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[Interview]Burkina Refondation: « Je ne crois absolument en rien du tout. Moi je crois en la capacité des peuples», Me Guy Hervé Kam

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Guy Hervé Kam
Me Guy Hervé Kam, Coordonnateur national du Mouvement SENS

Le Coordonnateur national du Mouvement SENS, Me Guy Hervé Kam est l’invité de Libreifo.net cette semaine. Il partage ses points de vue sur les décisions du MPSR, les questions sécuritaires, la refondation et la réorganisation de la classe politique au Burkina Faso. Lisez!

 

Propos recueillis par Albert Nagréogo et Nicolas Bazié (stagiaire)

Libreinfo.net : Bonjour Me, comment va le mouvement SENS ?

Me Guy Hervé Kam : Je dois dire qu’en tant qu’organisation politique, le mouvement SENS se porte bien. Ceci étant, le contexte de notre pays n’est pas forcément favorable pour les organisations politiques, dans la mesure où on à l’impression qu’il y a une accusation indiscriminée contre toute personne engagée en politique. Ce qui arrive aujourd’hui à notre pays est considéré comme la responsabilité exclusive des acteurs politiques, le mouvement SENS ne se sent pas concerné par ces accusations.

Donc, il mène tranquillement ses activités, avec la difficulté que l’on sait liée au fait qu’aujourd’hui, aucune personne physique ou morale ne peut se rendre sur l’ensemble du territoire national.

Nous avons des militants et des sympathisants dans les zones concernées par le terrorisme, nous avions des objectifs et des ambitions pour les personnes qui sont dans ces zones que nous ne pouvons pas implémenter. Dans ce sens on peut dire qu’on peut aller mieux si le pays lui-même va mieux.

Libreinfo.net : Le président Damiba n’a pas manqué de rappeler aux hommes politiques lors de sa première rencontre avec ceux-ci, leur responsabilité à ce qui arrive au Burkina Faso aujourd’hui. Est-ce que vous partagez son avis ?

Me Guy Hervé Kam : Absolument pas ! Il y a beaucoup de Burkinabè qui considèrent que ce qui arrive à notre pays est de notre responsabilité collective. Je dis que ce n’est pas vrai. Il y a des gens, qui par leur acte et leur action ont conduit le pays là où il se trouve aujourd’hui. Et ces personnes se recrutent dans le milieu politique, dans le secteur privé, dans les organisations de la société civile et même dans l’armée.

Mais ce n’est pas parce que des Burkinabè, politiques, militaires, société civile ou autres ont fauté que c’est l’ensemble des Burkinabè qui ont fauté. Ce n’est pas parce que des politiques ont fauté que tous les politiques ont fauté.

Si nous prenons notre cas au niveau du mouvement SENS, nous nous sommes engagés politiquement il y a moins de deux ans, et justement nous savions qu’en réalité, les politiques avaient trahi la mission que le peuple leur avait confiée. C’est pour ça que nous nous sommes engagés en politique. Aujourd’hui, dire que c’est la responsabilité des politiques y compris les acteurs du mouvement SENS, ça nous ne pouvons pas l’accepter.

Libreinfo.net  : Quand vous dites que ce n’est pas tous les acteurs politiques, est-ce que vous pouvez nommer des gens ?

Me Guy Hervé Kam : Mais ce n’est pas un secret, c’est la classe politique qui nous dirige au moins depuis 1983, et cette classe politique en fonction de leurs intérêts individuels se retrouvent dans la majorité ou dans l’opposition. Et pour moi, c’est cette classe politique-là qui a failli, qui a amené le pays là où il se trouve aujourd’hui.

C’est Roch Kaboré, c’est Blaise Compaoré, c’est Zéphirin Diabré. C’est tout ce beau monde qui a dirigé le pays depuis 1983, qui au gré du vent s’est retrouvé soit dans la majorité soit dans l’opposition, mais qui n’ont rien proposer de concret et de durable au peuple burkinabè.

