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[Entretien] recrutement VDP au Burkina Faso: « Nous devons être nos propres « Wagner », Oumarou Yaro expert en police de proximité 

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recrutement VDP au Burkina Faso
Oumarou Yaro, président du Centre International d’Inclusion Sociale et Financière, l’un des pères fondateurs de la police de proximité au Burkina Faso.

L’armée burkinabè a lancé le 24 octobre, le recrutement de 50 000 volontaires pour la défense de la patrie (VDP) en vue de renforcer les capacités d’intervention des forces sur le théâtre des opérations. Libreinfo.net s’est entretenu avec Oumarou Yaro, président du Centre International d’Inclusion Sociale et Financière, l’un des pères fondateurs de la police de proximité au Burkina Faso.

Propos recueillis par Ousmane Paré

Libreinfo.net : Comment avez-vous accueilli cette volonté du gouvernement de recruter 50 000 volontaires pour la défense de la patrie ?

Oumarou Yaro : Sur le plan personnel, c’est avec fierté de voir que cette idée de gamin que nous avions eu à l’époque ait été ressuscité 18 ans plus tard. C’est la preuve que nous avions de la vision malgré que les problèmes d’insécurité ne se posaient pas à l’époque avec acuité. 

Plus que le nombre de 50 000, c’est la répartition spatiale et le mode de recrutement qui rejoint ce que nous avions imaginé à l’époque, à savoir, faire en sorte que chaque commune ait ses agents communaux de sécurité. Ce recrutement en masse et par commune ne règle cependant qu’une partie des conditions de succès d’une police communautaire, à savoir la proximité. 

En plus de la proximité, il faudra que ces groupes soient représentatifs sociologiquement des différentes sensibilités de chaque commune, notamment ethnique, religieux, culturel. Autrement dit, ces volontaires communaux doivent être un échantillon représentatif de la communauté qu’ils représentent.

Aujourd’hui, certaines communes ne pourront même pas mobiliser la moitié pour des raisons que nous savons tous. La population n’y vit plus en tant que tel. Certainement qu’il y aura des mesures spécifiques. 

L’opportunité de ce recrutement massif n’est pas à démontrer, d’autant qu’on a essayé plusieurs méthodes depuis sept ans sans résultats probants. C’est donc une façon de changer de fusil d’épaule, ce qui n’est pas mauvais en soit. Nous devons être nos propre « Wagner », car les autres aussi ce sont construit dans la douleur. Rien ne garantit cependant le succès de cette mobilisation populaire si elle n’est pas combinée à d’autres actions et facteurs que j’aurai l’occasion certainement d’évoquer au cours de cette interview ou ultérieurement.

Libreinfo.net : Quel bilan faites-vous à votre niveau des actions des premiers Volontaires de la défense de la patrie ?

Oumarou Yaro: Avant tout commentaire, il faudra rendre hommage à ces VDP qui ont contribué activement au maintien de notre nation en tant qu’ État. Maintenant ce que j’en pense, c’est que pour la mise en place des premiers VDP, on a mis les charrues avant les bœufs, ce qui les a tout de suite mis en première ligne du combat. 

Les conséquences ont été parfois désastreuses, malgré leur bravoure qui frise souvent le miracle. Ils devaient dans un premier temps être dans un rôle de renseignements et de veille, des auxiliaires pour la sécurité et pour la justice en quelque sorte. Dès leur mise en place, ils ont été tout de suite mis au front d’office, sans formation ni équipements adéquats, et les forces de défense venaient maintenant en appui. 

Les VDP et les terroristes étant issus du même milieu, ils sont facilement repérables. A défaut de les abattre sur place, ils vont harceler leurs familles. A cela, il faudra ajouter la non inclusivité de ces groupes, car certains intérêts communautaires ne sont pas pris en compte. Conséquence, il y a eu souvent des règlements de compte ou des dénonciations calomnieuses.

