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[Entretien]L’avenir du Burkina Faso repose sur la réconciliation, c’est très important !

Michel Kafando Président de la transition au Burkina
Michel Kafando Président de la transition au Burkina

A la faveur de la 15è édition de Ciné Droit Libre 2019 à Ouagadougou, le Président de cette édition, Michel Kafando a répondu à nos questions au cours d’une émission plateau télé réalisé par Savane TV et présenté par Albert Nagreogo de www.libreinfo.net et Bénédicte Sawadogo de la radio nationale. Nous vous proposons en intégralité cet entretien avec Michel Kafando, Président de la transition.

Que devient Michel Kafando après la transition ?

J’ai toujours eu à dire que le diplomate est aussi un soldat de la paix mais il a une action à mener pas au même titre que l’armée sur le terrain comme nos soldats guerroient mais il a une action à mener comme complément de ce que les militaires font sur le terrain, des questions de négociations, de médiations, de facilitations etc…Après la transition, j’ai surtout continué dans le sens d’aider les organisations internationales en particulier l’OIF et les Nations Unies.  J’ai travaillé dans ce sens avec l’OIF, les Nations Unies à s’impliquer dans les conflits post électoraux, des différends au niveau des pays. J’ai été envoyé spécial pour l’OIF aux élections de Niamey (Niger), à Brazzaville (Congo) mais plus important c’est que j’ai été envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Burundi pendant deux ans et demi et c’est tout récemment je viens de démissionner.

C’est à dire ? On voulait plus de vous ?

J’ai cessé mes fonctions pas parce qu’on ne voulait plus de moi mais j’estime avoir rempli l’essentiel de ce que j’avais à faire .La mission qui été assignée à l’envoyer spécial, c’était pas d’aller directement au Burundi et de voir avec les autorités  comment on allait résoudre leur crise mais  d’appuyer les actions des leaders de la sous-région afin de persuader leur pays frère d’aller dans le sens de la réconciliation avec l’opposition  et de l’apaisement général, c’est ce que nous avons fait. Nous avons travaillé main dans la main et avons eu à préparer le dialogue qui était la clé de la solution à cette crise. Nous avons tout fait maintenant ils sont à la phase des élections qui n’est plus du ressort de Nations Unies.

Aujourd’hui Michel Kafando peut-il apporter une aide au Burkina Faso ?

Comme je l’ai dit en tant que diplomate je reste disponible pour tout. Je suis même déjà plus ou moins sollicité pour certaines élections qui vont avoir lieu en 2020 et je me sens bien, pas fatigué.

Vous êtes le Président de la 15è édition de Ciné Droit Libre qui a pour thème : Pourquoi la démocratie ? Selon vous, qu’est-ce que c’est que la démocratie ?

Je voudrais tout d’abord vous remercier de m’avoir invité à cette importante interview et profiter de l’occasion pour remercier les organisateurs de m’avoir porté à la présidence de cette 15e édition du festival Ciné droit libre.

Je dirai tout simplement qu’évidemment, nous connaissons le concept original, originel de la démocratie qui nous vient d’Athènes, qui nous vient de très loin et qui veut tout simplement dire le gouvernement du peuple par le peuple. Mais, vous savez aussi qu’aujourd’hui, la démocratie a pris de multiples facettes, partout, tout le monde parle de démocratie. C’est ainsi que vous avez la démocratie pluraliste, la démocratie populaire, la démocratie directe, etc. Donc, tout le monde s’approprie la démocratie parce que tout le monde sait bien que cette forme de gouvernance est celle que l’on souhaite, c’est-à-dire, que le peuple lui-même, gère ses propres affaires.

Partant de là, je peux dire que s’agissant du Burkina Faso et s’agissant de l’expérience de la transition, nous avons tout fait pour semer les graines d’une véritable démocratie. Je voudrais dire que nous avons mis toute notre priorité après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, sur la redéfinition, d’aucuns dirons la refondation d’un Burkina basé sur des valeurs qui puissent donner à chaque individu, à chaque burkinabè, le droit à la justice, le droit au respect, le droit à la liberté et pour cela, nous avons engagé un certain nombre de reformes notamment au niveau du conseil national de la transition. Donc, c’est pour dire que l’objectif premier que nous nous sommes assignés, c’était la recherche de la démocratie.