Libreinfo.net : Est-ce que vous avez espoir que dans les années à venir, on peut avoir une autre génération d’hommes politiques au Burkina, à mesure de porter les défis du changement ?

Me Guy Hervé Kam : Moi je ne me nourris pas d’espoir, je considère que c’est une nécessité qu’il ait une génération nouvelle d’hommes politiques patriotiques et intègres et tout le monde doit se battre pour ça. On peut avoir de l’espoir, mais si on ne se bat pas pour réaliser cet espoir, ça ne sert à rien.

Même s’il y a un bout d’espoir, il faut prendre ce bout et se battre pour ça, afin qu’il ait une nouvelle catégorie d’hommes politiques qui saura réconcilier la politique avec ce qu’elle doit être c’est-à-dire servir la communauté, la société, le monde et non utiliser la politique comme une échelle vers une situation sociale où l’on arrive en s’engageant politiquement.

Vous savez, il y a beaucoup de Burkinabè qui ne veulent pas s’engager parce qu’ils considèrent que la politique est un milieu sale. Et nous, nous nous sommes dits que lorsque la maison est sale et que personne ne veut la nettoyer, elle restera sale. Bien sûr lorsque vous commencez à vouloir nettoyer, vous allez prendre de la poussière, vous allez vous fatiguer mais ce n’est qu’après ça que la maison va être propre. Donc aujourd’hui il n’y a pas deux remèdes.

Il n’y a que pousser ces politiciens véreux, corrompus, cleptomanes vers la sortie. Il faut que les Burkinabè qui ont encore un instinct de patriotisme comprennent qu’ils ne peuvent pas rester dans leur confort pour changer les choses.

Libreinfo.net : Est-ce que vous pensez que Zéphirin Diabré de l’UPC, probablement Alassane Bala Sakandé du MPP et Eddie Komboïgo du CDP ne vont pas venir aux élections à la fin de la transition ?

Me Guy Hervé Kam : C’est leur droit le plus absolu s’ils veulent revenir. Là n’est pas mon problème, là ne doit pas être le problème des Burkinabè.

Le problème pour nous c’est de savoir si les Burkinabè vont continuer à donner leur confiance à ces personnes-là, si le système politique va continuer à faire la part belle au dieu argent. C’est là, la question. Si le système politique ne fera pas la part belle au dieu argent, alors, il appartient aux Burkinabè des villes et de campagnes de se lever pour faire barrage à cette continuation de la dislocation sociale dans notre pays.

C’est la solution. Qu’ils viennent, c’est très bien pour la démocratie, mais il faudrait justement qu’on puisse un jour utiliser la démocratie, pour amener aux affaires, les meilleurs d’entre nous. C’est aussi simple que ça.

Libreinfo.net : Il y a une opinion qui dit que la démocratie n’a pas réglé les problèmes des pays en Afrique.

Me Guy Hervé Kam : Ça fait 60 ans que nous sommes indépendants. A ce que je sache nous avons connu des régimes démocratiques et même des régimes d’exception se sont appelés des régimes démocratiques.

Je ne suis pas pour les régimes d’exception. Il y a beaucoup de Burkinabè qui ont pensé que les régimes d’exception étaient la solution et qui aujourd’hui se posent des questions. Je suis pour la démocratie en ce sens que ce doit être un processus qui a des règles préconçues, connues de tous et sur lesquelles on va.

Je pense que le dévoiement de la démocratie vient du fait qu’en réalité, les gens n’ont toujours pas compris. Lorsque l’on considère que la démocratie est le pouvoir par lequel le peuple délègue ses pouvoirs à des élus et qui l’exercent, donc le pouvoir par le peuple mais à travers des représentants, l’on ne doit pas oublier qu’il y a un postulat de base.

