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Fête de la musique : Au-delà des cymbales et des plaidoyers

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Youpi, c’est la fête de la musique ! Une manifestation qui réunit, le 21 juin de chaque année, artistes-musiciens et mélomanes de tous horizons, d’un point à un autre de la planète. Au-delà des sonorités musicales qui colonisent tous les espaces ce jour, il est aussi indiqué de penser aux voies, moyens et politiques à mettre en œuvre, ci et là, pour assurer une plus grande promotion et une meilleure reconnaissance des œuvres artistiques nationales…

Par Serge Mathias Tomondji

Un battement de bendré qui vous fait bondir dans l’arène de danse ou le son suave d’une flûte qui vous attendrit… Un incomparable phrasé de saxophone ténor qui vous donne la chair de poule ou des castagnettes mélodieuses qui répondent aux virils appels d’un gong… Un balafon qui entre en transe lorsque s’égrènent les envoûtantes notes d’une kora sentimentale… Ou même la voix d’une maman chantant, le soir, une berceuse pour faire endormir son bébé, alors que le matin, c’est le gazouillement des oiseaux qui vous réveille joyeusement…

Tout cela est musique, tout cela, c’est la vie ! La musique nous accompagne en effet à tous les instants et s’insinue dans tous nos évènements, qu’ils soient heureux ou malheureux. Elle est là, partout, tout le temps et en toutes circonstances, accompagne toutes nos activités, témoigne de nos peines et de nos joies, depuis le premier cri à la vie jusqu’au dernier soupir pour l’autre vie… 

La musique emplit nos existences de rythmes, chants, sonorités, mélodies… Elle règne en maître dans nos maisons, prend toute sa place dans nos voitures et agrémente joyeusement le « djamo-djamo » au travail. Zêdess dira d’ailleurs que « la musique, c’est fantastique, elle a des vertus thérapeutiques (et constitue) le cheval de Troie des timides » ! 

Témoin de nos émotions

Ce n’est donc que justice si on la célèbre chaque année, le 21 juin, pour saluer son incomparable accompagnement à l’expression de toutes nos émotions. On doit cette ferveur à Jack Lang, ancien ministre français de la Culture, qui a institutionnalisé la fête de la musique depuis 1982. Très vite, cette initiative gagne l’Europe et concerne aujourd’hui plus de 110 pays dans le monde. Carrefours, espaces et maisons de spectacles dans quasiment toutes les capitales font ainsi la fête à la musique. Et, dira Jack Lang, « c’est partout pareil. Ça rassemble. Ça fait du bien. C’est un langage commun » !

La musique dégage en effet un langage commun, unit des peuples, rassemble ici, délivre des messages là… parce qu’elle est consubstantielle à notre être. L’écrivain algérien Mohammed Moulessehoul, plus connu sous le pseudonyme de Yasmina Khadra, n’a-t-il d’ailleurs pas fort justement écrit dans son ouvrage intitulé Les hirondelles de Kaboul que «la musique est le véritable souffle de la vie. On mange pour ne pas mourir de faim. On chante pour s’entendre vivre » ? Et nous avons tant besoin de nous entendre vivre aujourd’hui, de Gaza à Kiev, De Tillabéry à Kidal, de Yirgou à Mansila… Nous avons tant besoin de pousser la chansonnette pour exorciser nos peurs, exprimer nos joies, crier nos peines, déclarer notre flamme… Et seule la musique, sans doute, nous offre cet inestimable viatique ! 

Mais la fête de la musique, c’est aussi le moment privilégié pour ceux qui, nombreux, font de la musique leur gagne-pain, donnent de la joie à tous, dans une communion d’esprit, de sons et de messages. Pourtant, leur métier n’est guère facile et ils doivent surmonter, chaque fois, maints obstacles, de la création à la diffusion, en passant par la production et le management des carrières, pour nous faire réfléchir et pleurer, pour nous faire rire et danser. 

Ambassadeurs itinérants 

Artistes-musiciens de tous bords et de tous rythmes, qui faites la musique au quotidien pour déstresser, interpeller et égayer le monde, c’est donc le temps privilégié pour fêter la musique, dont on dit qu’elle adoucit les mœurs. Mais, il faut aussi le souligner avec force, la musique est d’abord un art, qui appelle des connaissances, une logistique, des investissements. Les efforts de chaque artiste sont indispensables — et ils ont su, au Burkina, sublimer leurs talents — mais l’accompagnement de l’État est nécessaire.