Quatre ans après, quel est le bilan que vous pouvez faire ? Est-ce que véritablement les graines ont vraiment poussées ? Est-ce que véritablement notre démocratie aujourd’hui a changé de coloration ?

Vous savez, la démocratie dépend de beaucoup de choses. Nous, nous avons mis les fondements en place et nous souhaitons que les choses aillent comme nous l’avons projetée. Mais, de la nature du régime, les hommes en place, les circonstances du moment, les contingences, etc., peuvent amener à une certaine dénaturation de la démocratie.

Personnellement, je n’ai pas d’appréciation à donner sur la gouvernance de notre pays mais, j’ai constaté quand même, que sur un certain nombre de points précis, notamment la liberté de la presse, il y a un certain recul. Car n’oubliez pas que la transition a fait beaucoup pour la liberté de la presse. Nous avons fait beaucoup pour la presse en ligne, la liberté de la presse, la presse parlée et si vous avez observé après la transition, chaque fois qu’il y a une appréciation à faire sur la liberté de presse au Burkina, chaque fois nous figurerons parmi les premiers. J’aurais voulu que cela demeure mais malheureusement comme je vous l’ai dit, dépendant des contingences et des hommes en place, vous pouvez avoir évidemment une certaine régression.

N’était-il pas du populisme dans une certaine mesure quand vous saviez que vous n’étiez pas là pour longtemps et que c’est d’autres qui allaient gérer les décisions que vous allez prendre ? Est-ce que ce n’est pas une manière de faire bonne figure devant le peuple burkinabè ?

Mais nous n’avons pas à faire du populisme parce que vous l’aviez si bien dit, nous n’avions que douze mois et finalement, nous en avons fait treize mois, parce que tout simplement nous avons eu le coup d’état entretemps. Nous ne pouvions pas faire du populisme puisque nous ne pouvions pas rester. On fait du populisme lorsqu’on veut montrer à ceux qui vous regardent de bonnes choses dans l’espoir d’être reconduit, ce qui n’était pas le cas pour nous puisque nous n’étions même pas éligibles. Donc, il n’y a pas de populisme mais, c’était la certitude pour   nous que si le peuple burkinabè s’est soulevé pendant deux jours, si cette jeunesse qui étaient au front, si ces femmes que vous êtes étaient dans les rues avec des spatules, si tout le monde s’est soulevé pour demander qu’un certain nombre de choses soient corrigées en matière de gouvernance, c’était bien parce que quelque chose manquait et ce qui manquait aussi, c’était bien cette liberté.

Il faut reconnaitre que nous avions une forme de démocratie relative mais, il en valait plus. Pour finir ce n’était pas du populisme, nous avions cette mission dictée par le peuple lui-même au cours de l’insurrection d’aller justement vers beaucoup plus de démocratie.

Vous parlez d’une démocratie relative, nous vous posons la question de savoir si la démocratie est le meilleur régime pour les pays Africains ?

Vous savez, on pourrait s’interroger sur beaucoup de questions sur cette question que vous me posée. La démocratie est-elle le meilleur régime pour les pays Africains ? Un chef d’État qui n’est plus aujourd’hui, a bien dit une chose : la démocratie ce n’est pas ce qu‘il faut pour l’Afrique, pendant qu’un autre chef d’État du même pays a dit, que la démocratie, c’est vraiment l’ingrédient nécessaire pour faire avancer les pays Africains. C’est pour vous dire qu’en fait, selon le prisme où vous vous placez, c’est très difficile de faire une option mais moi, je persiste à croire que pour le Burkina Faso, la démocratie est la meilleure option pour nous, parce qu’en fait, la démocratie est assise sur trois triptyque pour moi. C’est d’abord le respect de l’homme et vous savez que nous en avons parlé et nous en parlerons durant ce festival des droits humains. C’est aussi la justice et quand la transition a été mise en place, nous avons essayé à travers les états généraux de la transition sur la justice, de faire comprendre aux burkinabè, qu’il faut reformer la justice.