Le postulat de base, c’est que les hommes politiques sont des hommes vertueux. Donc aujourd’hui le problème n’est pas la démocratie, mais les hommes impliqués dans le processus démocratique. Si ces hommes ne sont pas vertueux, il n’y pas de système démocratique.

Libreinfo.net  : on voit que votre mouvement SENS avec d’autres partis politiques prépare une alliance. Parlez-nous de cette alliance.

Me Guy Hervé Kam : Ce que je veux dire c’est que tout vient à point nommé à qui sait attendre. Aujourd’hui, il y a un certain nombre de rapprochement entre les partis politiques. Ce rapprochement n’a pas commencé à la faveur du coup d’État, il a commencé depuis longtemps, parce que nous nous sommes dits que devons-nous rapprocher autour d’un certain nombre de valeurs.

Comme je le dis, c’est un processus, et chaque fois que ce processus connaîtra un tournant majeur, la presse en sera informée. Aujourd’hui nos activités ne sont pas secrètes, nous menons donc des activités ensemble. Vous avez vu que sur le drame d’Inata et le coup d’État nous avons pris des positions communes, aujoud’hui on rencontre les organes dirigeants des différentes structures et tout ça n’est pas secret.

Pour le reste, il est prétentieux de donner des étapes alors qu’elles doivent être discutées entre les groupes des présidents et ensuite avec nos militants et voir s’il y a lieu de porter des informations au public en temps opportun.

Libreinfo.net  : Faut-il s’attendre à une fusion à l’orée des élections 2025 ?

Me Guy Hervé Kam : tout est sur la table de discussion et ce sont les 5 partis et probablement d’autres qui en décideront.

Libre info : Est-ce que Me Guy Hervé Kam rêve d’un destin national ?

Me Guy Hervé Kam : Lorsqu’on est engagé en politique ou qu’on se bat pour la communauté, on a un destin national. Moi je considère que mon engagement en politique ce n’est ni pour ma femme ni pour mes enfants encore moins pour mon village.

C’est une cause qui va même au-delà du Burkina Faso, c’est une cause africaine, panafricaniste. Et en tant que citoyen du monde ça concerne même l’universalité. Maintenant pour le reste tout est une question d’engagement du groupe.

Libreinfo.net : C’est évident donc, vous serez candidat aux élections à venir ?

Me Guy Hervé Kam : Non, je ne suis que le coordonnateur national du mouvement SENS. Si le mouvement doit avoir un candidat c’est à lui de décider. Et si jamais on est dans une alliance c’est encore plus grand.

Je pense que pour nous, que ça soit au mouvement SENS ou dans les discussions avec les autres, le plus important n’est pas une question personnelle. Ce qui importe c’est ce que nous pouvons apporter comme changement de la politique et ce que nous pouvons faire pour la collectivité burkinabè et africaine.

Libreinfo.net  : Comment avez-vous vécu la chute du président Roch Marc Christian Kaboré ?

Me Guy Hervé Kam : La chute du régime Kaboré peut être vu comme un échec de notre système démocratique parce que tout simplement nos institutions républicaines n’ont pas pu gérer un problème qui est politique.

C’est aussi l’échec du régime qui a été mis en place après l’insurrection et qui a gagné les élections de 2020 qui n’a pas pu s’attirer  l’adhésion populaire qui aurait pu faire échec au coup d’État.

Que des militaires veuillent faire un coup d’Etat, à la limite c’est mauvais et même très mauvais. Que dans un pays où on a refusé dans le passé (en 2015) un coup d’État, et qu’une autre passe, cela montre que le régime n’a pas pu avoir la sympathie ou une adhésion populaire, quitte à ce que la population sacrifie sa vie pour sauver la démocratie. Si cela n’est pas arrivé, c’est là une preuve de l’échec de la politique.

Libreinfo.net : Est-ce que selon vous il y a une chance de refondation avec le MPSR ?

Me Guy Hervé Kam : Je ne crois absolument en rien du tout. Moi je crois en la capacité des peuples. Si le peuple burkinabè veut la refondation, il le fera avec le régime actuel.

