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Burkina : les menstrues en classe, des filles brisent le silence

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La question des menstrues devient  préoccupante en milieu scolaire. Plusieurs élèves filles ont leurs menstrues en classe et ne savent quoi faire. Entre honte et peur, elles ont accepté, le 28 mai 2024 à  l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la gestion hygiénique des menstrues à Ziniaré dans le Plateau central de briser le silence. Elles racontent leurs premières menstruations à libreinfo.net.

Par Natabzanga Jules Nikièma 

Le 28 mai 2024, c’est la célébration de la Journée mondiale de gestion hygiénique des menstrues.

La cour du Lycée Bassy de Ziniaré dans le Plateau Central qui abrite l’événement connaît la présence de plusieurs élèves, filles comme garçons.

Approchées, certaines élèves ont accepté de briser le tabou sur la question des premières menstrues et de la manière dont elles ont pu les gérer.

C’est le cas de Rachidatou, 14 ans. Elle est à l’école primaire, en classe de CM1 (Cours moyen première année). 

Rachidatou Nana

Elle raconte que c’est en voulant se soulager qu’elle a dit avoir vu, pour la première fois, du sang s’écouler (ndlr : les menstrues) pendant qu’elle ressentait une vive douleur. 

«Je ne savais rien » dit-elle. «Mais heureusement que ce n’était pas en classe» s’est-elle empressée d’ajouter. Elle précise, en outre, qu’elle avait eu peur parce qu’elle ne « savait pas ce qui lui arrivait»

Par contre, avec Nouriatou, 15 ans, élève en classe de CM2, c’est plutôt en classe qu’elle dit avoir vu ses menstrues. 

Nouriatou Ilboudo
Nouriatou

Elle s’en souvient comme si c’était hier. Ses deux mains sous son voile, elle caresse avec douceur son ventre et dit « oui, je me rappelle de mes premières menstrues.»

 Elle raconte avec hésitation : «Cela avait débuté avec un mal au bas ventre. Aussitôt, j’avais su que c’était cela qui m’arrivait. »  

Quant à Massita, actuellement au secondaire, elle explique que c’est au CM2 qu’elle se rappelle avoir vu ses règles menstruelles pour la première fois. 

«J’avais alors demandé la permission au professeur pour aller aux toilettes. C’était là-bas qu’une amie m’avait rejointe discrètement pour me dire que mon habit était taché de sang».

Gêne, honte, peur et railleries des camarades

Certains camarades, même des filles, comprennent mal cela et accusent la victime pourtant innocente. Ils se moquent d’elle et l’insultent souvent. Massita dit ne pas savoir de quoi il s’agissait exactement. C’est une amie qui lui avait remis un pagne ce jour-là pour se couvrir. 

«J’ai eu honte », se rappelle-t-elle. C’est une fois rentrée à la maison qu’elle s’était renseignée auprès de sa mère pour découvrir davantage le phénomène et bénéficier de ses conseils. 

Fatimata, 18 ans, élève en classe de 1ère D Froid et Climatisation, a elle aussi, vu ses menstrues en classe.

Fatimata Bonkoungou
Fatimata Bonkoungou

C’était à un moment où le professeur l’avait interrogée pour un exercice, au tableau. Elle se rappelle : « Je me suis levée pour aller au tableau et mes camarades ont constaté cela. Elles m’ont interpellée. Il fallait informer le professeur de la situation. Avec des mots couverts et des regards appuyés, nous y sommes parvenues. Il a compris et je me suis rassise. » 

Elle poursuit son témoignage : « Je ne disposais pas de coton dans mon sac. C’est une amie qui m’a secourue. En tout cas, c’est très gênant d’avoir ses menstrues en classe. »

Quand les garçons voient les filles avec les taches de menstrues, ils trouvent cela honteux, insupportable, dit-elle. Osée Kaboré est élève en Tle D. Il a aussi assisté à des scènes en classe où des camarades filles ont eu leurs menstrues. 

Osée Kaboré
Osée Kaboré

« Mais, vu que j’ai des petites et des grandes sœurs, personnellement vivre ou voir de pareille chose, cela ne me gêne pas » dit-il. 

« Nous sommes tous des garçons et un jour nous allons devenir des pères de famille. Ainsi, on ne doit pas se comporter de façon négative avec nos jeunes sœurs devant cette situation » conseille-t-il.

Des leçons apprises….

La situation vécue donne des enseignements. Ainsi, Fatimata assure : « J’ai appris dans cette situation qu’il faut savoir compter et maîtriser son cycle menstruel pour ne pas tomber dans cette situation désagréable en classe .»  Elle ajoute qu’il faut toujours prendre des dispositions en conséquence.

Pour Massita, « depuis lors, je sais désormais comment gérer mes menstrues car ma maman m’a fait savoir qu’une fille en sortant doit toujours avoir un pagne et du coton hygiénique dans le sac.» 

Fatimata profite de l’occasion pour lancer un appel à ses camarades : « aux garçons surtout, quand vous voyez une fille avec des taches qui indiquent qu’elle est en période de menstrues, il faut l’interpeller plutôt que de l’insulter ou de se moquer d’elle car ce n’est pas de sa faute. ».

Impacts sur les cours

La survenue des menstrues quoique un phénomène normal dans le cycle de la vie d’une femme n’est pas sans conséquence sur ses études scolaires. « Je suis restée toute la journée à la maison » se souvient Nouriatou.

Par contre, Fatimata affirme : « Je suis rentrée à la maison me changer et j’ai perdu des heures de cours. » Elle dit déplorer cela, en hochant la tête.

Briser les tabous

Le jeune Osée Kaboré se dit être prêt à sensibiliser ses camarades sans distinction de sexe, sur le phénomène des menstrues. «Nous devons soutenir les filles et leur apporter notre secours car cela pourrait les aider et soulager toute la société » estime-t-il. 

«Que les parents trouvent un temps de communication avec nous, les garçons, en nous conseillant sur le sujet » souhaite-t-il.

Fatimata propose, pour sa part, ceci : « En faisant une sensibilisation sur la gestion des menstrues, cela nous permet d’être informés et surtout d’avoir une bonne hygiène des menstrues pour nous-mêmes et pour les autres. »

Le cycle menstruel est un phénomène naturel et normal chez la femme. Il faut briser le tabou du silence qui l’entoure. Rachidatou, témoigne souriante et rassurée : « Une camarade m’a fait savoir qu’il s’agit d’un phénomène naturel normal et sans cela, je ne serai pas une femme. Depuis lors, je n’ai plus honte. »

www.libreinfo.net 

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