Du côté de ceux qui rendent la justice, il y a un certain nombre de droits à observer et que du côté du justiciable, un certain nombre de choses à observer. Nous avons donc fait ces états généraux-là.

Quelqu’un que vous connaissez bien, Pierre Claver Damiba, trouve que la démocratie est l’achèvement d’un processus. Pour lui, des pays comme le Burkina Faso ne devraient pas parler de démocratie aujourd’hui parce que toutes les grandes puissances sont passées par des étapes qui ne sont pas forcément démocratiques. Il prend l’exemple de la Chine, de la France qui a connu des empereurs, il prend également l’exemple de la Russie et beaucoup d’exemples. Pour lui, aujourd’hui, la démocratie ce n’est pas ce qu’il faut au début pour pouvoir atteindre le développement.

Mais peut-être aussi que M. Pierre Claver Damiba oubli que nous avons pris les choses plus haut que les pays dont nous parlons, c’est-à-dire, que c’est en 1960 que nous avons été indépendants. Quand vous parlez d’autres pays, c’est depuis la nuit des temps mais le Burkina est rentré j’allais dire peut-être, avec les défauts de la démocratie en 1960.

Je veux dire par là que quand vous prenez en 1960, nous avions déjà un régime à parti unique, un parti dominant, un régime dominant l’UDV/RDA et vous savez de ce qu’a été du régime de M. Maurice Yaméogo. Il y a eu un soulèvement populaire mais pourquoi ? Parce que le régime de parti unique ne convenait pas. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas eu suffisamment de liberté, suffisamment de justice pour les voltaïques de l’époque et c’est ce qui a emmené cette situation de fait. Moi, je crois que quel que soit les défauts qu’on peut reprocher à la démocratie, je pense que c’est encore le système de régime qui peut convenir à nos pays parce que dès lors que vous tracez les lignes vous pouvez toujours vous attendre qu’il y ait un minimum de respect.

  1. le président est ce que les élections seules suffisent pour parler d’un régime démocratique ?

C’est ce que je vous ai dit, même les régimes les plus dictatoriaux se réclament des régimes démocratiques (rire). Non, pas du tout ! La démocratie suppose que ceux qui exercent le pouvoir aient en conscience qu’ils le font effectivement au nom du peuple, au nom des vertus, des valeurs et des principes cardinaux. S’ils ne sont pas dans cette situation ce n’est pas la peine.

Est-ce que vous avez l’impression que y a des valeurs qui s’effritent ici au Burkina ? 

Absolument ! Beaucoup de valeurs qui s’effritent, absolument vraiment, c’est incontestable, l’incivisme s’est installé au Burkina Faso et les valeurs de solidarité n’existent plus au Burkina Faso, les valeurs de patriotismes n’existent plus au Burkina Faso. Je vais  vous  citer un cas que j’aime citer, lorsque je dirigeais la direction de la coopération internationale  et que je recevais pratiquement tous les jours tous les ambassadeurs accrédités au Burkina dans le cadre de la coopération avec ces  pays ,à un moment donné je me suis trouvé mal à l’aise de les recevoir  comme ça dans mon petit bureau ,l’administration mainte fois solliciter n’a pas pu faire quoi que ce soit  mais j’ai pris sur moi l’initiative d’arranger mon bureau de mes propres fonds  dans les années 75 avec des salaires, que si je vous dit vous allez sursauté  mais je le faisais pas pour moi mais pour le pays pour qu’il ait une certaine considération pour le pays. Aujourd’hui je ne pense pas que vous puissiez avoir quelqu’un qui va enlever de sa poche l’argent pour blanchir les murs d’un ministère ou bien déposer des tapis parce que simplement en recevant les gens il veut qu’on dise que le Burkina se respecte. Les valeurs de solidarités ont disparu ne parlons même pas des valeurs comme par exemple des jeunes considérant ceux qui sont plus anciens qu’eux donc sincèrement je trouve que nous avons perdu beaucoup de nos valeurs d’antan.

Sous la transition est ce que vous avez tenté de restaurer les choses ?

Ce n’est pas des choses qui se font à coup de décret ou à coup de mesures officielles, ce sont des choses qui se font à coup de sensibilisation.