Par contre, s’il ne le veut pas, il n’y aura pas de refondation. Nous notre travail en tant qu’acteur politique c’est d’appeler ce peuple-là à cette conscience de son pouvoir, c’est de lui rappeler qu’il est le maître du processus de démocratisation de notre pays.

Nous devons faire en sorte qu’il exerce ce pouvoir en constituant lui-même un contre poids qui fera en sorte que lorsque la refondation ne sera pas en marche, où que des déviances seront constatées, qu’il puisse faire barrage à ça. Ma conviction ce n’est pas que telle ou telle personne fera le changement, ma conviction c’est que le peuple burkinabè doit se battre pour obtenir le changement qu’il veut.

Libreinfo.net  : c’est quoi les bases d’une bonne refondation pour le Burkina Faso ?

Me Guy Hervé Kam : les bonnes bases d’une refondation du Burkina Faso, c’est déjà obtenir un changement de paradigme, par l’exemple.

Vous savez, vous pouvez faire tout ce que vous voulez, mais comme on le dit souvent, les lois ne valent ce que les hommes valent. Les premières démarches c’est déjà commencer à faire des changements dans le comportement car les réformes législatives à faire pour le Burkina Faso sont mineures. Nous avons déjà une très bonne base. Nous avons une bonne constitution et de bonnes lois contre la corruption et autre.

Nous avons une loi qui rend notre justice la plus indépendante du monde. Mais pourquoi ca n’avance pas ? C’est justement une question d’hommes vertueux. Cette question d’hommes vertueux, l’impulsion doit venir de haut. Le régime de la transition actuel en a pour un maximum de 3 ans.

Je pense que c’est suffisant pour impulser un exemple de gouvernance démocratique qui va continuer même quand le régime ne sera pas là. La deuxième étape c’est de tuer le dieu argent dans la politique. La politique ne doit pas être l’apanage des plus riches.

Toutes les études ont montré que ceux qui arrivent au pouvoir par les urnes sont les plus riches, donc les plus corrompus, à partir de ce moment si on veut que demain ce soit la vertu qui dirige le pays, il faut réduire le pouvoir de l’argent dans les élections.

Libreinfo.net : Dans les grandes puissances ou les grands pays dits démocratiques, on a ces lobbies des grandes sociétés qui misent assez de fonds sur des candidats. Est-ce que le Burkina Faso peut faire l’exception ?

Me Guy Hervé Kam : Prenons l’exemple des Etats Unis, le financement est réglementé. Des hommes d’affaires ne peuvent pas à eux-seuls financer la campagne.

C’est aussi le cas en France. Ce n’est que dans nos pays, républiques qu’on dit bananières qu’il n’y a aucune règlementation.

Libre info : la Cour des comptes veille sur le financement des activités pendant la campagne électorale n’est-ce pas ?

Me Kuy Hervé Kam : La Cour des comptes fait un contrôle à posteriori et uniquement sur la subvention publique. Je prends l’exemple, le mouvement SENS pour la campagne de 2020, a reçu six millions de francs CFA. Donc, ce qu’on doit justifier à la Cour des comptes c’est six millions.

Ça n’a absolument aucun impact sur le financement privé de la campagne. Mais aujourd’hui les gens financent les campagnes en espérant que leurs hommes arrivent au pouvoir pour qu’ils récupèrent ce qu’ils ont investi avec intérêts. La campagne devient donc un investissement.

Dans le contexte actuel, il se peut même et touchons du bois, que des organisations terroristes financent des campagnes, puisqu’il n’ y a aucun contrôle ni à priori, ni à posteriori du financement privé. Et ça c’est une réforme fondamentale que la transition devra faire.  Si on veut vraiment refonder la politique, parce qu’on ne peut pas la refonder en 3 ans, on doit juste créer les conditions pour que plus jamais les politiciens ne soient les plus mauvais d’entre nous qui surfent sur les vides de la loi pour faire du « n’importe quoi ».

