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[Interview] port du Faso Dan fani au Burkina «tous ceux qui portent François 1er sont des combattants» dit François 1er

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François Yaméogo dit François 1er est un nom très bien connu dans le milieu de la mode au Burkina Faso surtout dans le secteur du Faso Dan fani . Surnommé le «Roi du coton bio» pour le style vestimentaire qu’il a réussi à créer à base du coton cultivé au Burkina Faso. En 2018, il construit une usine semi-industrielle spécialisée dans la transformation du coton local et la production du Faso Dan Fani, à Koudougou, ville située à une centaine de kilomètres de Ouagadougou, la capitale. Dans cet entretien avec  Libreinfo.net il raconte sa passion pour le coton et le Faso Dan Fani. 

Propos recueillis par Nicolas Bazié

Libreinfo.net: Comment se porte Francois 1er?

François 1er: François 1er se porte bien, il est à Koudougou, il est chez lui.

Libreinfo.net: Le gouvernement a décidé le port de Faso Danfani comme tenue scolaire dans certaines villes du Burkina pour la rentrée prochaine, comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

François 1er: De toutes les façons c’est un combat de plusieurs années. Je pense que le gouvernement a compris et il a pris une décision courageuse malgré qu’il avait des obstacles. C’est une décision très fabuleuse, noble.

Libreinfo.net: Au-delà de porter la tenue scolaire, qu’est-ce que cela fait de porter le Faso Dan fani pour vous ?

François 1er: Les gens prônent toujours l’aspect culturel. Je pense que l’aspect culturel doit être accompagné de l’aspect économique. Porter du Faso Dan fani, c’est notre identité culturelle mais cela permet aussi de développer notre secteur, d’avoir des devises, cela va contribuer à la lutte contre le chômage.

Libreinfo.net : D’aucuns craignent qu’on n’ait pas assez de tissu sur le marché pour satisfaire la demande en ce qui concerne les tenues scolaires, vous partagez cette inquiétude ?

François 1er: Je ne suis pas d’accord avec cet avis. On peut y aller par étape. On a une filature, si cela ne suffit pas on va ajouter une autre filature. On a aussi les couturiers, on a tout ce qu’il faut.

Libreinfo.net: Y a-t-il vraiment assez de tissus?

François 1er : C’est une question d’organisation. Il y a assez de tissus sur le marché, on peut habiller tout le monde. Mais, on a besoin d’une bonne organisation. Cela permet d’avoir une matière première moins chère, d’économiser sur toute la chaîne et d’avoir un prix de revient moins pour que le produit soit plus acceptable.

C’est un travail, on le fait par étape. Comme le gouvernement a décidé de faire graduellement, c’est normal. Si on avait commencé il y a dix ans, aujourd’hui on allait être loin, mais si on passe notre temps à faire des débats, on ne fera rien.

Une vue partielle des installations de production chez François 1er à Koudougou

Libreinfo.net: Les jeunes adhèrent de plus en plus au port du Faso Dan fani, comment appréciez-vous cela ?

François 1er: Culturellement, la jeunesse n’a rien à voir avec les anciens. La jeunesse d’aujourd’hui revendique le panafricanisme. La jeunesse regarde ce qui se passe dans le monde. La jeunesse d’aujourd’hui est fière de porter ce qui est produit chez elle. Si c’était la jeunesse d’avant vous pensez que mes chemises allaient briller ?

Aujourd’hui, si cela marche chez François 1er, c’est parce que les choses ont changé. Les gens ont compris qu’il faut consommer burkinabè. La mentalité est en train d’être changé. Chacun se bat pour son pays. Personne ne viendra développer votre pays pour vous.

Quand on rentre au marché, la plupart des boutiques vendent des habits qui viennent de l’extérieur. Est-ce que c’est normal? Il faut que cela change.

Libreinfo.net: Vous avez lancé en 2018, votre unité semi industrielle, comment va aujourd’hui cette unité ?

François 1er: J’ai créé mon entreprise en 2003, je me suis installé au Burkina Faso en 2007. Parce qu’il fallait d’abord créer l’entreprise, chercher l’agrément d’installation, d’investissement. Après il fallait faire venir les matériaux. J’ai une structure à Ouagadougou qui a à peu près 20 personnes. Je suis venu à Koudougou en 2018.

Voyez-vous? Je voulais construire une marque. Je voulais des produits exportables. Je voulais construire l’image du Burkina sur le plan international. J’ai voulu des produits irréprochables.

