéré que ce qu’on me paie dans le public est un salaire. Un éducateur n’a pas de salaire par contre un enseignant peut avoir un salaire et je fais la différence entre les deux.

Li: Vous étiez éducateurs ou un enseignant ?

BZ: Je suis un éducateur et non un enseignant. On a créé les lois pour dire qu’il faut aller enseigner, c’est-à-dire qu’il faut se retrouver en classe, recopier des livres, aller dicter et puis partir c’est ça enseigner. Or éduquer c’est enseigner plus autre chose, parce que l’enseignant c’est peut-être donner seulement le savoir. Eduquer c’est aller au savoir-faire en plus du savoir être. On ne produit pas des robots pour demain, nous produisons des hommes et un homme est viseur en plusieurs dimensions. Par conséquent, pour éduquer un homme il faut aller au-delà du fait que je dois tenir un livre et dicter or ceux qui dirigent le monde de façon politique ont décidé de saccager l’Afrique. Ils ont tapé sur un pilier essentiel qui est l’éducation, le système éducatif. Il faut clochardiser d’abord ceux par lesquels la parole, les leçons doivent passer qui sont les éducateurs. En les clochardisant eux-mêmes se cherchent pour ne plus être capable de fournir le moindre effort. En ce moment on fait des dictées de sorte qu’on ne puisse pas avoir des hommes conséquents de demain.

Li: Quelle est la situation de la lutte contre l’IUTS aujourd’hui ?

BZ: La lutte ne s’est pas arrêtée, elle se poursuit. Ce n’est pas parce que vous n’entendez pas de lancement de mot d’ordre de grève, des marches ainsi de suite que la lutte ne se poursuit pas. Elle se poursuit, parce que la lutte s’intègre toujours dans les quatre fonctions fondamentales de l’organisation syndicale. Le fait qu’on tienne des conférences de presse, des rencontres d’information, les conférences tout comme le 03 janvier et autres nous sommes en train d’enchainer davantage les armes. Donc la lutte contre l’IUTS, mais pas seulement l’IUTS parce que la plateforme porte sur bien d’autres questions, se poursuit bel et bien.

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