Libreinfo.net : comment avez-vous apprécié les travaux des assises nationales ?

Me Guy Hervé Kam : franchement c’était du désordre comme chacun a pu le remarquer. Moi j’ai apprécié le travail de base fait par la commission technique d’élaboration des textes. C’était un travail bien qui pouvait être amélioré.

Malheureusement, nous avons constaté que les assises ont plutôt détricoté la qualité de ce que la commission technique a fait. Mais cela se comprend aussi, parce que tout simplement à la base, il y avait des problèmes.

Lorsque vous prenez des assises et que vous avez des OSC qui sont des OSC ‘’créées pour la circonstance’’, et que les OSC les plus sérieuses qui existent dans ce pays depuis 20 ou 40 ans ont été soigneusement triées et mises à l’écart, on ne pouvait avoir que ce résultat, avec des personnes qui sont venues discuter non pas pour l’avenir ou les intérêts du pays mais de leurs propres intérêts et de leur propre avenir.

Il n’y avait absolument aucune transparence dans la désignation des participants à ces assises. Ces assises ont prétendument agi pour tout le Burkina Faso. Le mouvement SENS et moi Guy Hervé Kam, nous ne nous sommes pas sentis représentés à ces assises-là.

Et je suis persuadé que c’est le cas pour beaucoup d’organisations et beaucoup de personnes. C’étaient pas du tout des assises représentatives du Burkina Faso. Ceci étant, notre objectif c’est que le pays puisse se mettre sur des rails, donc on prend les choses telles qu’elles sont et on avance.

Libreinfo.net : vous voulez dire que les travaux ont été téléguidés par le MPSR ?

Me Guy Hervé Kam : Téléguidé ou pas ce n’est pas le plus important. Lorsque vous semez du maïs vous ne pouvez pas récolter du mil.

Donc, dès lors que dans sa composition il y avait des problèmes, le résultat ne pouvait être que biaisé. Et comme je le dis, cela a détricoté la qualité des documents de base fournis par la commission technique et ce n’est pas moi seul qui le dit, c’est un constat évident.

Libre info : Quel est votre avis sur la nouvelle équipe gouvernementale ?

Me Guy Hervé Kam : moi je n’ai pas pour habitude de critiquer les gouvernements. Je dis toujours, le bon maçon se reconnaît au pied du mur. On a vu des situations où tout le monde plébiscite une personne ou un gouvernement et ça devient un échec.

On a vu des situations où des gens qui sont critiqués au départ se révèlent être de bons patriotes à l’arrivée. Nous nous avons plutôt une mission à confier au gouvernement : c’est l’exemplarité, le dévouement pour la partie, c’est tout. Et nous allons les juger auprès du mur.

Libreinfo.net : on voit le retour du clan Compaoré aux affaires. Est-ce que c’est la même remarque que vous faites ?

Me Guy Hervé Kam : En Dioula on dit que ce sont des maux d’yeux et non des maux de ventre. Cela veut dire que tout le monde voie comme les maux d’yeux. Effectivement quand vous regardez, on a l’impression que c’est un retour aux affaires de ceux qui sont partis par l’insurrection de 2014.

Il y a quelque chose aussi qui relève de l’apparence.  On a l’impression que tous ceux qui ont fait l’insurrection et la résistance au coup d’État ont été soigneusement évités. Mais là, ce sont des impressions, ce sont des perceptions, et on sait que la perception a toujours une importance pour la suite.

Ce qui est bien et heureusement pour notre pays, c’est que cette catégorie de personnes à ce que je sache ne sait jamais engagées pour des intérêts personnels. Malgré tout moi j’invite tous les Burkinabè y compris ceux qui ont fait l’insurrection et la résistance à s’engager pour que nous puissions aboutir à une transition qui va mettre les bases pour le renouveau de notre pays.