Quoique l’on en dise ou que l’on pense, les artistes, et notamment les musiciens, sont des ambassadeurs itinérants de toute nation. Leurs voix et leur maestria à dompter leurs instruments traversent les frontières, brisent les barrières et font connaître les cultures de leurs peuples dans le patrimoine universel. Par leurs chansons reprises par mille et une voix anonymes, à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs pays, ils hissent haut le drapeau de la nation. Chaque État devrait donc travailler à mettre en place les infrastructures et une politique adéquate de promotion et de diffusion de leurs œuvres.

C’est sûr, la musique, c’est fantastique ! Sans elle, Zêdess « pète les plombs » et le sourire de Floby ne vient plus du rire, parce que « nos colombes sont rouges ». D’ailleurs, sans elle, Nourat n’a pas d’arme pour galvaniser les soldats du Burkina sur l’air conquérant de « Buffalo Soldier » de Bob Marley ! Et je ne vous parle même pas de Sana Bob, Jah Verity, Oscibi Jhoann, Solo Dja Kabako, Madess, Basic Soul… qui nous demandent en chœur, sur un titre collectif, de nous donner la main et de construire notre vivre-ensemble pour bâtir la paix au Burkina dans l’unité !

Les artistes-musiciens du Burkina — mais aussi les artistes d’autres disciplines — ont également beaucoup contribué à la sensibilisation pour le respect des gestes barrières, alors que la planète entière, muselée, était impuissante face à la Covid-19. Et ils sont toujours là, nos musiciens, pour mettre le doigt sur la plaie, relayer nos inquiétudes, porter nos espoirs, chanter nos plaidoyers. 

Un panthéon, pourquoi pas ?

N’est-ce pas Bil Aka Kora qui nous conte la belle histoire du faiseur de pluie dans ce « Douatou » indémodable, porté par un djongo plutôt soft ? Et puis, après nous avoir conquis avec « Leila », Roger Wango ne nous apprend-il pas à faire attention avec ceux qui se mêlent de tout, les faux témoins, dans « Ritito » ? Sans compter Smarty qui, lui, non content d’avoir fait flotter le chapeau du chef dans les airs, nous apprend en toute quiétude, avec ces vers dont il a le secret, qu’il n’a plus « Rien à prouver dans le R-A-P » ! 

Amity Méria n’a plus rien à prouver non plus, elle qui a remporté le Kundé de la meilleure artiste féminine du Burkina en 2000, puis, en 2004, par le « Kundé d’or », qui consacre le meilleur artiste de l’année, avec son album « Maaya ». On apprend d’ailleurs sur cet album qu’on n’apprivoise pas Amity Méria, une mise en garde qui sonne  aussi comme une invite à découvrir et à partager les valeurs de cette véritable ambassadrice de la musique et de la culture burkinabè et africaine. 

En tout état de cause, chacun ferait bien, foi de Smarty, de ne pas parler de ses projets, d’autant que c’est en toute discrétion que le sénior Abdoulaye Cissé vient de nous offrir une exquise pléiade de sons de son « beau pays » pour saluer ses 76 harmattans ! 

Il nous reste sans doute, en cette journée qui leur est dédiée — mais qui est aussi consacrée aux mélomanes — d’avoir une pensée envers tous ces musiciens qui ne sont plus, qui sont parfois tombés dans l’oubli, mais dont, pourtant, les œuvres continuent de nous tenir au chaud, de nous bercer et de nous égayer.

De Salaka Vince à Aga Denise, en passant par Nick Domby, Jeanne Bicaba, Djata Ilebou, Jean-Claude Bamogo dit Man, Georges Ouédraogo alias le Gandaogo national, Black so man, Joseph Moussa Salembéré dit Salambo, Moustapha Laabli Thiombiano, To Finley et autre Dim Jeremy, il y a une multitude de noms qui méritent sans doute un monument d’hommage ou un panthéon pour perpétuer leurs contributions artistiques et leurs talents à travers les générations.

En attendant, faites donc de la musique en ce 21 juin, car c’est la fête de la musique !  

www.libreinfo.net

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