Home A la une Grève des avocats : Cette paralysie qui peine les justiciables

Grève des avocats : Cette paralysie qui peine les justiciables

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La justice burkinabè est de plus en plus malade. Plus rien ne va encore dans la chaîne judiciaire. De la grève des greffiers en passant par celle de la garde de sécurité pénitentiaire qui a duré plusieurs mois, ce sont les avocats qui sont en colère depuis le 23 avril et l’expriment à travers un arrêt de travail de 96 heures. La cause, la paralysie de l’appareil judiciaire. En effet, selon les avocats, les audiences de flagrants délits, de citations directes et devant les juges d’instruction sont interrompus. Et comme si c’était peu, ce sont les autres audiences depuis le vendredi 19 avril qui sont en arrêt. Le procès putsch est même suspendu. Nous avons fait le tour de quelques palais de justice de Ouagadougou et le constat est amer.           

Il est 10h. A la Cour d’appel de Ouaga 2000, rien n’annonce le fonctionnement d’un quelconque service. Un parkeur, un jeune d’une trentaine d’année, d’un air abracadabrant est assis sous un cirque, avec un tas de feuilles de demande. Deux engins à deux roues étaient dans son parking. Une aire de stationnement d’alors remplie d’engins à pareille heure. Comme s’il ne savait pas que nous étions informé de ce qui se passait, il nous informa bien avant la station de notre monture que les « les avocats sont en grève depuis le 23 avril ».

Avant même d’achever cette conversation, un jeune, cartable jaune à la main gauche, sort du Palais. Lui, c’est monsieur Niémansi Karama, un étudiant en communication venu établir son casier judiciaire.  Peu de minutes après, un véhicule 4×4 sortie du même lieu, stagne et d’un geste de main, l’occupant fait venir le jeune homme qui entre dans le véhicule. Après près de deux minutes, M. Karama y ressort. À notre question qu’êtes-vous venu faire ici ? Il répond « je suis venu retirer mon casier judiciaire que j’avais confié à quelqu’un depuis la semaine passée ». Mais les avocats sont en grève l’avez-vous pu retirer ? « Oui…, la personne avait fait le retrait et gardé pour moi ». Et comme pour donner son avis sur cet arrêt de travail des avocats, il dira « j’ai eu mon papier mais de façon générale, cette grève cause plus de tort aux usagers. Car c’est tout le système judiciaire qui est grippé et cela ralenti les dossiers à traiter au niveau des détenus. Ceux qui doivent être jugés verront leur date de jugement repoussée ».

« Oh, c’est déplorable ! Je suis venue pour déposer une demande d’établissement de casier judiciaire mais hélas ! ça ne travaille pas. C’est déplorable ! », exaspérait une demoiselle qui a requis l’anonymat avant de démarrer sa motocyclette, sac en bandoulière.

Au palais de justice situé sur l’avenue Kwamé N’Krumah, le constat est presque le même. Mais là, le parking est complètement désert et sans parkeur. Après les fouilles à l’entrée, nous voici dans la cour du palais. Avant même de stationner notre engin, une garde de sécurité pénitentiaire nous a interpelé. « Monsieur, vous savez que vous ne devez pas entrer avec votre moto ici ? ». « Non, lui répondons-nous ». « Ok, continuez garer et revenez avec votre sac ». Chose dite, chose faite. « Vous êtes de quel organe de presse ? ». « Nous sommes de Libreinfo.net ». « Vous êtes venu faire le constat de l’arrêt de travail ? ». « Exact » « Ok, vous savez qu’ici, tout est sensible. Si je vous laisse faire le travail et que le papier parait, on peut nous reprocher de n’avoir pas bien fait le travail. On en a eu des cas ». Sur ces mots, il ordonne à un agent de nous accompagner chez le procureur. Là, tout semble fonctionner normalement. Des agents font des va-et-vient documents à la main. Mais aucun justiciable n’est présent. Le procureur n’est pas disponible.

Au bureau du premier substitut, nous sommes reçu par un agent qui a requis l’anonymat. Après lui avoir décliné l’objet de notre présence, il nous signifie que nous sommes citoyen et qu’on peut accéder au palais comme tout le monde. « Si la sécurité est informée, moi aussi, je prends acte. Vous pouvez aller faire votre constat sans prises de vue car c’est interdit », nous a-t-il autorisé. D’un air amusant, un agent au secrétariat du premier substitut nous a lancé ceci « Vous aurez dû amener une quelconque demande pour mieux constater cet arrêt de travail ». Une salle d’audience ouverte mais aucun usager. Des engins à quatre roues, deux roues bien en place au niveau des aires de stationnement à l’intérieur du palais. Des travailleurs sont dans leur bureau mais rien ne bouge. A quelque jour de la fin de la grève, le mot d’ordre semble être bien suivi.

Siébou Kansié

Libreinfo.net

 

Encadré

 Pour rappel, c’est depuis le 22 avril 2019, que les avocats du Burkina ont décidé de la suspension de leur participation à toutes les audiences des cours et tribunaux sur toute l’étendue du territoire national pour 96 heures, allant du 23 avril au 26 avril.  Une marche « pour le respect de la justice et des droits humains », est prévue le 29 avril prochain suite aux dysfonctionnements au niveau de l’appareil judiciaire. Et pour cause, les audiences de flagrants délits, de citations directes et devant les juges d’instruction et que depuis le 19 avril, toutes les autres audiences ont été arrêtées. C’est un mouvement d’humeur qui sonne comme une réponse à ce dysfonctionnement dont la responsabilité échoit à l’État qui devait anticiper ces violations, selon les avocats.

Le 24 avril, c’est le syndicat des greffiers du Burkina et le syndicat national des greffiers qui ont donné de la voix pour dénoncer la modification des projets de texte au détriment des greffiers par les proches du ministre et ce, après validation de ces dits projets par un comité ; et l’application non effective de la loi portant statut du personnel du corps de greffiers et l’entassement de plusieurs promotions dans un même échelon. Un mouvement d’humeur qui fait suite à l’arrêt de travail observé le 19 avril par l’ensemble des greffiers dénonçant les multiples injustices qu’ils subissent dans l’exercice de leur fonction. C’est donc tout le système judiciaire qui est en passe d’être paralysé si l’État ne prend pas ses responsabilités.

Siébou Kansié

Libreinfo.net

 

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