Libreinfo.net : Que dites-vous des 71 députés qui vont siéger à l’assemblée législative de transition ?

Me Guy Hervé Kam : je trouve que le nombre n’est pas trop en soit, mais par rapport à la proposition que le comité technique a fait, c’est une occasion manquée de donner l’exemple. Si on considère la question de la gratuité ou pas, là aussi c’est une occasion manquée. Vous voyez déjà la guerre à laquelle on assiste pour la désignation des membres.

Vous pensez que quelqu’un peut aller faire toute cette bagarre là pour servir le pays ? Quand les gens font cette bagarre c’est pour venir se servir. C’est ce que nous avons toujours combattu et que nous ne voulions pas pour notre pays. De toute façon dans ce type d’assemblée, ce n’est pas le nombre qui fait le travail. On peut désigner une ou deux personnes pour représenter la société civile, le résultat n’en aurait pas autant été de moindre qualité.

On n’est pas dans une question de représentativité, on est juste dans une question de représentation. Donc passer de 51 à 71 membres, c’est pour simplement mieux partager le gâteau. Et c’est se qui est dérangeant.

Libreinfo.net  : vous êtes juriste, il y a un débat qui est né de l’accession au pouvoir Paul-Henri Damiba et ça été la décision du Conseil constitutionnel. Comment vous avez apprécié cette décision concernant la prestation de serment et l’investiture de Damiba ?

Me Guy Hervé Kam : ce sont des décisions très malheureuses et honteuses parce que le conseil constitutionnel avait l’occasion d’affirmer la suprématie du pouvoir populaire.

Oui on est d’accord que le pouvoir étant vacant et qu’il fallait le constater ; oui on est d’accord qu’il appartient au conseil constitutionnel de régler la question de la dévolution du pouvoir, mais ce que le conseil constitutionnel fait en disant qu’il y a eu un coup d’État et donc il a le pouvoir, moi je tremble, je tressailli quand j’entends ça. Cela veut dire que si aujourd’hui, par malheur, il y a un coup d’État, le conseil constitutionnel va encore le valider même s’il y a des réactions ? Je pense que le conseil constitutionnel a manqué l’occasion d’affirmer des principes importants.

Malheureusement, ce que l’on constate c’est que dans nos pays, que ce soit au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire ou au Mali, ces institutions qui doivent contribuer au renforcement de la démocratie, sont les principaux problèmes de la démocratie. J’espère tout simplement que pour l’avenir, les gens tiendront compte et travailleront à ce que nous ayons des institutions fortes.

Libreinfo.net : Vous êtes avocat, on a vu dans le procès Thomas Sankara, la partie de la défense a saisi l’occasion pour déposer un recours au conseil constitutionnel, parce qu’elle estime qu’à partir de ce fait, on ne peut plus poursuivre quelqu’un pour atteinte à la sûreté de l’État. Quel commentaire faites-vous de ce recours ?

Me Guy Hervé Kam : C’est tout à fait normal et compréhensible que la défense dépose un recours. Et pour des avocats, faire ce recours sous ce type de régime, c’est très bien, c’est courageux et ça fait avancer la démocratie. Maintenant, dans le fond, je ne vois pas comment le conseil constitutionnel pourra dire qu’on ne peut plus juger des putschistes parce qu’il y a eu un coup d’État alors que la constitution n’a pas changé et que l’article 167 alinéa 2 dit que tout pouvoir issu de coup d’État est illégal.

On ne peut pas dire qu’aujourd’hui le coup d’État serait constitutionnalisé à tel point que par l’effet de l’application de la loi la plus douce, on puisse considérer que ceux qui ont fait le coup d’État en 1987 seraient blanchis. Mon analyse est qu’ils n’ont aucune chance de gagner leur recours. Mais poser le problème en soit fera sans doute avancer la démocratie dans notre pays.