Mais à qui la faute si les valeurs ont quelque peu disparu ?

Moi honnêtement, je vais vous dire ceci, je mets la main sur les parents. Je pense que les parents ont certainement la responsabilité la plus grande parce que les parents ont abdiqué, il y a une démission collective des parents vis à vis des enfants.

Vous avez été président de la transition, est ce vous pensez véritablement que la transition était démocratique ?

La transition s’est fixée comme objectif d’aller à la démocratie d’abord parce que sa mission essentielle c’était d’organiser des élections démocratiques. Nous avons tout mis en œuvre  pour que les élections se passent d’abord dans les délais prévus .J’avais donné douze mois on a fait treize mois mais je vous dit aussi qu’il y a eu la parenthèse coup d’état qui a pris un mois donc nous avons respecté les délais , nous avons mis en place des structures pour essayer de sensibiliser la population à comprendre le sens de la démocratie et le sens du nouveau Burkina que nous voulions ,on n’a même mis en place une structure comme le  HCRUN (Haut Conseil pour la Réconciliation et l’Unité Nationale) c’est une structure qu’on avait mis en place qui avait une mission bien précise ,quelle ait rempli sa mission ou pas elle a essayé et je vois qu’elle continue à faire . Au niveau du conseil national de la transition (parlement) nous avons initié un certain nombre de mesures pour aller dans le sens de la démocratie.

Comment vous appréciez cette question de terrorisme avec des morts et des milliers de déplacés internes ?

Situation déplorable, situation déplorable  qui donne l’impression que pour la circonscrire il va falloir trouver d’autres moyens que ceux dont nous avons en ce moment parce que si on n’en croit à ceux qui sont mieux informés c’est pratiquement comme un environnement déjà, au niveau du Burkina Faso il faut :une solidarité nationale parce que quand le pays traverse une situation de ce genre il y’a plus de problème entre les gens .Souvent je discute de la situation en la comparant  avec ce  que nous avons connu en 1974,la malheureuse guerre avec le Mali . En tant que jeune fonctionnaire ce qu’on avait créé à Ouagadougou comme comité de défense était impressionnant, il y’a des gens qui gardaient le barrage d’autres la forêt, sans l’aide de l’Etat, sans compter que la presse a joué un rôle énorme. Paul Ismaël avait ses éditoriaux le soir à 19h et tout le monde écoutait avec des accents guerriers qui appelaient les gens. Je ne vous cache pas que feu Sankara a acquis ses lettres de noblesse pendant cette époque, Sankara n’était pas connu mais quand il a rasé tout un village malien au moment de l’effervescence il est devenu un héros national et à partir de là il s’est hissé cette légende.  Aujourd’hui j’ai l’impression qu’il n’y pas cette solidarité, il n’y a pas non plus de héros.il n’y a que des gens qui bavardent sans connaître ce qu’est la situation. Quand vous prenez les forumistes vous voyez toute sorte de chose qui se raconte, ça on est fort, mais pour le reste on veut la solidarité. Je pense, je vais le dire honnêtement, je pense qu’il faudrait qu’au niveau de la gouvernance il faut qu’on élargisse le système gouvernemental pour inclure même des gens qu’on n’aime pas pour qu’ensemble on essaie de voir ce que l’on peut faire.

Du genre un gouvernement d’union ?

En France par exemple quand il y’ eu la défaite française en 1870, quand les Gambetta ont constitué le gouvernement de défense nationale parce que les allemands occupaient Paris et la France ils n’ont pas eu besoin de prendre des républicains, même des monarchistes tout le monde était dedans parce qu’il s’agissait de défendre les intérêts de la nation. C’est parce que vous avez une nation que vous parlez, si vous n’avez pas de nation vous allez aller où ? Donc moi je pense que de ce côté aussi il faut avoir une nouvelle vision, il faut impliquer des gens capables d’élargir la pensée, la conscientisation, l’action ! c’est très très important !

Comment vous trouvez la situation de l’armée sous la transition et maintenant ? La dissolution du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) ?

Je ne veux pas vous répondre sur le RSP, je me mettrais à la place de l’armée, je suis la grande muette.