Donc je n’avais pas le choix. Je ne pouvais pas avoir des femmes pour le tissage, gérer la couture et les recettes. J’étais obligé de construire une industrielle à Koudougou où j’ai le tissage, la teinture, la couture tout sur place.

Donc, mes produits ont une traçabilité sur toute la chaîne. Et, je peux garantir la qualité. Mais mon rêve est que ce genre d’initiative soit dupliqué au Burkina.

Une vue de l’intérieur de l’unité semi-industrielle de François 1er à Koudougou

Libreinfo.net: Comment va votre industrie 5 ans après sa création ?

François 1er: Aujourd’hui, on s’est imposé. Au niveau du produit, il n’y a pas de problème. On a une clientèle stable. On a même de grandes autorités (le président Roch Kaboré, ndlr) qui s’habillent chez nous. Il y a aussi la pression internationale.

On est devenu un exemple pour toute l’Afrique de l’ouest. Mais ce qui nous manque aujourd’hui, c’est de pouvoir faire de l’extension, c’est de pouvoir faire des chaînes de distribution. Et aussi créer plus d’emplois.

Libreinfo.net:  Combien de personnes employez-vous ?

François 1er: J’emploie 70 personnes à peu près. Il y a des vacataires contractuels, il y a des travaux d’emplois indirects, il y a 15 coopératives. Ces 15 coopératives travaillent avec moi. Si j’ai des travaux de quantité à faire , je mobilise les 15 coopératives, c’est pour cela  qu’on les appelle les emplois indirects, qui représentent à peu près 1500 personnes.

Libreinfo.net: Est-ce que vous êtes satisfaits du marché ?

François 1er: Je suis très satisfait. J’ai commencé avec 2 personnes, aujourd’hui je suis à 70 personnes. J’ai un chiffre d’affaires qui progresse, une marque qui fait le tour du monde, je dois être satisfait.

Libreinfo.net: Qui sont les clients de François 1er?

François 1er : Ma clientèle est déterminée par une classe moyenne. La majorité qui porte François 1er, c’est une clientèle qu’on appelle achat intelligible. C’est comme si elle adhère à un projet, à la transformation du local.

On n’achète pas François 1er parce que c’est moins cher, on achète parce qu’on adhère à un combat. Voilà ma clientèle. Tous ceux qui portent François 1er sont des combattants.

Un client de François 1er dans la boutique à Koudougou

Libreinfo.net: On vous surnomme le roi du coton bio, racontez-nous ce qui a fait votre originalité.

François 1er: Le coton bio, parce que c’est un choix. J’ai fait un choix pour la traçabilité de mon produit, pour avoir des produits qui respectent les conditions du travail.

Je ne veux pas des produits avec les pesticides, raison pour laquelle j’ai choisi le bio. Quand vous prenez une chemise de François 1er, il n’y a pas de mélange. François 1er c’est du 100% Burkina.

A part les boutons et les étiquettes. Mais ne vous inquiétez  pas, parce que j’aurai une machine et avec la noix de coco je vais fabriquer les boutons. Je ne prends pas d’autres corps pour mélanger dans les marques François 1er. C’est cela qui fait la différence.

Libreinfo.net : Fabriquer des boutons avec les noix de coco?

François 1er: Cela n’est pas difficile. Ce sont des appareils, on met la noix de coco, on ajoute le diamètre du bouton et on fabrique. Les boutons sont fabriqués par une machine. Même avec le bois et les cornes on peut fabriquer des boutons.

Libreinfo.net: Sur le plan économique, quelle est la contribution du Faso Dan fani?

François 1er: Imaginez-vous que chaque personne achète un mètre  de pagne Faso Dan Fani dans chaque famille à 1000f  chaque année. Multipliez par le nombre de Burkinabè.

Nous allons avoir plusieurs milliards de francs CFA. Mais le défaut du Burkinabè, il n’apprécie jamais ce qui est produit chez lui. Avec la nouvelle génération, il y a beaucoup de choses qui sont en train de changer.

Avec la mondialisation, le côté communication est mondialisé, ce qui fait qu’aujourd’hui l’état d’esprit des gens a beaucoup changé. Il n’y avait pas de raison qu’on se pose des questions, on devait consommer local parce que le coton est cultivé par nos paysans. C’est tissé par nos femmes.

On a pas besoin de faire un débat sur cette décision, c’est quelque chose auquel on doit adhérer avec choix. Nous avons la chance de dire que nous avons des créateurs, des gens qui sont engagés à aller vers la transformation locale que les autres pays n’ont pas.

