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Football: « un entraineur qui veut bénéficier du respect de son vestiaire doit toujours donner le bon exemple »,Kamou Malo, entraîneur des Etalons.

La qualification des étalons A à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) Cameroun 2022, les éliminatoires de la Coupe du monde bientôt, les missions ou les objectifs, le rajeunissement de l’équipe, les relations avec les cadres de l’écurie et le système de jeux proposés, tels sont entre autres les sujets que Libreinfo a évoqué avec Kamou Malo, sélectionneur national de l’équipe A du Burkina Faso, dans un entretien qu’il nous a accordé.

Interview réalisée par Soumaila Sana

Libreinfo (Li) : Pensez-vous avoir atteint la mission de qualifier et de rajeunir l’équipe nationale A, à la CAN 2022 qui vous a été confié ?

Kamou Malo (K.M) : Au vu des résultats de la mission qui nous a été confiée et au regard de notre parcours, je ne peux qu’être satisfait. La mission qui nous a été assignée était de qualifier l’équipe ainsi que de la rajeunir. Nous avons obtenu cette qualification pour la phase finale de la Can 2022. Mais en ce qui concerne le rajeunissement de l’équipe, nous sommes dans une phase transitoire. Si vous avez vu la liste des joueurs convoqués pour les derniers matchs des éliminatoires, vous verrez que nous avons injecté du sang neuf. Lors de nos derniers matchs des éliminatoires, nous avons convoqué plein de jeunes et cela est un clin d’œil pour ces derniers en équipe nationale A. Donc sans tomber dans l’autosatisfaction, je peux conclure que je suis satisfait du parcours et des résultats engrangés.

(Li) : Le Burkina Faso est logé dans le même groupe que l’Algérie dans le cadre des éliminatoires de la coupe du monde 2022. Dans quel état d’esprit préparez-vous la rencontre avec cet adversaire de taille ?

(K.M) : Nous sommes logés dans une poule où les gens considèrent l’Algérie d’office comme favori. Cela est tout à fait normal au regard de la réputation de l’équipe algérienne en matière de football. Nous sommes dans une dynamique de rajeunissement mais nous ne nous sous-estimons pas dans cette phase de qualification du mondial. Aujourd’hui, dans le football en Afrique il y a un nivellement de valeur. Et pour cela, nous allons nous préparer dans un bon environnement. Surtout avec le ticket obtenu pour la CAN 2022, nous avons du respect pour toutes les équipes du groupe mais nous aurons notre mot à dire pendant ces éliminatoires de la coupe du monde. Nous ne sommes pas les favoris, mais nous ne sommes pas non plus les derniers de la poule et nous allons nous battre.

(Li) : Quelles relations entretenez-vous avec les cadres et les autres joueurs de l’équipe nationale ?

(K.M) : Cela n’est un secret pour personne. Je suis un coach local issu du championnat national. Et au lendemain de ma nomination, j’ai pris en compte un certain nombre d’éléments il s’agit notamment du passif rayonnant de l’équipe nationale sur le continent et de la confiance qui m’a été faite par les autorités pour conduire les destinés de cette équipe à bon port. C’est au regard de tout cela que nous avions jugé bon d’approcher certains cadres de l’équipe notamment Charles Kaboré, Jonathan Pitroipa, Aristide Bancé et Alain Traoré afin de leurs demander de nous accompagner. Une doléance que ces derniers ont acceptée avec loyauté et beaucoup de fierté. Il y a donc un très grand respect entre les cadres, le vestiaire et moi car j’ai toujours prôné le respect mutuel partout où je dépose mes valises. Parce qu’un entraineur qui veut bénéficier du respect de son vestiaire et d’une cohésion doit toujours donner le bon exemple du respect mutuel. Il doit aussi éviter trop la proximité tout en restant très professionnel. Les choses ont évolué ainsi jusqu’à ce que Aristide Bancé et Jonathan Pitroipa raccrochent et jusque-là tous se passe bien.

(Li) : Des voix se sont levées pour protester contre le manque de temps de jeux de certains jeunes joueurs convoqués mais qui n’ont jamais eu la chance de s’exprimer surtout remettent en cause le système de jeux que vous proposez. Que leur répondez-vous ?

(K.M) : Ceux qui le disent sont des passionnés du football et chacun peut faire sa lecture et est libre de son opinion. Mais il y en a qui savent qui je suis. Depuis mes débuts, dans les différents clubs de notre championnat où je suis passé, j’imprime toujours du caractère. En sélection nationale, c’est autre chose. Quand nous sommes arrivés, la chance ne nous a pas souri car quelques temps après, la pandémie de la COVID-19 est venue mettre tout en cause sur plusieurs points. Il y avait des difficultés de pourvoir regrouper tous les joueurs. Certains joueurs arrivaient à la veille des matchs et généralement, après avoir joué un match en club. Et quand ils arrivent, le premier souci du sélectionneur n’est pas de rentrer dans le vif du sujet c’est-à dire travailler sur le système tactique. Il faut d’abord un travail de régénération de ces garçons qui prend d’office une séance. Le deuxième souci est tactique. Avant le match, il faut une mise en place technique par rapport à l’adversaire. En un mot, nous n’avions pas eu le temps matériel pour travailler sur certains aspects que les gens appellent système de jeux. Mais l’un dans l’autre, nous avons travaillé avec le vécu et sous la responsabilité des uns et autres pour obtenir les résultats escomptés. Généralement, pour voir une équipe jouer avec beaucoup de cohérence, il faut plus d’une année pour le faire. Avec le travail qui sera fait au prochain regroupement pour la CAN, les gens verrons un autre visage au point de ne plus douter de cette équipe nationale.