Libreinfo.net : L’engouement n’est visiblement pas au rendez-vous surtout dans les grandes villes, qu’est-ce qui peut expliquer cela ?

Oumarou Yaro : Le manque d’engouement est lié aux traitements qui ont été réservés aux VPD, maintes fois relayés sur les réseaux sociaux : les nombreuses pertes en vie humaine, le problème d’équipement (armes et matériels de protection), le problème de rémunération, la prise en charge des ayants droit, etc. En plus, il n’y a pas un mécanisme spécifique d’enrôlement des travailleurs du public et surtout du privé. Ceux-ci risqueraient de perdre leur emploi en voulant défendre la patrie. C’est le second obstacle. 

Enfin, il n’y a pas une explication claire de ce que devrait être désormais le rôle d’un VDP communal. Les gens se sont fait leur propre opinion sur la base des VDP existants. 

Libreinfo.net : Pourquoi doit-on se faire enrôler ?

Oumarou Yaro : C’est la nation qui est en danger et chacun devrait apporter sa pierre d’une manière ou d’une autre. Ce que vous faites est une excellente contribution. Les éléments de réponse que je vous donne est aussi ma contribution, car j’apporte des pistes de solutions à certaines problématiques, de par mon expérience d’homme des sciences sociales et l’un des fondateurs de la première police de proximité classique au Burkina. 

Libreinfo.net : Comment inciter les Burkinabè à se faire enrôler ?

Oumarou Yaro : Il faudra mener une bonne campagne de communication de ce que seront et feront ces volontaires. Je ne crois pas que toutes les 100 personnes par communes seront armées. Ce sont des points de contact. Il y a beaucoup de personnes qui ont la phobie des armes.

Comme je le disais plus haut, il faudra mettre en place un mécanisme spécifique et incitatif pour l’enrôlement des travailleurs. Certains voudront même retourner dans leur commune d’origine, mais ils laisseront leur poste à qui sans être mis en demeure pour abandon de poste ? Quand nous avions lancé le recrutement des agents communaux de sécurité, l’engouement était au même niveau que celui des concours actuels de la fonction publique. 

Nous enregistrons en moyenne 1000 inscrits par jour au stade du 4 août, avant que celui-ci ne soit vandalisé après un communiqué communal qui n’avait pas lieu d’être.  C’est dire que l’engouement avait surpris tout le monde grâce à la communication que nous avons mis en place avec une cérémonie officielle de lancement au Conseil économique et social sous le parrainage de feu Thomas Sanon. En principe on ne devrait plus réinventer la roue. Les gamins que nous étions avons aussi grandi (Rire).

Libreinfo.net : Que suggérez-vous à l’État pour une contribution significative des forces civiles dans la défense de la patrie ?

Oumarou Yaro : Il faudra d’abord créer la confiance entre l’Etat et les populations afin d’éveiller davantage leur esprit patriotique. La confiance est la base de tout succès. Il faudra ensuite redéfinir le rôle des VDP par rapports aux FDS. Le président du Faso dans un speech a affirmé que l’armée accompagnera les VDP. Je ne sais pas si c’est un lapsus ou une philosophie d’action qui consiste à dire que la sécurité de chaque commune incombe à ses habitants et l’armée viendra en appoint.  Si non, la sécurité du territoire et des populations est le domaine régalien de l’Etat. Il faudra donc expliquer clairement l’approche choisie.

La question de représentativité et d’harmonie seront également des questions à traiter après l’enrôlement. Si on se rend compte qu’il y a des communautés ou sensibilités qui ne sont pas inscrites, il faudra les écouter et les inciter à le faire, dans l’hypothèse que certains joueront un rôle non armé.

Il y a ensuite des questions d’organisation. Quand nous avions mis en place notre police communautaire, chaque groupe avait des répondants au sein des FDS. Permettez que je n’explique pas tout dans la presse. Enfin et non des moindres, il faudra mettre en place des mesures incitatives, sans oublier des enquêtes de moralité dans les règles de l’art.

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