Libreinfo.net: Comment le Burkina Faso peut arriver un jour à une transformation 100% de son coton?

François 1er: Je pense qu’on peut arriver à 100% de notre côté parce que nous produisons 600 milles à 700 milles tonnes de coton par an. Même si on transforme 30% c’est déjà énorme. Quand on dit transformer, il ne faut pas voir seulement l’habillement, on peut aussi transformer le coton en fil.

On peut vendre le fil. Dans la transformation du fil on peut employer des gens. On a peut-être 6 milles tonnes de fils produites localement, mais le reste du fil est importé. Il faut qu’on arrive à une transformation locale, vendre 40% sur place et exporter le reste.

Libreinfo.net: Comment voyez vous l’avenir du Faso Dan fani a l’international ?

François 1er: L’avenir du Faso Dan fani est simple. Cela demande une organisation au niveau production, créativité et aller vers des petites industries pour avoir des produits compétitifs et pouvoir vendre à l’international.

Le Faso Dan fani a sa place à l’international mais il y a un travail de fond qui doit être fait. Il faut donner les moyens aux acteurs. Il faut des leaders, des gens engagés, des grandes entreprises.

Des modèles de chemises Faso Dan Fani chez François 1er

Libreinfo.net: Quelle est la place du Faso Dan fani dans la mode hors du Burkina ?

François 1er: Quand on dit Faso Dan Fani, les gens font l’amalgame. Les pagnes tissés étaient faits pour nos boubous traditionnels.

Quand on parle du Faso Dan fani on voit le pagne. Il faut parler du tissu. Derrière un tissu quand il y a de la qualité, quand il y a plusieurs variétés de tissus, on peut l’utiliser dans tous les domaines. On peut l’utiliser dans l’habillement, dans la tapisserie, dans plusieurs sortes de vêtements, pourquoi pas dans l’habillage des fauteuils de l’avion.

Mais il y a un travail de fond. Ce qu’on tisse pour la tapisserie est différent de ce qu’on tisse pour l’habillement. Donc on a encore du travail à faire. Mais on passe notre temps à faire des débats inutiles, au lieu de se mettre au travail et de donner les moyens. On a pas de vision à long terme.

Libreinfo.net: A l’international, comment faites-vous la promotion du Faso Dan fani ?

François 1er:  Je suis arrivé à un niveau ou c’est la presse internationale qui vient vers moi. Récemment je suis passé sur les chaînes internationales et quand je passe c’est le Burkina Faso qui est valorisé.

Quand on dit François 1er je mets toujours devant le Burkina Faso, le coton bio. Voilà ma communication à l’international. Parce que je dois montrer mon produit, je dois montrer aussi que c’est culturel et que cela vient du Burkina

Libreinfo.net: On sait que vous faites le tour du monde, qui sont ces grands noms qui admirent le Faso Dan fani ?

François 1er:  Je travaille beaucoup avec les grands mannequins de Paris, les grands mannequins de la mode. Quand ils prennent nos vêtements ils se posent des questions. Ils pensent que c’est de la laine.

Après quand ils se rendent compte que c’est tissé au Burkina Faso, ils sont surpris. Il y a aussi des autorités en Allemagne, en Suisse qui portent mes vêtements. Des grandes autorités de ce pays qui portent ma marque.

Libreinfo.net: Racontez-nous votre plus belle anecdote avec le Faso Dan Fani ?

François 1er:  J’étais à Lomé au Togo pour animer une conférence africaine. Dans mon hôtel, j’allume la télé pour suivre les infos de mon pays. À ma grande surprise, je vois le chef du gouvernement actuel (Apollinaire Kyelem, ndlr) en train de faire sa déclaration de politique habillé en Faso Dan Fani François 1er. C’est ça le patriotisme. Cela veut dire que mon combat est salutaire.

Libreinfo.net: Nous sommes au terme de cet entretien, est-ce qu’il y a un sujet sur lequel vous souhaitez revenir ?

François 1er: Il faut qu’on trace un chemin dans le textile. Il faut que le gouvernement nous aide à avoir une fiscalité adaptée à nos secteurs. Qu’il nous accompagne aussi en subventionnant les petites ou les moyennes entreprises qui font la transformation des produits locaux et qui créent des emplois.

Lire aussi: Burkina Faso, rencontre avec le créateur François 1er, un fervent promoteur du Faso dan Fani

www.libreinfo.net

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