(Li) : Votre dernier match des éliminatoires de la CAN 2022 contre le Soudan du Sud était sans enjeux car le ticket de la phase finale a été empoché à Kampala. Pourquoi n’aviez-vous pas aligné une équipe jeune surtout que vous jouiez à domicile ?

(K.M) : Ceux qui ont pensé cela, ce sont nos détracteurs. J’ai eu le courage de convoquer des jeunes. Pour ceux qui se rappellent de notre première rencontre officielle à domicile, nous avions rajeuni l’équipe et même titularisé des jeunes comme Frank Lassina Traoré, Edmond Tapsoba et Issa Kaboré. Il est difficile d’être en compétition et opérer des changements. Et pour oser un changement, il faut d’abord être regardant sur l’environnement de cette équipe nationale. A un moment donné, beaucoup de choses se sont passées, il y a eu ce changement au niveau de l’équipe Fédérale et autour de cette équipe nationale. Mais nous sommes restés au-dessus de la mêlée pour ne voire seulement que l’évolution de la sélection. Je ne suis pas d’accord qu’on dise que le dernier match à domicile contre le Soudan du Sud était sans enjeux. C’est vrai que la qualification était déjà obtenue à Kampala mais les autorités sportives nous ont demandé de gagner ce match qui se joue à la maison pour rendre le peuple fier. Et c’est ce que nous avons tenté de faire et pour gagner, il fallait partir sur des certitudes non sur des inconnus. Le résultat était là. Je suis d’accord que l’équipe n’a pas volé haut, les gens n’ont pas eu ce football chatouillant qu’ils attendaient et cela est compréhensible. Mais dire que nous n’avons pas osé ce n’est pas vrai car le fait déjà de les convoquer, ces jeunes découvrent l’environnement de l’équipe nationale. Ensuite ils prendront pied sur le terrain et nous allons les intégrer tout doucement dans l’équipe nationale.

(Li) : La CAN Cameroun 2022 c’est pour bientôt. N’avez-vous pas peur de ne pas pouvoir atteindre vos objectifs en voulant faire mieux que vos prédécesseurs à la tête de l’équipe nationale ?

(K.M) : Avoir peur n’est pas compétitif. Nous avons hérité d’une équipe qui n’avait pas réussi à se qualifier à une CAN. Nous avons fait l’essentiel qui est d’être présents au Cameroun et nous avons bien-sûr des ambitions personnelles parce qu’en partant à une CAN, c’est pour la gagner. Je le dis, le Burkina Faso mérite mieux que ça. Nous n’avions pas la prétention de faire mieux que nos prédécesseurs mais nous avions des ambitions à faire davantage.

(Li) : Une autre casquette de superviseur générale des équipes nationales vous a été attribuée par la FBF lors du CHAN déroulé au Cameroun. Cela n’est-il pas une responsabilité de trop pour un entraineur qui gère une équipe nationale A ?

(K.M) : Quand j’ai été nommé à l’époque mon employeur, la FBF m’avait autorisé à entrainer avec les autres collègues des autres catégories de la sélection. Mais j’ai préféré qu’on me permette de m’occuper de la sélection A qui est une première pour moi car sa gestion demande un certain nombre d’engagements, de temps. Pendant le CHAN, il y a eu des petits soucis et le président de la FBF, à son temps, a cru bon de nous associer dans la gestion et les conseils autour de cette équipe. C’est ce qui a prévalu à notre nomination. Peut-être que c’est le nom ronflant qui fait peur sinon que je suis dans mon rôle d’entraineur qui travaille en symbiose avec les autres catégories inférieures. Dans les jours à venir vous aller voir que nous allons inviter les autres entraineurs des petites catégories dans nos différents stages. Ce poste de superviseur va nous permettre de rassembler les intelligences des sélectionneurs et travailler en étroite collaboration avec la Direction technique national. Pendant le CHAN, nous sommes allés apporter notre soutien et notre confiance au coach Zerbo Saidou dit Krol et au groupe. C’était le même scénario lors de la CAN junior avec Oscar Barro et tout s’est bien passé. Je ne vais jamais m’immiscer dans la cuisine interne de quelqu’un. Mais je dois apporter un appui conseil car étant sélectionneur de l’équipe A, j’aurai besoin de leur conseil et vis versa. Nous avons notre propre matière de proposer et il ne faut jamais chercher à faire ce que les autres font ou à les ressembler. Sinon, nous serons comptables de ces résultats.

(Li) : Quel commentaire faites-vous sur la signature de convention entre le ministère des Sports et des Loisirs et PNP sport consulting Sarl dont les géniteurs sont des anciens internationaux, notamment Jonathan Pitroipa, Madi Panandetiguiri et Abdoul Aziz Nikiéma ?

(K.M) : J’ai appris cette information avec joie parce que simplement les choses reviennent à leur bon endroit. Quoi de plus normal de confier l’organisation d’un match des équipes nationales à une expertise locale. Je me réjouis parce que les premiers responsables de la structure sont des anciens de nos écuries. Le cas Pitroipa qui vient de quitter nos rangs récemment en fait partie. Donc ils sont au parfum des exigences et des besoins des différentes sélections. Ma satisfaction est énorme car c’est aux nationaux qu’on a confié cette mission. Mon ambition au lendemain de mon départ de cette équipe nationale A est que le nouveau sélectionneur qui va me remplacer soit un national et avec plus de bagages techniques et d’expériences. Le futur de notre football qu’on le veuille ou pas repose sur ceux qui ont eu la chance d’aller voir ailleurs avec un cumul d’expériences internationales. Ce sont eux qui seront l’avenir du foot burkinabè. Je salue l’initiative de ces jeunes et je les encourage à réussir la mission qui leur a été assignée. Je leur demande de nous aider à grandir davantage car ils connaissent nos ambitions.

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