D’aucuns disent que le Gal Gilbert Diendere et Gal Djibril Bassolet auraient pu apporter des solutions à la question sécuritaire, qu’est ce vous en pensez ?

Nul n’est indispensable dans la solution de ce problème, les gens racontent ce qu’ils veulent, nul n’est indispensable ! en quoi le Gal Gilbert Diendere pouvait apporter une solution à la crise ? Peut-être parce qu’il connait beaucoup de djihadistes, mais nul n’est indispensable. Je vous ai dit si la nation est rassemblée solidaire, si les jeunes qui constituent aujourd’hui la trame essentielle du Burkina, (70%) si vous mobilisez les jeunes autour de l’idéal qu’il s’agit de votre pays si vous le perdez-vous avez tout perdu vous pouvez trouver des solutions et les djihadistes le comprendront.

Vous avez parlé tantôt des comités de défense que vous avez mis en place pour surveiller le barrage et la forêt. Après l’attaque de Boungou, le président du Faso annonce le recrutement des volontaires, est ce qu’il n’est pas sur le chemin ?

C’est une formule qui peut s’apparenter à ce que je dis mais je ne sais pas, parce que pour moi cette formule est un peu timide pourquoi jusqu’à présent il n’y a pas eu ce recrutement ? Ça fait depuis longtemps que le président en a parlé, mais jusqu’à présent on ne voit pas venir. On me parle d’un décret jusqu’en janvier mais si la nation est en danger vous allez mettre deux mois pour formaliser un décret ? Je ne sais pas ! Un décret peut être pris en l’espace de 24h ce n’est pas le cas d’une loi qui passe par l’assemblée nationale.

On ne peut pas parler de la sécurité aujourd’hui sans parler des forces étrangères, à votre avis faut-il compter sur les forces étrangères ou il faut compter que sur les forces endogènes ?

Sur la question, peut être beaucoup de gens vont vite en besogne. La guerre aujourd’hui ne peut pas être circonscrite au simple domaine de la souveraineté d’un Etat, ça n’existe pas .je vous ai parlé des différents engagements des nations unies. Si les pays où se trouvent les nations unies avaient pu se défendre eux même on n’aurait pas eu besoin des nations unies. Mais une guerre aujourd’hui a plusieurs facettes, de multiples implications, des interpénétrations, parce que vous avez dedans des groupes armés, les voisins qui sont plus ou moins complice, vous avez même des puissances étrangères qui peuvent nuire à l’action que vous menez. Tenez par exemple le cas du Burundi, quand je vais devant le conseil de sécurité je ne suis pas en paix parce qu’autant il y a des pays qui supportent ce que nous faisons il y’a d’autres pays qui peuvent mettre leur veto. Ils disent non pas question. Donc devant des situations comme ça, il ne faut pas penser qu’un seul pays peut mener sa barque. Donc je le dis tout net, il faut nécessairement une coopération militaire étrangère. Mais il faudrait que dans le cadre de votre souveraineté vous puissiez définir clairement la façon dont la puissance qui va vous aider doit exercer ses prérogatives.

Quand vous êtes demandeur vous n’imposez pas vos lois

Pourquoi pas ? il y’a des possibilités, à tout moment même vous pouvez renvoyer l’Etat en question. Voyez la RDC, le Président Kabila avait demandé le départ de la MONUSCO mais le Président Tshikedi est arrivé et il a demandé à la MONUSCO de rester. Faut savoir seulement ce que l’on veut et cadrer les choses.

Le président Macron a convoqué les chefs d’état du G5 Sahel à Pau le 16 décembre, comment vous analysez cela ?

Ça dépend des chefs d’Etat et responsables politique qui se font face à face. Je veux par-là dire que Si Macron a eu l’impression dans ses tournées africaines qu’il peut jouer au Général De Gaulle pourquoi ne pas convoquer les gens sous cette formule incantatoire ? Mais s’il avait eu l’impression aussi dans sa tournée qu’attention les gens ne sont pas comme ça, c’est sûr qu’il allait employer une autre formule. Tout dépend des circonstances et des contingences.

Comment vous qualifiez aujourd’hui la montée en puissance de l’incivisme au Burkina et comment lutter contre cela ?