Libreinfo.net : Il y a un dossier majeur qui est à l’international, Il s’agit de l’extradition de François Compaoré. En tant que juriste est ce que vous pensez que ce contexte de transition au Burkina peut toujours favoriser son extradition. Quel avenir pour ce dossier judiciaire d’après vous ?

Me Guy Hervé Kam : je suis d’accord que le contexte actuel présente un risque sérieux pour ce dossier, mais il est de la responsabilité du gouvernement de la transition de prendre toutes les dispositions pour donner les assurances nécessaires qui feront que la Cour européenne des droits de l’homme ne considérera pas que la vie de François ou le respect de ses droits seraient compromis au Burkina, à tel point qu’il ne faille pas l’extrader.

C’est de la responsabilité politique du gouvernement de la transition, sinon dans le fond, les textes de lois au niveau du Burkina n’ont pas changé et il appartient au gouvernement de prendre les dispositions d’intervenir en tant que tiers intervenant dans ce procès pour rassurer les juges de la Cour européenne des droits de l’homme.

Si jamais la Cour rendait une décision de refus de l’extradition de François Compaoré, à mon avis ça sera de leurs responsabilités, surtout dans un contexte où l’on considère qu’il y a une sorte de tapis rouge qui est déroulé aux anciens compagnons de Blaise Compaoré et de François Compaoré.

Libreinfo.net  : Roch Kaboré est toujours en résidence surveillée. Il y a la CEDEAO, l’Union africaine, le MPP et certaines OSC qui appellent à sa libération. Qu’est-ce que vous pensez de cette détention de l’ancien président ?

Me Guy Hervé Kam : Roch Kaboré est détenu non pas sur la base d’une décision de justice. Donc si on veut faire une analyse juridique de la situation, on dirait que c’est une séquestration.

Ceci étant, on comprend que pour des raisons de sécurité il doit être protégé. Il faudra peut-être que le gouvernement nous dise clairement que le président Kaboré est détenu pour des raisons précises. En ce moment, chacun fera son opinion. Si le gouvernement ne le fait pas, ça veut dire que cette détention est irrégulière et il faut y mettre fin tout simplement.

Libreinfo.net : Est-ce que son parti le MPP peut saisir la justice pour séquestration ?

Me Guy Hervé Kam : le MPP a assez de juristes et d’avocats. Si ça les intéresse ils vont s’en occuper. Ici je considère que c’est une détention éminemment politique, la détention de Roch Kaboré à la suite d’un coup d’État, car ce n’est pas la Justice qui le détient. Et je pense que pour des raisons politique, il conviendrait de liberer le président Kaboré tout simplement.

Libreinfo.net : le MPSR est arrivé au pouvoir pour sauver ce qui reste à sauver. Il s’agit de l’intégrité du territoire, la restauration. Est-ce que vous avez le sentiment que depuis le 24 janvier les lignes ont commencé à changer ?

Me Guy Hervé Kam : On a vu des réorganisations. Mais comme vous le savez il en va de la matière militaire comme de tout autre, on vous dira qu’il faut du temps pour que ces réorganisations produisent leurs effets. Sauf qu’ici, chaque jour qui passe, ce sont des vies supplémentaires qui trépassent et le nombre de déplacés internes qui augmente.

Et ce pourquoi on doit être toujours réservé par rapport au coup d’État justement, c’est qu’il y a toujours ces périodes de flottement après les coups d’État. Vous voyez par exemple que le nombre de déplacés ces derniers mois est le deuxième plus important depuis le début du problème. Il me semble que ce résultat n’est pas ce à quoi il fallait s’attendre.

Il faut que les dirigeants redoublent d’efforts parce que c’est cela qui a justifié le coup d’État. Donc il n’y aura aucune excuse sur le terrain de la sécurité. On peut avoir des excuses sur tous les autres terrains sauf sur le terrain de la sécurité, et du retour des déplacés dans leurs localités. Donc très vite, le compte à rebours va commencer sur ce sujet.

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