L’incivisme au Burkina est un drame, un fléau. Franchement, j’en suis à me demander certaines fois, si réellement on pourrait continuer de cette façon, parce qu’honnêtement, nous avons beaucoup de difficultés. Comment l’unité sociale, le fait même que nous ayons cet incivisme pèse lourdement sur la bonne marche du pays, la bonne marche de l’État. Et tant qu’il n’aura pas une correction, ce sera difficile. Mais la grande question, c’est comment corriger cela ?

C’est l’exécutif qui doit donner le ton ?

L’exécutif, tout le monde doit donner le ton. Tout le monde est responsable de cette situation. Je pense que l’exécutif en a conscience et il y a même un ministère qui est chargé plus ou moins de cela. C’est un combat collectif à tous les niveaux, à commencer par les parents avec les enfants dès le bas âge. Si vous voyez un enfant que vous ne connaissez pas qui exagère, il faut avoir le courage de le lui dire. Et il faut à mon avis, assainir la vie publique, la vie sociale. J’ai été content de voir que le gouvernement a pris une décision sur les boissons alcoolisées frelatées. Parce qu’un enfant qui se dope, ne se contrôle plus, il fait du n’importe quoi. Là aussi, il faut radicaliser ces mesures à mon avis. Je salue la mesure prise par le gouvernement sur les boissons frelatées.

  1. le Président, est-ce que la montée de l’incivisme est partie après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 ?

Non, je ne pense pas.

Sur le régime de Blaise Compaoré, on était incivique que ça ?

Non, la montée de l’incivisme ne vient pas de l’insurrection. Il y en a même qui vous dira que cela vient de la révolution avec les Comités de Défense de la Révolution (CDR).

Pourquoi avez-vous accepté de présider ce festival ?

Je connais le festival ciné droit libre comme ça de notoriété, mais c’est ma première fois que j’assiste de façon effective aux activités. Je dois vous dire que j’ai été vraiment impressionné par l’assistance nombreuse et variante avec la présence de toutes les disciplines. L’histoire du festival est méritoire parce que vous (ciné droit libre) avez fait un devoir de continuité pour la mémoire de feu Norbert Zongo. Peut-être, si vous n’aviez pas fait cela, nous même au niveau de la transition, on n’aurait pas pu ouvrir le dossier. Vous avez fait un devoir de continuité, de mémoire et surtout vous démontrer par-là que, la manière dont Norbert Zongo a trouvé la mort dans le cadre de l’exercice des droits humains et de la démocratie que nous recherchons, est un crime ignoble qu’il faut à jamais bannir. C’est extrêmement important et par-delà de ce que je vous dis, vous donnez des enseignements à travers ce festival, à beaucoup de gens.

Monsieur le président, quand on dit droit humain qu’est ce qui sonne en vous ?

Les droits humains, je vous l’ai dit tout de suite, c’est le respect de l’homme. L’homme est au centre de la vie sociale, il est au centre de toute la création si je veux faire appel à la foi. Donc, si vous ne respectez pas celui qui se trouve au centre des choses, c’est que vous n’avez rien compris et vous méritez qu’on vous mette au banc de la société. La deuxième chose, si vous lui donnez du respect, il faut lui donner la liberté. Sinon, à quoi bon le respect sans la liberté. Enfin, si vous le respectez, il faut respecter la justice, et le droit à la justice. C’est ce que j’appelle le « triptyque» : respect, liberté, et justice.

Comment on peut concilier aujourd’hui, la lutte contre le terrorisme et le respect des droits humains ?

J’ai moi-même posé le problème hier (7décembre ouverture du festival) dans mon discours. J’ai parlé de dualisme, mais j’aurais dû parler de conflit entre les textes qui sont pris par le gouvernement dans le cadre de ses préoccupations sécuritaires et la liberté d’expression. Je pense qu’il y a d’abord en ce qui concerne les organisations des droits de l’homme, une analyse sérieuse des situations et ce n’est pas facile de le faire. Je connais ce problème parce qu’au Burundi, le bureau des droits de l’homme des nations unies a été fermé parce que l’organisation qui s’occupait des droits de l’homme a fait un rapport qui n’a été apprécié par le gouvernement burundais, qui a carrément et simplement fermé le bureau. Maintenant, ceux qui veulent des rapports, c’est de loin qu’ils font leurs rapports et je leur ai dit que ce n’est pas sérieux parce que si vous n’avez pas l’impression que votre travail est sérieux, vous ne pouvez pas être crédibles. Ce que je veux dire, c’est que les droits de l’homme à mon avis doivent faire un travail sérieux et faire un travail sérieux suppose qu’ils ont leurs propres hommes, et des gens des pays qu’ils visitent qui participent pour faire l’enquête et élaborer le rapport. Ça, c’est ce qui concerne les droits de l’homme. En ce qui concerne le pays, quand vous avez fait l’option de respecter les droits humains dans une situation comme celle-là, la nôtre, il faut dire la vérité. Parce que ceux qui vous observent savent très bien qu’un État comme le nôtre n’a pas les capacités de tout contrôler. Il y a les exactions qui se font et ce n’est pas la faute du gouvernement parce qu’il y a des choses qui lui échappe. Mais pourquoi ne pas le dire ? Il ne faut pas le camoufler, parce que quand vous le camouflez, vous êtes fautif. Il y a un problème de vérité d’abord qu’il faut de part et d’autre, qu’on respecte.  Deuxièmement, il faut qu’au niveau de l’État, il y ait d’autres structures qui s’occupent de la question. S’il y avait beaucoup de structures qui s’occupaient des droits de l’homme, Yirgou aurait été plus maitrisé. Il allait avoir des gens sur place qui allaient faire des enquêtes. Parce que quand une situation dure, on a plus la réalité des choses ; on n’a que des gens qui donnent leurs avis sur la situation. Il faut donc créer des structures d’urgence pour faire face à toutes les situations.

Nous sommes à quelques jours du 21e anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo,la transition a donné un nouveau souffle à ce dossier. Quel est votre message sur ce 21e   anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo ? Votre avis sur le cas François Compaoré ?

Je suis solidaire de tous ceux qui ont trouvé ignominieuse la façon dont le journaliste a trouvé la mort. Je suis aussi solidaire de tous ceux qui ont suivi tout ce qui s’est passé par la suite. Je condamne la façon dont le régime précédent qui a voulu carrément et simplement camoufler ou habiller cet assassinat. C’est pourquoi, la transition qui est venue aussi pour corriger des erreurs, nous avons autorisé la famille Sankara de voir le corps de l’ancien président ; nous avons autorisé la famille Zongo de réintroduire le cas avec tous ceux qui étaient autour, des associations etc. C’est ainsi que le dossier a été relancé.

François Compaoré, je n’ai rien à lui dire mais, je trouve qu’il aurait mieux fait de se taire. Parce que dans une situation comme celle-là, il faut plutôt chercher à demander le pardon sous une forme ou d’une autre. Et si le pardon a été donné, compatir avec la nation et surtout se repentir et faire comprendre que plus jamais cela ne va se refaire.

Alors vous pensez qu’il est coupable ?

Non, je ne dis pas qu’il est coupable. Mais à partir du moment où lui-même se défend et que la cour en France s’occupe de son dossier, il y a ce qu’on appelle les preuves irréfragables, c’est-à-dire qu’il y a des preuves qui peuvent être banalisées et d’autres irréfragables, qui sont telles que la justice peut se prononcer là-dessus.  Je pense qu’au niveau de François, ils ont des preuves irréfragables. En tout état de cause, il faut attendre le dénouement.

Vous pensez qu’il peut craindre pour sa sécurité ?

Forcement ! Mais vous savez, c’est ça la rançon des situations comme ça.

Vous pensez que son grand frère en Côte-d’Ivoire, Blaise Compaoré doit faire le repenti comme vous l’avez dit et cherché à rentrer au pays ?

Veuillez me permettre de ne pas parler de ça

Vous avez parlé d’inclusion, de réconciliation. Quel est votre message aujourd’hui par rapport à la réconciliation nationale ?

La réconciliation nationale est une exigence. Je vous ai dit que sous la transition, nous avons déjà mis en place le Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN).

Oui, mais est-ce qu’il n’est pas trop institutionnel, est-ce qu’on ne peut pas repenser une autre forme de conseil ?

Je suis d’accord avec vous, parce que nous au départ, nous l’avons mis en place pour s’occuper d’un certain nombre de problèmes. Tous ceux qui avaient « des affaires » avec l’État, leurs affaires devaient passer par le HCRUN. C’était déjà ça, les dossiers dont il devait s’occuper. Quant à la réconciliation, elle est une œuvre de longue haleine. Nous pensions que ceux qui allaient venir après nous, la question serait repensée, le conseil (HCRUN) serait remanié et qu’il ne fallait pas s’arrêter à une institution en tant que telle qui est même déjà grippée.  Mais qu’il faut aller un peu plus loin car, l’avenir du Burkina Faso repose sur la réconciliation,c’est très important. Je dis dans un des journaux, Le Pays, je pense, lors d’une interview, que le Burkina Faso est un pays qu’il faut exorciser, et je reste sur ce terme exorciser. Ça veut dire quoi ? Il y a tellement de problèmes que le pays a connu depuis Maurice Yameogo, la transition, que si nous ne vidons par le pays de toutes ses lourdeurs, de toutes ses pesanteurs, et qu’il n’y ait pas une refondation ; et si nous devons continuer de cette façon, je crains fort que notre pays ne puisse jamais s’en sortir.

Justement, comment faire cette refondation, est-ce qu’il faut aller vers les traditionnels, les coutumiers, impliquer la société civile, créer un cadre de concertation, etc. ?

Je pense personnellement que vous ne pouvez aller à une réconciliation sans que ceux qui sont les fondements, les racines de ce pays ne soient impliquées.

Mais qui sont ces racines ?

Je parle des anciens. Il faut une implication de tous ses filles et fils, des anciens. Et je vais vous dire, en 1992-93, j’avais fait un article dans L’Observateur Paalga, où j’appelais le président Blaise Compaoré à organiser ici au Burkina comme ça été fait au Bénin, au Togo, etc., une conférence nationale.  Parce qu’à l’issue de la révolution et le traumatisme qu’on a subi avec l’assassinat de Thomas Sankara, le pays était profondément divisé. Je dis qu’il faut au Burkina Faso, une conférence nationale. J’ai émis l’idée comme ça. Mais évidemment, les gens n’avaient pas intérêt à le faire parce que quand vous avez le pouvoir, et vous n’avez pas de problèmes, vous vous dites que tout va bien. Maintenant, nous sommes arrivés à ce point que pour organiser une conférence nationale, vous voyez que c’est difficile. Donc, il faut de quelle manière on parviendra à avoir un consensus national pour essayer de reposer les bases.

Lorsque on n’a lancé l’assaut sur le camp Naba Koom 2 de l’ex RSP, quelques jours après, vous avez visité le camp et féliciter les soldats en disant félicitation aux boys. Aujourd’hui on sait qu’ils traversent une période difficile. Quel sera votre message à l’endroit des soldats Burkinabé ?

Aux soldats Burkinabè, je l’ai dit, vous êtes jeunes, je me suis adressé à eux au camp Naba Koom2 pour exalter leur férocité, leur dynamisme et leur sang-froid aussi, parce que ce sont des gens qui sont restés déterminés au début du problème jusqu’à son règlement. Je leur ai souhaité beaucoup de courage, parce que ce n’est pas facile de faire souvent face à l’ennemi avec des moyens je ne dirais pas forcement à la hauteur. Il faut leur souhaiter du courage. Mais je dis surtout, j’en appelle au patriotisme de nos soldats, parce que si vous avez opté pour servir le pays en étant le soldat, ça veut dire que votre mission fonctionnelle, c’est de défendre ce pays coûte que coûte jusqu’à la mort. C’est ça la mission fonctionnelle du soldat. Donc, je leur souhaite de rester patriotique jusqu’au bout. Je demande aussi à la nation de rester dernière les forces de défense et de sécurité, de les soutenir parce que c’est très important.

Propos recueillis par Albert Nagreogo et Bénédicte Sawadogo

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